Transparence
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[modifier] Littérature
[modifier] Prose poétique
[modifier] René Crevel, Le Pont de la mort, 1926
Au fond des océans, tous les Africains crédules qui voulurent faire des voyages à bon compte et moururent près des chaufferies, ressuscitent. Sans doute bientôt seront-ils poissons, puisque déjà leurs jambes deviennent transparentes. Ecoutez leurs chansons sans mots, à la lumière des monstres électriques. Les hippocampes appuient sur leur nombril, comme sur le bouton d'une sonnette électrique. Est-ce pour le thé ? Mais non. Des forêts d'eau, ils montent, points d'interrogation à tête de cheval, jusqu'aux yeux des savants européens qui éclatent dans leur peau terrestre.
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« Le Pont de la mort », René Crevel, La Révolution Surréaliste, nº 7, 15 juin 1926, p. 28
[modifier] Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958
Travaux du poète
Personne ne pourra se nourrir de ces restes desséchés, même mes chiens, mes vices. Espoir, aigle affamé, laisse-moi sur ce rocher semblable au silence. Et toi, vent qui souffle du Passé, souffle avec force, disperse ces quelques syllabes, qu'elles soient air et transparence ! Etre enfin une Parole, un peu d'air dans une bouche pure, un peu d'eau dans des lèvres avides ! Mais déjà l'oubli prononce mon nom : regarde-le briller entre ses lèvres comme l'os brille un instant dans la gueule de la nuit au noir pelage.
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Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Travaux du poète — XIV, p. 58
Note risquée
Te voici déjà parmi les transparences ; multiplié, ton panache ondoie profusément cygne noyé dans sa propre blancheur. Tu te places sur la cime et cloues ton étincelle. Puis, t'inclinant, tu baises les lèvres gercées du cratère. L'heure est venue d'exploser, sans laisser d'autre trace qu'une longue cicatrice dans le ciel. Tu traverses les galeries des sons et disparais dans un cortège de cuivres.
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Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Aigle ou Soleil ? — Note risquée, p. 96
Être naturel
Ils déplient leurs manteaux, ils étendent leurs cascades, ils dévoilent leurs profondeurs, transparence polie au feu — les bleus.
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Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Aigle ou Soleil ? — Être naturel — I, p. 104
[modifier] Récit de voyage
[modifier] Guy de Maupassant, La Vie errante, 1890
La Côte italienne
N’allez point dans ce port, canotiers-caboteurs qui aimez garder sans tache les voiles blanches de vos petits navires.
Savone est gentille pourtant, bien italienne, avec des rues étroites, amusantes, pleines de marchands agités, de fruits étalés par terre, de tomates écarlates, de courges rondes, de raisins noirs ou jaunes et transparents comme s’ils avaient bu de la lumière, de salades vertes épluchées à la hâte et dont les feuilles semées à foison sur les pavés ont l’air d’un envahissement de la ville par les jardins.
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La Vie errante, Guy de Maupassant, éd. P. Ollendorff, 1890, La Côte italienne, p. 28
[modifier] Roman
[modifier] Colette, La Maison de Claudine, 1922
Il n’est qu’un jeune chat, fils d’un de ces rayés. Il porte sur son pelage les raies de la race, les vieilles marques de l’ancêtre sauvage. Mais le sang de sa mère a jeté, sur ces rayures, un voile floconneux et bleuâtre de poils longs, impalpables comme une transparente gaze de Perse. Il sera donc beau, il est déjà ravissant, et nous essayons de le nommer Kamaralzaman — en vain, car la cuisinière et la femme de chambre, qui sont des personnes raisonnables, traduisent Kamaralzaman par Moumou.
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La Maison de Claudine (1922), Colette, éd. Imprimerie Moderne de Nantes, coll. Super-Bibliothèque, 1976 (ISBN 2-261-00093-6), Les Deux Chattes, p. 216
[modifier] Renée Dunan, La Culotte en jersey de soi, 1923
Les femmes ont la langueur qui menace et le fléchissement qui vainc. Les jambes lisses et glacées de soies claires, trépidantes ou croisées, voluptueuses ou rigides donnent à la conversation amusée et cynique leur discrète salacité, courbes turgides des mollets affilés descendant aux chevilles étroites ; carresses des jarrets entrelacés, plénitude d'une chaire ambrée transparente sous le lacis sérique.
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La Culotte en jersey de soi (1923), Renée Dunan, éd. Le Cercle Poche, 2011 (ISBN 978-2-84714-152-8), p. 19
Ça et là, un genou cambre le tissu transparent et luit comme un fruit, tandis que les bouches arquées découvrent les dents nettes, au rythme des mots lents suivis de gestes rares et félins.
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La Culotte en jersey de soi (1923), Renée Dunan, éd. Le Cercle Poche, 2011 (ISBN 978-2-84714-152-8), p. 19
[modifier] André Breton, L'Amour fou, 1937
Je t'aime jusqu'à me perdre dans l'illusion qu'une fenêtre est pratiquée dans un pétale du datura trop opaque ou trop transparent, que je suis seul ici sous l'arbre et qu'à un signal qui se fait merveilleusement attendre je vais aller te rejoindre dans la fleur fascinante et fatale.
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L'Amour fou, André Breton, éd. Gallimard, 1976 (ISBN 978-2070367238), p. 111 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
Comme tout s'embellit à la lueur des flammes ! Le moindre débris de verre trouve moyen d'être à la fois bleu et rose. De ce palier supérieur du Teide où l'oeil ne découvre plus la moindre herbe, où tout pourrait être si glacé et si sombre, je contemple jusqu'au vertige tes mains ouvertes au-dessus du feu de brindilles que nous venons d'allumer et qui fait rage, tes mains enchanteresses, tes mains transparentes qui planent sur le feu de ma vie.
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L'Amour fou, André Breton, éd. Gallimard, 1976 (ISBN 978-2070367238), p. 140 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
[modifier] Vladimir Nabokov, La Transparence des choses, 1972
Pour des raisons optiques et animales, l'amour sexuel est moins transparent que beaucoup d'autres choses nettement plus compliquées.
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La Transparence des choses (1972), Vladimir Nabokov (trad. Donald Harper et Jean-Bernard Blandenier), éd. Arthème Fayard, coll. Folio, 1979, p. 31