Autant en emporte le vent (roman)

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Autant en emporte le vent est un roman écrit par Margaret Mitchell. Paru en 1936, il reçu le Pulitzer en 1937.

Première Partie[modifier]

Elle n'avait ni la vie facile ni heureuse, mais elle ne s'attendait pas à mener une vie facile et, si son existence n'était pas heureuse, c'était là le lot des femmes. Le monde était fait pour l'homme et elle en acceptait l'ordonnance. L'homme était maître du domaine, la femme l'administrait. L'homme s'attribuait tout le mérite d'une bonne gestion, la femme louait l'habileté qu'il avait déployée. L'homme mugissait comme un taureau quand il s'était enfoncé une écharde dans le doigt, la femme étouffait les plaintes de l'enfantement de peur de le déranger. Les hommes étaient grossiers et s'enivraient souvent. Les femmes ignoraient les écarts de langage et mettaient les ivrognes au lit sans un mot de reproche. Les hommes étaient brutaux et ne cachaient pas leurs sentiments, les femmes étaient toujours aimantes, gracieuses et misécordieuses.
  • Autant en emporte le vent, Margaret Mitchell (trad. Pierre-François Caillé), éd. Quarto Gallimard, 1936, partie I, chap. III, p. 75


Elle n'avait jamais eu une seule amie et cela ne lui avait pas manqué. Pour elle, toutes les femmes, y compris ses deux sœurs, étaient des ennemies naturelles lancées à la poursuite de la même proie, l'homme. Toutes les femmes, à l'exception de sa mère. Ellen O'Hara était différente et Scarlett la considérait comme un être sacré, étranger à tout le reste de l'humanité. Etant enfant, Scarlett avait confondu sa mère avec la Sainte Vierge, et maintenant qu'elle était plus âgée elle ne voyait pas pourquoi elle changerait d'opinion. Pour elle, Ellen représentait la sécurité totale que seuls le Paradis ou une mère peuvent donner. Elle savait que sa mère était l'incarnation de la justice, de la vérité, de la tendresse aimante, d'une profonde sagesse, bref, qu'elle était une grande dame.
  • Autant en emporte le vent, Margaret Mitchell (trad. Pierre-François Caillé), éd. Quarto Gallimard, 1936, partie I, chap. III, p. 77


Deuxième Partie[modifier]

- Vous êtes splendide quand vous êtes en colère. Tenez, je vous écrase dans mes bras...là...rien que pour voir si vous vous mettrez vraiment en colère. Vous ne pouvez vous imaginer combien vous étiez charmante ce jour-là, aux Douze Chênes, quand vous étiez en colère et que vous lanciez des vases.
- Oh ! voyons... vous n'oublierez donc jamais cela ?
- Non, c'est un des souvenirs auxquels je tiens le plus... le tempérament irlandais perçant sous l'éducation raffinée d'une belle jeune femme du Sud... Vous êtes très irlandaise, n'est-ce pas ?

  • Autant en emporte le vent, Margaret Mitchell (trad. Pierre-François Caillé), éd. Quarto Gallimard, 1936, partie II, chap. IX, p. 225


"Pourquoi es-tu ici, Ashley Wilkes? Pour quelle cause te bats-tu ?" "A coup sûr, ni pour l'honneur ni pour la gloire. La guerre est une chose répugnante et j'ai horreur de ce qui est sale. Je ne suis pas un soldat et je n'ai nul désir de moissonner de vains lauriers sous la gueule des canons. Néanmoins, me voilà en guerre... moi que Dieu avait destiné à n'être qu'un gentilhomme campagnard appliqué à l'étude. Car, Mélanie, les clairons ne fouettent point mon enthousiasme , les tambours ne me rendent point le pas plus léger et je vois trop clairement que nous avons été trahis, trahis par nous-mêmes, Sudistes prétentieux, qui nous imaginions qu'un seul d'entre nous pouvait venir à bout d'une douzaine de Yankees et que le coton pouvait régenter le monde. Trahis aussi par des mots, par des phrases creuses, des préjugés, des haines, les affirmations des gens haut placés, de ces hommes que nous respections et que nous vénérions... "Le Coton roi, l'Esclavage, les Droits des États, Maudits Yankees!"
  • Autant en emporte le vent, Margaret Mitchell (trad. Pierre-François Caillé), éd. Quarto Gallimard, 1936, partie II, chap. XI, p. 242


Rhett avait adopté son air nonchalant. "Toutes les guerres sont sacrées, fit-il d'un ton sous lequel perçait une note d'agacement. Elles sont toutes sacrées pour ceux qui doivent se battre. Si les gens qui les ont déclenchées ne leur donnaient pas ce caractère, qui serait assez fou pour combattre ? Mais peu importent les cris de ralliement que lancent les orateurs aux idiots qui prennent les armes, peu importent les nobles fins qu'ils assignent aux guerres, les guerres n'obéissent jamais qu'à une seule cause, à l'argent. En réalité, toute les guerres ne sont que des querelles d'argent. Mais il y a si peu de gens qui s'en rendent compte. Les clairons, les tambours, les belles paroles des orateurs qui ne partiront pas résonnent trop bien à leurs oreilles. Parfois on donne comme cri de ralliement : "Arrachez le tombeau du Christ aux infidèles !". Parfois : "A bas le papisme", parfois "Liberté", parfois "le Coton, l'Esclavage, les Droits des États"."
  • Autant en emporte le vent, Margaret Mitchell (trad. Pierre-François Caillé), éd. Quarto Gallimard, 1936, partie II, chap. XII, p. 263


Troisième Partie[modifier]

Rhett s'installa sur le siège à son côté et pris les guides.
- Oh ! attendez, s'écria Scarlett. J'ai oublié de fermer la porte d'entrée à clé.
Il fut pris d'un accès de rire tonitruant et fouetta le dos du cheval avec les guides.
- De quoi riez-vous ?
- À l'idée que... que vous allez fermer la porte à clé pour empêcher les Yankee d'entrer, dit-il, et le cheval se mit en marche lentement et comme à contrecœur.

  • Autant en emporte le vent, Margaret Mitchell (trad. Pierre-François Caillé), éd. Quarto Gallimard, 1936, partie III, chap. XXIII, p. 437


- Je vous aime, Scarlett, parce que nous nous ressemblons tant. Nous sommes tous deux des renégats, ma chérie et d'égoïstes canailles. Vous et moi, nous nous soucions fort peu que le monde s'écroule pourvu que nous soyons à l'abri et que nous ayons nos aises.
  • Autant en emporte le vent, Margaret Mitchell (trad. Pierre-François Caillé), éd. Quarto Gallimard, 1936, partie III, chap. XXIII, p. 443


La faim la tenailla de nouveau et elle dit tout haut : " J'en prends Dieu à témoin, j'en prends Dieu à témoin, les Yankees ne m'auront jamais. Je tiendrais bon, et quand j'aurais surmonté tout cela, je n'aurais plus jamais le ventre creux. Non, ni moi ni les miens. Même si je dois voler ou tuer, tant pis, j'en prends Dieu à témoin, je n'aurais plus jamais le ventre creux.
  • Autant en emporte le vent, Margaret Mitchell (trad. Pierre-François Caillé), éd. Quarto Gallimard, 1936, partie III, chap. XXV, p. 489


"Car c'est la seule chose au monde qui dure... et pour tous ceux qui ont une goutte de sang irlandais dans les veines, la terre sur laquelle ils vivent est comme leur mère... c'est la seule chose pour laquelle cela vaille la peine de travailler, de lutter et de mourir." Oui, Tara valait la peine qu'on luttât pour elle et Scarlett acceptait la lutte sans discuter. Personne ne lui arracherait Tara ! Personne ne réussirait à la faire vivre, elle et les siens, aux crochets des parents qui lui restaient. Elle garderait Tara, dût-elle pour cela briser les reins à tous ceux qui y demeuraient.
  • Autant en emporte le vent, Margaret Mitchell (trad. Pierre-François Caillé), éd. Quarto Gallimard, 1936, partie III, chap. XXV, p. 497


- Ah ! fit Mélanie tristement, à quoi va ressembler notre Sud sans tous nos beaux jeunes gens ? Que serait devenu le Sud s'ils avaient vécu ? Nous aurions pu mettre à profit leur courage, leur énergie et leur intelligence. Scarlett, nous qui avons des petits garçons, il faudra les élever pour qu'ils remplacent un jour les hommes qui sont partis, pour qu'ils soient braves comme eux.
- Il n'y aura plus jamais d'hommes comme eux, dit Careen d'une voix douce. Personne ne pourra les remplacer.
Les jeunes filles accomplirent le reste du trajet en silence.

  • Autant en emporte le vent, Margaret Mitchell (trad. Pierre-François Caillé), éd. Quarto Gallimard, 1936, partie III, chap. XXIX, p. 565


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