Gaston Bachelard

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Gaston Bachelard, né à Bar-sur-Aube le 27 juin 1884 et mort à Paris le 16 octobre 1962, est un philosophe des sciences et de la poésie français.

Sommaire

[modifier] Le Nouvel Esprit scientifique, 1934

Au-dessus du sujet, au-delà de l’objet, la science moderne se fonde sur le projet. Dans la pensée scientifique, la méditation de l’objet par le sujet prend toujours la forme du projet.

  • Le Nouvel Esprit scientifique, Gaston Bachelard, éd. PUF, 1934, p. 15


[modifier] La Formation de l'esprit scientifique, 1938

La science de la réalité ne se contente plus du comment phénoménologique ; elle cherche le pourquoi mathématique.

  • La Formation de l'esprit scientifique, Gaston Bachelard, éd. Vrin, 1938, p. 5

Une expérience scientifique est […] alors une expérience qui contredit l'expérience commune.

  • La Formation de l'esprit scientifique, Gaston Bachelard, éd. Vrin, 1938, p. 10


La science est l'esthétique de l'intelligence.

  • La Formation de l'esprit scientifique, Gaston Bachelard, éd. Vrin, 1938, p. 10


La connaissance du réel est une lumière qui projette toujours quelque part des ombres.

  • La Formation de l'esprit scientifique, Gaston Bachelard, éd. Vrin, 1938, p. 13


La science, dans son besoin d'achèvement comme dans son principe, s'oppose absolument à l'opinion. S'il lui arrive, sur un point particulier, de légitimer l'opinion, c'est pour d'autres raisons que celles qui fondent l'opinion, de sorte que l'opinion a, en droit, toujours tort. L'opinion pense mal, elle ne pense pas, elle traduit des besoins, en connaissances. En désignant les objets par leur utilité, elle s'interdit de les connaître. On ne peut rien fonder sur l'opinion : il faut d'abord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter. Il ne suffirait pas, par exemple, de la rectifier sur des points particuliers, en la maintenant, comme une sorte de morale provisoire, une connaissance vulgaire provisoire. L'esprit scientifique nous interdit d'avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons pas formuler clairement. Avant tout il faut savoir poser des problèmes. Et quoi qu'on dise, dans la vie scientifique, les problèmes ne se posent pas d'eux-mêmes. C'est précisément ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique toute connaissance est une réponse a une question. S'il n'y a pas eu de question il ne peut pas avoir connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n'est donné. Tout est construit.

  • La Formation de l'esprit scientifique, Gaston Bachelard, éd. Vrin, 1938, p. 14


Face au réel, ce qu'on croit savoir clairement offusque ce qu'on devrait savoir. Quand il se présente à la culture scientifique, l'esprit n'est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l'âge de ses préjugés. Accéder à la science, c'est, spirituellement, rajeunir, c'est accepter une mutation brusque qui doit contredire un passé.

  • La Formation de l'esprit scientifique, Gaston Bachelard, éd. Vrin, 1938, p. 14


Ainsi toute culture scientifique doit commencer […] par une catharsis intellectuelle et affective.

  • La Formation de l'esprit scientifique, Gaston Bachelard, éd. Vrin, 1938, p. 18


Nous comprenons la Nature en lui résistant.

  • La Formation de l'esprit scientifique, Gaston Bachelard, éd. Vrin, 1938, p. 23


Une connaissance générale est presque fatalement une connaissance vague.

  • La Formation de l'esprit scientifique, Gaston Bachelard, éd. Vrin, 1938, p. 72

[modifier] La Psychanalyse du feu, 1938

Loin de s'émerveiller, la pensée objective doit ironiser.

  • La Psychanalyse du feu, Gaston Bachelard, éd. Gallimard, coll. NRF idées, 1949, avant-propos, p. 9-10


Le rêve chemine linéairement, oubliant son chemin en courant. La rêverie travaille en étoile. Elle revient à son centre pour lancer de nouveaux rayons.

  • La Psychanalyse du feu, Gaston Bachelard, éd. Gallimard, coll. NRF idées, 1949, chap. 2 (« Feu et rêverie »), p. 32


La conquête du superflu donne une excitation spirituelle plus grande que la conquête du nécessaire. L'homme est une création du désir, non pas une création du besoin.

  • La Psychanalyse du feu, Gaston Bachelard, éd. Gallimard, coll. NRF idées, 1949, chap. 2 (« Feu et rêverie »), p. 34


Le rêve est plus fort que l'expérience.

  • La Psychanalyse du feu, Gaston Bachelard, éd. Gallimard, coll. NRF idées, 1949, chap. 2 (« Feu et rêverie »), p. 40


L'amour n'est qu'un feu à transmettre. Le feu n'est qu'un amour à surprendre.

  • La Psychanalyse du feu, Gaston Bachelard, éd. Gallimard, coll. NRF idées, 1949, chap. 3 (« Psychanalyse et préhistoire »), p. 48


Avant d'être le fils du bois, le feu est le fils de l'homme.

  • La Psychanalyse du feu, Gaston Bachelard, éd. Gallimard, coll. NRF idées, 1949, chap. 3 (« Psychanalyse et préhistoire »), p. 49


La manière dont on imagine est souvent plus instructive que ce qu'on imagine.

  • La Psychanalyse du feu, Gaston Bachelard, éd. Gallimard, coll. NRF idées, 1949, chap. 3 (« Psychanalyse et préhistoire »), p. 54


Pour être heureux, il faut penser au bonheur d'un autre.

  • La Psychanalyse du feu, Gaston Bachelard, éd. Gallimard, coll. NRF idées, 1949, conclusion, p. 181


[modifier] La Philosophie du non, 1940

L'esprit scientifique ne peut se constituer qu'en détruisant l'esprit non scientifique. Trop souvent le savant se confie à une pédagogie fractionnée alors que l'esprit scientifique devrait viser à une réforme subjective totale. Tout réel progrès dans la pensée scientifique nécessite une conversion.

  • La Philosophie du non, Gaston Bachelard, éd. PUF, 1962, p. 8


Pour que nous ayons quelque garantie d'être du même avis, sur une idée particulière, il faut, pour le moins, que nous n'ayons pas été du même avis. Deux hommes, s'ils veulent s'entendre vraiment, ont dû d'abord se contredire. La vérité est fille de la discussion, non pas fille de la sympathie.

  • La Philosophie du non, Gaston Bachelard, éd. PUF, 1962, p. 134


[modifier] L'Eau et les Rêves, 1942

Au fond de la matière pousse une végétation obscure ; dans la nuit de la matière fleurissent des fleurs noires. Elles ont déjà leurs velours et la formule de leur parfum.

  • L'Eau et les Rêves, Gaston Bachelard, éd. José Corti, 1942, p. 3


La mort quotidienne n'est pas la mort exubérante du feu qui perce le ciel de ses flèches ; la mort quotidienne est la mort de l'eau. L'eau coule toujours, l'eau tombe toujours, elle finit toujours en sa mort horizontale. Dans d'innombrables exemples nous verrons que pour l'imagination matérialisante la mort de l'eau est plus songeuse que la mort de la terre : la peine de l'eau est infinie.

  • L'Eau et les Rêves, Gaston Bachelard, éd. José Corti, 1942, p. 9


C'est près de l'eau que j'ai le mieux compris que la rêverie est un univers en émanation, un souffle odorant qui sort des choses par l'intermédiaire d'un rêveur. Si je veux étudier la vie des images de l'eau, il me faut donc rendre leur rôle dominant à la rivière et aux sources de mon pays. Je suis né dans un pays de ruisseaux et de rivières, dans un coin de Champagne vallonnée, dans le Vallage, ainsi nommé à cause du grand nombre de ses vallons. La plus belle des demeures serait pour moi au creux d'un vallon, au bord d'une eau vive, dans l'ombre courte des saules et des osières.

  • L'Eau et les Rêves, Gaston Bachelard, éd. José Corti, 1942, p. 11


C'est en se tenant assez longtemps à la surface irisée que nous comprendrons le prix de la profondeur.

  • L'Eau et les Rêves, Gaston Bachelard, éd. José Corti, 1942, p. 16


La barque de Caron va toujours aux enfers. Il n'y a pas de nautonier du bonheur.

  • L'Eau et les Rêves, Gaston Bachelard, éd. José Corti, 1942, p. 108


[modifier] L'Air et les Songes, 1943

L'homme en tant qu'homme ne peut vivre horizontalement. Son repos, son sommeil est le plus souvent une chute.

  • L'Air et les Songes, Gaston Bachelard, éd. José Corti, 1950, introduction, p. 19


Le verbe n’est-il pas la première allégresse ? La parole a une tonicité si elle espère.

  • L'Air et les Songes, Gaston Bachelard, éd. José Corti, 1950, introduction, p. 20


Imaginer, c'est hausser le réel d'un ton.

  • L'Air et les Songes, Gaston Bachelard, éd. José Corti, 1950, p. 98


Il faut que l'imagination prenne trop pour que la pensée ait assez.

  • L'Air et les Songes, Gaston Bachelard, éd. José Corti, 1950, p. 288


[modifier] La Terre et les Rêveries du repos, 1946

L'imagination n'est rien d'autre que le sujet transporté dans les choses.

  • La Terre et les Rêveries du repos, Gaston Bachelard, éd. José Corti, 1948, p. 3


L'imagination […] trouve plus de réalité à ce qui se cache qu'à ce qui se montre.

  • La Terre et les Rêveries du repos, Gaston Bachelard, éd. José Corti, 1948, p. 25


[modifier] La Terre et les Rêveries de la volonté, 1948

L'imagination créatrice a de tout autres fonctions que celles de l'imagination reproductrice. À elle appartient cette fonction de l'irréel qui est psychiquement aussi utile que la fonction du réel si souvent évoquée par les psychologues pour caractériser l'adaptation d'un esprit à une réalité estampillée par les valeurs sociales.

  • La Terre et les Rêveries de la volonté, Gaston Bachelard, éd. José Corti, 1948, p. 3


Ainsi une statue, c’est aussi bien l’être humain immobilisé par la mort que la pierre qui veut naître dans une forme humaine. La rêverie qui contemple une statue est alors animée dans un rythme d’immobilisation et de mise en mouvement. Elle est naturellement livrée à une ambivalence de la mort et de la vie.

  • La Terre et les Rêveries de la volonté, Gaston Bachelard, éd. José Corti, 1948, p. 227-228


[modifier] La Dialectique de la durée, 1950

La pensée pure doit commencer par un refus de la vie. La première pensée claire, c'est la pensée du néant.

  • La Dialectique de la durée, Gaston Bachelard, éd. PUF, 1950, p. 9


[modifier] La Poétique de l'espace, 1957

La devise du mollusque serait alors : il faut vivre pour bâtir sa maison et non bâtir sa maison pour y vivre.

  • La Poétique de l'espace, Gaston Bachelard, éd. PUF, 1961, p. 106


La paix de la forêt est […] une paix de l'âme. La forêt est un état d'âme.

  • La Poétique de l'espace, Gaston Bachelard, éd. PUF, 1961, p. 171


Si l'on nous demandait le bienfait le plus précieux de la maison, nous dirions : la maison abrite la rêverie, la maison protège le rêveur, la maison nous permet de rêver en paix.

  • La Poétique de l'espace, Gaston Bachelard, éd. PUF, 1961, p. 25-26


Les mots — je l'imagine souvent — sont de petites maisons, avec cave et grenier. Le sens commun séjourne au rez-de chaussée, toujours prêt au « commerce extérieur », de plain-pied avec autrui, ce passant qui n'est jamais un rêveur. Monter l'escalier dans la maison du mot c'est, de degré en degré, abstraire. Descendre à la cave, c'est rêver, c'est se perdre dans les lointains couloirs d'une étymologie incertaine, c'est chercher dans les mots des trésors introuvables. Monter et descendre, dans les mots mêmes, c'est la vie du poète. Monter trop haut, descendre trop bas est permis au poète qui joint le terrestre à l'aérien. Seul le philosophe sera-t-il condamné par ses pairs à vivre toujours au rez-de-chaussée ?

  • La Poétique de l'espace, Gaston Bachelard, éd. PUF, 1961, p. 139


[modifier] Études

C'est l'objectivation qui domine l'objectivité ; l'objectivité n'est que le produit d'une objectivation correcte.