Différences entre versions de « Robert Desnos »

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=== ''La Liberté ou l'Amour !'', [[w:1927 en littérature|1927]] ===
 
{{citation|citation=À la Porte Maillot, je relevai la robe de soie noire dont elle s’était débarrassée. Nue, elle était nue maintenant sous son manteau de fourrure fauve. Le vent de la nuit chargé de l’odeur rugueuse des voiles de lin recueillie au large des cotes, chargé de l’odeur du varech échoué sur les plages et en partie desséché, chargé de la fumée des locomotives en route vers Paris, chargé de l’odeur de chaud des rails après le passage des grands express, chargé du parfum fragile et pénétrant des gazons humides des pelouses devant les châteaux endormis, chargé de l’odeur de ciment des églises en construction, le vent lourd de la nuit devait s’engouffrer sous son manteau et caresser ses hanches et la face inférieure de ses seins.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=23|section=II. Les profondeurs de la nuit|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=<poem>Ç’avait été un furieux animal.
Durant des années il avait terrorisé une contrée. On voyait parfois sa silhouette souple se profiler sur la basse branche d’un arbre ou sur un rocher, puis, à l’aube suivante, des caravanes de girafes et d’antilopes, sur le chemin des abreuvoirs, témoignaient auprès des indigènes d’une épopée sanglante qui avait profondément inscrit ses griffes sur les troncs de la forêt.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=23|section=II. Les profondeurs de la nuit|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=<poem>Un jour d’octobre, comme le ciel verdissait, les monts dressés sur l’horizon virent le léopard, dédaigneux pour une fois des antilopes, des mustangs et des belles, hautaines et rapides girafes, ramper jusqu’à un buisson d’épines. Toute la nuit et tout le jour suivant il se roula en rugissant. Au lever de la lune il s’était complètement écorché et sa peau, intacte, gisait à terre. Le léopard n’avait pas cessé de grandir durant ce temps. Au lever de la lune il atteignait le sommet des arbres les plus élevés, à minuit il décrochait de son ombre les étoiles.
Ce fut un extraordinaire spectacle que la marche du léopard écorché sur la campagne dont les ténèbres s’épaississaient de son ombre gigantesque.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=24|section=II. Les profondeurs de la nuit|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=<poem>Processions d’enseignes et de licteurs, processions de lucioles, ascensions miraculeuses ! rien n’égala jamais en surprise la marche du fauve sanglant sur le corps duquel les veines saillaient en bleu.
Quand il atteignit la maison de Louise Lame, la porte s’ouvrit d’elle-même et, avant de crever, il n’eut que la force de déposer sur le perron, aux pieds de la fatale et adorable fille, le suprême hommage de sa fourrure.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=24|section=II. Les profondeurs de la nuit|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Bébé Cadum magnifiquement éclairé reste seul, témoin attentif des événements dont la rue, espérons-le, sera le théâtre.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=25|section=II. Les profondeurs de la nuit|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Il est de ces coïncidences qui, sans émouvoir les paysages, ont cependant plus d'importance que les digues et les phares, que la paix des frontières et le calme de la nature dans les solitudes désertiques à l'heure où passent le explorateurs.}}
{{Réf Livre|titre=La Liberté ou l'Amour|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1982|page=26|chapitre=III. Tout ce qu'on voit est d'o|ISBN=2-07-027695-3
|année d'origine=1927}}
 
{{citation|citation=LaIl reproductionleur estfallait ledes proprefauves deen l'espèceamour, maisde l'amourtaille esta lerésister propreà deleurs crocs et à leurs l'individugriffes.}}
{{Réf Livre|titre=La Libertéliberté ou l'Amouramour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=19821962|année d'origine=1927|page=2726|chapitresection=III. Tout ce qu'on voit est d'or|ISBN=978-2-07-027695-3|année d'origine=19270}}
 
{{citation|citation=Les gardiens des Tuileries virent ce couple extraordinaire parler avec animation puis s’éloigner par la rue du Mont-Thabor. Une chambre d’hôtel leur donna asile. C’était le lieu poétique où le pot à eau prend l’importance d’un récif au bord d’une côte échevelée, où l’ampoule électrique est plus sinistre que trois sapins au milieu de champs vert émeraude un dimanche après-midi, où la glace mobilise des personnages menaçants et autonomes. Mobiliers des chambres d’hôtel méconnus par les copistes surannés, mobiliers évoquateurs de crime ! Jack l’éventreur avait en présence de celui-ci exécuté l’un de ces magnifiques forfaits grâce auxquels l’amour rappelle de temps à autre aux humains qu’il n’est pas du domaine de la plaisanterie.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=26|section=III. Tout ce qu'on voit est d'or|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=<poem>Il leur avait fallu figurer à la Cour d’assises parmi les pièces à conviction. Singulier tribunal ! Jack l’éventreur n’avait jamais pu être atteint et le box des accusés était vide. Les juges avaient été nommés parmi les plus vieux aveugles de Paris. La tribune des journalistes regorgeait de monde. Et le public au fond, maintenu par une haie de gardes municipaux, était un ramassis de bourgeois pansus. Sur tous ces gens silencieux planait un vol de mouches bourdonnantes. Le procès dura huit jours et huit nuits et, à l’issue, quand un verdict de miracle eut été prononcé contre l’assassin inconnu, le pot à eau, la cuvette et la table de toilette avec le petit plat à savon où subsistait encore une savonnette rose regagnèrent la chambre marquée par le passage d’un être surnaturel.
Louise Lame et Corsaire Sanglot considérèrent avec respect, eux qui n’avaient que peu de choses à respecter en raison de leur valeur morale, ces reliefs d’une aventure qui aurait pu être la leur. Puis, après une lutte de regards, ils se déshabillèrent.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=27|section=III. Tout ce qu'on voit est d'or|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=<poem>Baiser magistral des bouches ennemies.
La reproduction est le propre de l'espèce, mais l'amour est le propre de l'individu. Je vous salue bien bas baisers de la chair. Moi aussi j’ai plongé ma tête dans les ténèbres des cuisses.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=27|section=III. Tout ce qu'on voit est d'or|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Quand la respiration de Corsaire Sanglot se fit haletante, Louise Lame devint plus resplendissante que le mâle.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=28|section=III. Tout ce qu'on voit est d'or|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Il arriva dans une ville de chercheurs d’or. Dans un bal dansait une Espagnole vêtue de façon excitante. Il la suivit dans une chambre soupentée où l’écho des querelles et de l’orchestre arrivait assourdi. Il la déshabilla lui-même, mettant à détacher chaque vêtement une lenteur sage et fertile en émotion. Le lit fut alors le lieu d’un combat sauvage, il la mordit, elle se débattit, cria et l’amant de la danseuse, un redoutable sang-mêlé, heurta à la porte.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=28|section=III. Tout ce qu'on voit est d'or|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=La rancune montait en leur âme. Ah ! ce n’était pas l’amour, seule raison valable d’un esclavage passager, mais l’aventure avec tous ses obstacles de chair et l’odieuse hostilité de la matière.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=31|section=III. Tout ce qu'on voit est d'or|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Dans le couloir, ce fut le piétinement du garçon d’hôtel relevant pour les cirer, paire par paire, les chaussures à talons Louis XV. Quel Père Noël attendu depuis des siècles déposera l’amour dans ces chaussures, objet d’un rite journalier et nocturne de la part de leur propriétaire, en dépit de la désillusion du réveil ? Quel sinistre démon se borne à les rendre plus brillantes qu’un miroir à dessein de refléter, transformées en négresses, les stationnantes et sensibles femmes à passion.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=32|section=III. Tout ce qu'on voit est d'or|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Leur chemin sera toujours parsemé des tessons de bouteille à philtre du rêve interrompu, des cailloux pointus de l’ennui. Pieds blancs marchant dans des directions différentes, les engelures du doute vous meurtriront en dépit des prophéties onéreuses de la cartomancienne du faubourg.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=32|section=III. Tout ce qu'on voit est d'or|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=La nuit de son incarnation approche où, ruisselant de neige et de lumière, il signifiera a ses premiers fidèles que le temps est venu de saluer le tranquille prodige des lavandières qui bleuissent l’eau des rivières et celui d’un dieu visible sous les espèces de la mousse de savon, modelant le corps d’une femme admirable, debout dans sa baignoire, et reine et déesse des glaciers de la passion rayonnant d’un soleil torride, mille fois réfléchi, et propices à la mort par insolation. Ah ! si je meurs, moi, nouveau Baptiste, qu’on me fasse un linceul de mousse savonneuse évocatrice de l’amour et par la consistance et par l’odeur.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=32|section=III. Tout ce qu'on voit est d'or|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Les poissons sortirent de la rivière, eux, voués depuis des temps et des tempêtes au culte des choses divines et à la symbolique céleste. Pour les mêmes raisons, les palmiers du Jardin d’Acclimatation désertèrent les allées parcourues par l’éléphant pacifique du sommeil enfantin. Il en fut de même pour ceux qui, emprisonnés dans des pots de terre, illustrent le salon des vieilles demoiselles et le péristyle des tripots. Les malheureuses filles entendirent le long craquement des poteries désertées et le rampement des racines sur le parquet ciré, des cercleux regagnant lentement a l’aube leur maison après une nuit de baccarat où les chiffres s’étaient succédé dans le bagne traditionnel, oublièrent leur gain ou leur perte et les suivirent.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=33|section=III. Tout ce qu'on voit est d'or|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=<poem>À l’horizon, un géant brumeux s’étirait et bâillait. Bibendum Michelin s’apprêtait à une lutte terrible et dont l’auteur de ces lignes sera l’historien.
À l’age de vingt et un ans, Bébé Cadum fut de taille à lutter avec Bibendum. Cela commença un matin de juin. Un agent de police qui se promenait bêtement avenue des Champs-Elysées entendit tout à coup de grandes clameurs dans le ciel. Celui-ci s’obscurcit et, avec tonnerre, éclairs et vent, une pluie savonneuse s’abattit sur la ville. En un instant le paysage fut féerique. Les toits recouverts d’une mousse légère que le vent enlevait par flocons s’irisèrent aux rayons du soleil reparu. Une multitude d’arcs-en-ciel rugirent, légers, pâles et semblables à l’auréole des jeunes poitrinaires, au temps qu’elles faisaient partie de l’accessoire poétique. Les passants marchaient dans une neige odorante qui montait jusqu’à leurs genoux. Certains entamèrent des combats de bulles de savon que le vent emportait avec un grand nombre de fenêtres reflétées sur les parois translucides.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=34|section=III. Tout ce qu'on voit est d'or|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=La Seine charriait des nappes grumeleuses qui s’arrêtaient aux piles des ponts et se dissolvaient en firmaments.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=34|section=III. Tout ce qu'on voit est d'or|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Les conditions de la vie furent changées quant aux relations matérielles, mais l’amour fut toujours de même le privilège de peu de gens, disposés à courir toutes les aventures et à risquer le peu de vie consentie aux mortels dans l’espoir de rencontrer enfin l’adversaire avec lequel on marche côte a côte, toujours sur la défensive et pourtant à l’abandon.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=34|section=III. Tout ce qu'on voit est d'or|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Bibendum rentrant en son repaire où il se proposait de rédiger la fameuse proclamation connue depuis sous le nom de ''Pater du faux messie'', s’enduisit, malgré ses précautions, de mousse de savon. Arrivé, il dicta immédiatement le Pater et, ressortant, glissa sur le macadam, tomba et mourut en donnant naissance à une armée de pneus. Ceux-ci devaient continuer la lutte.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=35|section=III. Tout ce qu'on voit est d'or|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Bébé Cadum, ou plutôt le Cristi, puisqu’il faut, à notre époque, l’appeler par son nom, avait trente-trois ans. La barbe eût donné à son visage un aspect sinistre sans le sourire enfantin que dessinaient ses lèvres.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=36|section=III. Tout ce qu'on voit est d'or|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Où est-il le temps des galères et celui des caravelles ? Il est loin comme une minute de sable dans le trébuchet du destin.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=39|section=IV. La brigade des jeux|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Le nouveau corsaire vêtu d’un smoking est à l’avant de son yacht rapide qui de son sillage blanc singeant les princesses des cours périmées, heurte dans sa course tantôt le corps des naufragés errant depuis des semaines, tantôt, enveloppé d’un ridicule drapeau, le corps de celui qui décéda avant d’arriver au port [...], tantôt la troublante arête-squelette d’une sirène défunte pour avoir, une nuit, traversé sans son diadème de méduses les eaux d’une tempête éclairées par un phare puissant perdu loin des côtes et proie des oiseaux fantômes.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=39|section=IV. La brigade des jeux|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Corsaire Sanglot était enfoui jusqu’au cou dans un immense champ d’éponges. Elles pouvaient être trois ou quatre cent mille. Des hippocampes troublés dans leur sommeil surgirent de tous côtés en même temps qu’une gigantesque bougie allumée de l’espèce dite marine. À la lueur, les vallonnements tendres des éponges s’éclairèrent à perte de vue. Leurs mamelons prirent un relief extraordinaire et Corsaire Sanglot se fraya parmi eux un chemin difficile. Il atteignit enfin la bougie. Celle-ci surgissait d’une espèce de clairière appelée, un écriteau de corail en faisait foi, « Éclaircie de l’éponge mystique », une troupe d’hippocampes se jouait là, sur un sol fait de petits galets noirs. Douze squelettes de sirènes y reposaient, couchés côte à côte. Devant ce cimetière Corsaire Sanglot éprouva un grand soulagement. Il contemplerait un instant cette place sacrée, puis, dans la prairie des éponges, il irait se coucher pour toujours. Il distinguait des uniformes de marins de nationalités diverses, des squelettes en smokings et en robes de soirée.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=43|section=IV. La brigade des jeux|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Qu’elle vienne celle que j’aimerai, au lieu de vous raconter des histoires merveilleuses (j’allais dire à dormir debout). Ô satisfaction nocturne, angoisse de l’aube, émoi des confidences, tendresse du désir, ivresse de la lutte, merveilleux flottement des matinées d’après l’amour.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=44|section=IV. La brigade des jeux|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=<poem>Ne me dites pas qu’elle est belle, elle est émouvante. Sa vue imprime à mon cœur un mouvement plus rapide, son absence emplit mon esprit.
Banalité ! Banalité ! Le voilà donc ce style sensuel ! La voici cette prose abondante. Qu’il y a loin de la plume à la bouche. Sois donc absurde, roman où je veux prétentieusement emprisonner mes aspirations robustes à l’amour, sois insuffisant, sois pauvre, sois décevant.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=45|section=IV. La brigade des jeux|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Je crois encore au merveilleux en amour, je crois à la réalité des rêves, je crois aux héroïnes de la nuit, aux belles de nuit pénétrant dans les cœurs et dans les lits.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=45|section=IV. La brigade des jeux|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Corsaire Sanglot aborde au port. Le môle est en granit, la douane en marbre blanc. Et quel silence. De quoi parlé-je ? Du Corsaire Sanglot. Il aborde au port, le môle est de porphyre et la douane en lave fondue... et quel silence sur tout cela.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=45|section=IV. La brigade des jeux|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Qu’elle est douce, aux cœurs amers, la solitude, qu’il est doux, le spectacle de l’abandon, aux âmes orgueilleuses. Je me réjouis de la lente promenade du héros dans la ville déserte où la statue de Jack l’éventreur indique seule qu’une population de haute culture morale vivait jadis.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=46|section=IV. La brigade des jeux|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Quand il sortit, au crépuscule, la chanson des fontaines publiques peuplait les rues de sirènes imaginaires. Elles s’enlaçaient, tournaient et se traînaient jusqu’aux pieds du corsaire. Muettes, elles imploraient du conquérant la chanson qui les rendrait aux limbes maritimes, mais lui, le gosier sec, ne troubla pas de sa voix les rues et les murs sonores car ses yeux lucides, plus lucides que les yeux de la réalité, discernaient par-delà le désert et les régions habitées l’ombre de la robe de celle que j’aime et à laquelle je n’ai pas cessé de penser depuis que ma plume, animée quoique partie du mouvement propre à l’ensemble, vole dans le ciel blafard du papier.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=47|section=IV. La brigade des jeux|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Ma plume est une aile et sans cesse, soutenu par elle et par son ombre projetée sur le papier, chaque mot se précipite vers la catastrophe ou vers l'apothéose.}}
{{Choisie citation du jour|puce=*|année=2011|mois=novembre|jour=10|commentaire=|}}
 
 
{{citation|citation=Je viens de parler du phénomène magique de l’écriture en tant que manifestation organique et optique du merveilleux. Pour ce qui est de la chimie, de l’alchimie de cette calligraphie reconnue belle par d’aucuns, et du seul point de vue, j’insiste et tant pis pour le pléonasme s’il y en a, calligraphique, je conseille aux calculateurs habitués au jeu des atomes de dénombrer les gouttes d’eau oculaires à travers lesquelles ces mots sont passés pour revenir sous une forme plastique se confronter à ma mémoire, de compter les gouttes de sang ou les fragments de gouttes de sang consumés à cette écriture.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=47|section=IV. La brigade des jeux|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Je sais quelle est l’agonie d’un navire pris dans la banquise, je connais le râle froid et la mort pharaonique des explorateurs arctiques et antarctiques, avec ses anges rouges et verts et le scorbut et la peau brûlée par le froid.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=49|section=V. La baie de la faim|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Stupide évocation de la vie libre des déserts. Qu’ils soient de glace ou de porphyre, sur le navire ou dans le wagon, perdus dans la foule ou dans l’espace, cette sentimentale image du désordre universel ne me touche pas.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=49|section=V. La baie de la faim|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Je t’aime et tu feins de m’ignorer. Je veux croire que tu feins de m’ignorer ou plutôt non ta mimique est pleine d’allusions. La phrase la plus banale a des sous-entendus émouvants quand c’est toi qui m’adresses la parole.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=49|section=V. La baie de la faim|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Tu passes rarement sur mon chemin. Je suis à l’âge où l’on commence à regarder ses doigts maigres, et où la jeunesse est si pleine, si réelle qu’elle ne va pas tarder à se flétrir. Tes lèvres font monter les larmes à mes yeux ; tu couches toute nue dans mon cerveau et je n’ose plus dormir.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=50|section=V. La baie de la faim|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=<poem>Dès qu’il eut passé la dernière porte de l’asile, les personnages multiples du génie vinrent à lui.
« Entrez, entrez, mon fils, dans ce lieu réservé aux âmes mortifiées et que le tendre spectacle de la retraite prépare votre orgueil à la gloire prochaine que lui réserve le seigneur dans son paradis de satin et de sucre. »</poem>}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=50|section=V. La baie de la faim|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Pénètre en toi-même et reconnais l'excellence des ordres de la sensualité.}}
{{citation|citation=De même qu'en 1789 la monarchie absolue fut renversée, il faut en 1925 abattre la divinité absolue. Il y a quelque chose de plus fort que Dieu. Il faut rédiger la Déclaration des droits de l'âme, il faut libérer l'esprit, non pas en le soumettant à la matière, mais en lui soumettant à jamais la matière !}}
{{Réf Livre|titre=La Liberté ou l'Amour|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1982|page=54|chapitre=V. La baie de la faim|ISBN=2-07-027695-3|année d'origine=1927}}
 
{{citation|citation=<poem>— Et pourquoi ? demande le sphinx.
— Parce que je le veux.
— C’est bien, tu peux passer, Œdipe idée et peau.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=55|section=V. La baie de la faim|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Dans le laboratoire des idées célestes, un pseudo-Salomon de Caus met la dernière main aux épures du mouvement perpétuel. Son système basé sur le jeu des marées et sur celui du soleil occupe quarante-huit feuilles de papier Canson. À l’heure où ces lignes sont écrites l’inventeur est fort occupé à couvrir la quarante-huitième feuille de petits drapeaux triangulaires et d’étoiles asymétriques. Le résultat ne se fera pas attendre.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=55|section=V. La baie de la faim|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=La nuit pénètre dans le laboratoire sous l’aspect d’une femme nue et pâle sous un large manteau d’astrakan. Ses cheveux blonds et coupés font une lueur vaporeuse autour de son fin visage. Elle pose la main sur le front de l’ingénieur et celui-ci sent couler une mystérieuse fontaine sous la muraille de ses tempes tourmentées par les migraines.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=55|section=V. La baie de la faim|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=La nuit s’en va abandonnant sur le lit individuel un bouquet de nénuphars. Au matin, le gardien voit le bouquet. Il questionne le fou qui ne répond pas et dès lors, aux bras de la camisole de force, le malheureux ne sortira plus de sa cellule.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=55|section=V. La baie de la faim|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=L’asile d’aliénés, blanc sous le soleil levant, avec ses hautes murailles dépassées par des arbres calmes et maigres, ressemble au tombeau du roi Mausole. Et voici que les sept merveilles du monde paraissent. Elles sont envoyées du fond des âges aux fous victimes de l’arbitraire humain. Voici le colosse de Rhodes. L’asile n’arrive pas à ses chevilles. Il se tient debout, au-dessus, les jambes écartées. Le phare d’Alexandrie, en redingote, se met à toutes les fenêtres. De grands rayons rouges balayent la ville déserte, déserte en dépit des tramways, de trois millions d’habitants et d’une police bien organisée. D’une caserne, la diane surgit sonore et cruelle, tandis que le croissant allégorique de la lune achève de se dissoudre à ras de l’horizon.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=57|section=V. La baie de la faim|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Je respire, je regarde, je n’arrive pas à assigner à mes réflexions un champ clos. Elles s’obstinent à tracer des sillons entrecroisés. Comment voulez-vous que le blé, préoccupation principale des gens que je méprise, puisse y germer.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=57|section=V. La baie de la faim|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Mais le Corsaire Sanglot, la chanteuse de music-hall, Louise Lame, les explorateurs polaires et les fous, réunis par inadvertance dans la plaine aride d’un manuscrit, hisseront en vain du haut des mâts blancs les pavillons noirs annonciateurs de peste s’ils n’ont auparavant, fantômes jaillis de la nuit profonde de l’encrier, abandonné les préoccupations chères à celui qui, de cette nuit liquide et parfaite, ne fit jamais autre chose que des taches à ses doigts, taches propres à l’apposition d’empreintes digitales sur les murs ripolinés du rêve et par là capables d’induire en erreur les séraphins ridicules de la déduction logique persuadés que seul un esprit familier des majestueuses ténèbres a pu laisser une trace tangible de sa nature indécise en s’enfuyant à l’approche d’un danger comme le jour ou le réveil, et loin de penser que le travail du comptable et celui du poète laissent finalement les mêmes stigmates sur le papier et que seul l’œil perspicace des aventuriers de la pensée est capable de faire la différence entre les lignes sans mystère du premier et le grimoire prophétique et, peut-être à son insu, divin du second, car les pestes redoutables ne sont que tempêtes de cœurs entrechoqués et il convient de les affronter avec des ambitions individuelles et un esprit dégagé du stupide espoir de transformer en miroir le papier par une écriture magique et efficace.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=58|section=V. La baie de la faim|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=L’éternité comme une immense coquille d’œuf m’entoure de tous côtés et voici que la liberté, belle lionne, se métamorphose à son gré.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=62|section=VI. Pamphlet contre la mort|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=La voici, tempête conventionnelle sous des nuages immobiles. La voici, femme virile coiffée du bonnet phrygien, aux tribunes de la Convention et à la terrasse des Feuillants. Mais déjà femme est-ce encore elle cette merveilleuse, encore ce mot prédestiné dans l’olympe de mes nuits, femme flexible et séduite et déjà l’amour ? L’amour avec ses seins rudes et sa gorge froide. L’amour avec ses bras emprisonneurs, l’amour avec ses veillées mouvementées, à deux, sur un lit tendu de dentelles.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=62|section=VI. Pamphlet contre la mort|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Pas plus que l’océan, pas plus que le désert, pas plus que les glaciers, les murs du cimetière n’assignent de limites à mon existence tout imaginaire. Et cette matérielle figure, le squelette des danses macabres, peut frapper s’il lui plaît à ma fenêtre et pénétrer dans ma chambre. Elle trouvera un champion robuste qui se rira de son étreinte.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=62|section=VI. Pamphlet contre la mort|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Faiseurs d’épitaphes, marbriers, orateurs funèbres, marchands de couronnes, toute votre engeance funéraire est impuissante à briser le vol souverain de ma vie projetée, sans raison et sans but, plus loin que les fins de mondes, les Josaphat’s Kermesses et les biographies.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=62|section=VI. Pamphlet contre la mort|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Le corbillard le Louise Lame peut poursuivre dans Paris un chemin sans accidents, je ne le saluerai point au passage. J'ai rendez-vous demain avec Louise Lame et rien ne peut m’empêcher de m’y rendre. Elle y viendra. Pâle peut-être sous une couronne de clématites, mais réelle et tangible et soumise à ma volonté.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=63|section=VI. Pamphlet contre la mort|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Louise Lame morte vint me rejoindre et nul parmi ceux que nous rencontrâmes ne put remarquer le changement qui s’était effectué en elle. À peine une odeur de tombeau se mêlait-elle à l’ambre dont elle était parfumée, odeur de tombeau que je connais bien pour l’avoir respirée maintes fois à ras des draps fatigués par des plis nombreux, vus au petit jour comme les flots contradictoires et figés d’une marée matinale ou plutôt, en raison des ondes contraires déterminées par le froissement des membres aux vestiges d’un corps lancé dans un liquide, par exemple un homme dans un fleuve, avec si bon vous semble une pierre au cou : des ronds concentriques.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=63|section=VI. Pamphlet contre la mort|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Et de même, la bouteille, n’est-ce pas la femme érigée toute droite au moment du spasme, et le rêveur insensible dans le vent et le téton pour la bouche de l’amant et le phallus. Et le porte-plume aussi, obscène et symbolique dans la main du poète, et le chapeau fendu comme un sexe ou rond comme une croupe. Toutes ces images opèrent un nivellement dans l’esprit. Tous ces éléments comparables à un même accessoire ne sont-ils pas égaux ?}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=64|section=VI. Pamphlet contre la mort|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Qu’ils me font rire ceux qui prétendent faire autre chose dans cette tempête que des gestes désespérés de moulins à vent, des contorsions de cerfs-volants, des mouvements arbitraires d’ailes, ceux qui se prétendent timonniers capables d’aller au port, ceux pour qui doute n’est pas synonyme d’inquiétude, ceux qui sourient finement !}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=64|section=VI. Pamphlet contre la mort|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=<POEM>Ce sont les hommes qui sont imbéciles, ayant basé les voiles des navires sur le même principe que la tornade, de trouver le naufrage moins logique que la navigation.
Que je les méprise ceux qui ignorent jusqu’à l’existence du vent.</POEM>}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=64|section=VI. Pamphlet contre la mort|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Paysage de l’émotion, région supérieure de l’amour où nous construisons des tombeaux jamais occupés, lorsque la métamorphose physique finale est évoquée en votre présence l’homme prend quelque noblesse.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=66|section=VII. Révélation du monde|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Corsaire Sanglot n’eut pas besoin de suivre son chemin pour que les allées de cyprès du songe solitaire connussent les semelles de son imagination.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=67|section=VII. Révélation du monde|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Corsaire Sanglot n’hésita pas. Il entra dans le couloir. La concierge, une belle sirène, était en train de changer d’écailles, suivant la volonté de la saison. C’étaient, dans la loge meublée d’une table, d’un buffet et d’un cartel Henri-II, des tourbillons d’écailles vertes et blanches.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=67|section=VII. Révélation du monde|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=<poem>La sirène dressa vers l’escalier sa main blanche et palmée :
« Prends garde, Corsaire Sanglot, pillard de méduses, ravageur d’astéries, assassin des requins ! On ne résiste pas impunément à mon regard. »</poem>}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=67|section=VII. Révélation du monde|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Les valets du club des Buveurs de Sperme s’empressèrent autour de lui. Après avoir choisi un cru de choix, du sperme sénégalais année du naufrage de La Méduse Corsaire Sanglot alluma une cigarette.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=67|section=VII. Révélation du monde|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Chaque récolte est enfermée dans une petite ampoule de cristal, de verre ou d’argent, soigneusement étiquetée et, avec les plus grandes précautions, expédiée à Paris.|précisions=Il est ici question du Club des Buveurs de Sperme.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=68|section=VII. Révélation du monde|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Les fondateurs du club, derniers occultistes, se sont réunis pour la première fois au début de la Restauration.|précisions=Il est ici question du Club des Buveurs de Sperme.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=68|section=VII. Révélation du monde|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Les membres du club aiment la mer. L’odeur phosphorée qui s’en dégage les grise et, parmi les débris des grèves, épaves de navires, arêtes de poissons, reliquats de villes submergées, ils retrouvent l’atmosphère de l’amour et ce halètement qui, à la même heure, témoigne à notre oreille de l’existence réelle d’un imaginaire, pêle-mêle avec le crissement particulier du varech qui se dessèche, les émanations de ce magnifique aphrodisiaque l’ambre marine, et le clapotis des vagues blanches contre le sexe et les cuisses des baigneuses au moment précis où, atteignant enfin leur ceinture, elles plaquent le maillot contre la chair.|précisions=Il est ici question du Club des Buveurs de Sperme.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=69|section=VII. Révélation du monde|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Un nombre considérable d’ampoules brisées gisait à ses pieds à l’apparition de la première étoile, depuis celle en verre blanc du Sénégalais jusqu’à celle jaune des Esquimaux dont l’essence ne supporte pas la lumière du jour, habitués qu’ils sont à n’aimer que durant les six mois de ténèbres polaires.|précisions=Il est ici question du Club des Buveurs de Sperme.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=69|section=VII. Révélation du monde|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=<poem>— Semelle ? Semaine ? le temps et l’espace. Tout rapport entre eux est celui de la haine et des ailes.
— L’oseille est en effet un mets de choix, un mets de roi.
— Mois, déchet.
— Mot à mot, tome à tome, motte à motte, ainsi va la vie.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=70|section=VII. Révélation du monde|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=<poem>— La sœur de qui ? demanda Corsaire Sanglot.
— Le cœur décis, décor ce lit.
— Feux intellectuels vulgaires.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=70|section=VII. Révélation du monde|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=— Ainsi avons-nous voulu que fût pressée la grappe merveilleuse. Aucune idolâtrie n’entre en notre passion. Hâtez-vous de rire, religieux déifages, francs-maçons idiots. Un instant notre imagination trouve en ce festin une raison de s’élever plus haut que les neiges éternelles. À peine la saveur merveilleuse a-t-elle pénétré notre palais, à peine nos sens sont-ils émus qu’une image tyrannique se substitue à celle de l’ascension amoureuse : celle d’une route interminable et monotone, d’une cigarette immense qui dégage un brouillard où s’estompent les villes, celle de vingt mains tendant vingt cigarettes différentes, celle d’une bouche charnue.|précisions=Il est ici question du Club des Buveurs de Sperme.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=71|section=VII. Révélation du monde|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Le corps de Louise Lame vaincue et fatiguée repose dans la flaque de sang. Le corsaire attentif comprend que l’heure est venue des représailles. Il s’apprête à sortir quand la sirène apparaît dans le salon. Il la saisit à bras le corps, la soulève et la jette à toute volée dans la rue, à travers une fenêtre. Les vitres volent en éclats et l’eau fait irruption dans le club : une eau bleue et bouillonnante, écumeuse, qui renverse les tables, les fauteuils, les buveurs. Corsaire Sanglot, durant ce temps, s’éloigne d’un quartier si paisible que le rêve y devient réalité. Son chemin est celui de la pensée, fougère à queue de paon.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=82|section=VII. Révélation du monde|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Les gazogènes sont emplis du bourdonnement de plusieurs milliards de papillons qui attendent en battant des ailes le moment d’être livrés à la consommation. Le ciel d’encre et de buvard pèse sur ce tableau.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=82|section=VII. Révélation du monde|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=<poem>Corsaire Sanglot, ton attente eût été longue sans l’invincible destinée qui te livre entre mes mains.
Et voici que s’avance le marchand d’éponges.
Corsaire Sanglot le questionne du regard et celui-ci lui révèle que son poétique fardeau ne lui suggère pas des idées normales.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=82|section=VII. Révélation du monde|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Ramené péniblement, ils découvrirent dans ses mailles un buste antique et mutilé et une sirène : une sirène qui était poisson jusqu’à la taille et femme de la taille aux pieds. De ce jour, l’existence fut intenable sur le petit bateau. Le filet ne ramena plus que des étoiles charnues et soyeuses, des méduses transparentes et molles comme des danseuses en tutu récemment assassinées, des anémones, des algues magiques. L’eau des réservoirs se changea en perles fines, les aliments en fleurs des Alpes : edelweiss et clématites. La faim tortura les matelots mais nul ne songea à rejeter à la mer l’augurale créature qui avait déterminé la famine. Elle rêvait à l’avant sans paraître souffrir de sa nouvelle existence. L’équipage mourut en peu de jours et l’esquif, jouet des courants, parcourt encore les océans.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=83|section=VII. Révélation du monde|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=L’éponge sacrée qui s’aplatit au creux des omoplates et à la naissance des seins, sur le cou et sur la taille, à la naissance des reins et sur le triangle des cuisses, qui disparaît entre les fesses musclées et dans le ténébreux couloir de la passion, qui s’écrase et sanglote sous les pieds nus des femmes.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=85|section=VII. Révélation du monde|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Le marchand d’éponges passe dans les rues. Voici qu’il est tard. Le marchand de sable qui l’a précédé a semé des plages stériles, voici le marchand d’éponges qui vous jette l’amour, amants tourmentés (comme s’ils méritaient le nom d’amants ceux qui ne sont pas haletants d’angoisse).}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=85|section=VII. Révélation du monde|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Le Corsaire Sanglot réfléchit. Il se souvient d’un cadavre de femme et d’un salon où l’on buvait une douce liqueur... Il reprend le chemin du club des Buveurs de Sperme.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=85|section=VII. Révélation du monde|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Corsaire Sanglot sentait croître une estime nouvelle pour lui-même et en lui-même. Depuis qu’il avait compris et accepté la monotonie de l’Éternité, il avançait droit comme un bâton à travers les aventures, lianes glissantes, qui ne l’arrêtaient pas dans sa marche. Une exaltation nouvelle avait succédé à la dépression. Une espèce d’enthousiasme à rebours qui lui faisait considérer sans intérêt l’échec de ses plus chères tentatives. La liberté du temps l’avait enfin conquis.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=87|section=VIII. A perte de vue|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Nul paradis n'est permis à qui s'est rendu compte un jour de l'existence de l'infini.}}
{{citation|citation=Vous qui n'avez pas peur de la mort essayez donc un peu l'ennui. Il ne vous servira plus à rien par la suite de mourir.}}
{{Réf Livre|titre=La Liberté ou l'Amour|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1982|page=88|chapitre=VIII. À perte de vue|ISBN=2-07-027695-3|année d'origine=1924}}
 
{{citation|citation=Qui donc a comparé l’ennui à la poussière ? L’ennui et l’éternité sont absolument nets de toute souillure. Un balayeur mental en surveille soigneusement la propreté désespérante. Ai-je dit désespérante ? L’ennui ne saurait pas plus engendrer le désespoir qu’il ne saurait aboutir au suicide. Vous qui n’avez pas peur de la mort essayez donc un peu de l’ennui. Il ne vous servira plus à rien par la suite de mourir. Une fois pour toutes vous auront été révélés le tourment immobile et les perspectives lointaines de l’esprit débarrassé de tout pittoresque et de toute sentimentalité.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=88|section=VIII. A perte de vue|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Une poétique agoraphobie transforme mes nuits en déserts et mes rêves en inquiétude.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=92|section=VIII. A perte de vue|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Je parle aujourd’hui devant une vitrine de postiches et de peignes d’écaille et tandis que machinalement je garnis cette maison de verre et de têtes coupées et de tortues apathiques, un gigantesque rasoir du meilleur acier prend la place d’une aiguille sur l’horloge de la petite cervelle. Elle rase désormais les minutes sans les trancher.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=92|section=VIII. A perte de vue|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Je suis seul, capable encore et plus que jamais d’éprouver la passion. L’ennui, l’ennui que je cultive avec une rigoureuse inconscience pare ma vie de l’uniformité d’où jaillissent la tempête et la nuit et le soleil.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=93|section=VIII. A perte de vue|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=<poem>Le coiffeur sortit à ce moment et du seuil considéra le promeneur arrêté.
« Voulez-vous être rasé ? Monsieur, je rase doucement. Mes instruments nickelés sont des lutins agiles. Ma femme, la posticheuse aux cheveux couleur de palissandre, est renommée pour la délicatesse de son massage et son adresse à polir les ongles, entrez, entrez, Monsieur. »</poem>}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=93|section=VIII. A perte de vue|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Le fauteuil et la glace lui offrirent leur familière pénombre. Déjà, la mousse emplissait le plat à barbe. Le coiffeur apprêtait son blaireau. Il était deux heures du matin, la nuit confondait les ombres des bustes de cire. Les parfums de la boutique flottaient lourdement. La mousse sur les bâtons de savon à barbe séchait en craquant. Corsaire Sanglot sentait une présence obscure au-dessus de sa tête. Il rejeta violemment les draps et la mer mourant à ses pieds l’enivra d’air salin.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=93|section=VIII. A perte de vue|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=<poem>Prends garde, ne sois pas mon ami. J’ai juré de ne plus me laisser prendre à ce terrible ''piège à loup'', je ne serai jamais le tien et si tu consens à tout abandonner pour moi, je ne t’en abandonnerai pas moins un jour.
Je connais d’ailleurs, pour l’avoir éprouvé, l’abandon. Si tu désires cette hautaine luxure c’est bien, tu peux me suivre. Autrement, je ne demande que ton indifférence, sinon ton hostilité.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=94|section=VIII. A perte de vue|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Perdu entre les segments d’un horizon féroce, l’explorateur casqué de blanc s’apprête à mourir et rassemble ses souvenirs pour savoir comment doit mourir un explorateur : si c’est les bras en croix ou face dans le sable, s’il doit creuser une tombe fugitive en raison du vent et des hyènes, ou se recroqueviller dans la position dite en chien de fusil qui tourmente les mères de famille, quand elles constatent que leur progéniture l’a choisie pour dormir, si le lion sera son bourreau, ou l’insolation, ou la soif.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=99|section=IX. Le palais des mirages|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Dans le désert, perdu, irrémédiablement perdu, l’explorateur casqué de blanc se rend compte enfin de la réalité des mirages et les trésors inconnus, les faunes rêvées, les flores invraisemblables constituent le paradis sensuel où il évoluera désormais, épouvantail sans moineaux, tombeau sans épitaphe, homme sans nom, tandis que, formidable déplacement, les pyramides révèlent les dés cachés sous leur masse pesante et posent à nouveau le problème irritant de la fatalité dans le passé et de la destinée dans le futur.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=100|section=IX. Le palais des mirages|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Les récréations se passent maintenant derrière les buissons de prunelliers. Et, deux à deux, elles se fouettent mutuellement, bienheureuses quand le sang entoure leurs cuisses d’un mince et chaud reptile.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=107|section=X. Le pensionnat de Humming Bird-Garden|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Un jour, il avait jonché la promenade des Anglais d’une multitude de camélias et d’anémones auxquelles se mêlaient des algues rares recueillies à grands frais dans les profondes fosses des mers équatoriales et des arbres entiers de corail blanc, une autre fois il avait distribué par millier des pièces étranges d’une monnaie d’or inconnue, à l’avers de laquelle un signe inquiétant était gravé ; au revers de laquelle resplendissait le chiffre 43 que nul n’avait pu expliquer.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=115|section=XII. Possession du rêve|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=La villa de Cimiez était soigneusement fermée à toute visite. Pour éviter les indiscrétions, les domestiques malgaches qui composaient la suite du riche excentrique avaient dévoilé que des fils électriques à haute tension tendus au sommet du mur et au travers du parc formaient un infranchissable réseau où les imprudents se seraient pris comme des mouches dans une toile d’araignée.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=116|section=XII. Possession du rêve|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Trois orchestres jouaient sur la digue, faisant alterner les airs hawaiiens avec les blues et les rag-time. Mais nul ne savait que l’homme fortuné qui les recevait était parmi eux. Corsaire Sanglot, sous les apparences d’un jeune clubman, se promenait de groupe en groupe salué par ceux-là qui l’avaient rencontré à quelque fête, parlant à ceux-ci, voisin de table de jeux ou compagnon accidentel de golfe.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour !|auteur=Robert Desnos|éditeur=Gallimard|collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1927|page=117|section=XII. Possession du rêve|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
=== ''L'Etoile de mer'', 1927 ===
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