Stefan Zweig

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Stefan Zweig (28 novembre 1881 à Vienne (Autriche) - 23 février 1942, à Petrópolis (Brésil)) est un écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien.

Fouché, 1930[modifier]

Comme toujours, dans chaque situation, il se ménage la liberté de la retraite, la possibilité de changer et d'aller ailleurs. A l'Eglise, il ne se donne que temporairement et pas tout entier; il ne se donnera pas davantage plus tard à la Révolution, au Directoire, au Consulat, à l'Empire ou à la Royauté; même à Dieu et encore moins à un homme, Joseph Fouché ne s'engage à être fidèle sa vie durant.

  • Fouché, Stefan Zweig (trad. Alzir Hella et Olivier Bournac), éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2009 (ISBN 978-2-246-16814-0), p. 21


Les Girondins tombent, Fouché reste; Les Jacobins sont traqués, Fouché reste; le Directoire, le Consulat, l'Empire, la Royauté et encore l'Empire disparaissent et s'effondrent; mais lui reste toujours debout, lui seul, Fouché, grâce à sa réserve subtile et l'audace qu'il a d'être absolument dépourvu de tout caractère et de pratiquer un manque complet de conviction.

  • Fouché, Stefan Zweig (trad. Alzir Hella et Olivier Bournac), éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2009 (ISBN 978-2-246-16814-0), p. 35


Érasme, Grandeur et décadence d’une idée, 1935[modifier]

Cet espoir de concorde finale, européenne, spirituelle, représente vraiment le seul élément de croyance religieuse de l'humanisme, habituellement sec et rationnel : les humanistes répandent le message de leur foi en l'humanité avec la même ferveur que d'autres, en ces temps si sombres, proclament leur foi en Dieu; ils ont la conviction que l'esprit du monde, son but, son avenir résident dans la solidarité et non dans l'individualisme, ce qui permettra à ce monde de devenir de plus en plus humain.

  • Érasme, Grandeur et décadence d’une idée (1935), Stefan Zweig (trad. Alzir Hella), éd. Le livre de poche, 2009, p. 93


Par une sorte d'instinct profond, cet homme d'esprit redoute tout pouvoir extérieur, toute carrière; vivre à l'ombre des puissants, n'avoir aucune responsabilité, lire et écrire de bons livres dans le silence de sa chambre, n'être le chef ni l'esclave de personne, c'est là la vie idéale pour Érasme. Par amour de cette liberté, il emprunte souvent des voies obscures, parfois tortueuses, mais qui toutes le conduisent à un même et unique but : l'indépendance spirituelle de son art, de sa vie.

  • Érasme (1935), Stefan Zweig (trad. Alzir Hella), éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2010 (ISBN 978-2-246-16853-8), p. 41


Désormais, son cœur sera partout où règnent le savoir, la culture et les livres; ce ne sont plus les frontières, les fleuves ou les mers, pas plus que la condition, la race ou le rang social, qui divisent le monde; il ne connaît plus que deux catégories d'individus : en haut, l'aristocratie de la culture et de la pensée; en bas, l'ignorance et la barbarie. Là où règnent le livre et la parole, eruditio et eloquentia, c'est là qu'est sa patrie.

  • Erasme (1935), Stefan Zweig (trad. Alzir Hella), éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2010 (ISBN 978-2-246-16853-8), p. 44


Et de même que les chevaliers furent anéantis par la puissance brutale des canons crachant la mitraille, de même cette noble troupe d'idéalistes succombe en beauté, mais impuissante sous les coups formidables que lui porte la révolution populaire déchaînée par un Luther et un Zwingle.

  • Erasme (1935), Stefan Zweig (trad. Alzir Hella), éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2010 (ISBN 978-2-246-16853-8), p. 98


Magellan, 1938[modifier]

L'exploit de Magellan a prouvé, une fois de plus, qu'une idée animée par le génie et portée par la passion est plus forte que tous les éléments réunis et que toujours un homme, avec sa petite vie périssable, peut faire de ce qui a paru un rêve à des centaines de générations une réalité et une vérité impérissables.

  • Magellan (1938), Stefan Zweig (trad. Alzir Hella), éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2001, p. 247


Et voila que soudain ce petit Capitaine inconnu, Magellan, se lève et déclare avec une assurance absolue : Il existe un passage conduisant de l'océan Atlantique à l'océan Indien. Je le connais, je sais l'endroit exact où il se trouve. Donnez-moi une flotte et je vous le montrerai et je ferai le tour de la terre en allant de l'est vers l'ouest.

  • Magellan (1938), Stefan Zweig (trad. Alzir Hella), éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2001 (ISBN 978-2-246-16805-8), p. 74


En l'espace de quelques semaines le sans-patrie qu'il était, l'homme méprisé, sans situation est devenu capitaine-général d'une flotte de cinq navires, chevalier de l'ordre de Santiago, futur gouverneur de toutes les îles et territoires qu'il découvrira, maître absolu d'une Armada et avant tout maître, pour la première fois, de son destin.

  • Magellan (1938), Stefan Zweig (trad. Alzir Hella), éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2001 (ISBN 978-2-246-16805-8), p. 98


Le Monde d’hier, Souvenirs d’un Européen, 1942[modifier]

Les enfants et même les jeunes gens sont en général disposés tout d'abord à s'adapter respectueusement aux lois de leur milieu. Mais ils ne se soumettent aux conventions qu'on leur impose que tant qu'ils voient que les autres s'y conforment loyalement. Une seule fausseté chez ses maîtres ou chez ses parents incite inévitablement le jeune homme à observer son entourage d'un regard soupçonneux et par là même aigu.

  • Le Monde d’hier, Souvenirs d’un Européen (1942), Stefan Zweig (trad. Serge Niémetz), éd. Belfond, 2008, chap. Eros Matutinus, p. 89


Une rapide excursion en pays romantique, une aventure sauvage et virile - c'est de ces couleurs que la guerre se peignait en 1914 dans l'imagination de l'homme du peuple, et les jeunes gens avaient même sérieusement peur de manquer, dans leur vie, une expérience aussi merveilleuse et excitante, c'est pourquoi, ils se pressaient en tumulte autour des drapeaux, c'est pourquoi ils chantaient et poussaient des cris de joie dans les trains qui les menaient à l'abattoir.

  • Le Monde d’hier, Souvenirs d’un Européen (1942), Stefan Zweig (trad. Serge Niémetz), éd. Belfond, 2008, p. 265


Le Brésil, terre d'avenir, 1941[modifier]

Je ne cesse de m’étonner de la confusion et de l’insuffisance des idées à propos de ce pays, chez des hommes même cultivés et prenant intérêt à la politique, alors que le Brésil est sans aucun doute, destiné à être un facteur des plus importants dans le développement ultérieur de notre monde.

  • Le Brésil, terre d’avenir (1941), Stefan Zweig (trad. Jean Longeville), éd. Éditions de l’Aube, 1992 (ISBN 2-87678-091-7), chap. Introduction, p. 10


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