Pain
Le pain est l'aliment de base de nombreuses sociétés. Il est fabriqué à partir de farine, de sel et d'eau. Métaphoriquement, le pain désigne aussi les besoins vitaux, l'essence d'une chose ou de la vie, etc.
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[modifier] Littérature
[modifier] Écrit intime
[modifier] Paul Klee, Journal, 1957
Les grands animaux sont endeuillés à table et ne sont point rassasiés. Mais les mouches rusées grimpent sur les montagnes de pain et habitent la cité de beurre.
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Journal (1957), Paul Klee, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 1959 (ISBN 978-2-246-27913-6), Journal III, p. 325
[modifier] Nouvelle
[modifier] Gérard de Nerval, Les Filles du feu, 1834
Sylvie
Et elle alla cherchant dans les armoires, dans la huche, trouvant du lait, du pain bis, du sucre, étalant sans trop de soin sur la table les assiettes et les plats de faïence émaillés de larges fleurs et de coqs au vif plumage. Une jatte en porcelaine de Creil, pleine de lait, où nageaient les fraises, devint le centre du service, et après avoir dépouillé le jardin de quelques poignées de cerises et de groseilles, elle disposa deux vases de fleurs aux deux bouts de la nappe. Mais la tante avait dit ces belles paroles : « Tout cela, ce n'est que du dessert. Il faut me laisser faire à présent. »
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Les Filles du feu (1834), Gérard de Nerval, éd. Maxi-Livres, coll. Maxi-Poche Classiques Français, 1997 (ISBN 2-8771-4348-1), partie Sylvie — Souvenir du valois, VI. Othys, p. 122
[modifier] Poésie
[modifier] Charles Péguy, Œuvres poétiques complètes, 1948
Celui qui manque trop du pain quotidien n'a plus aucun goût au pain éternel.
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Œuvres poétiques complètes, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1948, p. 22
[modifier] Prose poétique
[modifier] André Breton, Poisson soluble, 1924
J'ai entendu dire dans ma jeunesse que l'odeur du pain chaud est insupportable aux malades mais je répète que les fleurs sentent l'encre d'imprimerie.
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Poisson soluble (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1996 (ISBN 2-07-032917-8), partie 6, p. 43
Plus de souffles, plus de sang, plus d'âmes mais des mains pour pétrir l'air, pour doter une seule fois le pain de l'air, pour faire claquer la grande gomme des drapeaux qui dorment, des mains solaires, enfin, des mains gelées !
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Poisson soluble (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1996 (ISBN 2-07-032917-8), partie 9, p. 54
[modifier] René Char, Fureur et mystère, 1948
Argument
L'homme fuit l'asphyxie.
L'homme dont l'appétit hors de l'imagination se calfeutre sans finir de s'approvisionner, se délivrera par les mains, rivières soudainement grossies.
L'homme qui s'épointe dans la prémonition, qui déboise son silence intérieur et le répartit en théâtres, ce second c'est le faiseur de pain.
Aux uns la prison et la mort. Aux autres la transhumance du Verbe.
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Fureur et mystère (1948), René Char, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1962 (ISBN 2-07-030065-X), partie SEULS DEMEURENT (1938-1944), Argument, p. 19
[modifier] Roman
[modifier] André Pieyre de Mandiargues, La Marge, 1967
Aucun goût de pain grillé ou de thé ne demeure en sa bouche, et son estomac est exempt de la plénitude qui suit habituellement les repas. Pourtant, le plateau, qui est par terre, à côté du lit, fut dégarni du manger et du boire ; la tasse est sale ; la serviette de papier est en boule. L'habitant de la chambre dix-sept a donc consommé (comme disent les serveurs en France) son déjeuner en un passé obscur, plus proche du temps du songe et de la lune que du présent où le soleil sévit.
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La Marge, André Pieyre de Mandiargues, éd. Gallimard, coll. Folio, 1967 (ISBN 2-07-037294-4), chap. IV, p. 189
[modifier] Muriel Barbery, Une gourmandise, 2002
Le pain, le sable : deux chaleurs connexes, deux attirances complices ; c’est à chaque fois tout un monde de bonheurs rustiques qui envahit notre perception.
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Une gourmandise (2000), Muriel Barbery, éd. Folio, 2002, p. 90
Si le pain se « suffit à lui-même », c’est parce qu’il est multiple, non pas en ses sortes particulières mais en son essence même car le pain est riche, le pain est plusieurs, le pain est microcosme. En lui s’incorpore une assourdissante diversité, comme un univers en miniature, qui dévoile ses ramifications tout au long de la dégustation. L’attaque, qui se heurte d’emblée aux murailles de la croute, s’ébahit, sitôt ce barrage surmonté, du consentement que lui donne la mie fraiche. Il y a un tel fossé entre l’écorce craquelée, parfois dure comme de la pierre, parfois juste parure qui cède très vite à l’offensive, et la tendresse de la substance interne qui se love dans les joues avec une docilité câline, que c’en est presque déconcertant. Les fissures de l’enveloppe sont autant d’infiltrations champêtres : on dirait un labour […]
A l’intersection de la croûte et de la mie, en revanche, c’est un moulin qui prend forme sous notre regard intérieur ; la poussière de blé vole autour de la meule, l’air est infesté de poudre volatile ; et de nouveau changement de tableau, parce que le palais vient d’épouser la mousse alvéolée libérée de son carcan et que le travail des mâchoires peut commencer.
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Une gourmandise (2000), Muriel Barbery, éd. Folio, 2002, p. 91
[modifier] Philosophie
[modifier] Éric Werner, Lors d'un entretient, 2006
Pour avoir du pain, il faut préalablement avoir compris que l’homme ne vit pas seulement de pain. C’est le point fondamental. L’économie n’est pas à elle-même son propre fondement, c’est une erreur que de la croire. C’est une erreur également de croire qu’elle se suffit à elle-même. Non, elle ne se suffit pas à elle-même.
Citation choisie citation du jour pour le 31 août 2010.
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