Claude Luezior

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libre.
Aller à : navigation, rechercher
Claude Luezior

Claude Luezior , né le 25 novembre 1953, est un écrivain et poète suisse d'expression française.

Monastères, 1995[modifier]

L'hôpital est ce monastère blanc qui n'avoue ni sa prière, ni sa misère crasse. Orgueilleux, il ne dessine pas sur sa façade ses Quasimodo, ses messes basses et sa cour des miracles. Propre, impeccable comme un scalpel. Alors commence le combat de la survie. Il y a les grands-prêtres en aube blanche, avec leurs prescriptions magiques et leurs diagnostics incantatoires. Il y a les infirmières-vestales, au sourire sans faille, mais où couve le feu de quelques drogues étranges.
  • Monastères, Claude Luezior, éd. Buchet/Chastel, 1995  (ISBN 2-7020-1620-0), p. 11-12


Impatiences, 1995[modifier]

Ces combattants de l'impossible, ces fantômes de l'attente et ces chevaliers sans armure, dignes dans leur lutte quotidienne. Attaque après attaque, tremblement après tremblement, ils égrènent leur vie. Cette vie à laquelle ils s'accrochent comme un lierre : cette vie infidèle qui les trahit. Ils s'en nourrissent encore. Ils pensent à la renaissance, à la pierre philosophale et au philtre d'amour. Ceux-là souffrent dans leur chair. Serrer leurs mains avides pour essayer de cicatriser, un temps encore.
  • Impatiences, Claude Luezior, éd. Buchet/Chastel, 1995  (ISBN 2-7020-1621-9), p. 13


À pleines mains, 1996[modifier]

L'homme est le peintre de sa ville; il est aussi le mystique qui s'échappe du doute. Ses mains aux perspectives subtiles savent aussi exploser en un feuillage imaginaire autour de la résurrection des corps. Ces mains sont peut-être déjà saintes.
  • À pleines mains, Claude Luezior, éd. Buchet/Chastel, 1996  (ISBN 2-7020-1702-9), p. 52


Très vertueuses cicatrices du maçon qui a éreinté son tissu et ses tendons aux inflexibles murailles ; ses filets nerveux se sont disséqués sur les outils et sur les lames et sur les mâchoires et sur l'acier et sur les crans d'arrêt de la machine. (…) Le silence déferle. Sourire discret : "N'ayez pas peur. amis, la grande faux a aussi une main humaine".
  • À pleines mains, Claude Luezior, éd. Buchet/Chastel, 1996  (ISBN 2-7020-1702-9), p. 115-116


Dites-moi la vérité, 1996[modifier]

Et puis, il y eut la cohorte des signes non identifiés : chats maigres qui ne font que passer ou voleurs de vie ? Il y eut ces lâchages sournois, ces frémissements, ces fibres qui s'entrechoquent et balbutient leurs secousses (…), toute cette petite chimie musculaire au langage difficilement déchiffrable. "Il est urgent de ne rien faire", se persuada Larry.
  • Dites-moi la vérité, Claude Luezior, éd. Buchet/Chastel, 1996  (ISBN 2-7020-1560-3), p. 21


Fruit de nos désirs, 1998[modifier]

Attendre l'enfant, c'est aussi lui raconter la femme faite espérance, la grande migration de l'ovule, le ventre qui accueille. Attendre un enfant, c'est l'écoute complice à la table de la vie, c'est la marée du cœur et les caresses à venir
  • Fruit de nos désirs, Claude Luezior, éd. Buchet/Chastel, 1998  (ISBN 2-283-01769-6), p. 9


Naissance : c'est l'achèvement de la légende, l'accomplissement de ce qui était gravé. C'est le miracle de l'exigence vitale. (…) Et puis, au bout du long voyage, après la morsure de la douleur, après le fracas des prophéties et la béance des chairs sublimes, jaillit le miracle de la tête humaine, concentrée pour l'exploit titanesque. (…) Archaïque culbute dans la vie. Musique des premiers instants, de chair à chair, de mère à fils…
  • Fruit de nos désirs, Claude Luezior, éd. Buchet/Chastel, 1998  (ISBN 2-283-01769-6), p. 99-100


Un jour, après la montée du printemps et après ta naissance, son corps aux seins fertiles accueillera ta bouche gourmande. Ronronnement du lionceau sur la proie maternelle; joues instinctives où coule l'amour lacté : découverte et conquête de l'un par l'autre. (…) Nous avons été de ceux-là, et nous le sommes encore, au creux de la mère.
  • Fruit de nos désirs, Claude Luezior, éd. Buchet/Chastel, 1998  (ISBN 2-283-01769-6), p. 99-100


Secrets de famille, 1999[modifier]

L'enterrement fut lourd de pluie, comme si des archanges fatigués avaient laissé choir leurs nuages et tous les outils de leurs ateliers : éclairs rouillés, serre-joints des arcs-en-ciel, rabots pour la grisaille… Des grêlons roulaient sur les couloirs de l'horizon, pareils aux boules d'un jeu de quilles. Il ne cessa de pleuvoir ce jour-là. (…) L'auvent de la chapelle fut le havre de tout ce peuple aux sourcils mouillés. À l'intérieur du saint lieu, des séraphins un peu trop nourris dessinaient leurs fioritures avec un maniérisme que Léonie supporta mal. Ses yeux retournèrent au cercueil malhabilement porté sur une épaule, tel un sac de noix. (…) C'était un enterrement simple. Elle pleura : les dieux l'avaient castrée du fils.
  • Secrets de famille, Claude Luezior, éd. Buchet/Chastel, 1999  (ISBN 2-283-01804-8), p. 37


Pareille à toutes les gosses, Marceline aimait aller chez son aïeule qui ourlait sa robe immense de bonbons. Peut-être étaient-ils différents de ceux rangés dans les boîtes officielles. Ils avaient pourtant le même papier, la même couleur, le même poids : des sortes de caramels, colorés sans doute avec des framboises ou des zestes de citron. Cachés dans les froufrous, recherchés par la main incertaine, ils prenaient une allure de médaille romaine.
  • Secrets de famille, Claude Luezior, éd. Buchet/Chastel, 1999  (ISBN 2-283-01804-8), p. 83


Le valet de ferme tenait sur l'épaule sa fourche qui n'avait pour profession que la vache et la litière. Ce n'était pas un de ces ustensiles d'amateur pour chicaner l'ortie ou la tulipe, mais un outil de manant, qui avait l'âme du petit matin, une vocation pour la paille, qui aurait pu servir à embrocher un jacobin et mener une révolution de sans-culottes.
  • Secrets de famille, Claude Luezior, éd. Buchet/Chastel, 1999  (ISBN 2-283-01804-8), p. 111