Anselme de Cantorbéry

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Anselme de Cantorbéry (gravure de la fin du XVIe siècle).

Anselme de Cantorbéry, connu comme le « Docteur magnifique », est un moine bénédictin né à Aoste (Italie) en 1033 ou 1034 et mort à Canterbury le 21 avril 1109.

Proslogion, ou Allocution sur l'Existence de Dieu et sur ses Attributs, 1075[modifier]

Ce qui existe en pensée existe en réalité[modifier]

L'insensé lui-même, en entendant parler d'un être supérieur à tous les autres et au-dessus duquel la pensée ne peut rien concevoir, comprend nécessairement ce qu'il entend ; or, ce qu'il comprend existe dans son esprit, bien qu'il en ignore l'existence extérieure. Car autre chose est l'existence d'un objet dans l'intelligence, autre chose la notion de l'existence de cet objet. Ainsi quand un peintre médite un tableau qu'il va bientôt jeter sur la toile, ce tableau existe déjà dans son esprit ; mais l'artiste n'a pas encore l'idée de l'existence réelle d'une œuvre qu'il n'a pas encore enfantée; il ne peut avoir cette idée que lorsque l'œuvre conçue dans son imagination prend une forme et s'incarne, pour ainsi dire, sous son pinceau. Dès lors cette œuvre existe à la fois et dans l'esprit de l'artiste et dans la réalité. L'insensé lui-même est donc forcé d'avouer qu'il existe, du moins dans l'intelligence, quelque chose au-dessus de laquelle la pensée ne peut rien concevoir, puisqu'en entendant parler de cet être suprême, quel qu'il soit, il comprend ce qu'il entend, et que tout ce qui est compris existe dans l'intelligence.
  • Proslogion (1075), Anselme de Cantorbéry (trad. de Fortia d'Urban), éd. Bibliothèque Ecclésiastique, coll. « Chefs d'œuvres des pères de l'Église », 1838, chap. I.2, p. 437


L'être supérieur n'existe pas uniquement en pensée[modifier]

Or, cet être suprême au-dessus duquel la pensée ne peut rien concevoir ne saurait exister dans l'intelligence seule ; car, en supposant que cela soit, rien n'empêche de le concevoir comme existant aussi dans la réalité, ce qui est un mode d'existence supérieur au premier. Si donc l'être suprême existait dans l'intelligence seule, il y aurait quelque chose que la pensée pourrait concevoir au-dessus de lui ; il ne serait plus l'être par excellence, ce qui implique contradiction. Il existe donc sans aucun doute, et dans l'intelligence et dans la réalité, un être au-dessus duquel la pensée ne peut rien concevoir. Cet être suprême existe si bien qu'il est impossible de concevoir sa non-existence.
  • Proslogion (1075), Anselme de Cantorbéry (trad. de Fortia d'Urban), éd. Bibliothèque Ecclésiastique, coll. « Chefs d'œuvres des pères de l'Église », 1838, chap. I.2, p. 437


Pourquoi Dieu s'est fait homme ? (Cur Deus Homo), 1098[modifier]

De la nécessité d'explications logiques en théologie[modifier]

C’est pourquoi lorsque nous présentons aux infidèles les raisons de convenance que tu proposes comme des représentations picturales d’une histoire accomplie, ils estiment que nous exerçons en quelque sorte notre pinceau sur des nuages, puisque, à leur avis, ce que nous croyons n’est pas une histoire accomplie, mais une fiction. Il faut donc mettre d’abord en évidence la solidité rationnelle de la vérité, c’est-à-dire une nécessité qui prouve que Dieu a dû ou pu s’abaisser jusqu’à ces démarches que nous affirmons ; ensuite, pour donner plus d’éclat à ce qui est constitué pour ainsi dire le corps même de la vérité, tels des motifs peints sur ce corps, on exposera ces raisons de convenance.
  • Pourquoi Dieu s'est fait homme ? (1098), Anselme de Cantorbéry (trad. R. Roque), éd. Cerf, coll. « Source Chrétienne », 1963, p. 223


La satisfaction comme une toilette[modifier]

Anselme : Supposons qu’un homme riche tienne dans sa main une perle précieuse qu’aucune souillure n’a jamais effleurée et que personne d’autre ne puisse enlever de sa main sans sa propre permission : supposons en outre qu’il décide de la cacher dans son propre trésor où se trouve réunis ce qu’il possède de plus cher et de plus précieux.
Boson : Je le conçois comme si nous y étions.
Anselme : Que penser de cet homme s’il permettait que cette même perle soit arrachée de sa main et projetée dans la boue par un envieux, alors qu’il pourrait l’en empêcher, et si, la retirant ensuite de la boue, il la cachait, toute sale et sans la nettoyer, dans quelque coffret personnel propre et précieux, en vue de la conserver à nouveau dans cet état ? Estimerais-tu cet homme sage ?
Boson : Comment le pourrais-je ? N’eut-t-il pas été de beaucoup préférable pour lui de retenir sa perle propre et de la conserver telle plutôt que souillée ?
Anselme : Dieu n’agirait-il pas de la même manière, lui qui, dans le Paradis, tenait comme dans sa propre main l’homme sans péché qu’il se préparait à donner pour compagnon aux anges, et permet que le diable, enflammé de jalousie, le précipitât dans la boue du péché, bien que ce fût avec l’assentiment de l’homme — car si Dieu avait voulu en empêcher le diable, celui-ci n’aurait pas pu tenter l’homme — ; Dieu, dis-je n’agirait-il pas de manière semblable à l’égard de l’homme souillé par la boue du péché, si, sans la moindre toilette, je veux dire sans la moindre satisfaction, il le ramenait néanmoins dans le Paradis dont il a été chassé, pour l’y maintenir à jamais dans ces conditions ?

  • Pourquoi Dieu s'est fait homme ? (1098), Anselme de Cantorbéry (trad. R. Roque), éd. Cerf, coll. « Source Chrétienne », 1963, chap. I.19, p. 313


L'homme est dans une position d'injustice par rapport à Dieu[modifier]

Anselme : Il est donc injuste l’homme qui ne rend pas à Dieu ce qu’il lui doit.
Boson : Ce n’est que trop vrai : car il est injuste parce qu’il ne s’acquitte pas de sa dette ; et il est injuste parce qu’il ne peut s’en acquitter.
Anselme : Or personne ne sera admis à la béatitude dans un état d’injustice, car si la béatitude est une plénitude à quoi rien ne manque, elle ne peut convenir à personne si ce n’est à celui dont la justice est si pure qu’on ne puisse trouver en lui aucune trace d’injustice.

  • Pourquoi Dieu s'est fait homme ? (1098), Anselme de Cantorbéry (trad. R. Roque), éd. Cerf, coll. « Source Chrétienne », 1963, chap. I.24, p. 337


De la nécessité du Christ pour le Salut[modifier]

N’avons-nous pas une preuve suffisante que l’homme peut être sauvé par le Christ (…) et que nous avons mis en lumière que dans l’hypothèse où le Christ n’existerait pas, il est absolument impossible de trouver un moyen de sauver l’homme ?
  • Pourquoi Dieu s'est fait homme ? (1098), Anselme de Cantorbéry (trad. R. Roque), éd. Cerf, coll. « Source Chrétienne », 1963, chap. 35, p. 343


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