Erwin Schrödinger

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Erwin Schrödinger photographié vers 1933.


Erwin Schrödinger, né à Vienne, en Autriche, en 1887 et mort en 1961 à Vienne, est un physicien, mathématicien, essayiste, philosophe et professeur autrichien.

Qu'est-ce que la vie ? (What is life), 1967[modifier]

Toutes les lois physiques et chimiques reconnues comme jouant un rôle important dans la vie des organismes, sont de cette espèce statistique ; toute autre espèce de loi de régularité que l'on pourrait imaginer, est perpétuellement troublée et rendue inefficace par suite de l'agitation thermique incessante des atomes.
  • Qu'est-ce que la vie ? (1967), Erwin Schrödinger (trad. Léon Keffler), éd. Christian Bourgeois Éditeur, coll. « Folio/essais », 1986  (ISBN 978-2-02-020223-7), chap. 6. Les lois de la physique sont basées sur la statistique atomique et ne sont par conséquent qu'approchées., p. 43


Les lois de la physique et de la physico-chimie sont inexactes, l'erreur relative probable étant de l'ordre de 1/√n, où n représente le nombre de molécules qui coopèrent à l'établissement de cette loi - à réaliser sa validité dans telles régions de l'espace et du temps (ou les deux) dont il faut tenir compte pour certaines considérations ou pour quelque expérience particulière. On conclura de cela qu'une fois de plus un organisme doit avoir une structure comparativement massive pour pouvoir jouir du privilège de lois sensiblement exactes, autant pour sa vie propre que pour ses réactions avec le monde extérieur.
  • Qu'est-ce que la vie ? (1967), Erwin Schrödinger (trad. Léon Keffler), éd. Christian Bourgeois Éditeur, coll. « Folio/essais », 1986  (ISBN 978-2-02-020223-7), chap. 10. La règle de

√n, p. 53


La désintégration d'un seul atome radioactif est observable grâce à l'émission d'un projectile qui produit une scintillation sur un écran fluorescent ; mais si l'on pouvait vous donner un seul atome radioactif, sa survie probable serait beaucoup moins assurée que celle d'un moineau en bonne santé. En effet on ne peut rien en dire de plus que ceci : aussi longtemps que cet atome vivra (et cela peut durer des milliers d'années), sa probabilité, fût-elle grande ou faible, d'exploser pendant la prochaine seconde reste la même. Ce manque absolu de détermination individuelle se traduit néanmoins par la loi exponentielle exacte de désintégration d'un grand nombre d'atomes radioactifs de la même espèce.
  • Qu'est-ce que la vie ? (1967), Erwin Schrödinger (trad. Léon Keffler), éd. Christian Bourgeois Éditeur, coll. « Folio/essais », 1986  (ISBN 978-2-02-020223-7), chap. 63. Sommaire de la situation physique., p. 138-139


Il semble qu'il y ait deux « mécanismes » différents qui permettent la production d'événements ordonnés, le « mécanisme statistique » qui produit de « l'ordre à partir du désordre », et la méthode nouvelle, créatrice « d'ordre à partir d'ordre ». Pour l'esprit sans préjugés le second principe paraît être beaucoup plus simple, beaucoup plus plausible. Il l'est certainement. C'est pourquoi les physiciens étaient si fiers d'avoir découvert l'autre, le principe de « l'ordre à partir du désordre », qui est réellement suivi par la nature et qui seul permet la compréhension de la suite des événements naturels, et en premier lieu de leur irréversibilité. Mais nous ne pouvons nous attendre à ce que les « lois de la physique » qui en sont dérivés puissent suffire à expliquer le comportement de la matière vivante dont les caractères les plus frappants sont visiblement basés, en grande partie, sur le principe de « l'ordre par l'ordre ».
  • Qu'est-ce que la vie ? (1967), Erwin Schrödinger (trad. Léon Keffler), éd. Christian Bourgeois Éditeur, coll. « Folio/essais », 1986  (ISBN 978-2-02-020223-7), chap. 65. Deux méthodes de production de l'ordre., p. 140-141


Mais les expériences directes, aussi variées et disparates qu'elles puissent être, sont logiquement incapables par elles-mêmes de se contredire mutuellement. Voyons donc si nous ne pouvons tirer la conclusion correcte, non-contradictoire, des deux prémisses suivantes :

(1) Mon corps fonctionne comme un pur mécanisme, suivant les lois de la nature.

(2) Pourtant je sais par l'expérience directe non controversable que je dirige ses mouvements dont je prévois les effets, qui peuvent être marquants et de la plus grande importance, auquel cas j'en accepte entièrement la responsabilité entière.

La seule déduction possible de ces deux faits est je pense, que c'est moi - ce moi étant pris dans son acception la plus large, c'est-à-dire celui de tout esprit conscient qui a jamais senti son moi - qui suis la personne, s'il en est une, qui contrôle le « mouvement des atomes » suivant les lois de la nature. Dans un milieu culturel (Kulturkreis) où certaines conceptions, qui eurent autrefois ou ont encore actuellement une signification plus large chez d'autres peuples, ont été limitées et spécialisées, il est osé de donner à cette conclusion l'expression simple qu'elle requiert. Dans la terminologie chrétienne, dire : « Donc, je suis le Bon Dieu », paraît à la fois blasphématoire et fou. Mais veuillez négliger ces connatations pour le moment et considérer si la déduction ci-dessus n'est pas la plus approchée qu'un biologiste puisse obtenir pour prouver d'un seul coup l'existence de Dieu et de l'immortalité.

En lui-même ce concept n'est pas neuf. La tradition en remonte, à ma connaissance, à quelque 2 500 ans ou plus. Depuis les grands Upanishads l'admission ATHMAN-BRAHMAN (le moi personnel égale le moi omniprésent, omniscient et éternel), loin d'être considérée comme blasphématoire, représentait dans la pensée des Hindous la quintessence de la clairvoyance, la plus profonde intelligence des événements du monde. Tous les disciples de Vedanta, après avoir appris à prononcer avec leurs lèvres, s'efforçaient d'assimiler avec leur esprit cette pensée, la plus grande de toutes.

D'autre part les mystiques au cours de nombreux siècles, en toute indépendance et pourtant en parfaite harmonie l'un avec l'autre (plus ou moins comme les particules d'un gaz idéal) ont, chacun en particulier, décrit l'expérience unique de leur vie en termes qui peuvent être condensés dans la phrase : DEUS FACTUS SUM (Je suis devenu Dieu).
  • Qu'est-ce que la vie ? (1967), Erwin Schrödinger (trad. Léon Keffler), éd. Christian Bourgeois Éditeur, coll. « Folio/essais », 1986  (ISBN 978-2-02-020223-7), chap. Épilogue, p. 150-151


Et pourtant chacun de nous a l'impression irréfutable que la somme totale de sa propre expérience et de sa mémoire forme une unité tout à fait distincte de celle de toute autre personne. Il l'appelle son « Moi ». Qu'est-ce que ce « Moi » ?

Si vous l'analysez de près vous trouverez, je pense, que c'est juste un petit peu plus qu'une collection de données isolées (expériences et souvenirs), notamment la toile sur laquelle elles sont rassemblées. Et vous trouverez par une introspection attentive que ce que vous entendez réellement par votre « moi », c'est le « substratum » sur lequel ces données sont fixées. Imaginez que vous vous déplaciez vers un pays lointain, que vous perdiez de vue tous vos amis, que vous arriviez presque à les oublier ; vous vous faites de nouveaux amis, vous partagez leur vie aussi intensément que vous l'avez jamais fait avec les anciens. Le fait que, tout en vivant votre nouvelle vie, vous vous souveniez encore de l'ancienne, deviendrait de moins en moins important. Vous pourriez arriver à parler du « jeune homme que j'étais », à la troisième personne ; le héros du roman que vous seriez en train de lire serait probablement plus proche de votre cœur et certainement plus intensément vivant et mieux connu de vous. Et pourtant il n'y aurait eu aucune solution de continuité, ni mort. Et même si un hypnotiseur habile réussissait à vous affranchir entièrement de toutes vos réminiscences antérieures, vous ne penseriez pas qu'il vous aurait tué. En aucun cas, il n'y aurait eu à déplorer la perte d'une existence personnelle.

Et il n'y en aura jamais.
  • Qu'est-ce que la vie ? (1967), Erwin Schrödinger (trad. Léon Keffler), éd. Christian Bourgeois Éditeur, coll. « Folio/essais », 1986  (ISBN 978-2-02-020223-7), chap. Épilogue, p. 153-154


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