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Boubacar Boris Diop

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Boubacar Boris Diop au salon du livre de Genève en 2011.

Boubacar Boris Diop est un écrivain sénégalais né à Dakar le 26 octobre 1946. Il détient à son actif plusieurs œuvres dont Murambi, le livre des ossements. Il a obtenu le Grand prix littéraire d'Afrique noire, pour l'ensemble de son œuvre.

Citations

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Le Temps de Tamango, 1981

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Les traces de la meute , 1993

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La plupart des gens paraissent parfaitement normaux, mais je suppose que tout être humain qui s'observe sans complaisance finit fatalement par s'apercevoir qu'au fond il est fou à lier lui-même et que la seule chose importante est de le cacher aux autres.
  • Les traces de la meute, Boubacar Boris Diop, éd. L’Harmattan Editions, 1993  (ISBN 2738422780), p. 172


Le Cavalier et son ombre, 1997

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Murambi, le livre des ossements, 2000

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Dans la vie… l’essentiel pour chacun de nous est de ne pas passer à côté de sa vérité.
  • Murambi, le livre des ossements, Boubacar Boris Diop, éd. Nouvelles Editions Ivoiriennes, 2001  (ISBN 2-84487-124-0), p. 65


Chacun doit chercher seul sa vérité. Personne ne pourra t'aider. […] Sois pareil au voyageur solitaire, Cornelius. S'il s'égare, il lève la tête vers le ciel et les arbres, il regarde dans toutes les directions. Pourtant, le voyageur aurait pu se dire en se baissant vers le sol : je vais interroger le sentier, car lui qui est à cet endroit depuis si longtemps doit pouvoir m'aider. Or le sentier ne lui montrera jamais la voie à suivre. Le chemin ne connaît pas le chemin.
  • Murambi, le livre des ossements, Boubacar Boris Diop, éd. Zulma, 2014  (ISBN 978-2-84304-678-0), partie IV. Mirambi, p. 177


Notre existence est brève, elle est un chapelet d’illusions qui crèvent comme de petites bulles dans nos entrailles.
  • Murambi, le livre des ossements, Boubacar Boris Diop, éd. Zulma, 2014  (ISBN 978-2-84304-678-0), partie IV. Mirambi, p. 177


Si le maitre est un esclave, il ne faut pas lui obéir, il faut le combattre.
  • Murambi, le livre des ossements, Boubacar Boris Diop, éd. Zulma, 2014  (ISBN 978-2-84304-678-0), partie IV. Mirambi, p. 181


Cornelius pensa au Vieillard. « Dans ces pays-là, un génocide ce n'est pas trop important. » Pas même un détail, sans doute. […] Celui-là, l'histoire lui rabattra le caquet. Mais au fond, peu lui importait. À peine Cornelius ressentait-il une vague amertume. Il faisait confiance à l'avenir, à sa longue mémoire et à son infinie patience. Tôt ou tard, en Afrique et ailleurs, des gens diraient calmement : reparlons un peu des Cent-Jours du Rwanda, il n'y a pas de génocide sans importance, le Rwanda, non plus, n'est pas un point de détail de l'histoire contemporaine. Cornelius était bien plus troublé par les appels à la raison venant de ceux pour qui il avait de l'estime et souvent même une grande amitié. Ces étrangers, aussi horrifiés que lui par les tueries de Kigarama, de Nyamata et d'ailleurs, avaient compris ceci : un génocide parle à chaque société humaine de son essentielle fragilité.
  • Murambi, le livre des ossements, Boubacar Boris Diop, éd. Zulma, 2014  (ISBN 978-2-84304-678-0), partie IV. Mirambi, p. 188


Ces jours cruels ne ressemblaient à rien de connu. Tissés d'éclairs, ils étaient traversés par tous les délires. Cornelius en était conscient, il ne réussirait jamais à dompter ce tourbillon, ses vives couleurs, ses hurlements et ses furieuses spirales. Tout au plus Siméon lui avait-il fait pressentir ceci : un génocide n'est pas une histoire comme les autres, avec un début et une fin, entre lesquels se déroulent des événements plus ou moins ordinaires. […] Ne pouvant prétendre rivaliser avec la puissance d'évocation de Siméon Habineza, il se réservait un rôle plus modeste. Il dirait inlassablement l'horreur. Avec des mots-machettes, des mots-gourdins, des mots hérissés de clous, des mots nus et – n'en déplaise à Gérard – des mots couverts de sang et de merde. Cela, il pouvait le faire, car il voyait aussi dans le génocide des Tutsi du Rwanda une grande leçon de simplicité. Tout chroniqueur peut au moins y apprendre – chose essentielle à son art – à appeler les monstres par leur nom.
  • Murambi, le livre des ossements, Boubacar Boris Diop, éd. Zulma, 2014  (ISBN 978-2-84304-678-0), partie IV. Mirambi, p. 190-191


Elle-même, était-elle morte ou vivante ? Cornelius aurait voulu pouvoir poser cette question à ceux qui, sous prétexte de dresser le compte exact des victimes du génocide, se jetaient furieusement des chiffres à la tête. Un million de victimes. N'exagérons pas, monsieur, il n'y a eu, après tout, que huit cent mille morts au Rwanda. Non, un million deux cent mille. Beaucoup plus. Un peu moins. Il avait envie de leur demander quelle était la place de la jeune femme en noir dans leurs statistiques et leurs graphiques. C'était pourtant si facile à comprendre : après une histoire pareille, tout le monde est, de toute façon, un peu mort. Il restait peut-être moins de vie dans les veines de l'inconnue que parmi les ossements de Murambi. […] Il voulait dire à la jeune femme en noir – comme plus tard aux enfants de Zakya – que les morts de Murambi font des rêves, eux aussi, et que leur plus ardent désir est la résurrection des vivants.
  • Murambi, le livre des ossements, Boubacar Boris Diop, éd. Zulma, 2014  (ISBN 978-2-84304-678-0), partie IV. Mirambi, p. 192-193


Le devoir de mémoire est avant tout une façon d'opposer un projet de vie au projet d'anéantissement des génocidaires et le romancier y a son mot à dire. Il ne sert toutefois à rien de lui prêter l'ambition de soulever des montagnes avec ses seules chimères. Il est en vérité plus modeste : savoir qu'il a juste fait « un peu de bien » suffit souvent à son bonheur.
  • « Postface » (2011), dans Murambi, le livre des ossements, Boubacar Boris Diop, éd. Zulma, 2014  (ISBN 978-2-84304-678-0), p. 221


L'Afrique au-delà du miroir, 2006

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Kaveena, 2006

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Les petits de la guenon, 2009

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 Traduction/adaptation libre par l’auteur de son ouvrage Doomi Golo, Dakar, Papyrus, 2003 .

J'aurais préféré te parler de vive voix, comme tout conteur digne de ce nom, pour faire battre plus vite ton cœur et t'éprouver par mes déroutantes énigmes. Les signes seraient alors enfouis dans les profondeurs de l'océan et il te faudrait des nuits de patience pour les atteindre et en percer les mystères. Je t'écris, faute de mieux, et parce que sans cela il me serait bien égal d'être mort ou vivant.
  • Les petits de la guenon, Boubacar Boris Diop, éd. Philippe Rey, coll. « Fugues », 2024  (ISBN 978-2-38482-073-3), partie I. Nguirane Faye, chap. I. Le récit des cendres, p. 19-20


La nuit de l’Imoko, 2013

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Un tombeau pour Kinne Gaajo, 2024

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La chose essentielle, c'est de savoir se souvenir. M'entends-tu, Njéeme ? Savoir se souvenir. Notre peuple le dit d'ailleurs de manière très imagée. Quand la mémoire va ramasser du bois mort, elle rapporte le fagot qui lui plait.
– J'ai lu cela dans un livre de Birago Diop.
– Oui, c'est dans Les Contes d'Amadou-Koumba… Mais ce roublard de Birago s'est contenté de traduire brillamment un proverbe bien connu. Alors, écoute-moi bien : mieux vaut renoncer à l'écriture si on a peur de plonger au plus profond de soi-même, si on n'ose pas hanter les sentiers les plus ténébreux de son enfance.
  • Un tombeau pour Kinne Gaajo, Boubacar Boris Diop, éd. Philippe Rey, 2024  (ISBN 978-2-38482-069-6), partie Première, chap. V, p. 185


Autres publications

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Avant d’aller au Rwanda, je ne me sentais tenu à aucun respect pour les faits. Il m’était difficile de comprendre ceux pour qui écrire se résumait à dire : voici la vérité. Chercher à susciter le doute me paraissait bien plus excitant. J’ai toujours perçu l’écrivain comme un enfant perdu dans la forêt. Je me délectais d’une solitude si justement exprimée par le poète Birago Diop, selon qui « lorsque la mémoire va ramasser du bois mort, elle rapporte le fagot qui lui plaît ». Il faut s’arrêter un instant pour imaginer la perplexité de celui qui, au cœur de la forêt, s’emploie à « ramasser du bois mort ». […] il ne connaît pas le chemin, il ne peut le montrer à personne, il ne sait pas où il va, il ne peut y aller d’un pas résolu. Ce désir d’écrire, non avec des idées, mais avec des souvenirs, voire avec les échos de paroles intérieures, lointaines et obscures, peut faire penser à de l’arrogance. Aller au Rwanda m’a fait comprendre que je devais surtout y voir du désespoir et le sentiment, quasi informulable, de ma propre impuissance. Cheminer parmi les ossements et discuter avec les rescapés nous a rendus à la fois plus humbles et plus conscients de ce que nos livres pouvaient faire pour lutter contre le mal.
  • « Génocide et devoir d’imaginaire[1] », Boubacar Boris Diop, Revue d’Histoire de la Shoah, nº 190, 2009, p. 374 (lire en ligne)


Ma conviction est pourtant que les grandes œuvres littéraires sur le génocide d’avril 1994 seront écrites par les Rwandais eux-mêmes, plus tard. Pour cela, il faudra sans doute que le travail du deuil ait été fait, que la douleur ait traversé plusieurs générations et, qu’émergeant d’une longue stupéfaction, les fils trouvent enfin les mots pour dire la folie de leurs pères.
  • « Génocide et devoir d’imaginaire », Boubacar Boris Diop, Revue d’Histoire de la Shoah, nº 190, 2009, p. 381 (lire en ligne)


Mon plus vif souvenir d’enfance : une vaste pièce aux murs clairs et tapissés de livres. C’est le lieu du premier contact avec la langue française et pourtant après plus d’un demi-siècle, je n’en ai pas percé tous les mystères. Pourquoi donc mon père, simple comptable dans l’administration coloniale, s’était-il si lourdement endetté pour acquérir des centaines d’ouvrages que, à vrai dire, je ne l’ai jamais vu lire ?
  • « La Bibliothèque de mon père », Boubacar Boris Diop, Études françaises, vol. 55 nº 3, 2019, p. 127 (lire en ligne)


Chaque livre était son propre monde. Il suffisait de le déchiffrer pour être transporté hors de soi par la puissance des signes. Et l’Afrique dans tout ça ? Je n’en trouvais trace que dans un roman de Jules Verne, L'étonnante aventure de la mission Barsac. […] Je ne me rappelle pas l’histoire mais il est facile d’imaginer les clichés et sottises que pouvait contenir un tel ouvrage. Quoi de plus normal ? La bibliothèque paternelle était en parfaite résonance avec un système éducatif plus soucieux de formater que de former : enfant, il m’était interdit de parler wolof dans la cour de récréation et nos leçons de géographie me faisaient sinuer entre les plus petits ruisseaux de France et de Navarre.
  • « La Bibliothèque de mon père », Boubacar Boris Diop, Études françaises, vol. 55 nº 3, 2019, p. 129 (lire en ligne)


Pour moi, l’image de notre pays arrivé à la croisée des chemins se ramène concrètement au dilemme que voici : choisir entre la conteuse et la bibliothèque paternelle. Le choix n’est certes pas facile : il n’est pas douteux non plus. […] Que reste-t-il de tous les livres du père ? Tous ont été emportés par les vents du néant bien avant sa mort. Ils n’ont jamais vraiment fait partie du patrimoine familial et dans ce sens-là la bibliothèque paternelle était surtout le cercueil des signes. Je sais bien que je leur dois d’avoir, enfant, vibré au rythme de mille imaginaires. Mais à la fin des fins, ils n’ont pas fait le poids face aux paroles d’une conteuse.
  • « La Bibliothèque de mon père », Boubacar Boris Diop, Études françaises, vol. 55 nº 3, 2019, p. 130 (lire en ligne)


Entretiens

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Je crois que le Rwanda m'a redonné le goût des idées simples, cette tragédie m'a appris à appeler les monstres par leur nom.
  • Désir d'Afrique, Boniface Mongo-Mboussa, éd. Gallimard, coll. « Continents noirs », 2002  (ISBN 2-07-076402-8), partie Au cœur des ténèbres : le génocide rwandais, chap. Boubacar Boris Diop : le Rwanda m’a appris à nommer les monstres, p. 185


Le devoir de mémoire n'a de sens que s'il permet d'oublier. Mais ce n'est pas simple ; l'histoire nous enseigne par ailleurs que la mémoire d'un génocide est une mémoire paradoxale : plus le temps passe moins on oublie.
  • Afrique : paroles d'écrivains, Eloïse Brezault, éd. Mémoire d'encrier, 2010  (ISBN 978-2-923713-20-5), p. 74


Si je n’avais pas été au Rwanda, je n’aurais sûrement pas écrit Doomi Golo.
  • « Mettre sa langue à la première place : entretien avec Boubacar Boris Diop », Fatoumata Seck, Études littéraires africaines, nº 46, 2018, p. 93 (lire en ligne)


[…] Plus d’un million de Rwandais sont morts dans cette défense de la langue française. Et cette langue française, elle est mon instrument de travail. […] La langue française, j’étais très heureux de l’utiliser et voilà que, du jour au lendemain, elle se met à puer le sang. Cela vous fait passer très vite l’envie de jouer avec ces mots-là.
  • « Mettre sa langue à la première place : entretien avec Boubacar Boris Diop », Fatoumata Seck, Études littéraires africaines, nº 46, 2018, p. 94 (lire en ligne)


Je l’ai toujours dit, exactement comme vous venez de l’exprimer, si je n'avais pas été au Rwanda, je n'aurais sûrement jamais écrit en wolof. Ça ne veut pas dire que je n'en aurais pas eu envie. […] Ça veut dire que je n’en aurais pas eu la force, c’est pas pareil.
  • Nicolas Herbeaux et Géraldine Mosna-Sovoye, Les Midis de Culture. « Boubacar Boris Diop, écrivain : "Quand j'écris en wolof, c'est le soulagement", France Culture, 15 mars 2024 (accéder en ligne)


Citations sur

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Koulsy Lamko

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Voir le recueil de citations : Koulsy Lamko
Koulsy Lamko
Murambi n'est pas juste un récit fictionnel, un texte de témoignage sur l'itsembabwoko, mais davantage le mot de l'Histoire qui génère une révolution de la pensée, interroge les parcours traumatiques, propose en filigrane, de nouvelles voies pour un cheminement collectif. Boubacar Boris Diop est cette voix de nous peuples, fouettant jusque dans les limbes de notre conscience, la loyauté, l'intégrité, la cohérence sur les chemins de traverse.
  • « Introduction : Décortiquer les gousses de la parole », dans Un cercle autour de Murambi, le livre des ossements, Koulsy Lamko (dir.), éd. L’Harmattan Sénégal, 2023  (ISBN 978-2-14-034210-3), p. 20


Lire ou relire Murambi, le livre des ossements, le partager avec ceux qui daignent encore tendre l'oreille vers les mots, c'est continuer à construire la mémoire, cette immense fonction de l'humain qui fait de nous culture, sédimente les événements, devient sources et ressources dans le processus de l'évolution du temps.
  • « Introduction : Décortiquer les gousses de la parole », dans Un cercle autour de Murambi, le livre des ossements, Koulsy Lamko (dir.), éd. L’Harmattan Sénégal, 2023  (ISBN 978-2-14-034210-3), p. 21


Notes et références

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  1. Précédemment publié dans son ouvrage L'Afrique au-delà du miroir .

Liens externes

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