Séduction
Sommaire |
[modifier] Littérature
[modifier] Prose poétique
[modifier] René Char, Fureur et mystère, 1948
Partage formel
Fureur et mystère tour à tour le séduisirent et le consumèrent. Puis vint l'année qui acheva son agonie de saxifrage.
-
Fureur et mystère (1948), René Char, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1962 (ISBN 2-07-030065-X), partie SEULS DEMEURENT (1938-1944), Partage formel, p. 68
[modifier] Roman
[modifier] Renée Dunan, La Culotte en jersey de soi, 1923
La matière est neuve. On a coutume de faire, en littérature, les fillettes semblables à l'idée que s'en doit créer un professionnel de la séduction : un mélange adroit de vices et de chasteté, de pudeurs perverses et d'ignorances lascives. Je me garde bien d'affirmer que cette image soit fausse, car elle fut illustrée au naturel et orne parfois les faits divers de presse. Mais enfin, je la crois artificielle et suggérée par toute une série d'écrits, dont la chasteté n'est qu'une perversion, d'ailleurs foncièrement malsaine, il y a ici des jeunes filles pures, énergiques et saines. Cela ne les met pas, on le verra, à l'abri des convoitises mâles, mais donne à leur défense un valeur éthique et hautaine qu'il me plaît d'opposer également aux triomphes des séductrices insolentes et aux défaites des caractères amorphes.
J'ai mis cela dans un décor sanglant et destructif parce que j'ai pensé qu'il fallait moralement placer à l'échelle vraie ces aventures tragiques ; puisqu'elles sont quotidiennes au point que nul ne les remarque en temps normaux. Pourtant...
-
La Culotte en jersey de soi (1923), Renée Dunan, éd. Le Cercle Poche, 2011 (ISBN 978-2-84714-152-8), Au lecteur, p. 7
Autour d'une table aux pieds sveltes, surchargée de flacons polychromes, des sièges aux formes disparates étaient habités par de beaux corps. Huit femmes variant la grâce et les certitudes de séduire :
Ly, obstinée en des regards possessifs ;
Idèle, affaissée comme une favorite et portant une inquiétude en ses yeux glauques ;
Kate, trop mince et garçonnière, avec un col courbe et des pupilles traînantes ;
Hérodiade, masque tourmenté et acide, jambes repliées et doigts frémissants ;
Yva, sombre et combative, le poil couleur de houille et déjà semblable à une Idole aux sclérotiques immuables.
D'autres encore...
Et trois hommes venus de terres lointaines au rendez-vous lointainement promis...
-
La Culotte en jersey de soi (1923), Renée Dunan, éd. Le Cercle Poche, 2011 (ISBN 978-2-84714-152-8), p. 17
[modifier] André Breton, L'Amour fou, 1937
Le bon vent qui nous emporte ne tombera peut-être plus puisqu'il est dès maintenant chargé de parfums comme si des jardins s'étageaient au-dessus de nous. Nous touchons en effet le Quai aux Fleurs à l'heure de l'arrivage massif des pots de terre roses, sur la base uniforme desquels se prémédite et se concentre toute la volonté de séduction active de demain.
-
L'Amour fou, André Breton, éd. Gallimard, 1976 (ISBN 978-2070367238), p. 73 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
L'enfant que je demeure par rapport à ce que je souhaiterais être n'a pas tout à fait désappris le dualisme du bien et du mal. Ces tiges mi-aériennes, mi-souterraines, ces lianes, ces serpents indiscernables, ce mélange de séduction et de peur, il ne jurerait pas que cela n'a plus rien pour lui de la barbe de Barbe-Bleue. Mais toi, toi qui m'accompagnes, Ondine, toi dont j'ai pressenti sans en avoir jamais rencontré de semblables les yeux d'aubier, je t'aime à la barbe de Barbe-Bleue et par le diamant de l'air des Canaries qui fait un seul bouquet de tout ce qui croît jalousement seul en tel ou tel point de la surface de la terre.
-
L'Amour fou, André Breton, éd. Gallimard, 1976 (ISBN 978-2070367238), p. 110 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
[modifier] Dominique Fernandez, Porporino ou les mystères de Naples, 1974
— Hé ! Hé ! Je me demande si l'institution des castrats ne fut pas la réponse qu'inventa le génie italien pour éluder les prescriptions trop sévères du code d'honneur castillan. Il est remarquable que le premier castrat soit apparu après, seulement après l'implantation des Espagnols dans la péninsule, et que le royaume de Naples, où ils restèrent deux siècles et demi, sans compter le règne de Charles, ait acquis pour ainsi dire le monopole du recrutement et de la formation des dessus. Sans cette échappatoire, le brillant chérubin italien aurait fini comme le sombre don Juan, victime tragique de la monogamie et du culte de la puissance virile. L'Italie, et surtout le royaume de Naples, se trouvèrent soumis à un code de l'honneur pour lequel ils n'étaient pas du tout préparés. L'invention des castrats, et en général la diffusion de la mode des travestis sur la scène, furent une trouvaille spécifiquement napolitaine, une ruse de l'instinct populaire, une protestation contre les règles insurpportables de la morale castillane. En allant admirer des castrats, ou des femmes qui chantaient des rôles masculins, on prenait le droit, en quelque sorte, de s'attarder dans l'interdémination sexuelle, d'oublier les tâches de la maturité. Comment se rappeler qu'on avait le devoir d'être un homme, si ceux dont on applaudissait l'incomparable voix se trouvaient dispensés de cette obligation ! Un grand capitaine, un roi, un conquérant, César, Alexandre lui-même ! dépouillés de leur puissance virile tout en gardant leur pouvoir de séduction : quelle aubaine pour des gens dont la sensualité subtile, complexe et hésitante s'accommodait fort mal des prescriptions brutales d'un code sans nuances, qui était par surcroît celui des occupants.
-
Porporino ou les mystères de Naples (1974), Dominique Fernandez, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 1974 (ISBN 978-2-246-01243-6), partie III « Naples », Orphée, p. 426
[modifier] Psychanalyse
[modifier] Alberto Eiguer, Psychanalyse du libertin, 2010
Libertinage, le plaisir et la joie
Les libertins n'ont pas le projet de séquestrer comme les prédateurs, leur voeu d'emprise s'inscrit dans la séduction immédiate et transitoire. C'est paradoxalement leur difficulté : ils se privent d'attaches.
-
Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie I. Libertinage, le plaisir et la joie, chap. Prendre l'amour comme une drogue, Remarques finales, p. 49
[modifier] Psychologie
[modifier] Paul-Claude Racamier, Pensée perverse et décervelage, 1992
Mouvement pervers narcissique
[...] le pervers s’évertue à faire fonctionner la séduction à sens unique : il cherche à fasciner sans se laisser prendre aux rets de l’attraction objectale.
-
Pensée perverse et décervelage, 1992, Mouvement pervers narcissique Quelques perversions, dans [1], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.
[modifier] Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, Les Perversions sexuelles et narcissiques, 2005
Caractéristiques des perversions
Comme le remarquent Hurni et Stoll, le profil de la personnalité perverse est assez redoutable. Dénué de valeurs autres que celles se rattachant à son propre intérêt, le pervers se présente comme un véritable rapace dans la relation. Il peut se nourrir d'un malheur qu'il parvient à instiller aux autres ; soit en eux, dans leur psychisme, soit dans de nombreux conflits qu'il parvient à tisser entre différents partenaires. Pour combler son vide intérieur, il agit en authentique « vampire » de la libido sexuelle ou narcissique des autres, en semant la confusion, par la séduction et l'emprise qu'il mettra dans chaque relation.
-
Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie II. Caractéristiques des perversions, chap. 2. Critères psychopathologiques, 2.2 Les conceptions post-freudiennes a) Différences entre personnalités névrotiques et narcissiques, p. 48
[modifier] Cédric Roos, La relation d'emprise dans le soin, 2006
La relation d'emprise (cadre psychanalytique)
Pour résumer, l’emprise chez le pervers vise l’autre comme être désirant. Elle tend à la captation puis la neutralisation du désir de l’autre par une entreprise de séduction. Le pervers s’approprie ainsi le désir de la victime pour le contrôler et en retirer la substance avant de le délaisser en niant qu’il ait même pu exister.
-
La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le pervers narcissique : conformer l'autre en un identique, dans [2], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Le paranoïaque prend le pouvoir par la force, tandis que le pervers utilise d’abord la séduction puis la force si la séduction n’agit plus. S’il arrive au paranoïaque d’user de violence, c’est dans un mouvement de décompensation : l’autre doit être détruit parce qu’il est dangereux. Il faut l’attaquer pour s’en protéger. Quel que soit la modalité de la violence, il en attribuera néanmoins toujours la responsabilité à l’autre, gardant de lui-même une image flatteuse, se considérant comme irréprochable alors que les autres sont mauvais. Chez le paranoïaque, comme chez l’obsessionnel, le désir est donc annihilé par une action destructrice.
-
La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le paranoïaque : attribuer à l'autre ses propres défaillances, dans [3], paru Textes Psy, Cédric Roos.