Rien
Étymologiquement le mot rien est issu du latin rem, accusatif du nom féminin res, la « chose ».
Dans une phrase, il peut avoir un rôle de pronom, de nom ou d'adverbe.
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[modifier] Littérature
[modifier] Nouvelle
[modifier] Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904
La Dame à la louve
Les vagues ressemblaient à de monstrueux volcans enveloppés de fumées blanches. Ou plutôt, non, elles ne ressemblaient à rien. Elles étaient elles-mêmes, magnifiques, terribles, mortelles...
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La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Dame à la louve, p. 15
La Dame à la Louve, très calme, regardait les flots blancs… Oh ! plus blancs que la neige au crépuscule ! Et, assise sur son derrière, Helga hurlait comme une chienne. Elle hurlait lamentablement, comme une chienne à la lune… Elle comprenait…
Je ne sais pourquoi ces hurlements me glacèrent plus encore que le bruit du vent et des flots… Elle hurlait à la mort, cette sacrée louve du diable ! Je voulus l’assommer pour la faire taire, et je cherchai une planche, un espar, une barre de fer, quelque chose enfin pour l’abattre sur le pont… Je ne trouvai rien…
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La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Dame à la louve, p. 18
[modifier] Charles Bukowski, Nouveaux contes de la folie ordinaire, 1967
La Grand défonce
Et puis tu regardes la vieille peau : sans dents, sans yeux, sans cervelle, sans âme, sans cul, sans bouche, sans couleur, sans nerfs, sans rien, rien qu'un bâton, et tu te demandes ce que son thé, ses biscuits, son église et son petit pavillon ont fait pour ELLE.
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Journal d'un vieux dégueulasse (1982), Charles Bukowski, éd. Grasset & Fasquelle, coll. Le Livre de Poche, 1967 (ISBN 978-2-253-03621-0), La grande défonce, p. 209
[modifier] Poésie
[modifier] Annie Le Brun, Le Carreau sans coeur, 1964
Là-bas mes félins reviennent avec des charpies d'eau blanche dans la gueule
C'est que je tue
Je tue pour rien, je tue pour rire
Quand la clé tourne mal dans la serrure déliée de mes épaules fracassées.
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« Le Carreau sans coeur », Annie Le Brun, La Brèche, nº 7, Décembre 1964, p. 59
[modifier] Prose poétique
[modifier] André Breton, Poisson soluble, 1924
C'est fini, je ne cacherai plus ma honte, je ne serai plus calmé par rien, par moins que rien.
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Poisson soluble (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1996 (ISBN 2-07-032917-8), partie 9, p. 54
[modifier] Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958
Promenade nocturne
Il n'y a rien, tu n'as rien à donner au désert : ni goutte d'eau ni goutte de sang. Les yeux bandés tu avances par des couloirs, des carrefours, des ruelles où trois étoiles conspirent. A voix basse la rivière parle. Sur ta gauche, sur ta droite, en arrière, en avant, d'ignobles rires, d'ignobles chuchotements. Le monologue te guette à chaque pas, et ses exclamations, ses signes d'interrogation, ses nobles sentiments, ses points sur les i durant un baiser, son moulin de lamentations et son répertoire de miroirs brisés. Poursuis : tu n'as rien à te dire.
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Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Aigle ou Soleil ? — Promenade nocturne, p. 86
[modifier] Joyce Mansour, Dolman le maléfique, 1961
Le Diable enroula les seins bandés d'un tentacule perspicace de douceur et lança sa langue aiguisée par la névrose entre les jambes entortillées. Dolman lissa ses longs cheveux et soupira en constatant que déjà son ventre, charrieur de l'étincelle, puait l'excrément. La Bête caressa les cuisses raides, froissa le visage de sa patte mouillée et dit : « De ma lance trempée d’adrénaline, je palperai ta matrice mouvante de progéniture ; je créerai à mon tour ».
Le Vil s'affala sur le flanc, pâmé et déconfit. « Je vous tiendrai compagnie cette nuit ». Et il s'endormit sans lâcher les pointes sophistiquées des seins de Dolman, qu'il tenait entre ses dents. « Voir ! Savoir ! » Dolman ouvrit les yeux de la dernière chance, rassembla ses membres sans trop se remuer et ralluma le feu. Il approcha son visage empourpré du Poilu. Rien. Il ne comprenait rien, ne voyait rien. « Peut-être ai-je perdu mon don du discernement ? » Il se rua vers la porte et posa ses yeux sur le lac aux purs reflets. Il posséda l'eau glacée, sentit les vagues se muer en pétales d'écume au passage des poissons, entendit les sons fruités des harmonies fluviales résonner dans ses entrailles. C'était fini ; incapable de s'intégrer à la tendre vélocité de l'Ombre, il n'avait plus qu'à mourir. Il ne voyait plus le ciel jaspé de prune et le gigantesque artichaut pelucheux qui poussait sa crête entre les gerbes de l'incendie ne l'intéressait guère. Il n'était rien puisque l'Autre subsistait. « Viens », siffla l'Adorable entre les lèvres du gâchis, et Dolman se rendit à l'appel, larmoyant et détaché. « Soyez heureux », dit le Feu en soulignant de bleu le misérable bosquet où se cabrait un dernier cri. Dolman ouvrit les jambes et sentit jaillir les éclaboussures de lave que précède l'éternuement terminal. « Soyez heureux », répéta l'Ignare quand Dolman expira, « Je serai éternellement présent ». « Vous verrai-je ? » hoqueta l'homme, la tête dans l'au-delà. « Celui qui viendra aura mon visage ». « Le verrai-je ? Le verrai-je ? » L'agonisant jeta un dernier regard circulaire et mourut.
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« Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 52
[modifier] Roman
[modifier] Daniel Pennac, La Petite Marchande de prose, 1989
Le fait est que, réduits à rien, les morts nous semblent capables de tout.
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La Petite Marchande de prose, éd. Gallimard (ISBN 2-07-040368-8), chap. 28, p. 244 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
[modifier] Psychologie
[modifier] Paul-Claude Racamier, Pensée perverse et décervelage, 1992
Mouvement pervers narcissique
Le pervers narcissique accompli a tout à prendre à tout le monde, mais ne doit rien à personne.
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Pensée perverse et décervelage, 1992, Mouvement pervers narcissique Plaisir manipulatoire, et faire-valoir narcissique, dans [1], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.
L’aurais-je déjà dit : narcissique, il ne doit rien à personne ; mais narcissique, il a tout à prendre à tout le monde.
Et si l’on venait à me dire que l’imposture, le faux et usage de faux, l’abus de confiance, la fausseté d’esprit, l’escroquerie financière et morale, relèvent de cette perversité-là, je n’en disconviendrai certainement pas.
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Pensée perverse et décervelage, 1992, Mouvement pervers narcissique Quelques perversions, dans [2], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.
[modifier] Cédric Roos, La relation d'emprise dans le soin, 2006
La relation d'emprise (cadre psychanalytique)
Le pervers narcissique n’a qu’une conscience confuse des limites entre le Moi et le non-Moi. Pour pallier à son déficit narcissique, il incorpore, par un mécanisme d’introjection caractéristique du stade anal, les qualités de l’autre ; il se construit un Soi grandiose, masquant la faiblesse du moi, en dérobant à l’autre ses qualités et en niant son existence. Pour conserver une apparence de soi acceptable, il organise un « meurtre psychique » : faire en sorte que l’autre ne soit rien. Il y a « empiètement sur le territoire psychique d’autrui » (Hirigoyen, 1998).
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le pervers narcissique : conformer l'autre en un identique, dans [3], paru Textes Psy, Cédric Roos.