Eugen Herrigel

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Eugen Herrigel (Lichtenau, 1884Partenkirchen, 1955) est un philosophe allemand.

Le Zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc (1970)[modifier]

Le Maître répliqua : "Il faut que vous teniez la corde tendue comme un enfant tient le doigt qu'on lui offre. Il le tient si fermement serré qu'on ne cesse de s'émerveiller de la force d'un poing si menu. Et quand il lâche le doigt, il le fait sans la plus légère secousse. Savez-vous pourquoi ?... Parce que l'enfant ne pense pas, par exemple : maintenant je vais lâcher ce doigt pour saisir cette autre chose... C'est bien plutôt sans réflexion et à son insu qu'il passe de l'un à l'autre, et il faudrait dire qu'il joue avec les choses, s'il n'était aussi exact de penser que les choses jouent avec lui."
  • Le Zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc, Eugen Herrigel, éd. Dervy, 2015, p. 51


— L'art véritable, s'écria le Maître, est sans but, sans intention. Plus obstinément vous persévérerez à vouloir apprendre à lâcher la flèche en vue d'atteindre sûrement un objectif, moins vous y réussirez, plus le but s'éloignera de vous. Ce qui pour vous est un obstacle, c'est votre volupté trop tendue vers une fin. Vous pensez que ce que vous ne faites pas par vous-même ne se produira pas.
  • Le Zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc, Eugen Herrigel, éd. Dervy, 2015, p. 53


— Que dois-je donc faire ? demandais-je très perplexe. – Apprendre à bien attendre ! – Comment apprend-on ? – Libérez-vous de vous-même, laissez derrière vous tout ce que vous êtes, tout ce que vous avez, de sorte que de vous, il ne reste plus rien que la tension sans aucun but.
  • Le Zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc, Eugen Herrigel, éd. Dervy, 2015, p. 54


Entendons par là que "l'esprit" est omniprésent parce que nulle part il ne s'attache à un endroit particulier. Ce qui lui permet de rester présent, c'est que, alors même qu'il s'applique à tel ou tel objet, il ne s'y attache pas en réfléchissant, perdant ainsi toute sa mobilité originelle. Comparable à l'eau qui, remplissant un étang, est toujours prête à se déverser, il lui est possible, de temps à autre, d'agir avec sa force inépuisable parce qu'il est libre, et de s'ouvrir à toute chose parce qu'il est vacant.
  • Le Zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc, Eugen Herrigel, éd. Dervy, 2015, p. 62


Un bon archer tire plus loin avec un arc de moyenne puissance qu'un archer sans âme avec l'arc le plus fort. Le résultat n'en revient pas à l'arc, mais à la "présence d'esprit", au dynamisme et à la faculté d'éveil avec laquelle vous tirez. Mais pour que vous dégagiez le maximum de tension de cet éveil, il faut que vous procédiez à la cérémonie autrement que jusqu'à présent, comme, par exemple, danse un vrai danseur.
  • Le Zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc, Eugen Herrigel, éd. Dervy, 2015, p. 91


J'ai eu très souvent la pensée occupée par cet exemple que je vais vous donner : l'araignée "danse" sa toile sans savoir que des mouches viendront s'y prendre ; la mouche, elle, qui va dansant dans un rayon de soleil, ignore ce qui se trouve devant elle et se prend dans cette toile. Mais, dans l'araignée comme dans la mouche, "Quelque chose" danse et, dans cette danse, extérieur et intérieur sont un.
  • Le Zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc, Eugen Herrigel, éd. Dervy, 2015, p. 95


Mais il est une chose à laquelle il faut que je vous prépare ; tous deux, aux cours de ces années, vous vous êtes transformés, et c'est ce que l'art du tir à l'arc apporte en soi, une lutte de l'archer contre lui-même, allant jusqu'au plus ultimes profondeurs.
  • Le Zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc, Eugen Herrigel, éd. Dervy, 2015, p. 107


Takuan nous dit que la perfection de l'art de l'épée est que le cœur de l'épéiste n'est plus troublé par aucune pensée de moi ou de toi, de l'adversaire et de son épée, de sa propre épée et de la manière d'en user, par aucune pensée de vie ou de mort. "Ainsi, pour toi, il n'y a partout que vide-toi-même ; l'épée que tu as tirée, les bras qui la conduisent, mieux encore, même l'idée du vide a disparu." "D'un tel vide absolu naît le plus merveilleux épanouissement de l'acte pur", constate Takuan.
  • Le Zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc, Eugen Herrigel, éd. Dervy, 2015, p. 118


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