Aldo Leopold

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Aldo Leopold, 1946 (cropped).jpg

Aldo Leopold (11 janvier 188721 avril 1948) est un écologiste américain, forestier et environnementaliste.

Almanach d'un comté des sables, 1949[modifier]

L'écologie n'arrive à rien parce qu'elle est incompatible avec notre idée abrahamique de la terre. Nous abusons de la terre parce que nous la considérons comme une commodité qui nous appartient. Si nous la considérons au contraire comme une communauté à laquelle nous appartenons, nous pouvons commencer à l'utiliser avec amour et respect. Il n'y a pas d'autre moyen si nous voulons que la terre survive à l'impact de l'homme mécanisé, et si nous voulons engranger la moisson esthétique qu'elle est capable d'offrir à la culture.
  • Almanach d'un comté des sables, Aldo Leopold, éd. Aubier, 1995  (ISBN 2-7007-2847-5), partie I (« Almanach d'un comté des sables »), p. 14


On court deux dangers spirituels à ne pas posséder une ferme. Le premier est de croire que la nourriture pousse dans les épiceries. Le second, de penser que la chaleur provient de la chaudière. Pour écarter le premier danger, il convient de planter un jardin, de préférence assez loin de toute épicerie susceptible de brouiller la démonstration. Pour le second, il suffit de poser sur ses chenets une bûche de bon chêne, loin de toute chaudière, et de s'y réchauffer tandis qu'une tempête de neige maltraite les arbres au-dehors. Pour peu qu'on l'ait abattu, scié, fendu et transporté soi-même, en laissant son esprit travailler en même temps, on se souviendra longtemps d'où vient la chaleur, avec une profusion de détails qu'ignoreront toujours ceux qui passent le week-end en ville près d'un radiateur.
  • Almanach d'un comté des sables, Aldo Leopold, éd. Aubier, 1995  (ISBN 2-7007-2847-5), partie I (« Almanach d'un comté des sables »), p. 22


C'est au cœur de l'hiver qu'il m'arrive de glaner auprès de mes pins quelque chose de plus important que la politique des bois ou les nouvelles de la météo. Cela arrive de préférence par quelque soirée lugubre, quand tous les détails superflus sont ensevelis sous la neige et que le silence de la tristesse élémentaire pèse à nouveau sur toute forme de vie. Mes pins se tiennent droits comme des piquets, chacun sous sa charge de neige, en rangées successives ; dans la pénombre derrière eux, je sens la présence des autres par centaines. Dans ces moments-là, je ressens une curieuse transfusion de courage.
  • Almanach d'un comté des sables, Aldo Leopold, éd. Aubier, 1995  (ISBN 2-7007-2847-5), partie I (« Almanach d'un comté des sables »), p. 118


Ainsi l'Histoire, des marais comme des marchés, s'achève-t-elle toujours sur un paradoxe. La valeur suprême de ces marais, c'est leur sauvagerie, et la grue est la sauvagerie incarnée. Mais toute protection de la vie sauvage est vouée à l'échec, car pour chérir, nous avons besoin de voir et de caresser, et quand suffisamment de gens ont vu et caressé, il ne reste plus rien à chérir.
  • Almanach d'un comté des sables, Aldo Leopold, éd. Aubier, 1995  (ISBN 2-7007-2847-5), partie II (« Quelques croquis »), p. 134


Nous luttons tous pour la sécurité, la prospérité, le confort, la longévité et l'ennui. Le cerf lutte avec ses longues pattes souples, le vacher avec ses pièges et ses poisons, l'homme d'État avec son stylo, la plupart d'entre nous avec des machines, des bulletins de vote et des dollars, mais cela revient toujours à la même chose : la paix pour notre temps. Un succès relatif en ce domaine n'a rien de pernicieux, peut-être même est-il la condition nécessaire d'une pensée objective, mais une sécurité excessive ne recèle, semble-t-il, que des dangers à long terme. C'est peut-être cela, l'idée contenue dans la proposition de Thoreau : le salut du monde passe par l'état sauvage. C'est peut-être cela, le sens caché du hurlement du loup, bien connu des montagnes, mais rarement perçu par les humains.
  • Almanach d'un comté des sables, Aldo Leopold, éd. Aubier, 1995  (ISBN 2-7007-2847-5), partie II (« Quelques croquis »), p. 172


Le chef de bureau qui envoya le trappeur était un biologiste au fait de l'architecture de l'évolution, mais qui ignorait que les hautes flèches puissent être aussi importantes que les vaches. Il ne prévoyait pas qu'en moins de vingt ans le pays des cow-boys deviendrait un pays de touristes et qu'en tant que tel il aurait plus besoin d'ours que de biftecks. Les députés qui votèrent les crédits nécessaires pour débarrasser les montagnes de leurs ours étaient des fils de pionniers, qui acclamaient les vertus supérieures de la vie pionnière, mais faisaient en même temps tout ce qui était en leur pouvoir pour la supprimer.
  • Almanach d'un comté des sables, Aldo Leopold, éd. Aubier, 1995  (ISBN 2-7007-2847-5), partie II (« Quelques croquis »), p. 176


Ce chant des eaux, tout le monde peut l'entendre, mais il est une autre musique dans ces collines, qui n'est en aucun cas accessible à tous. Pour en percevoir ne fût-ce que quelques notes, il faut commencer par y vivre longtemps, et apprendre le langage des collines et des rivières. Alors, par une nuit tranquille, quand le feu de camp est au plus bas et que les Pléiades ont escaladé les corniches, restez assis où vous êtes et tendez l'oreille pour discerner le hurlement d'un loup, en pensant très fort à tout ce que vous avez vu et essayé de comprendre. Alors, vous l'entendrez peut-être – une vaste harmonie, comme une pulsation – dont la partition s'inscrit sur un millier de collines, dont les notes sont la vie et la mort des animaux et des plantes, dont les rythmes englobent les secondes et les siècles.
  • Almanach d'un comté des sables, Aldo Leopold, éd. Aubier, 1995  (ISBN 2-7007-2847-5), partie II (« Quelques croquis »), p. 192


Il y a des hommes dont la tâche est d'examiner la structure des plantes, des animaux et des sols qui forment les instruments de cet immense orchestre. Ces hommes-là ont le titre de professeurs. Chacun d'entre eux se choisit un instrument et passe ensuite sa vie à le démonter, à décrire ses cordes et ses tables d'harmonie. L'endroit où s'effectue ce démembrement s'appelle une université.
Un professeur a le droit de pincer les cordes de son instrument, mais jamais celui d'un autre ; s'il lui arrive de tendre l'oreille pour distinguer une musique, il ne doit jamais l'avouer devant ses collègues ni devant ses étudiants. Car ils sont tous corsetés par un tabou qui décrète que la construction des instruments est le domaine de la science, tandis que la détection de l'harmonie est le domaine des poètes.
  • Almanach d'un comté des sables, Aldo Leopold, éd. Aubier, 1995  (ISBN 2-7007-2847-5), partie II (« Quelques croquis »), p. 197


La terre, donc, n'est pas que le sol, c'est une fontaine d'énergie qui traverse un circuit de sols, de plantes et d'animaux. Les chaînes alimentaires sont les canaux vivants qui conduisent l'énergie vers le haut ; la mort et la décomposition la ramènent dans le sol. Le circuit n'est pas fermé ; une partie de l'énergie est perdue au cours de la décomposition, une partie est ajoutée en étant absorbée par l'air ; une partie est emmagasinée dans les sols, les tourbes et les forêts anciennes ; mais c'est un circuit autonome, comme un fond de vie automatiquement renouvelé, en augmentation constante. Il y a toujours une perte nette due au lessivage des sols, mais celui-ci est normalement peu important et contrebalancé par la désintégration des roches. Le produit de l'érosion se dépose dans l'océan et réémerge, dans le cours du temps géologique, pour former de nouvelles terres et de nouvelles pyramides.
  • Almanach d'un comté des sables, Aldo Leopold, éd. Aubier, 1995  (ISBN 2-7007-2847-5), partie III (« En fin de compte »), p. 273


La montagne qu'il faut déplacer pour libérer le processus vers une éthique, c'est tout simplement ceci : cessez de penser au bon usage de la terre comme à un problème exclusivement économique. Examinez chaque question en termes de ce qui est éthiquement et esthétiquement juste autant qu'en termes de ce qui est économiquement avantageux. Une chose est juste lorsqu'elle tend à préserver l'intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique. Elle est injuste lorsqu'elle tend à l'inverse.
  • Almanach d'un comté des sables, Aldo Leopold, éd. Aubier, 1995  (ISBN 2-7007-2847-5), partie III (« En fin de compte »), p. 283


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