Aigle
Aigle est communément le nom donné à certains grands rapaces planeurs diurnes.
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[modifier] Littérature
[modifier] Nouvelle
[modifier] Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904
Les Soeurs du silence
Comme un nid d’aigle, la pieuse demeure se blottissait parmi les rochers. Les passants craignaient la violence de ses parfums. Jadis, le souffle inexorable des fleurs d’oranger avait fait mourir une vierge.
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La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, Les Soeurs du silence, p. 54
[modifier] Poésie
[modifier] Robert Desnos, Rrose Sélavy, 1922
Le temps est un aigle agile dans un temple.
- Cette citation provient d'une revue dirigée par André Breton.
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« Rrose Sélavy », Robert Desnos, Littérature Nouvelle Série, nº 7, Décembre 1922, p. 16
[modifier] Prose poétique
[modifier] André Breton, Poisson soluble, 1924
La vérité s'appuie sur les joncs mathématiques de l'infini et tout s'avance à l'ordre de l'aigle en croupe, tandis que le génie des flotilles végétales frappe dans ses mains et que l'oracle est rendu par des poissons électriques fluides.
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Poisson soluble (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1996 (ISBN 2-07-032917-8), partie 4, p. 39
Glacé, couvert de gigantesques étoiles de mer et tout chancelant, un gratte-ciel avançait vers nous. Un aigle blanc comme la pierre philosophale planait au-dessus de la Nouvelle-Guinée. Celle que je n'appelais plus que l'Aveugle-de-la-toute-Lumière ou la Porte Albinos soupira alors et m'appela à elle.
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Poisson soluble (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1996 (ISBN 2-07-032917-8), partie 26, p. 102
[modifier] Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958
Travaux du poète
Personne ne pourra se nourrir de ces restes desséchés, même mes chiens, mes vices. Espoir, aigle affamé, laisse-moi sur ce rocher semblable au silence. Et toi, vent qui souffle du Passé, souffle avec force, disperse ces quelques syllabes, qu'elles soient air et transparence ! Etre enfin une Parole, un peu d'air dans une bouche pure, un peu d'eau dans des lèvres avides ! Mais déjà l'oubli prononce mon nom : regarde-le briller entre ses lèvres comme l'os brille un instant dans la gueule de la nuit au noir pelage.
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Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Travaux du poète — XIV, p. 58
Issue
Dans un ciel d'intérieur d'oeil, nous déployons nos ailes, aigle bicéphale, comète à la queue de diamant et de plainte. Brûle, candélabre à huit bras, arbre vivant qui chante, racines enlacées, branches entretissées, cime où crient des oiseaux de corail et de braise.
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Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Aigle ou Soleil ? — Issue, p. 85
[modifier] Roman
[modifier] James Joyce, Ulysse, 1922
Des gazelles bondissent et pâturent sur les montagnes. Des lacs proches. Au bord des lacs, les ombres noires à la file des plantations de cèdres. Un arome s'exhale, une véhémente chevelure de résine. L'orient se consume, le ciel de saphir est barré par le vol de bronze des aigles. Sous lui s'étend la femmecité, nudité, blancheur, luxe, fraîcheur, calme et volupté. Une fontaine murmure parmi les roses de Damas. Des roses géantes murmurent de vignes pourpres. Un vin de honte, de luxure et de sang filtre avec un murmure étrange.
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Ulysse (1922), James Joyce (trad. Auguste Morel), éd. Gallimard, coll. Folio, 1957 (ISBN 2-07-040018-2), p. 722
[modifier] Philosophie
[modifier] Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1885
En toutes choses vous faites, à mon gré, trop les familiers de l'esprit ; et de la sagesse, vous en avez souvent fait un asile et un hôpital pour mauvais poètes.
Vous n'êtes pas des aigles : aussi n'avez-vous pas appris le bonheur dans l'effroi de l'esprit. Et celui qui n'est point un oiseau ne doit point s'établir au-dessus des abîmes.
Vous êtes des tièdes : mais le flot de toute connaissance profonde est glacé. Les source les plus profondes de l'esprit sont froides comme la glace : elles délassent les mains chaudes de ceux qui agissent.
Vous vous tenez là, honorables, raides et le dos droit, sages illustres, aucun grand vent, aucune grande volonté ne vous pousse.
N'avez-vous jamais vu passer les voiles sur la mer, gonflées, arrondies, tremblantes sous la violence du vent impétueux ?
Pareille à la voile tremblantes sous la violence du vent impétueux, ma sagesse passe sur la mer, — ma sagesse sauvage !
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie II, chap. « Des sages illustres », p. 129