Langage

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Sommaire

[modifier] Enseignement

[modifier] Cours de littérature européenne

[modifier] Vladimir Nabokov, Littératures, 1941-1958

Nikolaï Gogol

Vous commencerez par l'alphabet, les labiales, les linguales, les dentales, les lettres qui bourdonnent, frelon, bourdon et mouche tsé-tsé. Une des voyelles vous fera dire : « Euh ! » Vous vous sentirez mentalement courbatu et endolori après votre première déclinaison de pronoms personnels. Je ne vois pourtant pas d'autre façon d'accéder à Gogol (ou d'ailleurs à n'importe quel autre écrivain russe). Comme toutes les grandes réussites littéraires, son oeuvre est un phénomène de langage et non d'idées.

  • Littératures (1980), Vladimir Nabokov (trad. Marie-Odile Fortier-Masek), éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 2010, partie Littératures II, Nikolaï Gogol (1809-1852) — « Le manteau » (1842), p. 602


[modifier] Littérature

[modifier] Essai

[modifier] Benjamin Péret

S’il est indiscutable que le développement du langage parlé, produit automatique du besoin de mutuelle communication des hommes, tend à satisfaire une exigence sociale, il n’en est pas moins vrai que les hommes empruntent pour s’exprimer une forme toute poétique dès qu’ils ont réussi, d’une manière purement inconsciente, à organiser leur langage, à l’adapter à leurs nécessités les plus pressantes et ont senti toutes les possibilités qu’il recèle. En un mot, aussitôt satisfait le besoin primordial auquel il correspond, le langage devient poésie.

  • Anthologie des mythes, légendes et contes populaires d’Amérique, Benjamin Péret, éd. Albin Michel, 1960, p. 11


[modifier] Nouvelle

[modifier] Edgar Allan Poe, Nouvelles Histoires extraordinaires, 1857

Conversation d'Eiros avec Charmion

Ton esprit qui vacille trouvera un allègement à son agitation dans l'exercice du simple souvenir. Ne regarde ni autour de toi ni devant toi, — regarde en arrière. Je brûle d'impatience d'entendre les détails de ce prodigieux événement qui t'a jeté parmi nous. Parle-moi de cela. Causons de choses familières, dans le vieux langage familier de ce monde qui a si épouvantablement péri.


[modifier] Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904

Les Soeurs du silence

Le moutier pâlissait au milieu d’un immense jardin où ne s’effeuillaient que de virginales fleurs blanches, les fleurs de la stérilité et de la mort. Les plus jeunes parmi les recluses étaient seules autorisées à prodiguer aux plantes et aux feuillages les soins délicats dont s’acquittent habituellement les jardiniers. Car la main grossière d’un homme ne devait point, selon la loi conventuelle, souiller les fleurs. Le plus mystique silence régnait par le couvent. Celles que tourmentait encore le souvenir du verbe venaient, à de rares intervalles, dans le « parloir », où elles reprenaient, pour quelques instants, la vaine pratique du langage humain.

  • La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, Les Soeurs du silence, p. 52


[modifier] Prose poétique

[modifier] Renée Vivien, Brumes de fjords, 1902

Ses compagnes l’appelèrent du haut des rochers.
Ses compagnes l’appelèrent en pleurant.
Elle leur tendit les bras des profondeurs de la montagne.
Ses larmes coulèrent sur les fleurs sans parfum,
Mais elle ne put répondre à ses compagnes,
Car, déjà, elle avait oublié leur langage.

  • Brumes de fjords, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemerre, 1902, Les fleurs sans parfum, p. 77


[modifier] Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958

Travaux du poète

Au front du mot tour, j'ouvre un créneau rouge. Le mot haine, je le nourris d'ordures pendant des années, jusqu'à ce qu'il éclate en une belle explosion purulente qui infecte le langage pour un siècle.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Travaux du poète — VIII, p. 54


Ce n'est pas assez, les crapauds et les couleuvres que profèrent les bouches d'égout. Vomissements de mots, purgation du langage mâché et remâché par des dents cariées, nausée où surnagent des restes de toute la nourriture qui nous fut donnée à l'école, et de tous ceux que, seuls ou en compagnie, nous avons mastiqués depuis des siècles.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Travaux du poète — IX, p. 55


Aujourd'hui, je rêve à un langage de couteaux et de becs, d'acides et de flammes. Un langage de fouets. Pour exécrer, exaspérer, excommunier, expulser, excorier, excentrer, exacerber, exprimer, exulcérer, excrémenter (les sacrements), extorquer, exténuer (le silence), expier.
Un langage qui coupe la respiration. Qui racle, taille, tranche. Une armée de sabres. Un langage de lames exactes, d'éclairs affilés, poignards infatigables, éclatants, méthodiques. Un langage-guillotine.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Travaux du poète — IX, p. 55


[modifier] Joyce Mansour, Dolman le maléfique, 1961

Il apprit le langage des aliments savants, la texture des soies de l'Orient, le vol des oiseaux les plus intrépides, la pensée des sages, la mode de digestion des volcans. Et il se lassa. Il se lassa des femmes, des paysages semés de guerriers aux cris de chats, des insectes, de lui-même, du reste. Il tenta bien de ranimer son enthousiasme défaillant par toutes sortes de perversions persuasives mais la délicate ampleur de son libre pénis était dorénavant sans saveur pour lui.

  • « Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 49


[modifier] Roman

[modifier] Gabriele D'Annunzio, Le Feu, 1900

— Ah ! rendre à la mélodie sa simplicité naturelle, sa perfection ingénue, sa divine innocence, la tirer toute vive de la source éternelle, du mystère même de la nature, de l’âme même de l’Univers ! As-tu jamais médité ce mythe qui se rapporte à l’enfance de Cassandre ? Une nuit, on la laissa dans le temple d’Apollon ; et, au matin, on la retrouva étendue sur le marbre, enlacée dans les anneaux d’un serpent qui lui léchait les oreilles. Depuis lors, elle comprit toutes les voix éparses dans l’air, elle connut toutes les mélodies du monde. La puissance de la Divinatrice n’était qu’une puissance musicale. Une partie de cette vertu apollinienne entra dans les poètes qui coopérèrent à la création du Chœur tragique. Un de ces poètes se vantait de comprendre les voix de tous les oiseaux ; et un autre, de s’entretenir avec les vents ; et un autre, d’entendre parfaitement le langage de la mer. Plus d’une fois j’ai rêvé que j’étais étendu sur le marbre, enlacé dans les anneaux de ce serpent… Pour qu’il nous fût donné de créer l’art nouveau, il faudrait, Daniele, que ce mythe se renouvelât !

  • Le Feu, Gabriele D'Annunzio, éd. La Revue de Paris, 1900, chap. II. L'empire du silence, p. 512


[modifier] Renée Dunan, La Culotte en jersey de soi, 1923

— Jacques, puisque seul tu connais le langage de tes serviteurs, dis-leur donc de nous préparer quelques-uns de ces cocktails qui aident la poésie du crépuscule...


[modifier] Julien Green, Léviathan, 1929

Rien n'est plus délicieux que ces premières journées d'automne où l'air agité de puissants remous semble une mer invisible dont les vagues se brisent dans les arbres, tandis que le soleil, dominant cette fureur et ce tumulte, accorde à la moindre fleur l'ombre qu'elle fera tourner à son pied jusqu'au soir. De ce calme et de cette frénésie résulte une impression où la force se mêle à une douceur que le langage humain ne peut rendre. C'est un repos sans langueur, une excitation que ne suit aucune lassitude ; le sang coule plus joyeux et plus libre, le coeur se passionne pour cette vie qui le fait battre. A ceux qui ne connaissent pas le bonheur, la nature dans ces moments généreux leur en apporte avec les odeurs des bois et les cris des oiseaux, avec les chants du feuillage et toutes ces choses où palpite l'enfance.

  • Léviathan (1897), Julien Green, éd. Fayard, coll. Le Livre de Poche, 1993 (ISBN 978-2-253-09940-), chap. XIII, p. 156


[modifier] John Darnton, La Conspiration de Darwin, 2005

Comme le langage est terne face aux élans du cœur...


[modifier] Médias

[modifier] Presse

[modifier] Jean Malrieu, Premières réponses à l'enquête sur les représentations érotiques, 1964

L'acte poétique ressemble à l'acte charnel. Mais le langage est pauvre pour garder trace de l'extase. Le poème — parfois — garde quelques traces de ce feu. Il m'est arrivé d'écrire quelques poèmes avec le pénis.

  • Réponse de Jean Malrieu à l'interrogation suivante : [Les représentations érotiques] ont-elles à vos yeux une relation avec la création poétique ? — Il est clairement question d'une enquête initiée par la revue surréaliste La Brèche en décembre 1964.
  • « Premières réponses à l'enquête sur les représentations érotiques », Jean Malrieu, La Brèche, nº 7, Décembre 1964, p. 92


[modifier] Psychologie

[modifier] Jean Gortais, Processus de la schizophrénie, 2002

Dans la schizophrénie, selon [Freud], la différenciation entre représentation de mot et représentation de chose est mise à mal en raison de la façon dont le schizophrène traite les mots comme des choses. Se pose alors ici la question d'un échec de la fonction d'abstraction et de l'étroitesse voire de l'impossibilité d'accès à la polysémie du langage. Lorsque les mots peuvent être pris pour des choses, ils sont alors susceptibles de devenir magiques ou terrifiants.

  • Processus de la schizophrénie (2002), Catherine Azoulay/Catherine Chabert/Jean Gortais/Philippe Jeammet, éd. Dunod, coll. Psycho Sup, 2002 (ISBN 2-10-004780-9), chap. I « Approche historique d'une psychopathologie psychanalytique de la schizophrénie (Jean Gortais) », 4. Narcissisme et perte de réalité, p. 17
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