Requin

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Watson and the SharkJohn Singleton Copley (1778)

Sommaire

[modifier] Littérature

[modifier] Nouvelle

[modifier] Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904

Je serais une chair bleue et noire, plus gonflée qu’une outre rebondie. Les requins happeraient par-ci, par-là, un de mes membres disjoints. Et, lorsque je descendrais au fond des flots, des crabes grimperaient obliquement le long de ma pourriture et s’en repaîtraient avec gloutonnerie...

  • La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Dame à la louve, p. 16


[modifier] Poésie

[modifier] Benjamin Péret, Jack l'égareur, 1923

Amour haut parleur sirènes à corps d'oiseaux,
je vous quitte.
Je vais goûter le silence cette belle algue où dorment les requins.

  • « Jack l'égareur », Benjamin Péret, Littérature Nouvelle Série, nº 11/12, Octobre 1923, p. 7


[modifier] Prose poétique

[modifier] Robert Desnos, Deuil pour deuil, 1924

Des coups de queue [...] transforment la calme surface où rêvaient des îles à Gauguin et les femmes, étoiles de rêve penchées sur leur propre image, au hublot, oeil rouge de paquebot, se demandent quelle passion prodigieuse agite soudain ces ventres blancs d'argent, ces redoutables mâchoires quadruples au palais rouge tendre et ces échines d'une couleur rappelant de pacifiques canapés dans des fumoirs mondains sans se douter que le bâtiment spécialement construit pour leur croisière lointaine a seul réveillé ces monstres aquatiques, sonné à leurs nageoires un désir de voyage et doté leur structure robuste d'une agilité nouvelle pour aller vers des côtes tempérées, glaciales ou tropicales chercher un nouveau butin, quitte à se contenter de l'hécatombe sans honneur de milliers de crevettes rouges dans une eau peu profonde.


[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927

La sirène dressa vers l’escalier sa main blanche et palmée :
« Prends garde, Corsaire Sanglot, pillard de méduses, ravageur d’astéries, assassin des requins ! On ne résiste pas impunément à mon regard. »


[modifier] Roman

[modifier] James Joyce, Ulysse, 1922

Accroché à une planche ou à califourchon sur un mât, enragé à vivre, ceinture de sauvetage en rond autour de lui, de l'eau salée à pleines goulées, et c'est le dernier coup pour bibi avant que les requins n'en fassent qu'une bouchée. Est-ce que les poissons n'ont jamais le mal de mer ?
Après c'est le calme magnifique sans un nuage, mer d'huile, pacifique, l'équipage et le cargo en petits morceaux dans les boyaux du Père Océan. Et la lune qui regarde ça. Pas ma faute, mon vieux fendant.


[modifier] Boris Vian, L'écume des jours, 1947

La souris écarta les mâchoires du chat et fourra sa tête entre les dents aiguës. Elle la retira presque aussitôt.
— Dis donc, dit-elle, tu as mangé du requin, ce matin ?
— Ecoute, dit le chat, si ça ne te plaît pas, tu peux t'en aller. Moi ce truc-là, ça m'assomme. Tu te débrouilleras toute seule.
Il paraissait fâché.
— Ne te vexe pas, dit la souris.
Elle ferma ses petits yeux noirs et replaça sa tête en position. Le chat laissa reposer avec précaution ses canines acérées sur le cou doux et gris. Les moustaches noires de la souris se mêlaient aux siennes. Il déroula sa queue touffue et la laissa traîner sur le trottoir.
Il venait, en chantant, onze petites filles aveugles de l'orphelinat de Jules l'Apostolique.

  • L'écume des jours (1947), Boris Vian, éd. Pauvert, 1963 (ISBN 2-7202-1311-02), LXVIII., p. 215
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