Charles Péguy

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Charles Péguy.

Charles Péguy, né le 7 janvier 1873 à Orléans, mort le 5 septembre 1914 à Villeroy, est un écrivain français.

Victor-Marie, comte Hugo[modifier]

Le kantisme a les mains pures ; par malheur, il n'a pas de mains.
  • Victor-Marie, comte Hugo, dans Œuvres en prose complète, Charles Péguy, éd. Gallimard, 1992, p. 331


Un homme qui défend le français, le latin ou le grec, ou simplement l'intelligence est un homme perdu.
  • Pensées, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « nrf », 1934, p. 85
  • Charles Péguy, 23 octobre 1910, dans Victor-Marie, comte Hugo, XII-11, Charles Péguy.


Cahiers de la Quinzaine[modifier]

Voir le recueil de citations : Affaire Dreyfus
Qu'avons-nous vu [dans l'affaire Dreyfus] sinon, en face de nous, un tel amas de saletés et de laideurs qu'à moins de nous en faire les complices, nous avons dû désirer de toutes nos forces que cela n'eût jamais eu lieu dans l'histoire du monde.
  • Charles Péguy, 4 juillet 1900, dans Cahiers de la Quinzaine, I-II, paru le 4 juillet 1900, Charles Péguy.


Une revue n’est vivante que si elle mécontente chaque fois un bon cinquième de ses abonnés. La justice consiste seulement à ce que ce ne soient pas toujours les mêmes qui soient dans le cinquième. Autrement, je veux dire quand on s’applique à ne mécontenter personne, on tombe dans le système de ces énormes revues qui perdent des millions, ou qui en gagnent, pour ne rien dire, ou plutôt à ne rien dire.
  • Charles Péguy, février 1913, dans Cahiers de la Quinzaine, XIV-6, paru en février 1913, Charles Péguy.


Un grand philosophe c'est un homme qui a découvert, qui a inventé quelque aspect nouveau, quelque réalité, nouvelle, de la réalité éternelle; c'est un homme qui entre à son tour et pour sa voix dans l'éternel concert.
  • Pensées, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « nrf », 1934, p. 37
  • Charles Péguy, 3 février 1907, dans Cahiers de la Quinzaine, VIII-11, Charles Péguy.


On sait ce que veut dire équilibrer le budget de l'État: c'est jeter sans cesse de nouveaux aliments dans un organisme, dans un mécanisme de toutes parts crevé, de toutes parts usurpé, de toutes parts volés, dans un mécanisme à rendement minimum, à usure, à frottement maximum, dans le mécanisme industriel à beaucoup près le plus barbare que nous présente l'organisation industrielle moderne.
  • Pensées, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « nrf », 1934, p. 26
  • Charles Péguy, 17 février 1923, dans Cahiers de la Quinzaine, IV-12, Charles Péguy.


La fidélité, la constance dans l'action ne consiste pas à suivre dans la voie de l'injustice les anciens justes, quand ils deviennent injustes.
  • Pensées, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « nrf », 1934, p. 29
  • Charles Péguy, 15 mars 1904, dans Cahiers de la Quinzaine, V-12, Charles Péguy.


L'Argent[modifier]

Le croira-t-on, nous avons été nourris dans un peuple gai. Dans ce temps-là un chantier était un lieu de la terre où des hommes étaient heureux. Aujourd'hui un chantier est un lieu de la terre où des hommes récriminent, s'en veulent, se battent ; se tuent.
De mon temps tout le monde chantait. (Excepté moi, mais j'étais déjà indigne d'être de ce temps-là.) Dans la plupart des corps de métiers on chantait. Aujourd'hui on renâcle. Dans ce temps-là on ne gagnait pour ainsi dire rien. Les salaires étaient d'une bassesse dont on n'a pas idée. Et pourtant tout le monde bouffait. Il y avait dans les plus humbles maisons une sorte d'aisance dont on a perdu le souvenir. Au fond on ne comptait pas. Et on n'avait pas à compter. Et on pouvait élever des enfants. Et on en élevait. Il n'y avait pas cette espèce d'affreuse strangulation économique qui à présent d'année en année nous donne un tour de plus. On ne gagnait rien ; on ne dépensait rien ; et tout le monde vivait.

  • L'Argent (1913), Charles Péguy, éd. Équateurs, coll. « Parallèles », 2018  (ISBN 978-2-84990-099-4), p. 29


Que reste-t-il aujourd'hui de tout cela ? Comment a-t-on fait, du peuple le plus laborieux de la terre, et peut-être du seul peuple laborieux de la terre, du seul peuple peut-être qui aimait le travail pour le travail, et pour l'honneur, et pour travailler, ce peuple de saboteurs, comment a-t-on pu en faire ce peuple qui sur un chantier met toute son étude à ne pas en fiche un coup. Ce sera dans l'histoire une des plus grandes victoires, et sans doute la seule, de la démagogie bourgeoise intellectuelle. Mais il faut avouer qu'elle compte. Cette victoire.

  • L'Argent (1913), Charles Péguy, éd. Équateurs, coll. « Parallèles », 2018  (ISBN 978-2-84990-099-4), p. 31


Il y a eu la révolution chrétienne. Il y a eu la révolution moderne. Voilà les deux qu'il faut compter. Un artisan de mon temps était un artisan de n'importe quel temps chrétien. Et sans doute peut-être de n'importe quel temps antique. Un artisan d'aujourd'hui n'est plus un artisan.

  • L'Argent (1913), Charles Péguy, éd. Équateurs, coll. « Parallèles », 2018  (ISBN 978-2-84990-099-4), p. 32


Ces ouvriers ne servaient pas. Ils travaillaient. Ils avaient un honneur, absolu, comme c'est le propre d'un honneur. Il fallait qu'un bâton de chaise fût bien fait. C'était entendu. C'était un primat. Il ne fallait pas qu'il fût bien fait pour le salaire ou moyennant le salaire. Il ne fallait pas qu'il fût bien fait pour le patron ni pour les connaisseurs ni pour les clients du patron. Il fallait qu'il fût bien fait lui-même, en lui-même, pour lui-même, dans son être même. Une tradition, venue, montée du plus profond de la race, une histoire, un absolu, un honneur voulait que ce bâton de chaise fût bien fait. Toute partie, dans la chaise, qui ne se voyait pas, était exactement aussi parfaitement faite que ce qu'on voyait. C'est le principe même des cathédrales.

  • L'Argent (1913), Charles Péguy, éd. Équateurs, coll. « Parallèles », 2018  (ISBN 978-2-84990-099-4), p. 33


Ils disaient en riant, et pour embêter les curés, que travailler c'est prier, et ils ne croyaient pas si bien dire.
Tant leur travail était une prière. Et l'atelier un oratoire.

  • L'Argent (1913), Charles Péguy, éd. Équateurs, coll. « Parallèles », 2018  (ISBN 978-2-84990-099-4), p. 35


Car on ne saurait trop le redire. Tout le mal est venu de la bourgeoisie. Toute l'aberration, tout le crime. C'est la bourgeoisie capitaliste qui a infecté le peuple. Et elle l'a précisément infecté d'esprit bourgeois et capitaliste.
Je dis expressément la bourgeoisie capitaliste et la grosse bourgeoisie. La bourgeoisie laborieuse au contraire, la petite bourgeoisie est devenue la classe la plus malheureuse de toutes les classes sociales, la seule aujourd'hui qui travaille réellement, la seule qui par suite ait conservé intactes les vertus ouvrières, et pour sa récompense la seule enfin qui vive réellement dans la misère. Elle seule a tenu le coup, on se demande par quel miracle, elle seule tient encore le coup, et s'il y a quelque rétablissement, c'est que c'est elle qui aura conservé le statut.

  • L'Argent (1913), Charles Péguy, éd. Équateurs, coll. « Parallèles », 2018  (ISBN 978-2-84990-099-4), p. 38


Et ce bonheur, ce climat de bonheur. Évidemment on ne vivait point encore dans l'égalité. On n'y pensait même pas, à l'égalité, j'entends à une égalité sociale. Une inégalité commune, communément acceptée, une inégalité générale, un ordre, une hiérarchie qui paraissait naturelle ne faisait qu'étager les différents niveaux d'un commun bonheur. On ne parle aujourd'hui que de l'égalité. Et nous vivons dans la plus monstrueuse inégalité économique que l'on n'ait jamais vue dans l'histoire du monde. On vivait alors. On avait des enfants. Ils n'avaient aucunement cette impression que nous avons d'être au bagne. Ils n'avaient pas comme nous cette impression d'un étranglement économique, d'un collier de fer qui tient à la gorge et qui se serre tous les jours d'un cran. Ils n'avaient point inventé cet admirable mécanisme de la grève moderne à jet continu, qui fait toujours monter les salaires d'un tiers, et le prix de la vie d'une bonne moitié, et la misère, de la différence.

  • L'Argent (1913), Charles Péguy, éd. Équateurs, coll. « Parallèles », 2018  (ISBN 978-2-84990-099-4), p. 49


La République et l'Église nous distribuaient des enseignements diamétralement opposés. Qu'importait, pourvu que ce fussent des enseignements. Il y a dans l'enseignement et dans l'enfance quelque chose de si sacré, il y a dans cette première ouverture des yeux de l'enfant sur le monde, il y a dans ce premier regard quelque chose de si religieux que ces deux enseignements se liaient dans nos cœurs et que nous savons bien qu'ils y resteront éternellement liés. Nous aimions l'Église et la République ensemble, et nous les aimions d'un même cœur, et c'était un cœur d'enfant, et pour nous c'était le vaste monde, et nos deux amours, la gloire et la foi, et pour nous c'était le nouveau monde.

  • L'Argent (1913), Charles Péguy, éd. Équateurs, coll. « Parallèles », 2018  (ISBN 978-2-84990-099-4), p. 57


Nous avons connu, nous avons touché un monde, (enfants nous en avons participé), où un homme qui se bornait dans la pauvreté était au moins garanti dans la pauvreté. C'était une sorte de contrat sourd entre l'homme et le sort, et à ce contrat le sort n'avait jamais manqué avant l'inauguration des temps modernes. Il était entendu que celui qui faisait de la fantaisie, de l'arbitraire, que celui qui introduisait un jeu, que celui qui voulait s'évader de la pauvreté risquait tout. Puisqu'il introduisait le jeu, il pouvait perdre. Mais celui qui ne jouait pas ne pouvait pas perdre. Ils ne pouvaient pas soupçonner qu'un temps venait, et qu'il était déjà là, et c'est précisément le temps moderne, où celui qui ne jouerait pas perdrait tout le temps, et encore plus sûrement que celui qui joue.

  • L'Argent (1913), Charles Péguy, éd. Équateurs, coll. « Parallèles », 2018  (ISBN 978-2-84990-099-4), p. 72


Monsieur Naudy me rattrapa si je puis dire par la peau du cou et avec une bourse municipale me fit entrer en sixième à Pâques, dans l'excellente sixième de Monsieur Guerrier. Il faut qu'il fasse du latin, avait-il dit [...] Ce que fut pour moi cette entrée dans cette sixième à Pâques, l'étonnement, la nouveauté devant rosa, rosae, l'ouverture de tout un monde, tout autre, de tout un nouveau monde, voilà ce qu'il faudrait dire, mais voilà ce qui m'entraînerait dans des tendresses. Le grammairien qui une fois la première ouvrit la grammaire latine sur la déclinaison de rosa, rosae n'a jamais su sur quels parterres de fleurs il ouvrait l'âme de l'enfant.

  • L'Argent (1913), Charles Péguy, éd. Équateurs, coll. « Parallèles », 2018  (ISBN 978-2-84990-099-4), p. 79, 80


Disons les mots. Le modernisme est, le modernisme consiste à ne pas croire ce que l'on croit. La liberté consiste à croire ce que l'on croit et à admettre, (au fond, à exiger), que le voisin aussi croie ce qu'il croit.
Le modernisme consiste à ne pas croire soi-même pour ne pas léser l'adversaire qui ne croit pas non plus. C'est un système de déclinaison mutuelle. La liberté consiste à croire. Et à admettre, et à croire que l'adversaire croit.
Le modernisme est un système de complaisance. La liberté est un système de déférence.
Le modernisme est un système de politesse. La liberté est un système de respect.
Il ne faudrait pas dire les grands mots, mais enfin le modernisme est un système de lâcheté. La liberté est un système de courage.
Le modernisme est la vertu des gens du monde. La liberté est la vertu du pauvre.

  • L'Argent (1913), Charles Péguy, éd. Équateurs, coll. « Parallèles », 2018  (ISBN 978-2-84990-099-4), p. 87


Encore un mot que je n'aime pas, mais enfin la vie même requiert la liberté. Une revue n'est vivante que si elle mécontente chaque fois un bon cinquième de ses abonnés. La justice consiste seulement à ce que ce ne soient pas toujours les mêmes, qui soient dans le cinquième. Autrement, je veux dire quand on s'applique à ne mécontenter personne, on tombe dans le système de ces énormes revues qui perdent des millions, ou qui en gagnent, pour ne rien dire. Ou plutôt à ne rien dire.

  • L'Argent (1913), Charles Péguy, éd. Équateurs, coll. « Parallèles », 2018  (ISBN 978-2-84990-099-4), p. 88


Nous sommes ici des catholiques qui ne trichent pas ; des protestants qui ne trichent pas ; des juifs qui ne trichent pas ; des libres penseurs qui ne trichent pas. C'est pour ça que nous sommes si peu de catholiques ; si peu de protestants ; si peu de juifs ; si peu de libres penseurs. Et en tout si peu de monde. Et nous avons contre nous les catholiques qui trichent ; les protestants qui trichent ; les juifs qui trichent ; les libres penseurs qui trichent.

  • L'Argent (1913), Charles Péguy, éd. Équateurs, coll. « Parallèles », 2018  (ISBN 978-2-84990-099-4), p. 89


Je ne comprends pas qu'il y ait une question des instituteurs. D'abord, s'ils étaient restés des maîtres d'école tout ça ne serait pas arrivé. Qu'ils fassent donc l'école, il n'y a rien de plus beau au monde.
Qu'ils ne s'y trompent pas, ils ont le plus beau métier du monde. Eux seuls ont des élèves. (Eux et les professeurs de l'enseignement secondaire.) Les autres ont des disciples. Les autres, c'est les professeurs de l'enseignement supérieur. Et c'est, hélas, l'écrivain.

  • L'Argent (1913), Charles Péguy, éd. Équateurs, coll. « Parallèles », 2018  (ISBN 978-2-84990-099-4), p. 90


C'est dire par conséquent que le plus beau métier du monde, après le métier de parent, (et d'ailleurs c'est le métier le plus apparenté au métier de parent), c'est le métier de maître d'école et c'est le métier de professeur de lycée. Ou si vous préférez c'est le métier d'instituteur et c'est le métier de professeur de l'enseignement secondaire. Mais alors que les instituteurs se contentent donc de ce qu'il y a de plus beau. Et qu'ils ne cherchent point à leur tour à expliquer, à inventer, à exercer un gouvernement spirituel ; et un gouvernement temporel des esprits. Ce serait aspirer à descendre. C'est à ce jeu précisément que les curés ont perdu la France. Il n'est peut-être pas très indiqué que par le même jeu les instituteurs la perdent à leur tour. Il faut se faire à cette idée que nous sommes un peuple libre. Si les curés s'étaient astreints, et limités, à leur ministère, le peuple des paroisses serait encore serré autour d'eux. Tant que les instituteurs enseigneront à nos enfants la règle de trois, et surtout la preuve par neuf, ils seront des citoyens considérés.

  • L'Argent (1913), Charles Péguy, éd. Équateurs, coll. « Parallèles », 2018  (ISBN 978-2-84990-099-4), p. 92


Il n'y a un peu d'aisance, dans le monde moderne, que pour ceux qui ne travaillent pas.

  • L'Argent (1913), Charles Péguy, éd. Équateurs, coll. « Parallèles », 2018  (ISBN 978-2-84990-099-4), p. 94


Je leur dis : pourquoi voulez-vous exercer un gouvernement des esprits. Et comme tous les autres pourquoi voulez-vous exercer un gouvernement temporel des esprits. Pourquoi voulez-vous avoir une politique, et l'imposer. Pourquoi voulez-vous avoir une métaphysique, et l'imposer. Pourquoi voulez-vous avoir un système quelconque, et l'imposer.
Vous êtes faits pour apprendre à lire, à écrire et à compter. Apprenez-leur donc à lire, à écrire et à compter. Ce n'est pas seulement très utile. Ce n'est pas seulement très honorable. C'est la base de tout. Il sait ses quatre règles, disait-on de quelqu'un quand j'étais petit. Qu'ils nous apprennent donc nos quatre règles. Je ne veux pas jouer sur les mots, mais sans parler d'écrire ce serait déjà un grand progrès, (puisque nous sommes dans un système du progrès), que d'avoir, que d'être un peuple qui saurait lire et qui saurait compter.

  • L'Argent (1913), Charles Péguy, éd. Équateurs, coll. « Parallèles », 2018  (ISBN 978-2-84990-099-4), p. 98, 99


Notre Patrie[modifier]

On ne saura jamais tout ce que la peur de ne pas paraître assez avancé aura fait commettre de lâchetés à nos Français.
  • Œuvres en prose, 1898-1908, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1959, p. 834


Notre Jeunesse[modifier]

Une seule injustice, un seul crime, une seule illégalité, surtout si elle est officiellement enregistrée, confirmée, une seule injure à l'humanité, une seule injure à la justice, et au droit surtout si elle est universellement, légalement, nationalement, commodément acceptée, un seul crime rompt et suffit à rompre tout le pacte social, tout le contrat social, une seule forfaiture, un seul déshonneur suffit à perdre, d'honneur, à déshonorer tout un peuple. C'est un point de gangrène, qui corrompt tout le corps. Ce que nous défendons, ce n'est pas seulement notre honneur. Ce n'est pas seulement l'honneur de tout notre peuple, dans le présent, c'est l'honneur historique de notre peuple, tout l'honneur historique de toute notre race, l'honneur de nos aïeux, l'honneur de nos enfants. Et plus nous avons de passé, plus nous avons de mémoire, plus ainsi […] nous avons de responsabilité, plus ainsi aussi ici nous devons la défendre ainsi. Plus nous avons de passé derrière nous, plus (justement) il nous faut le défendre ainsi, le garder pur.
  • Œuvres en prose, 1909-1914, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1959, p. 646


On prouve, on démontre aujourd'hui la République. Quand elle était vivante, on ne la prouvait pas.
  • Pensées, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « nrf », 1934, p. 41
  • Charles Péguy, 17 juillet 1910, dans notre jeunesse, XI-12, Charles Péguy.


Qu'importe, nous disent les politiciens, professionnels… Nous avons désappris la république, mais nous avons appris de gouverner… Le gouvernement fait les élections, les élections font le gouvernement… Les populations regardent, le pays est prié de payer.
  • Pensées, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « nrf », 1934, p. 41
  • Charles Péguy, 17 juillet 1910, dans notre jeunesse, XI-12, Charles Péguy.


Quand on voit ce que la politique cléricale a fait de la mystique chrétienne, comment s'étonner de ce que la politique radicale a fait de la mystique républicaine.
  • Pensées, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « nrf », 1934, p. 42
  • Charles Péguy, 17 juillet 1910, dans notre jeunesse, XI-12, Charles Péguy.


Quand un homme de cœur, pour demeurer fidèle à une mystique, refuse d'entrer dans le jeu de la politique… les politiciens ont accoutumé de le nommer d'un petit mot bien usé aujourd'hui: volontiers il le nommerait traitre… Qu'on le sache bien, c'est ce traitre que nous avons toujours été et que nous serons toujours.
  • Pensées, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « nrf », 1934, p. 42
  • Charles Péguy, 17 juillet 1910, dans notre jeunesse, XI-12, Charles Péguy.


Je connais, je pourrais citer moi tout seul, moi tout petit, cent cinquante professeurs de l'enseignement secondaire qui font tout, qui risquent tout, qui bravent tout, même et surtout l'ennui, le plus grand risque, la petite fin de carrière, pour maintenir, pour sauver tout ce qui peut encore être sauvé.
  • Pensées, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « nrf », 1934, p. 43
  • Charles Péguy, 17 juillet 1910, dans notre jeunesse, XI-12, Charles Péguy.


Le Porche du mystère de la deuxième vertu[modifier]

La foi que j'aime le mieux, dit Dieu, c'est l'espérance.
  • Le Porche du mystère de la deuxième vertu, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « NRF », 1941, p. 15


Il dépend de nous que l'infini ne manque pas du fini. Que le parfait ne manque pas de l'imparfait.
  • Le Porche du mystère de la deuxième vertu, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « NRF », 1941, p. 119


Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc[modifier]

Celui qui manque trop du pain quotidien n'a plus aucun goût au pain éternel.
  • Œuvres poétiques complètes, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1948, p. 22


Ève[modifier]

Femmes, je vous le dis, vous rangeriez Dieu même.
  • Œuvres poétiques complètes, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1948, p. 726


De Jean Coste[modifier]

Le devoir d'arracher les misérables à la misère et le devoir de répartir également les biens ne sont pas du même ordre : le premier est un devoir d'urgence ; le deuxième est un devoir de convenance ; non seulement les trois termes de la devise républicaine, liberté, égalité, fraternité, ne sont pas sur le même plan, mais les deux derniers eux-mêmes, qui sont plus rapprochés entre eux qu'ils ne sont tous deux proches du premier, présentent plusieurs différences notables ; par la fraternité nous sommes tenus d'arracher à la misère nos frères les hommes ; c'est un devoir préalable ; au contraire le devoir d'égalité est un devoir beaucoup moins pressant ; autant il est passionnant, inquiétant de savoir qu'il y a encore des hommes dans la misère, autant il m'est égal de savoir si, hors de la misère, les hommes ont des morceaux plus ou moins grands de fortune ; je ne puis parvenir à ma passionner pour la question célèbre de savoir à qui reviendra, dans la cité future, les bouteilles de champagne, les chevaux rares, les châteaux de la vallée de la Loire ; j'espère qu'on s'arrangera toujours ; pourvu qu'il y ait vraiment une cité, c'est-à-dire pourvu qu'il n'y ait aucun homme qui soit banni de la cité, tenu en exil dans la misère économique, tenu dans l'exil économique, peu m'importe que tel ou tel ait telle ou telle situation ; de bien autres problèmes solliciteront sans doute l'attention des citoyens ; au contraire il suffit qu'un seul homme soit tenu sciemment, ou, ce qui revient au même, sciemment laissé dans la misère pour que le pacte civique tout entier soit nul ; aussi longtemps qu'il y a un homme dehors, la porte qui lui est fermée au nez ferme une cité d'injustice et de haine.
  • De Jean Coste, Charles Péguy, éd. Acte Sud Labor L'Aire, coll. « Babel », 1993, p. 55


Note conjointe sur M. Bergson[modifier]

Une grande philosophie n’est pas celle qui prononce des jugements définitifs, qui installe une vérité définitive. C’est celle qui introduit une inquiétude, qui ouvre un ébranlement.
  • Œuvres en prose, 1909-1914, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1959, p. 1336


Le juif est un homme qui lit depuis toujours, le protestant est un homme qui lit depuis Calvin, le catholique est un homme qui lit depuis Ferry.
  • Œuvres en prose, 1909-1914, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1959, p. 1375


Note conjointe sur M. Descartes[modifier]

Du bois mort, c'est du bois extrêmement habitué. Et une âme morte c'est aussi une âme extrêmement habituée. Du bois mort c'est du bois habitué à sa limite. Et une âme morte c'est aussi une âme habituée à sa limite.
  • Œuvres en prose, 1909-1914, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1959, p. 1399


Du bois mort est celui où il ya le plus de matière consacrée à la mémoire. Et la mémoire et l'habitude sont les fourriers de la mort.
  • Œuvres en prose, 1909-1914, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1959, p. 1404


Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite. Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise âme et même de se faire une mauvaise âme. C'est d'avoir une âme toute faite. Il y a quelque chose de pire que d'avoir une âme même perverse. C'est d'avoir une âme habituée.
  • Œuvres en prose, 1909-1914, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1959, p. 1397


La charité même de Dieu ne panse point celui qui n'a pas de plaies. C'est parce qu'un homme était par terre que le Samaritain le ramassa. C'est parce que la face de Jésus était sale que Véronique l'essuya d'un mouchoir. Or celui qui n'est pas tombé ne sera jamais ramassé ; et celui qui n'est pas sale ne sera pas essuyé.
  • Œuvres en prose, 1909-1914, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1959, p. 1397


Parce qu'ils n'aiment personne, ils croient qu'ils aiment Dieu.
  • Œuvres en prose, 1909-1914, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1961, p. 1444


Divers[modifier]

Le monde est plein d'honnêtes gens. On les reconnaît à ce qu'ils font les mauvais coups avec plus de maladresse.
  • Œuvres en prose, 1909-1914, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1959, p. 1176


Le triomphe des démagogies est passager. Mais les ruines sont éternelles.
  • Œuvres de prose, Charles Péguy, éd. Nouvelle Revue Française, 1920, p. 470


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