Expérience

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Sommaire

[modifier] Littérature

[modifier] Essai

[modifier] Choderlos de Laclos, Traité sur l'éducation des femmes, 1903

Essai sur l'éducation des femmes

[...] l'expérience personnelle est souvent chère et toujours tardive ; il est donc utile de profiter de celle des autres. C'est dans les livres que celle-là se trouve.


[modifier] Nouvelle

[modifier] Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904

La Soif ricane

Je l’aurais volontiers fait taire d’un coup de pied ou de poing, mais des expériences réitérées et douloureuses m’avaient persuadé que la vigueur physique de Polly surpassait de beaucoup la mienne. Je n’avais sur elle qu’une vague supériorité mentale. Et encore! Le bon sens de ma compagne m’a souvent tiré d’un mauvais pas, ce que n’auraient pu faire mes divagations de songe-creux.

  • La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Soif ricane, p. 27


[modifier] Prose poétique

[modifier] Francis Picabia, Samedi soir, 16 septembre, 1922

Photographies des réceptions royales, obscénités originales, l'hygiène du dernier gâteux ne me donne aucune expérience. Je creuse un fortifiant, voilà l'événement où rebondissent mes articulations, mais il faut se résigner.

  • « Samedi soir, 16 septembre 1922 », Francis Picabia, Littérature Nouvelle Série, nº 6, Novembre 1922, p. 24


[modifier] René Char, Fureur et mystère, 1948

Suzerain

Je vis qu'il n'y aurait jamais de femme pour moi dans MA ville. La frénésie des cascades, symboliquement, acquitterait mon bon vouloir. J'ai remonté ainsi l'âge de la solitude jusqu'à la demeure suivante de L'HOMME VIOLET. Mais il ne disposait là que du morose état civil de ses prisons, de son expérience muette de persécuté, et nous n'avions, nous, que son signalement d'évadé.

  • Fureur et mystère (1948), René Char, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1962 (ISBN 2-07-030065-X), partie LE POEME PULVERISE (1945-1947), Suzerain, p. 192


[modifier] Roman

[modifier] Marie d'Agoult, Nélida, 1866

Notre pays, me disais-je, depuis la dernière révolution, n'a pas repris son équilibre. Deux classes de la société, la noblesse et le peuple, sont en proie à de vives souffrances ; l'une subit un mal imaginaire, l'autre un mal réel ; la noblesse, parce qu'elle se voit dépouillée de ses privilèges et de ses honneurs par une bourgeoisie arrogante ; le peuple, parce que le triomphe de cette bourgeoisie, amenée par lui au pouvoir, n'a été qu'une déception cruelle. Il commence à regretter, par comparaison, ses anciens maîtres. Comme il lit peu l'histoire, il ne se souvient que des manières affables et des largesses du grand seigneur. Pourquoi ces deux classes, éclairées par l'expérience, ne s'entendraient-elles pas contre leur commun adversaire ? Pourquoi les instincts courageux du peuple, l'esprit d'honneur de la noblesse, ne triompheraient-ils pas d'une bourgeoisie égoïste et déjà énervée par le bien-être ?


[modifier] Gabriele D'Annunzio, Le Feu, 1900

— Je voudrais, cette nuit, me trouver pour la première fois avec la femme que je désire, par delà les Jardins, vers le Lido, sur une couche flottante,— dit le poète érotique Paris Eglano, un jeune homme blond et imberbe, dont la belle bouche purpurine et vorace faisait contraste avec la délicatesse presque angélique de ses traits. — A quelque amant néronien caché sous le felze, Venise offrira dans une heure le spectacle d’une ville délirante qui s’incendie.
Stelio sourit en remarquant à quel point ses familiers s’étaient imprégnés de son essence et combien profondément le sceau de son style s’était imprimé sur leurs esprits. Subitement s’offrit à son désir l’image de la Foscarina empoisonnée par l’art, chargée d’expérience voluptueuse, ayant le goût de la maturité et de la corruption dans sa bouche éloquente, ayant l’aridité de la vaine fièvre dans ses mains qui avaient exprimé le suc des fruits fallacieux, gardant les vestiges de cent masques sur ce visage qui avait simulé la fureur des passions mortelles. C’était ainsi que se la représentait son désir ; et il palpitait à la pensée que, tout à l’heure, il la verrait émerger de la foule comme de l’élément dont elle était l’esclave, et qu’il puiserait dans le regard de cette femme l’ivresse nécessaire.

  • Le Feu, Gabriele D'Annunzio, éd. La Revue de Paris, 1900, chap. I. L'épiphanie du feu, p. 28


[modifier] André Pieyre de Mandiargues, La Marge, 1967

Que le bleu du ciel puisse être à ce point blessant pour les yeux, que l'air à la première heure de l'après-midi puisse être pénible aux bronches comme une lampée de thé chaud au larynx, il faut sortir d'une réserve d'art ombreuse et fraîche pour en faire l'expérience.


[modifier] Psychanalyse

[modifier] Charles Baudouin, L'Oeuvre de Jung et la psychologie complexe, 1963

[ Jung] nous apprend dans ses Souvenirs que, désorienté par la privation du guide qu'avait été Freud, il traversa alors une période de tourments intérieurs où il connut l'angoisse d'avoir à faire face, seul, à ses démons. Rêves et « visions » le hantèrent ; il se crut un instant menacé par la psychose. Il aura désormais, par expérience personnelle, ce qu'il dit quand il parle du courage nécessaire à la « confrontation avec l'inconscient ».

  • L'Oeuvre de Jung et la psychologie complexe (1963), Charles Baudouin, éd. Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2002 (ISBN 2-228-89570-97), partie Introduction, Maître (1913), p. 16


[modifier] Psychologie

[modifier] Mary Esther Harding, Les Mystères de la femme, 1953

L'expérience pratique nous révèle que les rêves ou l'activité imaginative qui se manifestent dans l'inconscient de personnes de caractères fort différents présentent des caractéristiques générales comparables à celles du mythe, chez deux catégories d'individus. D'abord chez ceux dont la vie personnelle ne s'est jamais pleinement dégagée de ses origines inconscientes ou s'est trouvée absorbée dans l'élément collectif surgi des profondeurs de l'inconscient ; ensuite dans les rêves d'un tout autre genre d'individus dont les problèmes personnels ont déjà été éclairés soit par l'expérience de la vie elle-même, soit par l'analyse. Ce caractère général des rêves se trouve ainsi chez des individus dont le développement n'est en rien comparable : d'une part chez ceux qui ne sont pas encore parvenus à une vie individuelle dégagée du domaine collectif des images intérieures, d'autre part chez ceux qui ont complètement assimilé leurs problèmes personnels et qui parviennent à une conception plus large de la vie.
Pour ce qui est des individus qui ne sont pas en mesure de mener une vie personnelle satisfaisante et qui traînent encore dans une sorte de brouillard indistinct, le premier soin de l'analyse sera d'établir ce qui leur manque : un rapport personnel avec le monde.

  • Les Mystères de la femme (1953), Mary Esther Harding (trad. Eveline Mahyère), éd. Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 2-228-89431-1), chap. I. Les mythes et l'esprit moderne, p. 35


[modifier] Paul-Claude Racamier, Les Schizophrènes, 1980

Les paradoxes des schizophrènes

Si nous venons plus près de la phénoménologie, ce sera pour décrire les expériences psychotiques, au sens d'expériences vécues, consistant dans un vécu d'évanouissement du Je, de syncope ou de lipothymie du sentiment du moi, se traduisant par une impression, non dépourvue d'angoisse, d'étrangeté indicible, de vacillation, de chute ou d'éclipse, et de confusion ou tout au contraire de contact extrême et cru : une ultra-dépersonnalisation momentanée, c'est-à-dire une dépersonnation, au sens où je l'entendais naguère (Racamier, 1963). A l'origine de ces expériences : une modification massive et soudaine du régime général des investissements ; un désinvestissement d'objets, dira-t-on à la suite de Freud ; plus précisément, les investissements retournent momentanément à leur « liquidité » originelle.
Ces expériences psychotiques, je ne puis pas seul à prétendre qu'elles peuvent survenir et qu'elles survienent dans toute existence, et non pas seulement dans celle des psychotiques, mais, normalement, fugitives et ponctuelles, maîtrisées après coup, enkystées comme des corps étrangers, et sitôt oubliées, même lorsqu'elles sont reprises par le moi pour se mettre au service de l'expérience créatrice ; ne faut-il pas en effet perdre une seconde le sens du monde, pour lui en donner un nouveau ? [...] ces expériences psychotiques « normales », maîtrisées, voire exploitées par le moi, sont à distinguer des expériences psychotiques des psychotiques, lesquelles sont plus extensives et moins maîtrisables, et en viennent à corroder le moi, dont elles traduisent aussi la foncière incertitude.

  • Les Schizophrènes (1980), Paul-Claude Racamier, éd. Payot & Rivages, coll. Petite bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 978-2-228-89427-2), partie Les paradoxes des schizophrènes, chap. 3. De la folie dans la schizophrénie, Où l'on voit que la folie n'est pas encore psychose, p. 73


[modifier] Marie Anaut, La Résilience — Surmonter les traumatismes, 2003

La résilience évoque la récupération après un traumatisme. Elle fait référence à la capacité humaine de se confronter, intégrer et être transformé par les expériences aversives.


Cyrulnik (1999) propose la métaphore de la perle pour illustrer l'oxymoron de ce « merveilleux malheur » du fonctionnement de la résilience. C'est-à-dire comment à partir d'une blessure et d'une souffrance, le sujet peut en faire une expérience qui sera potentiellement fructueuse pour lui. Le résilient élaborerait un oxymoron dont le modèle est celui de la perle fabriquée par l'huître en réponse à une agression.

  • La Résilience — Surmonter les traumatismes, Marie Anaut, éd. Armand Colin, coll. 128, 2008 (ISBN 978-2-200-35348-3), partie 2. A la rencontre de la résilience, chap. 6. Métaphores et illustrations de la résilience, 6.2 L'oxymoron du « merveilleux malheur » (Cyrulnik), p. 54


La métaphore de l'huître perlière illustre bien comment, parfois, c'est à partir d'une expérience souffrante que l'on peut actualiser des forces demeurées jusqu'alors latentes et inconnues. La résilience apparaît ainsi comme résultant d'un processus paradoxal dans lequel la confrontation au traumatisme et la blessure viennent étayer la créativité.

  • La Résilience — Surmonter les traumatismes, Marie Anaut, éd. Armand Colin, coll. 128, 2008 (ISBN 978-2-200-35348-3), partie 2. A la rencontre de la résilience, chap. 6. Métaphores et illustrations de la résilience, 6.2 L'oxymoron du « merveilleux malheur » (Cyrulnik), p. 54


[...] si certains individus face à l'adversité semblent rendus vulnérables par l'exposition aux traumas, d'autres vont se construire dans la résilience et sortir renforcés par l'expérience traumatique qui leur donne un regain d'énergie, un ressort psychologique. On peut dire que par le traumatisme le sujet entre en résilience.

  • La Résilience — Surmonter les traumatismes, Marie Anaut, éd. Armand Colin, coll. 128, 2008 (ISBN 978-2-200-35348-3), partie 3. Articulations théoriques de la résilience, chap. 4. Approches psychodynamiques et processus intrapsychiques, 4.2 Variabilité des réponses face aux traumas, p. 81


[modifier] François Marty, Les grands concepts de la psychologie clinique, 2008

Les pulsions

Freud invoque une « compulsion de répétition » qu'il observe également dans le jeu des enfants qui reproduisent une situation où ils ont éprouvé de l'angoisse. Il existerait en nous quelque chose qui nous pousse à répéter les expériences antécédentes les plus désagréables et non pas seulement les expériences porteuses de plaisir. Freud, pour rendre compte de cette « compulsion », va donc introduire une notion nouvelle, la « pulsion de mort », pulsion de destruction qui oeuvre silencieusement au coeur du psychisme et a le pouvoir de désorganiser le fonctionnement psychique, d'aller à contre-courant du principe de plaisir. La contrepartie de cette « pulsion de mort », nommée aussi Thanatos, sera Éros, ensemble qui subsume les pulsions sexuelles regroupées sous le terme de « pulsions de vie ». Le but d'Éros est de bâtir des ensembles de plus en plus grands alors que celui de Thanatos est une force de déliaison.

  • Les grands concepts de la psychologie clinique, François Marty (Sous la direction de), éd. Dunod, 2008 (ISBN 978-2-10-051145-7), 1. L'évolution de la théorie des pulsions chez Freud, p. 30


Les traces en emprise et le souvenir de l'expérience de la satisfaction se soutiennent mutuellement. L'évocation d'une représentation est porteuse d'un certain plaisir, d'une charge libidinale organisée qui reproduit, bien qu'atténuée, une part de l'expérience de la satisfaction ; on pourrait parler ici de satisfaction mnésique plutôt que d'« hallucination de la satisfaction » ; le souvenir apporte une satisfaction limitée mais réelle : un plaisir.


La « décharge » correspond pour nous à un changement de l'équilibre économique introduit par l'expérience de la satisfaction. Le déséquilibre entre les investissements en emprise et les investissements en satisfaction disparaissant au profit de l'investissement de l'expérience de la satisfaction elle-même.


Les pulsions sont acquises ; on peut les considérer comme les modules du psychisme, comme les premières unités différenciées de son fonctionnement. Toute expérience nouvelle de satisfaction obtenue en synergie avec les investissements en emprise vient constituer une représentation nouvelle ou renforcer une représentation existante. Dans cette optique on peut considérer que la satisfaction nourrit le psychisme.


Lorsqu'il est impossible de créer une [...] expérience nouvelle de satisfaction, les investissements en emprise s'amoncellent sur l'objet qui se refuse. Une forme de folie d'emprise peut se développer conduisant à des actions qui peuvent être d'une violence destructrice considérable si l'équivalent d'une expérience de satisfaction ne vient pas l'arrêter.


Les mécanismes de défense

La défense est pathologique lorsque aucun apprentissage défensif n'a été établi. Le moi, soumis à une trop forte excitation interne, risque d'être submergé et infiltré par les processus primaires. La défense normale, quant à elle, a lieu lors de la reviviscence d'une expérience pénible. Le moi n'est alors pas confronté pour la première fois à une expérience de déplaisir, il n'est pas submergé, l'intensité est ainsi moindre.

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