Chat
Le chat est un félin de petite taille, généralement domestiqué.
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[modifier] Littérature
[modifier] Écrit intime
[modifier] Salvador Dali, Les moustaches radar, 1964
N'oublions pas que ces orgies d'informations devront être abondamment arrosées par le sang et le bruit de fortes doses d'opéras, d'irrationalité concrète, de musique concrétissime et de décors abstraits mathieusiens et millarésiens, comme celles déjà fameuses ou Dali veut le volume de bruit lyrique provoqué par la castration-supplice et la mise à mort de 558 porcs sur fond sonore de 300 motocyclettes, moteurs en marche, sans jamais oublier les hommages rétrospectifs tels que les passages d'orgue remplis de chats attachés aux claviers afin de mêler leurs miaulements irascibles à la divine musique du Padre Vittoria que Philippe II d'Espagne pratiqua déjà en son temps.
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Les moustaches radar (1964), Salvador Dali, éd. Gallimard, coll. Folio, 2008 (ISBN 9782070317004), p. 110
[modifier] Poésie
[modifier] Robert Desnos, Rrose Sélavy, 1922
André Breton serait-il déjà condamné à la tâche de tondre en enfer des chats d'ambre et de jade ?
- Cette citation provient d'une revue dirigée par André Breton.
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« Rrose Sélavy », Robert Desnos, Littérature Nouvelle Série, nº 7, Décembre 1922, p. 17
[modifier] Prose poétique
[modifier] Joseph Delteil, Échec, 1923
Je me chaussais de bottes, et je devins rapidement végétarien. Ma mère arrosait les salades. Mais mon père, médiocre chasseur, tuait quelquefois un roitelet, une pie ou une buse. Lorsque j'eus vingt roitelets, je fus tout décontenancé que cela ne fît point un grand Roi. Luce préférait les Reines et les reinettes. Elle en pêchait parfois dans la mare, et les apportait à notre chat. Les chats ont horreur du vert. Ils ont un poil dans les pattes, et mille piles dans la fourrure. Ils adorent ma prose, comme eux réticente, sèche et suspecte.
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« Échec », Joseph Delteil, Littérature Nouvelle Série, nº 10, Octobre 1923, p. 7
[modifier] Proverbe
[modifier] Jean-Antoine de Baïf/Prosper Blanchemain, 1581
Absent le chat, les souris dansent.
- Plus tard repris et modernisé : « Quand le chat n’est pas là, les souris dansent ».
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Les Mimes, enseignements et proverbes (1581), Jean-Antoine de Baïf et Prosper Blanchemain, éd. L. Willem, 1880, p. 98
[modifier] Roman
[modifier] Alexandre Dumas, Le Capitaine Pamphile, 1839
« La stupéfaction fut grande à bord du navire impérial. Le capitaine avait reconnu, la veille, un navire marchand, et s'était endormi là-dessus en fumant sa pipe à opium ; mais voilà que, dans la nuit, le chat était devenu tigre, et qu'il montrait ses griffes de fer et ses dents de bronze.
« On alla prévenir le capitaine Kao-Kiou-Koan de la situation dans laquelle on se trouvait. Il achevait un rêve délicieux : le fils du soleil venait de lui donner une de ses soeurs en mariage, de sorte qu'il se trouvait beau-frère de la lune.
« Aussi eut-il beaucoup de peine à comprendre ce que lui voulait le capitaine Pamphile.
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Le Capitaine Pamphile (1839), Alexandre Dumas, éd. Gallimard, coll. Folio classique, 2003 (ISBN 978-2-07-042652-2), V. Comment Jacques Ier fut arraché des bras de sa mère expirante et porté à bord du brick de commerce la Roxelane (capitaine Pamphile), p. 83
[modifier] Colette, La Maison de Claudine, 1922
Il n’est qu’un jeune chat, fruit des amours — et de la mésalliance — de Moune, chatte persane bleue, avec n’importe quel rayé anonyme. Dieu sait si le rayé abonde, dans les jardins d’Auteuil ! Par les jours de printemps précoce, aux heures du jour où la terre, dégelée, fume sous le soleil et embaume, certains massifs, certaines plates-bandes ameublies qui attendent les semis et les repiquages, semblent jonchés de couleuvres : les seigneurs rayés, ivres d’encens végétal, tordent leurs reins, rampent sur le ventre, fouettent de la queue et râpent délicatement sur le sol leur joue droite, leur joue gauche, pour l’imprégner de l’odeur prometteuse de printemps — ainsi une femme touche, de son doigt mouillé de parfum, ce coin secret, sous l’oreille.
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La Maison de Claudine (1922), Colette, éd. Imprimerie Moderne de Nantes, coll. Super-Bibliothèque, 1976 (ISBN 2-261-00093-6), Les Deux Chattes, p. 215
Il n’est qu’un jeune chat, fils d’un de ces rayés. Il porte sur son pelage les raies de la race, les vieilles marques de l’ancêtre sauvage. Mais le sang de sa mère a jeté, sur ces rayures, un voile floconneux et bleuâtre de poils longs, impalpables comme une transparente gaze de Perse. Il sera donc beau, il est déjà ravissant, et nous essayons de le nommer Kamaralzaman — en vain, car la cuisinière et la femme de chambre, qui sont des personnes raisonnables, traduisent Kamaralzaman par Moumou.
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La Maison de Claudine (1922), Colette, éd. Imprimerie Moderne de Nantes, coll. Super-Bibliothèque, 1976 (ISBN 2-261-00093-6), Les Deux Chattes, p. 216
Il est un jeune chat, gracieux à toute heure. La boule de papier l’intéresse, l’odeur de la viande le change en dragon rugissant et minuscule, les passereaux volent trop vite pour qu’il puisse les suivre de l’œil, mais il devient cataleptique, derrière la vitre, quand ils picorent sur la fenêtre. Il fait beaucoup de bruit en tétant, parce que ses dents poussent… C’est un petit chat, innocent au milieu d’un drame.
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La Maison de Claudine (1922), Colette, éd. Imprimerie Moderne de Nantes, coll. Super-Bibliothèque, 1976 (ISBN 2-261-00093-6), Les Deux Chattes, p. 216
[modifier] Boris Vian, L'écume des jours, 1947
La souris écarta les mâchoires du chat et fourra sa tête entre les dents aiguës. Elle la retira presque aussitôt.
— Dis donc, dit-elle, tu as mangé du requin, ce matin ?
— Ecoute, dit le chat, si ça ne te plaît pas, tu peux t'en aller. Moi ce truc-là, ça m'assomme. Tu te débrouilleras toute seule.
Il paraissait fâché.
— Ne te vexe pas, dit la souris.
Elle ferma ses petits yeux noirs et replaça sa tête en position. Le chat laissa reposer avec précaution ses canines acérées sur le cou doux et gris. Les moustaches noires de la souris se mêlaient aux siennes. Il déroula sa queue touffue et la laissa traîner sur le trottoir.
Il venait, en chantant, onze petites filles aveugles de l'orphelinat de Jules l'Apostolique.
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L'écume des jours (1947), Boris Vian, éd. Pauvert, 1963 (ISBN 2-7202-1311-02), LXVIII., p. 215
[modifier] Anne F. Garréta/J. Roubaud, Eros mélancolique, 2008
Les jours, très vite, se firent clairs, tièdes, doux, éveillant des espoirs précoces et dangereux chez les arbres qui se couvrirent de feuilles naissantes, tendres et aveugles comme des chats nouveau-nés.
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Eros mélancolique, Anne F. Garréta et J. Roubaud, éd. Grasset, 2008, p. 57
[modifier] Philosophie
[modifier] Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1885
Tout comme vos sages illustres ne me parurent, au fond, pas tellement sages, de même j'ai trouvé la méchanceté des hommes inférieure à sa réputation.
Et souvent je me suis demandé en hochant la tête : pourquoi sonner encore, serpents à sonnettes [...] ?
Il faut d'abord que vos chats sauvages soient devenus des tigres et vos crapauds empoisonnés des crocodiles : car à bon chasseur, bonne chasse !
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1979 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie II, chap. « Du discernement humain », p. 174