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Corrida

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La corrida (en espagnol, « corrida de toros »), est une forme de course de taureaux consistant en un combat entre un homme et un taureau, à l'issue duquel le taureau est mis à mort ou, exceptionnellement, gracié (indulto). Elle est pratiquée essentiellement en Espagne, au Portugal, dans le Midi de la France et dans certains Pays d'Amérique latine (Mexique, Pérou, Colombie, Venezuela, Équateur et Bolivie). Se déroulant dans des arènes, la corrida est un spectacle tauromachique issu d'une tradition qui remonte à Francisco Romero, dans la première moitié du XVIIIe siècle puisque sa forme actuelle, où la mise à mort est effectuée par le matador (tueur, de l'espagnol matar : tuer), à pied et armé de sa seule épée. Elle se déroule selon un rituel et des modalités bien fixés aujourd'hui, dont l'essentiel remonte à ceux définis par le matador Francisco Montes « Paquiro », avec son traité de tauromachie de 1836, Tauromaquia completa.

Citations[modifier]

André Breton, L'Amour fou, 1937[modifier]

L'arène s'est déroulée à son tour selon la volute des chemins poudreux qu'ont remontés le dimanche précédent les acclamations de la foule, à cette minute où l'homme, pour concentrer sur lui toute la fierté des hommes, tout le désir des femmes, n'a qu'à tenir au bout de son épée la masse de bronze au croissant lumineux qui réellement tout à coup piétine, le taureau admirable, aux yeux étonnés. C'était alors le sang, non plus cette eau vitrée d'aujourd'hui, qui descendait en cascades vers la mer. Les petits enfants de la terrasse n'avaient d'yeux que pour le sang, on les avait menés là sans doute dans l'espoir qu'ils s'accoutumassent à le répandre, aussi bien le leur que celui d'un monstre familier, dans le tumulte et l'étincellement qui excusent tout.


Joseph Peyré, Sang et Lumières, 1935[modifier]

Je m’étais avancé de quelques pas. Pour avoir un sentiment juste de la Vieille Plaza, temple de sang lavé, que le ciel cristallin, foncé, ciel de soleil d’hiver par vent de sierra n’arrivait pas à éclairer, il n’était sans doute pas de meilleur état de grâce que de venir comme je le faisais de la maison des blessés. Je me trouvais pour la première fois au pied du cirque isolé sur son parvis avec son chevet de cathédrale et ses meurtrières mauresques qui semblent ouvrir sur un abîme. Je ne sais d’où vient pareille sensation. Il m’a toujours semblé que ces arènes s’élèvent à la cime d’une montagne, ou au bord d’une mer creusée en précipice. Peut-être est-ce la présence de la mort. L’usure de la brique, délitée par le vent, le soleil cru, le gel, ruinée par le frottement à hauteur de cheval des étriers, des mors des bêtes rouées de coups, laisse une impression de blessure, le poids d’un passé de peine et de fatigue qui me fut sensible dès ce jour-là.


Plus on est proche de l’arène, plus on entend les bruits, les voix du drame, plus on ressent le choc violent. J’allais me trouver à quelques pas à peine de Ricardo, comme si j’avais été dans son coin avec ses seconds. Je pourrai suivre le jeu de son visage, de son corps dont je connaissais désormais toutes les faiblesses, épouser le mouvement de son sang, de ses nerfs.


Une à une, nous franchîmes les portes condamnées qui coupent le tunnel de l’infirmerie à l’arène, les portes successives, verrouillées et gardées comme autant de grilles de prison ou de fosse aux lions, qui font le mystère bestial du cirque. Mais lorsque je débouchai dans le canal du couloir dominé par la falaise des spectateurs accoudés sur nous à la barrera et, de là, montant jusqu’en haut du ciel, aussi haut que les mâtures des plus grands voiliers dans le vent, assourdi par la rumeur de l’immense cratère penché, je fus pris d’une espèce de vertige, et je baissai les yeux, comme le torero qui entrant dans l’arène, cherche le contact rassurant du sol, et pour qui n’existent pas tout de suite les tumultueuses, les oppressantes murailles vivantes du puits.


Ce mouvement, ce geste d’impuissant près d’être désarmé, et obligé de laisser le taureau saignant fuir sur ses pattes lourdes, d’un trot de bœuf, vers l’endroit où il croyait aveuglément trouver le refuge, ce quite qui envoyait au vide, à la grâce des capes des peones, la bête libre et apeurée, quelle parodie du Quite de l’Eternité, de l’image souveraine, inoubliable, que l’affiche n’avait pas besoin de rappeler au souvenir de Madrid ! Quelle ombre dérisoire du mouvement de cape dont la lenteur inouïe, presque au même endroit, au même point du sable rouge, avait paru fixer plusieurs minutes dans l’air dense les plis ouverts de la cape rigide, la charge du taureau possédé, enveloppé par le charme insensé du leurre, conduit dans un voyage éternel comme ceux que fixe à jamais l’élan de la pierre ou du bronze, et dont la durée, le rythme étouffant avaient suspendu le cœur de treize mille spectateurs fondus en un seul corps par son miracle !

  • Sang et Lumières (1935), Joseph Peyré, éd. Grasset, coll. « Les Cahiers Rouges », 1989  (ISBN 978-2-246-15572-0), p. 288


Comme les treize mille spectateurs de l’arène, je garde dans les yeux l’image orgueilleuse des véroniques, les quatre passes de cape liées dont il nous fit la grâce. Dans ce mouvement, la magnificence de son masque brûlé, du vêtement vert-jade et blanc, l’arrogance de ses jambes longuement fendues, de ses reins de danseur, l’élan de son buste sanglé furent une chose à ne plus oublier. Jamais je n’avais entendu, avant le moment où il prit le taureau dans sa cape, et où il parut l’enlever vers le ciel dans les plis rose et or ralentis, suspendus, à sa gauche, à sa droite, la masse noire, obscure et chaude de la bête frôlant à chaque élan la passementerie de sa poitrine, jamais je n’avais écouté le « Ole ! », la clameur rythmée, étouffée, ressenti le spasme d’émotion dont on parle toujours, que l’on voit une fois mettre debout, peu à peu, saisir au ventre une foule possédée, le spasme de quelques secondes qui laisse du plaisir pour une vie. Ramenant le poing droit sur la hanche, le gitane finit par la demi-véronique, qui fixe et cloue le fauve étourdi, immobile et béant, vaincu sans une goutte de sang. Et il s’en alla, dans le magnifique geste d’orgueil du torero qui vient d’achever sa plus artistique victoire.

  • Sang et Lumières (1935), Joseph Peyré, éd. Grasset, coll. « Les Cahiers Rouges », 1989  (ISBN 978-2-246-15572-0), p. 300