Augustin Ibazizen

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Augustin-Belkacem Ibazizen, né le 17 mai 1897 à Fort National (Kabylie), mort à Paris le 10 novembre 1980, était un avocat, homme politique et écrivain français.

Le testament d'un Berbère: un itinéraire spirituel et politique, 1984[modifier]

J’ai deux patries, une patrie charnelle qui est ma Kabylie et une Patrie spirituelle et d’élection qui est la France.

Je souffre du conformisme idéologique qui consiste à la vilipender, à la ramener au rang des nations méchantes, égoïstes, sectaires, racistes, incorrigibles. Je sais d’expérience que certains de ses fils peuvent être tels, mais, je sais aussi tous les trésors qu’elle m’a ouverts.

Il me suffit de refaire en pensée le survol que j’ai imaginé tant de fois : partir des tours de Notre-Dame, frôler la Sainte Chapelle, survoler le Louvre, filer vers l’Ouest, ralentir au-dessus du palais de Versailles, passer entre les deux tours de la cathédrale de Chartres pour venir se poser sur le doigt effilé du Mont Saint-Michel et, de la rêver de tout ce qui reste à revoir ou à découvrir de la royale vallée de la Loire, avec ses châteaux et l’ensemble du territoire avec ses cathédrales, ses musées, ses laboratoires, ses savants et ses saints. Comment appartenir à un tel pays et ne pas savoir ce qu’il représente ?
  • Le testament d'un Berbère: un itinéraire spirituel et politique, Augustin Ibazizen, éd. Albatros, 1984, p. 19
Homme droit comme l'épée qui fut la sienne durant sa belle carrière militaire, il était également un chrétien qui ne transigeait point sur les principes fondamentaux de sa religion. Celle-ci était source de sa générosité sociale, de son humanisme profond sous sa forme la plus élévée : la charité, je veux dire l'amour des hommes. Ces caractéristiques indéniables condamnent à elles seules les imputations que ses adversaires déclarés ou camouflés ont déversées sur lui, par haine, par crainte de sa réussite politique et par jalousie partisane. Il n'empêche qu'il les a dominés parce qu'il était, lui, sans haine ; et patriote pur, il avait horreur des procédés d'excitation sociale, conduisant à la guerre civile. Il a été avant tout l'apôtre de la Réconciliation, épithète qu'il ajoutera à l'appellation de son parti. J'ai vu agir le chef et j'ai agi sous son égide; j'ai partagé le pain et le sel à sa table, avec lui, sa femme et ses enfants. Sous ces deux aspects, j'ai pu prendre la mesure de sa stature nationale, civique et morale. [...] Lui, que les communistes traitaient de fasciste, professait un farouche dédain pour la tyrannie et l'aventure. [...] Il rejetait toutes les doctrines excessives, qu'elles fussent de droite ou de gauche, de la demi-gauche ou de la demi-droite. C'était d'ailleurs une terminologie qui faisait mal à son cœur ouvert à tous les Français. Au fond, la Rocque était ce qu'on pourrait appeler un socialiste chrétien. [...] C'est un grand mystère que celui des souffrances et de l'injustice qui frappent les hommes de cette qualité et de cette dimension morale, un des mystères de Dieu qui échappent à notre raison ; mais on ne peut éloigner de son esprit cette idée qu'à propos du sort fait à la Rocque, le bras séculier de la France n'a pas écrit une page d'honneur à son actif.
  • À propos du colonel François de La Rocque, président des Croix-de-feu puis du Parti social français (PSF).
  • Le testament d'un Berbère: un itinéraire spirituel et politique, Augustin Ibazizen, éd. Albatros, 1984, p. 111-112


Le pont de Bereq'Mouch: ou, Le bond de mille ans, 1979[modifier]

Je me suis toujours senti d’Occident et j’ai toujours pensé que ma Kabylie natale en était également malgré les décalages, les malentendus et les frustrations de l’histoire.
  • Le testament d'un Berbère: un itinéraire spirituel et politique, Augustin Ibazizen, éd. Table ronde, 1979, p. 11


[En 1953], mon option française étant inébranlable, c'est avec ce rêve [de communauté franco-algérienne] que je fis précisément mon entrée à l'Assemblée de l'Union française. Au moment où je pénétrai pour la première fois dans la salle du congrès de Versailles bourdonnant encore de tant d'événements politiques [...] je pris conscience du bond prodigieux que j'avais effectué à travers le temps et l'espace, depuis les réunions de djemaâ de mon modeste village qui se déroulaient en plein air, les gens étant assis à terre, jusqu'au palais de Louis XIV où nous siégions sous les ors, les fresques et les plafonds rutilants de lumières. [...] Fortement pénétré de la mission qui m'était confiée, j'avais, en plus, trop de respect pour les fantômes à qui le château devait tant de beauté et de prestige pour ne pas répondre avec empressement aux exigences de mon mandat. [En 1959] je fus accueilli au Conseil d'État avec une sympathie mêlée d'une curiosité de bon aloi... Mânes de Montesquieu, comment peut-on être à la fois Kabyle et conseiller d'État à Paris ?
  • Le testament d'un Berbère: un itinéraire spirituel et politique, Augustin Ibazizen, éd. Table ronde, 1979, p. 301,315


L’histoire ancienne de notre pays et la géopolitique attestent que les Berbères, premiers occupants de l’Afrique du Nord, installés depuis trois ou quatre mille ans, appartenaient à la "civilisation de l’olivier". Ils étaient bel et bien des Méditerranéens d’Occident.
  • Le testament d'un Berbère: un itinéraire spirituel et politique, Augustin Ibazizen, éd. Table ronde, 1979, p. 320


L'aliénation. Voilà un des grands mots d'aujourd'hui. Les doctes sociologues et les psychanalystes s'en sont emparés pour l'appliquer à tout propos, avec ravissement. Depuis que l'Occident a été culpabilisé de ses conquêtes et qu'il s'est retiré des pays occupés, qui forment le gros du Tiers-Monde, le vocable a fait fortune. Il sert à couvrir tous les défoulements, toutes les inaptitudes, tous les refus, toutes les violences. Il est devenu un de ces mots pièges, porteurs d'idées-forces, qui sèment la confusion et qui font barrage sur les voies d'ascension des individus et des peuples. Idées-forces qui poussent certains d'entre eux à haïr à mort et à refuser en bloc l'Occident, symbole du fiel et de l'enfer de la colonisation. Pourtant, tout bilan équitablement dressé, ils doivent quand même à celle-ci d'avoir pu embrayer sur leur avenir. Sans les connaissances et les richesses qu'elle leur a livrées, leurs propres moyens eussent exigé des siècles d'efforts, avant qu'ils ne les acquiè­rent. Là où logiquement les rapports humains devraient rester clairs et confiants, le mot-piège, prêtant à exploitation maligne, a répandu le brouillard et installé la suspicion. Comme si tout n'était pas aliénation dans le monde, depuis la mère qui s'aliène au petit qu'elle nourrit de son lait, jusqu'au saint ermite qui s'aliène à Dieu par adoration, celle-ci étant, disait François Mauriac, la forme d'alié­nation qui « du moins nous préserve de toutes les autres ».
  • Le testament d'un Berbère: un itinéraire spirituel et politique, Augustin Ibazizen, éd. Table ronde, 1979, p. 322


Articles[modifier]

Le Kabyle n’est pas un sémite, mais un méditerranéen confiné par l’histoire dans les montagnes du Djurdjura, et dont la sensibilité est proche de celle des peuples latins. [...] A la différence de l’Arabe, le Kabyle n’a pas le culte de son passé historique qu’il n’oppose pas à l’histoire de France. Le jeune Kabyle n’a pas de dieux, ni la civilisation musulmane, ni le culte de Mahomet : c’est une table rase.
  • Augustin Ibazizen, dans un article de la Nouvelle revue des jeunes (1930) , analysant "L’évolution de la jeunesse kabyle".
  • Algérie: le passé revisité, Chems-Eddine Chitour, éd. Casbah Éditions, 1998, p. 152


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