Franz Kafka

Citations « Franz Kafka » sur Wikiquote, le recueil de citations libre
Aller à : navigation, rechercher
Franz Kafka en 1906.

Franz Kafka (1883 — 1924) est un auteur de confession juive et de langue allemande. C'est l'un des écrivains occidentaux majeurs du XXe siècle.

Œuvres[modifier]

Le Procès[modifier]

Il reconnaît qu'il ignore la loi, et il affirme en même temps qu'il n'est pas coupable !


Dois-je laisser dire de moi qu'au début de mon procès je voulais le finir et qu'à la fin je ne voulais que le recommencer ?


La logique a beau être inébranlable, elle ne résiste pas à un homme qui veut vivre. Où était le juge qu'il n'avait jamais vu ? Où était la haute cour à laquelle il n'était jamais parvenu ? Il leva les mains et écarquilla les doigts.
Mais l'un des deux messieurs venait de le saisir à la gorge ; l'autre lui enfonça le couteau dans le cœur et l'y retourna par deux fois. Les yeux mourants, K. vit encore les deux messieurs penchés tout près de son visage qui observaient joue contre joue.
« Comme un chien ! » dit-il, c'était comme si la honte dût lui survivre.


La Colonie pénitentiaire[modifier]

Le principe d'après lequel je décide, le voici : la faute est toujours certaine. Les autres tribunaux ne peuvent pas observer ce principe, car ils sont composés de plusieurs juges et ont d'autres cours au-dessus d'eux. Chez nous il n'en est pas ainsi. [...] Tout cela est très simple. Si j'avais commencé par faire comparaître l'homme et par l'interroger, il n'en serait résulté que confusion. Il aurait menti ; si j'avais réussi à réfuter ses mensonges, il en aurait forgé de nouveaux et ainsi de suite, au lieu que maintenant je le tiens et je ne le lâche plus. Tout est-il clair ?...


Les Recherches d'un chien[modifier]

Certes, la science progresse ; c'est un mouvement irrésistible ; ce progrès va même en s'accélérant, il va toujours plus vite. Mais qu'y a-t-il là qui mérite des éloges ? C'est comme si on voulait faire l'éloge de quelqu'un, parce qu'il vieillit à mesure que ses années augmentent et que, par conséquent, la mort approche toujours plus vite. C'est un processus naturel et, de surcroît, assez laid, dans lequel je ne trouve rien à louer. Je ne vois là que décadence.


Notre génération est peut-être perdue, mais elle est plus innocente que celle d'avant.


La raison profonde de mon inaptitude à la science me semble être un instinct, qui n'est sans doute pas un mauvais instinct. [...] Ce fut [cet] instinct qui, peut-être justement au nom de la science, mais d'une autre science que celle qui est pratiquée aujourd'hui, d'une science des choses dernières, me fit estimer la liberté plus que tout le reste. La liberté ! Certes, la liberté qui est possible aujourd'hui est une plante chétive. Mais elle reste malgré tout la liberté ; elle est une chose que l'on possède.


L'éducation est sans doute toujours à deux faces : elle consiste, d'une part, à réprimer le mouvement impétueux qui pousse les enfants dans leur ignorance à l'assaut de la vérité ; d'autre part à humilier les enfants pour les amener ensuite peu à peu et insensiblement dans le mensonge.


La Métamorphose[modifier]

Gregor avait l’impression que son père n’était plus seul, mais que plusieurs pères s’étaient ligués contre lui.

  • La Métamorphose, Franz Kafka (trad. Claude David), éd. Folio Classique, 2000, chap. 1, p. 54


Réflexions sur le péché, la souffrance, l'espérance et le vrai chemin[modifier]

1

Le vrai chemin passe par-dessus une corde qui n’est pas tendue en hauteur, mais presque au ras du sol. Elle semble plus faite pour faire trébucher que pour être franchie.

  • Réflexions sur le péché, la souffrance, l'espérance et le vrai chemin, Franz Kafka (trad. Bernard Pautrat), éd. Payot et Rivages, coll. Rivages poche, Petite bibliothèque, 2001 (ISBN 2-7436-0773-4), p. 29


3

Il y a pour les hommes deux péchés capitaux, d'où découlent tous les autres : impatience et paresse. L'impatience les a fait chasser du Paradis, la paresse empêche qu'ils reviennent. Mais peut-être n'y a-t-il qu'un péché capital : l'impatience. L'impatience les a fait chasser, l'impatience empêche qu'ils reviennent.

  • Réflexions sur le péché, la souffrance, l'espérance et le vrai chemin, Franz Kafka (trad. Bernard Pautrat), éd. Payot et Rivages, coll. Rivages poche, Petite bibliothèque, 2001 (ISBN 2-7436-0773-4), p. 30


13

Un premier signe d'un début de connaissance, c'est le désir de mourir. Cette vie-ci semble insupportable, une autre, inaccessible. On n'a plus honte de vouloir mourir ; on demande son transfert de la vieille cellule, qu'on hait, pour une nouvelle, que l'on apprendra bientôt à haïr. Cela se fait avec l'étroit concours d'un reste de foi : que pendant le transfert le maître viendra à passer dans le couloir, jettera un regard sur le prisonnier et dira : "Celui-là, ne le rentrez pas en cellule. Il vient chez moi."

  • Réflexions sur le péché, la souffrance, l'espérance et le vrai chemin, Franz Kafka (trad. Bernard Pautrat), éd. Payot et Rivages, coll. Rivages poche, Petite bibliothèque, 2001 (ISBN 2-7436-0773-4), p. 34


22

Tu es le devoir. Pas d’écolier alentour.

  • Réflexions sur le péché, la souffrance, l'espérance et le vrai chemin, Franz Kafka (trad. Bernard Pautrat), éd. Payot et Rivages, coll. Rivages poche, Petite bibliothèque, 2001 (ISBN 2-7436-0773-4), p. 38


45

Plus tu attelles de chevaux, plus ça va vite - non pas, bien sûr, l'arrachement du bloc à la fondation, cela est impossible, mais la rupture des brides et du coup, à vide, la course joyeuse.

  • Réflexions sur le péché, la souffrance, l'espérance et le vrai chemin, Franz Kafka (trad. Bernard Pautrat), éd. Payot et Rivages, coll. Rivages poche, Petite bibliothèque, 2001 (ISBN 2-7436-0773-4), p. 46


50

L’homme ne peut vivre sans une durable confiance en quelque chose en lui d’indesctructible, en quoi tant l’indestructible que la confiance elle-même peuvent rester durablement cachés. Une des expressions possibles de ce rester-caché est la foi en un Dieu personnel.

  • Réflexions sur le péché, la souffrance, l'espérance et le vrai chemin, Franz Kafka (trad. Bernard Pautrat), éd. Payot et Rivages, coll. Rivages poche, Petite bibliothèque, 2001 (ISBN 2-7436-0773-4), p. 48


52

Dans le combat entre toi et le monde, seconde le monde.

  • Réflexions sur le péché, la souffrance, l'espérance et le vrai chemin, Franz Kafka (trad. Bernard Pautrat), éd. Payot et Rivages, coll. Rivages poche, Petite bibliothèque, 2001 (ISBN 2-7436-0773-4), p. 49


88

La mort est devant nous, un peu comme au mur de la salle de classe un tableau de la bataille d’Alexandre. Ce qu’il nous reste à faire, c’est, à travers nos actes dans cette vie, d’obscurcir encore le tableau ou de l’effacer tout à fait.

  • Réflexions sur le péché, la souffrance, l'espérance et le vrai chemin, Franz Kafka (trad. Bernard Pautrat), éd. Payot et Rivages, coll. Rivages poche, Petite bibliothèque, 2001 (ISBN 2-7436-0773-4), p. 65


109

(..) Il n’est pas nécessaire que tu sortes de chez toi. Reste à ta table et écoute. N’écoute même pas, attends, simplement. N’attends même pas, soit pleinement calme et seul. Le monde va s’offrir à toi pour que tu le démasques, il ne peut rien faire d’autre, il va se tordre extasié devant toi.

  • Réflexions sur le péché, la souffrance, l'espérance et le vrai chemin, Franz Kafka (trad. Bernard Pautrat), éd. Payot et Rivages, coll. Rivages poche, Petite bibliothèque, 2001 (ISBN 2-7436-0773-4), p. 77


Correspondance[modifier]

Nous avons besoin de livres qui agissent sur nous comme un malheur dont nous souffririons beaucoup, comme la mort de quelqu'un que nous aimerions plus que nous-mêmes, comme si nous étions proscrits, condamnés à vivre dans des forêts loin de tous les hommes, comme un suicide - un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous.


Journal[modifier]

Tout ce qui n'est pas littérature m'ennuie et je le hais.


Les parents qui attendent de la reconnaissance de leurs enfants (il y en a même qui l'exigent) sont comme ces usuriers qui risquent volontiers le capital pour toucher les intérêts.


En un certain sens, le Bien est désolant.


L'oisiveté est le commencement de tous les vices, le couronnement de toutes les vertus.


Dans le combat entre toi et le monde, seconde le monde.


J'ai passé ma vie à me défendre de l'envie d'y mettre fin.


La jeunesse éternelle est impossible, même s'il n'y avait pas d'autre obstacle, l'introspection s'y opposerait.


Conversations avec Kafka, 1951 & 1968[modifier]

     "- Etes-vous à ce point seul ?", lui demandai-je.
     Kafka fit "oui" de la tête.
     "Comme Kaspar Hauser ?"
     Kafka eut un rire et répondit : 'Bien pire que cela. Je suis seul... comme Franz Kafka."

  • Conversations avec Kafka, Gustav Janouch (trad. Bernard Lortholary), éd. Les Lettres Nouvelles/Maurice Nadeau, 1978 (ISBN 2-86231-076-X), p. 92


     "Nous tentons de placer notre monde individuel et limité au-dessus de l'infini. Par là nous perturbons le cycle des choses. C'est là notre péché originel. Tous les phénomènes du cosmos et de la terre se meuvent, comme les corps célestes, de façon circulaire ; ils sont un éternel retour ; seul l'homme, l'être humain concret, suit un trajet rectiligne de la naissance à la mort. Il n'existe pas pour l'homme de retour personnel. Il ne ressent que sa chute. Par là il contrecarre l'ordre du cosmos. C'est le péché originel."
     Interrompant Kafka, je dis : "Mais il n'y peut rien ! Cela ne peut pas être un péché, puisque cela nous est imposé par le destin."
     Alors Kafka tourna lentement son visage vers moi. Je vis ses grands yeux gris, ils étaient sombres et impénétrables. Le visage tout entier était envahi d'un calme profond, minéral. Seule tressaillait légèrement la lèvre inférieure, qui avançait un peu. Ou était-ce une ombre ?
     Il me demanda : "Voulez-vous protester contre Dieu ?"
     Je baissai la tête. Sans dire mot. De l'autre côté de la cloison, on entendait le murmure d'une voix.
     Franz Kafka dit alors : "Nier le péché originel, c'est nier Dieu et nier l'homme. Peut-être l'homme ne tient-il sa liberté que du fait d'être mortel. Qui peut le savoir ?"

  • Conversations avec Kafka, Gustav Janouch (trad. Bernard Lortholary), éd. Les Lettres Nouvelles/Maurice Nadeau, 1978 (ISBN 2-86231-076-X), p. 94


     Nous rencontrâmes un cortège d'ouvriers se rendant à un meeting, drapeaux et bannières au vent. Kafka me dit alors :
     "Ces gens sont si fiers, si confiants, si joyeux. Parce qu'ils sont maîtres de la rue, ils s'imaginent qu'ils sont maîtres du monde. En réalité, il se trompent bel et bien. Il y a déjà derrière eux les secrétaires, les permanents, les politiciens, tous ces sultans des temps modernes, auxquels ils fraient la voie qui mène au pouvoir.
     - Vous ne croyez pas à la puissance des masses ?
     - Je la vois, cette puissance des masses : elle est informe et paraît indomptable, et elle n'a de cesse qu'elle ne soit domptée et formée. Au terme de toute évolution vraiment révolutionnaire, il surgit un Napoléon Bonaparte.
     - Vous ne croyez pas que la révolution russe s'étende encore ?
     Après un instant de silence, Kafka répondit :
     "Plus une inondation s'étend, moins son eau est profonde et plus elle est trouble. La révolution s'évapore et il ne reste que la vase d'une nouvelle bureaucratie. Les chaînes de l'humanité torturée sont faites de paperasse."

  • Conversations avec Kafka, Gustav Janouch (trad. Bernard Lortholary), éd. Les Lettres Nouvelles/Maurice Nadeau, 1978 (ISBN 2-86231-076-X), p. 158


"L'homme n'est pas condamné à mort, il est condamné à vivre."

  • Conversations avec Kafka, Gustav Janouch (trad. Bernard Lortholary), éd. Les Lettres Nouvelles/Maurice Nadeau, 1978 (ISBN 2-86231-076-X), p. 208


     "- Et le Christ ?"
     Kafka pencha la tête.
     "C'est un abîme empli de lumière. Il faut fermer les yeux pour ne pas y tomber. Max Brod écrit un grand ouvrage sur Paganisme, Christianisme, Judaïsme. Peut-être mon dialogue avec ce livre m'apportera-t-il quelque clarté.
     - Vous attendez tant de choses de ce livre ?
     - Pas seulement du livre, mais de chaque instant. Je m'efforce d'être véritablement un candidat à la grâce. J'attends et je regarde. Peut-être viendra-t-elle, peut-être ne viendra-t-elle pas. Peut-être cette attente à la fois calme et inquiète est-elle l'annonce de la grâce, ou bien la grâce elle-même. Je l'ignore. Mais cela ne m'inquiète pas. J'ai, pendant ce temps, fait amitié avec mon ignorance."

  • Conversations avec Kafka, Gustav Janouch (trad. Bernard Lortholary), éd. Les Lettres Nouvelles/Maurice Nadeau, 1978 (ISBN 2-86231-076-X), p. 221


     Parmi les livres qui emplissaint ma serviette, Kafka vit un jour un roman policier.Il me dit : "Il ne faut pas avoir honte de lire ce genre de livre. Crime et Châtiment de Dostoïevski n'est en fait rien d'autre qu'un roman policier. Et Hamlet de Shalespeare ? C'est une pièce policière. Au coeur de l'intrigue, il y a un secret qu'on révèle lentement. Mais y a-t-il plus grand secret que la vérité ? La littérature est toujours une expédition vers la vérité.
     - Mais qu'est-ce que la vérité ?
     Kafka resta un instant sans rien dire, puis il eut un sourire malicieux.
     "J'ai bien l'impression que vous venez de me prendre sur le fait : j'étais en train de me payer de mots. Mais en réalité, non. La vérité est ce dont chaque homme a besoin pour vivre et que pourtant il ne peut devoir ni acheter à personne. Chacun doit la produire du fond de lui-même, faute de quoi il périt. La vie sans la vérité est impossible. Peut-être que la vérité, c'est la vie elle-même.

  • Conversations avec Kafka, Gustav Janouch (trad. Bernard Lortholary), éd. Les Lettres Nouvelles/Maurice Nadeau, 1978 (ISBN 2-86231-076-X), p. 222


sur Kafka[modifier]

Imre Kertész[modifier]

9 novembre
Ce château est-il vraiment si mystérieux ? Il est décrit avec précision. Vu du village, il se trouve à l'horizon, sur une colline plus ou moins lointaine, mais il est aisément accessible. Le roman nous apprend qu'une route y mène. Il est évident qu'elle permet d'aller non seulement du château au village, mais aussi du village au château. Pourtant tout le monde croit et admet qu'on ne peut pas se rendre au château, ce consensus prenant force de loi. Nous voyons bien que le village tout entier pourrait s'engager sur ce chemin comme un seul homme et aller jusqu'au château. Les murs de ce dernier ne sont défendus ni par des canons, ni par des armes automatiques, le texte ne fait nulle mention d'une armée ou d'une police quelconque. Les villageois pourraient demander à entrer ou bien défoncer les portes ; mais ils ne le font pas, ils acceptent de ne pas pouvoir entrer au château à l'exception de certains d'entre eux, à certaines conditions et dans certaines circonstances. Ils acceptent un ordre inventé, une règle du jeu, et ils fondent leur vie sur ce principe, comme si c'était celui de la vie ou de la nature. - La liberté de K. est sa détermination (à pénétrer dans le château) ; son erreur est d'avoir accepté la mission ; conséquence : il s'épuise. K. est le Lohengrin de la liberté ; sauf qu'il n'entre pas dans le château des chevaliers du Graal, mais meurt vraisemblablement parmi les hommes.- La clé du roman se trouve dans un autre livre de Kafka, Le Procès : "C'est ériger le mensonge en ordre universel." Le Procès est le roman de cette découverte. Le Château, celui de cette règle du monde. Il est évident que toutes les valeurs se situent à l'intérieur du roman. A savoir : les efforts pour entrer au château, Frida, Amalia, etc. Seul le château peut être un symbole transcendant du monde. Bien qu'il ne soit en tout et pour tout qu'une comparaison poétique : la vie est comme un château dans lequel on n'entrera jamais. Mais le roman n'est pas construit sur cette métaphore modeste, extrêmement modeste. Le château est un fait, un conglomérat d'objets décrits de manière réaliste - un clocher, des murs, des tours, etc. ; certes, il miroite parfois d'une lueur particulière et nous voyons ce miroitement à travers le prisme des consciences. Il apparaît que la grande découverte du roman n'est pas la comparaison facile mentionnée plus haut, mais bien plutôt le personnage principal, K., le messager, le Lohengrin de la liberté - pour reprendre cette image -, qui semble être venu au village pour rompre le consensus et pénétrer dans le château. Au fil des négociations du roman, il devient de plus en plus clair que K. pourrait rester au village sous certaines conditions, notamment s'il acceptait ces dernières, c'est-à-dire celles qui sont imposées à un étranger toléré. Mais c'est diamétralement opposé à son but initial. K. ne veut pas devenir l'un des villageois - telle n'est pas là sa tâche ardue et implacable : il veut pénétrer dans le château. Le roman ne dit pas pourquoi il veut le faire, et c'est justement pour cela que c'est évident : c'est sans doute pour satisfaire le paradigme, pour briser la règle du monde. Comme je le dis, Kafka ne met jamais en doute la réalité objective du château ; rien n'indique que le château puisse être différent de ce que l'auteur décrit et nous donne à voir. Conclusion : Le Château n'est autre que l'image de la servitude consensuelle ; une image géniale qui dépasse son objet mais qui reste ce qu'elle est : une image de la servitude consensuelle. Tous les habitants de l'Europe de l'Est le savent parfaitement, et ils le taisent avec horreur, ils répètent après l'Occident (qui ne comprend pas le roman) que Le Château est un truc transcendant, tout en voyant avec effarement que c'est le reflet exact de la vie en Europe de l'Est, l'image de la servitude consensuelle.

  • Journal de galère, Imre Kertész (trad. Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba), éd. Actes Sud, 2010 (ISBN 978-2-7427-9238-2), p. 53-55


22 mars
Quand le corps et l'esprit sont parfaitement sains, il n'y a pas de vie spirituelle, dit Kafka. Sa capacité d'intériorisation incroyablement intense. Les mots et les comparaisons flambloyants dont il se sert pour créer une vie, une grande vie à partir des éléments apparemment les plus anodins. Son intelligence absolument incroyable. Il franchit tous les seuils, déchire tous les voiles, il marche, marche jusqu'à arriver - à lui-même. Quel fantastique raccourci ! Pourtant les détours, oui, seuls les détours constituent la vie : parce que le temps de la vie est celui des détours. Arriver au but - à soi - signifie mourir.

  • Journal de galère, Imre Kertész (trad. Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba), éd. Actes Sud, 2010 (ISBN 978-2-7427-9238-2), p. 185


30 décembre 2002
Kafka, suite. Etait-ce un martyr ou était-il simplement maladroit ? C'est un écrivain génial, mais il ne se fie pas à ce qu'il écrit. Il est conscient de sa valeur, mais d'une modestie dévastatrice. Les femmes l'adorent, mais il s'empêtre dans des amours malheureuses où, au lieu de satisfaction, il ne trouve qu'humiliation. Il apprécie la vie, on peut dire que c'est un hédoniste et pourtant il mène une existence d'ascète. De nature solitaire, il veut constamment se marier. Il fait de la gymnastique, s'adonne au jardinage pour entretenir sa santé, dort la fenêtre ouverte en hiver, pratique la marche à pied, la natation, mais contracte une maladie mortelle et meurt avant l'âge. - Destin émouvant. On pense à Goethe pour se consoler. Il a eu lui aussi sa part de malheur, mais il a "mieux exploité" sa souffrance. Peu importe. Le personnage de Kafka, peut-être même plus que son oeuvre, nous tourmentera toujours, et je me demande si ce n'est pas là son véritable héritage.

  • Sauvegarde Journal 2001-2003, Imre Kertész (trad. Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba), éd. Actes Sud, 2012 (ISBN 978-2-330-01082-9), p. 186


Michael Kumpfmüller[modifier]

écrit le roman du dernier amour de Kafka, à partir de juillet 1923, avec Dora Diamant


(...) il écrit : Lorsque je te caresse les cheveux en pensée, je suis heureux, pourtant ma tête fatiguée me dit que ce n'est pas vrai. Toute ma vie présente n'est pas vraie, mais elle n'en a pas moins lieu, tandis que la vie avec toi n'a pas lieu, mais elle est vraie, sans aucun doute

  • La Splendeur de la vie (roman), Michael Kumpfmüller (trad. Bernard Kreiss), éd. Albin Michel, 2012 (ISBN 978-2-226-24519-9), p. 60-61


Ce matin même, elle s'est livrée à une expérience. Il y avait deux lettres dans la boîte mais elle ne les a pas ouvertes. Elle les a mises de côté en se disant, ou en disant à Judith, pas maintenant, plus tard, c'est trop, chéri, je suis comme ivre, si tu savais l'effet que me font tes lettres. Elle ne les a pas non plus emportées en promenade. Il lui en a coûté de les laisser à la maison, et c'est pour cette raison, précisément, qu'elle les a laissées, mais au retour, deux heures plus tard, elle hâte le pas à mi-chemin, elle court, elle vole vers les deux lettres en souffrance, déchire les enveloppes et se met à lire, entend sa voix comme si c'était la première fois, après cent ans sa voix, pour la première fois.

  • La Splendeur de la vie (roman), Michael Kumpfmüller (trad. Bernard Kreiss), éd. Albin Michel, 2012 (ISBN 978-2-226-24519-9), p. 82-83


Il tenait à sa peur de ne pas trouver la femme qu'il lui fallait, au fait qu'il attirait les femmes puis les repoussait en leur faisant peur avec sa peur, de crainte aussi qu'elles l'empêchent d'écrire.

  • La Splendeur de la vie (roman), Michael Kumpfmüller (trad. Bernard Kreiss), éd. Albin Michel, 2012 (ISBN 978-2-226-24519-9), p. 91


Elle ne saurait dire à quoi elle s'est attendue. Franz, dit-elle. (...)

  • La Splendeur de la vie (roman), Michael Kumpfmüller (trad. Bernard Kreiss), éd. Albin Michel, 2012 (ISBN 978-2-226-24519-9), p. 99


Autres projets: