Denis Diderot

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Denis Diderot

Denis Diderot (1713 - 1784) est un écrivain, encyclopédiste et philosophe français.

Pensées philosophiques[modifier]

On doit exiger de moi que je cherche la vérité, mais non que je la trouve.

  • Pensées philosophiques (1746), Denis Diderot, éd. Thomas Crudeli, 1777, pensée 29, p. 53

Entretiens sur « Le Fils naturel » : Dorval et moi[modifier]

Dorval: « L'homme le plus heureux est celui qui fait le bonheur d'un plus grand nombre d'autres. »

  • Dorval répète ici les mots d’une nommée Constance Clairon.
  • « Entretiens sur "Le Fils naturel" : Dorval et moi » (1757), dans Œuvres complètes de Diderot, Jules Assézat, éd. Garnier, 1875, t. 7, p. 126


Supplément au Voyage de Bougainville[modifier]

Méfiez-vous de celui qui veut mettre de l'ordre. Ordonner, c'est toujours se rendre le maître des autres en les gênant : et les Calabrais sont presque les seuls à qui la flatterie des législateurs n'en ait point encore imposé.


A. Et la jalousie ?
B. Passion d'un animal indigent et avare qui craint de manquer; sentiment injuste de l'homme; conséquence de nos fausses mœurs, et d'un droit de propriété étendu sur un objet sentant, pensant, voulant et libre.


Orou : La vie sauvage est si simple, et nos sociétés sont des machines si compliquées ! L’Otaïtien touche à l’origine du monde et l’Européen touche à sa vieillesse. L’intervalle qui le sépare de nous est plus grand que la distance de l’enfant qui naît à l’homme décrépit. Il n’entend rien à nos usages, à nos lois, ou il n’y voit que des entraves déguisées sous cent formes diverses, entraves qui ne peuvent qu’exciter l’indignation et le mépris d’un être en qui le sentiment de la liberté est le plus profond des sentiments.


Orou : Dis-moi si, dans quelque contrée que ce soit, il y a un père qui, sans la honte qui le retient, n'aimât mieux perdre son enfant, un mari qui n'aimât mieux perdre sa femme, que sa fortune et l'aisance de toute sa vie.

  • « Supplément au voyage de Bougainville » (1772), dans Oeuvres de Denis Diderot, Denis Diderot, éd. Brière, 1821, t. 2, p. 401


Essai sur les règnes de Claude et de Néron[modifier]

Mille hommes qui ne craignent pas pour leur vie, sont plus redoutables que dix mille qui craignent pour leur fortune.

  • Essai sur les règnes de Claude et de Néron, Denis Diderot, éd. Frères de Bure, 1779, p. 440


Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers[modifier]

Aucun homme n'a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du ciel.

  • (fr) Aucun homme n'a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d'en jouir aussitôt qu'il jouit de la raison. Si la nature a établi quelque autorité, c'est la puissance paternelle ; mais la puissance paternelle a ses bornes, et dans l'état de nature elle finirait aussitôt que les enfants seraient en état de se conduire. Toute autre autorité vient d'une autre origine que de la nature. Qu'on examine bien, et on la fera toujours remonter à l'une de ces deux sources : ou la force et la violence de celui qui s'en est emparé, ou le consentement de ceux qui s'y sont soumis par un contrat fait ou supposé entre eux, et celui à qui ils ont déféré l'autorité.


Jacques le fataliste et son maître, 1796[modifier]

Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils ? Que vous importe ? D’où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l’on sait où l’on va ?

  • Première phrase du livre.


Si l'on ne dit presque rien dans ce monde, qui soit entendu comme on le dit, il ya bien pis, c'est qu'on n'y fait presque rien qui soit jugé comme on l'a fait.


C'est qu'il n'y a du danger que pour ceux qui parlent, et je me tais.


Vous êtes quelquefois si profond et si sublime, que je ne vous entends pas.


Salons[modifier]

Jamais aucune religion ne fut aussi féconde en crimes que le christianisme ; depuis le meurtre d'Abel jusqu'au supplice de Calas, pas une ligne de son histoire qui ne soit ensanglantée.

  • « Salon de 1763 » (1763), dans Oeuvres complètes de Diderot, Denis Diderot, éd. Garnier, 1876, t. 10, p. 185


[...]sachez qu'une allégorie commune quoique neuve, est mauvaise, et qu'une allégorie sublime, n'est bonne qu'une fois. C'est un bon mot usé, dès qu'il est redit

  • A propos du tableau de Lagrenée "Le Clergé ou la Religion qui converse avec la Vérité".
  • « Ruines et Paysages - Salon de 1767 » (1767), dans Salons, Denis Diderot, éd. Hermann, 1995, t. III, p. 123


Elle est belle, très belle de visage et de toute sa personne, belles formes, belle peau, belles mains, de la jeunesse, de la fraicheur, de la noblesse ; je ne sais pour moi ce qu'il fallait au fils de Jacob. Je n'en aurais pas demandé davantage, et je me suis quelquefois contenté de moins. Il est vrai que je n'ai pas l'honneur d'être fils de patriarche.

  • A propos d'un tableau de Lagrenée "Le Chaste Joseph".
  • « Ruines et Paysages - Salon de 1767 » (1767), dans Salons, Denis Diderot, éd. Hermann, 1995, t. III, p. 125


On parlera de La Tour ; mais on verra Chardin

  • A propos de deux tableaux de Chardin.
  • « Ruines et Paysages - Salon de 1767 » (1767), dans Salons, Denis Diderot, éd. Hermann, 1995, t. III, p. 173


On s'arrête devant un Chardin, comme d'instinct, comme un voyageur fatigué de sa route va s'asseoir, sans presque s'en apercevoir, dans l'endroit qui lui offre un siège de verdure, du silence, des eaux, de l'ombre et du frais.

  • A propos de deux tableaux de Chardin.
  • « Ruines et Paysages - Salon de 1767 » (1767), dans Salons, Denis Diderot, éd. Hermann, 1995, t. III, p. 174


Un plaisir qui n’est que pour moi me touche faiblement et dure peu. C’est pour moi et pour mes amis que je lis, que je réfléchis, que j’écris, que je médite, que j’entends, que je regarde, que je sens. Dans leur absence, ma dévotion rapporte tout à eux. Je songe sans cesse à leur bonheur. Une belle ligne me frappe-t-elle ; ils la sauront. Ai-je rencontré un beau trait, je me promets de leur en faire part. Ai-je sous les yeux quelque spectacle enchanteur, sans m’en apercevoir je médite le récit pour eux. Je leur ai consacré l’usage de tous mes sens et de toutes mes facultés ; et c’est peut être la raison pour laquelle tout s’exagère, tout s’enrichit un peu dans mon imagination et dans mon discours. Ils m’en font quelquefois un reproche ; les ingrats !

  • A propos des œuvres de Vernet.
  • « Ruines et Paysages - Salon de 1767 » (1767), dans Salons, Denis Diderot, éd. Hermann, 1995, t. III, p. 194


[...]songez que, quoique l'ambroisie dont les dieux du paganisme s'enivraient, fût une boissons très légère, et que la vision béatifique dont nos bienheureux se repaissent, soit une viande fort creuse, ils n'en vient pas moins des êtres dodus, charnus, gras, solides et potelés, et que les fesses de Ganimède et les tétons de la Vierge Marie doivent être aussi bons à prendre qu'à aucun giton, qu'à aucune catin de ce monde pervers.

  • A propos du tableau de Doyen "le Miracle des Ardents".
  • « Ruines et Paysages - Salon de 1767 » (1767), dans Salons, Denis Diderot, éd. Hermann, 1995, t. III, p. 261


Les poètes, prophètes et presbytes sont sujets à voir les mouches comme des éléphants ; les philosophes myopes à réduire les éléphants à des mouches. La poésie et la philosophie sont les deux bouts de la lunette.

  • A propos d'un tableau d'Hubert Robert.
  • « Ruines et Paysages - Salon de 1767 » (1767), dans Salons, Denis Diderot, éd. Hermann, 1995, t. III, p. 343-344


Correspondance[modifier]

[C]ette religion étant, à mon sens, la plus absurde et la plus atroce dans ses dogmes; la plus inintelligible, la plus métaphysique, la plus entortillée et par conséquent la plus sujette à divisions, sectes, schismes, hérésies; la plus funeste à la tranquillité publique, la plus dangereuse pour les souverains par son ordre hiérarchique, ses persécutions et sa discipline; la plus plate, la plus maussade, la plus gothique et la plus triste dans ces cérémonies; la plus puérile et la plus insociable dans sa morale considérée, non dans ce qui lui est commun avec la morale universelle, mais dans ce qui lui est propre et ce qui la constitue morale évangélique, apostolique et chrétienne; la plus intolérante de toutes.

  • « Lettre à Viallet » (Juillet 1766), dans Correspondance Inédite, Denis Diderot, éd. Gallimard, 1931, p. 333


Fixez, avec le plus de justesse et d'impartialité que vous pourrez, les prérogatives de l'homme et de la femme ; mais n'oubliez pas que, faute de réflexion et de principes, rien ne pénètre jusqu'à une certaine profondeur de conviction dans l'entendement des femmes ; que les idées de justice, de vertu, de vice, de bonté, de méchanceté, nagent à la superficie de leur âme ; qu'elles ont conservé l'amour-propre et l'intérêt personnel avec toute l'énergie de nature ; et que, plus civilisées que nous en dehors, elles sont restées de vraies sauvages en dedans, toutes machiavélistes, du plus au moins. Le symbole des femmes en général est celle de l'Apocalypse, sur le front de laquelle il est écrit : MYSTÈRE.


Citations faussement attribuées[modifier]

La raison est à l'égard du philosophe, ce que la grâce est à l'égard du chrétien.

  • Cette citation a longtemps été attribuée à Diderot, cependant l'entrée Philosophe de l'Encyclopédie a été écrite par César Chesneau Dumarsais, à qui en revient donc la paternité.
  • Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, éd. Samuel Faulche, 1765, vol. 12, article « Philosophe », p. 509 (voir la fiche de référence de l'œuvre)


Il existe un lien secret entre [toutes les femmes], comme entre tous les prêtres d'une même religion. Elles se haïssent, mais elles se protègent.

  • Physiologie du mariage (1829), Honoré de Balzac, éd. Charpentier, 1838, p. 289


D'autres auteurs le concernant[modifier]

Diderot fut cet homme, moule vaste et bouillonnant où tout se fond, où tout se broie, où tout fermente ; capacité la plus encyclopédique qui fût alors, mais capacité active, dévorante à la fois et vivifiante, animant, embrasant tout ce qui y tombe et le renvoyant au dehors dans des torrents de flamme et aussi de fumée ; Diderot passant d'une machine à bas qu'il démonte et décrit aux creusets de d'Holbach et de Rouelle, aux considérations de Bordeu ; disséquant, s'il le veut, l'homme et ses sens aussi dextrement que Condillac, dédoublant le fil de cheveu le plus ténu sans qu'il se brise, puis tout d'un coup rentrant au sein de l'être, de l'espace, de la nature et taillant en plein dans la grande géométrie métaphysique quelques larges lambeaux, quelques pages sublimes et lumineuses que Malebranche ou Leibniz auraient pu signer avec orgueil s'ils n'eussent été chrétiens ; esprit d'intelligence, de hardiesse et de conjecture, alternant du fait à la rêverie, flottant de la majesté au cynisme, bon jusque dans son désordre, un peu mystique dans son incrédulité et auquel il n'a manqué, comme à son siècle, pour avoir l'harmonie, qu'un rayon divin, un fiat lux, une idée régulatrice, un Dieu.
Entre Voltaire, Buffon, Rousseau et d'Holbach, entre les chimistes et les beaux esprits, entre les géomètres, les mécaniciens et les littérateurs, entre ces derniers et les artistes, sculpteurs ou peintres, entre les défenseurs du goût ancien et les novateurs comme Sedaine, Diderot fut un lien. Il était bien propre à être le centre mobile, le pivot du tourbillon ; à mener la ligue à l'attaque avec concert, inspiration et quelque chose de tumultueux et de grandiose dans l'allure.

  • Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès, Charles-Augustin Sainte-Beuve, éd. Hermann (éditeurs des sciences et des arts), coll. Collection savoir : lettres, 1992 (ISBN 2-7056-6178-6), partie Diderot, Juin 1831. Portraits littéraires, t. I, p. 54


Diderot est un homme consolant à voir et à considérer. Il est le premier grand écrivain en date qui appartienne décidément à la moderne société démocratique. Il nous montre le chemin et l'exemple : être ou n'être pas des académies, mais écrire pour le public, s'adresser à tous, improviser, se hâter sans cesse, aller au réel, au fait, même quand on a le culte de la rêverie ; donner, donner, donner encore, sauf à ne recueillir jamais ; plutôt s'user que se rouiller, c'est sa devise. Voilà ce qu'il a fait jusqu'à la fin, avec énergie, avec dévouement, avec un sentiment parfois douloureux de cette déperdition continuelle.

  • Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès, Charles-Augustin Sainte-Beuve, éd. Hermann (éditeurs des sciences et des arts), coll. Collection savoir : lettres, 1992 (ISBN 2-7056-6178-6), partie Diderot, 20 janvier 1851. Causeries du lundi, t. III, p. 54


[Diderot] est très moral, n’aime pas les plaisanteries chez les autres, veut que le passé soit un modèle, le présent un exemple et le futur un ordre.

  • Dictionnaire égoïste de la littérature française, Charles Dantzig, éd. Grasset, 2005, p. 253


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