Police

Citations « Police » sur Wikiquote, le recueil de citations libre
Aller à : Navigation, rechercher

Sommaire

[modifier] Littérature

[modifier] Critique

[modifier] André Pieyre de Mandiargues, Le Musée noir, 1924

Introduction

Allez en forêt saisir le midi frémissant des clairières ; découvrez le minuit des carrières à l'abandon, des plages retirées où s'enjolivent de lune les menues alluvions déposées par le flot ; explorez les gares, les passages, les souterrains des grandes villes, les maisons closes comme des confitures de velours en pots de miroir, les salles de jeu, les foires à la brocante, les théâtre vieillis ; parcourez les gorges des torrents polies et dures telles que des chevaux cabrés, les grottes, les chemins de planches jetés aux marécages ; tant de choses qu'à moins de les voir en aveugle on doit regarder jusqu'à se brûler ou se crever les yeux, et tous les ricanements des bonshommes, toutes les ordonnances de leurs clergés ou de leurs polices, ne pourront plus rien contre l'innocence farouche d'un univers enfin déchaîné.


[modifier] Philippe Berthier, Chateaubriand — Europe n°775-776, 1993

Pour un regard capable de prendre du recul et d'observer les autres comme des insectes, en faisant abstraction de la contrariété personnelle, il y a [...] quelque-chose de divertissant à voir les sbires, fouillant l'appartement suspect, se demander à voix basse si le grand sabre de mamelouck qu'il a rapporté de ses voyages constitue un péril pour la sûreté de l'Etat ; ou le geôlier s'imaginer qu'il révèle le nom d'un de ses complices lorsqu'il réclame un Gradus ! Cette police est moins méchante qu'obtuse, comme ceux qui l'emploient. Même à ses échelons supérieurs, elle s'empêtre dans de risibles contradictions : ce régime sait tellement qu'il est né sans légitimité constitutionnelle qu'il en rajoute dans le juridisme pour faire oublier sa douteuse origine ; Chateaubriand se moque du soin exagéré qu'il met à respecter les formes de la loi, après en avoir violé la substance.

  • « Les prisons du poète », Philippe Berthier, Chateaubriand — Revue Littéraire Europe (ISSN 0014-2751), nº 775-776, Novembre-décembre 1993, p. 67


Autour de Chateaubriand, inébranlable et semper idem, se déploie tout l'arsenal, congénital au système qui a triomphé en 1830, de la mauvaise foi et du mensonge, ici révélé non seulement dans l'absurde hypocrisie de l'appareil judiciaire, mais dans les déguisements carnavalesques des exécuteurs de ses basses oeuvres : le vicomte assiste au retour des mouchards, venus rendre compte des faits et gestes de la nuit, dans leurs travestis dérisoires (faux marchands de salade, faux joueurs d'orgue, faux invalides), à grand renfort de perruques maladroites ; toute une cour des miracles sinistrement bouffe, surgie de l'ombre, dont l'accoutrement pue le théâtre sordide et les coups tordus. Ce que confirme ce sabbat de pauvres fantômes bientôt dissipés par le jour, c'est le truquage généralisé du monde qui les suscite. Philippe fait semblant d'être roi, ses recors font semblant d'être chiffoniers ; postiches partout.

  • « Les prisons du poète », Philippe Berthier, Chateaubriand — Revue Littéraire Europe (ISSN 0014-2751), nº 775-776, Novembre-décembre 1993, p. 67


[modifier] Nouvelle

[modifier] André Pieyre de Mandiargues, Le Musée noir, 1924

Mouton noir

Il se trouve des passages obscurs que nous connaissons, où l'on se baisse pour entrer ; des escaliers qui tombent comme des bouches d'égout dans un clapotis à l'odeur de terre vieille et de rat. Le seuil en est gardé par des hommes de la police verte, armés de pistolets à crosse de carabine, d'appareils photographiques, de projecteurs au magnésium, et bien peu d'entre les noctambules assemblés devant oseront le franchi au risque de paraître avec leur nom et leur portait sur les listes du catalogue frivole, cet instrument de terreur en dentelle et papier rose. A peine quelques-uns, dont la réputation n'a plus rien à perdre, et nous, qui avons déjà tant fait pour nous déclasser que nous enrageons seulement de n'y être pas encore arrivés — mais peut-être n'avons-nous pas plus d'existence réelle que des ombres, dans ce monde épais où la police n'a jamais daigné s'occuper de nos gestes.


[modifier] Prose poétique

[modifier] André Breton, Poisson soluble, 1924

Non loin de là, la Seine charriait de façon inexplicable un torse de femme adorablement poli bien qu'il fût dépourvu de tête et de membres et quelques voyous qui avaient signalé depuis peu son apparition affirmaient que ce torse était un corps intact, mais un nouvau corps, un corps comme on n'en avait assurément jamais vu, jamais caressé. La police, sur les dents, s'était émue mais comme la barque lancée à la poursuite de l'Ève nouvelle n'était jamais revenue, on avait renoncé à une seconde expédition plus coûteuse et il avait été admis sans caution que les beaux seins blancs et palpitants n'avaient jamais appartenu à une créature vivante de l'espèce de celles qui hantent encore nos désirs.


[modifier] Prose poétique

[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927

À l’horizon, un géant brumeux s’étirait et bâillait. Bibendum Michelin s’apprêtait à une lutte terrible et dont l’auteur de ces lignes sera l’historien.
À l’age de vingt et un ans, Bébé Cadum fut de taille à lutter avec Bibendum. Cela commença un matin de juin. Un agent de police qui se promenait bêtement avenue des Champs-Elysées entendit tout à coup de grandes clameurs dans le ciel. Celui-ci s’obscurcit et, avec tonnerre, éclairs et vent, une pluie savonneuse s’abattit sur la ville. En un instant le paysage fut féerique. Les toits recouverts d’une mousse légère que le vent enlevait par flocons s’irisèrent aux rayons du soleil reparu. Une multitude d’arcs-en-ciel rugirent, légers, pâles et semblables à l’auréole des jeunes poitrinaires, au temps qu’elles faisaient partie de l’accessoire poétique. Les passants marchaient dans une neige odorante qui montait jusqu’à leurs genoux. Certains entamèrent des combats de bulles de savon que le vent emportait avec un grand nombre de fenêtres reflétées sur les parois translucides.


[modifier] Récit de voyage

[modifier] Guy de Maupassant, La Vie Errante , 1890

Tunis

Nous songions à regagner l’hôtel quand l’agent de police indigène nous proposa de nous conduire tout simplement dans un bouge, dans un lieu d’amour dont il ferait ouvrir la porte d’autorité.
Et nous voici encore le suivant à tâtons dans des ruelles noires inoubliables, allumant des allumettes pour ne pas tomber, trébuchant tout de même en des trous, heurtant les maisons de la main et de l’épaule et entendant parfois des voix, des bruits de musique, des rumeurs de fête sauvage sortir des murs, étouffés, comme lointains, effrayants d’assourdissement et de mystère. Nous sommes en plein dans le quartier de la débauche.

Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Navigation
Contribuer
Boîte à outils