Yanick Lahens
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Yanick Lahens, née le originaire de Port-au-Prince, est une écrivaine haïtienne, lauréate de l'édition 2014 du prix Femina pour son roman Bain de lune. Elle est titulaire de la chaire « Mondes Francophones » au Collège de France et a prononcé sa leçon inaugurale intitulée « Urgence(s) d’écrire, rêve(s) d’habiter » le .
Citations
[modifier]La folie était venue avec la pluie, 2001
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Repris en 2006 dans le recueil de nouvelles La folie était venue avec la pluie, puis dans L'Oiseau Parker dans la nuit et autres nouvelles,
2019. Texte et enregistrement audio disponible sur Île en île [lire en ligne], 2006.
Août touchait à sa fin. Mon enfance aussi mais je ne le savais pas encore. Dès le commencement de l'après-midi, les nuages, comme un cortège d'anges maléfiques, avaient obscurci le ciel, aiguisant les colères, réveillant les soifs, les faims et la méchanceté des hommes. Et depuis que le corps de Mervilus avait été trouvé hier dans une ravine non loin du quartier des Dalles, la folie comme la mort, comme l'enfance arrachée, était venue avec la pluie. Très vite les rues furent inondées par ces averses qui s'abattent toujours en cette saison et nous retournent l'âme comme une terre à labourer sans merci.
- « La folie était venue avec la pluie », Yanick Lahens, dans Une enfance outremer, Leïla Sebbar, éd. Seuil, 2001 (ISBN 2-02-042625-0), p. 129 (lire en ligne)
Quand je me réveillai il me sembla avoir été longtemps absente. Les mots avaient pris une couleur malicieuse et folle. La vigueur des gestes, l'avidité des soifs et la force des rires, tout était décuplé. Les visages semblaient englués dans les ténèbres d'un monde perdu. […] Je remarquai comme jamais auparavant les années de méfiance et de misère qui s'étaient incrustées dans ces visages. Et qui faisaient que nous scrutions le monde avec une curiosité aiguë. Et qui faisaient que nous le dévisagions aussi quelquefois avec une méchanceté égale à notre faim.
- « La folie était venue avec la pluie », Yanick Lahens, dans Une enfance outremer, Leïla Sebbar, éd. Seuil, 2001 (ISBN 2-02-042625-0), p. 135 (lire en ligne)
Des ombres de plus en plus nombreuses se déversent dans la nuit. Ma mère a saisi un bâton et est allée gonfler la foule de ceux qui sont déjà armés de machettes, de coutelas ou de piques. […] Des roulements de tambours déchirent la nuit. La rue est prise de convulsions. Et nous sommes une bande de pouilleux hagards à la peau terreuse, aux yeux caverneux, dans des vêtements fripés. Même nu-pieds, nous ne sentons pas les tessons de bouteille qui s'enfoncent dans nos talons.
- « La folie était venue avec la pluie », Yanick Lahens, dans Une enfance outremer, Leïla Sebbar, éd. Seuil, 2001 (ISBN 2-02-042625-0), p. 138-139 (lire en ligne)
Je regarde là-haut le ciel lavé et pailleté d'étoiles. Et je rejoins les constellations dans leurs mystères, leurs extravagances et leur beauté. La lune fait de grandes taches blanches presque laiteuses. Je suis seule. Enfin. Seule à respirer sous cette lune. J'ai douze ans et je me sens forte. Forte et belle.
- « La folie était venue avec la pluie », Yanick Lahens, dans Une enfance outremer, Leïla Sebbar, éd. Seuil, 2001 (ISBN 2-02-042625-0), p. 141 (lire en ligne)
La Couleur de l'aube, 2008
[modifier]Failles, 2010
[modifier]Bain de lune, 2014
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Douces déroutes, 2018
[modifier]Littérature haïtienne : urgence(s) d’écrire, rêve(s) d’habiter, 2019
[modifier]Passagères de nuit, 2025
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À la veille de partir, me voilà rassemblant mes naissances. Voulant faire tenir en une seule coulée mes vies dispersées, résolues, à vif. Trois fois des dés lancés au hasard m’ont dessiné autant de chemins sans sources, sans puits, que des tracés gorgés d’eau. Le hasard peut s’avérer un gouffre abyssal ou une avancée dans un ciel inconnu. Avancée éblouissante, insoupçonnée. Il faut tout traverser. Tout prendre. Le gouffre et le ciel. J’ai tout traversé. J’ai tout pris.
- Passagères de nuit, Yanick Lahens, éd. Sabine Wespieser éditeur, 2025 (ISBN 978-2-84805-570-1), partie I, chap. Prologue, p. 13
Mes pensées étaient de grandes vagabondes aux yeux songeurs, aux jambes démesurément longues. Je ne voulais renoncer à rien. Je voulais tout, la force de grand-mère, l’amour de mère, la mélancolie de Sarah-Jane. Mère, grand-mère et Sarah-Jane, j’ai emporté dans mon voyage vos vies enfouies dans ma chair, mon sang, mes muscles, bagages intimes et jusqu’à vos blessures muettes telles des ondes invisibles. Et toi, père, le magicien des jours heureux ! Je suis née une troisième fois dans une autre terre, amassant les morceaux brisés de vos vies, arrachant la mienne des halliers qui lui ont fait des blessures-soleils. Je vous aime. Je ne regrette rien.
- Passagères de nuit, Yanick Lahens, éd. Sabine Wespieser éditeur, 2025 (ISBN 978-2-84805-570-1), partie I, chap. Prologue, p. 22
Il a tenté d’avancer en prenant appui sur le mur de l’immeuble au pied duquel je lui avais enfoncé la lame dans le flanc, mais, au bout de quelques mètres, il est tombé sur le côté. Il a scruté l’obscurité de ses yeux hagards et, se tenant la poitrine, a regardé mon ombre s’effacer à mesure. Dans mon dos j’ai entendu le cri de frayeur qui s’est échappé deux fois de sa gorge. Mais je ne voulais pas me retourner. Je l’ai laissé à sa stupéfaction, à sa douleur, à son impuissance. Qu'il plie le genou ! Qu'il goûte enfin à un événement qui lui fasse courber l'échine ! Qu'il tombe face contre boue !
- Passagères de nuit, Yanick Lahens, éd. Sabine Wespieser éditeur, 2025 (ISBN 978-2-84805-570-1), partie I, chap. I, p. 27
Entretiens
[modifier]La littérature n’est pas sexuée. Cela fait des années que je le dis. Face à la feuille blanche ou à l’écran nous éprouvons l’angoisse et le bonheur d’écrire comme les hommes qui écrivent.
- « Haïti, les femmes, la littérature et l’histoire (entretien) », Clara Palmiste & Michelle Zancarini-Fournel (réalisé par), Clio, nº 50. « Le genre dans les mondes caribéens », 2019 (lire en ligne)
Écrire pour une femme c’est se mettre à nu. Car le premier vêtement de la femme doit être le silence et l’effacement. Écrire c’est se dévêtir. Et avancer sur un territoire interdit. […] Je dirais qu’on peut parler de littérature féminine toutes les fois où nous remettons ce vêtement de silence ou d’effacement pour n’écrire que ce que les autres attendent de nous. […] Nous sommes féministes toutes les fois que nous enlevons ce vêtement trop étroit, que nous faisons fi des murailles dressées, que nous osons une parole libre. Nous oscillons donc forcément entre les deux.
- « Haïti, les femmes, la littérature et l’histoire (entretien) », Clara Palmiste & Michelle Zancarini-Fournel (réalisé par), Clio, nº 50. « Le genre dans les mondes caribéens », 2019 (lire en ligne)
Écrire demeure un leurre magnifique, un jeu avec l’ombre et le silence et je préfère le plus souvent m’en tenir aux mots qui nous font du bien, qui sont cette lueur dans la nuit dont parle James Baldwin ou à cette grammaire du silence que mentionne Christian Bobin. On reconnaît un véritable écrivain ou une vraie écrivaine à sa manière unique d’aligner sur la page blanche ce savoir intime qui est le sien mais dont lui-même ou elle-même ne fera jamais le tour.
- « Le partage du peu. Entretien avec Yanick Lahens », Anne Lafont (propos recueillis par), Esprit, nº 1. « Le partage de l’universel », 2020, p. 138 (lire en ligne)
Quand j’évoque Haïti dans mon œuvre, je parle de la majorité du monde.
- « Le partage du peu. Entretien avec Yanick Lahens », Anne Lafont (propos recueillis par), Esprit, nº 1. « Le partage de l’universel », 2020, p. 141 (lire en ligne)
Lorsque j’écris, l’histoire ne me lâche pas. C’est une complice de toujours. Solidaire aussi, car elle sait que je n’ai pas le luxe de pouvoir me passer d’elle. Je vis cette condition de femme, d’écrivaine et d’Haïtienne comme une chance. Habitant un pays dominé, j’ai dû apprendre la culture des pays dominants. Ce qui, comme le disait James Baldwin, me donne un avantage certain puisque le dominant s’intéresse peu ou pas à ma culture, à mon histoire, tandis que j’avance avec deux fers au feu : la connaissance de ma culture et la connaissance de la sienne.
- « « Il n’y a pas de malédiction ! ». Entretien avec Yanick Lahens », Domitille de Gavriloff (propos recueillis par), L’Histoire, nº 531. « Haïti. La révolution des esclaves », 2025 (lire en ligne)
J’ai voulu montrer ce que l’imaginaire colonial véhicule, et dont on n’est pas encore complètement sorti aujourd’hui, surtout pour ce qui a trait à la sexualité et aux femmes de couleur. Cet imaginaire construit l’esclave comme un bien meuble et envisage les femmes comme une possession dont on peut disposer à sa guise. Le viol s’inscrit dans cet imaginaire. […] Seul le roman permet d’explorer cette complexité humaine.
- « Yanick Lahens : Des femmes face au chaos du monde », Georgia Makhlouf, lorientlejour.com, 6 août 2025 (lire en ligne)
Dans la grande Histoire, les femmes sont absentes ; il y a tant de silence autour du rôle des femmes et de ce qu’elles ont accompli. J’ai voulu combler ce silence. J’ai voulu aller sur le territoire de l’intime.
- « Yanick Lahens : Des femmes face au chaos du monde », Georgia Makhlouf, lorientlejour.com, 6 août 2025 (lire en ligne)
La grande Histoire s’écrit par ceux et celles qui voyagent en pleine lumière. J’ai voulu porter l’attention sur celles qui voyagent de nuit, les femmes racisées et de condition modeste, mais qui font quand même l’Histoire.
- « Yanick Lahens : Des femmes face au chaos du monde », Georgia Makhlouf, lorientlejour.com, 6 août 2025 (lire en ligne)
J’écris pour combler un manque, parce que la narration du monde ne suffit pas.
- « Yanick Lahens écrit comme elle danse », Gladys Marivat, Le Monde, 21 septembre 2025 (lire en ligne)
- Yanik Lahens, Terriennes. « Haïti : l’hommage aux insoumises haïtiennes », Nicolas George, TV5MONDE, 25 septembre 2025 (accéder en ligne)
Se livrer, c'est un peu s'avouer vaincu. Il y a une façon de se préserver par le silence qui devient une arme.
- Yanik Lahens, Terriennes. « Haïti : l’hommage aux insoumises haïtiennes », Nicolas George, TV5MONDE, 25 septembre 2025 (accéder en ligne)
Passagères de nuit, ce sont des mots que je vais chercher dans les silences. Et je me rends compte que la littérature puise beaucoup dans les silences.
- Yanick Lahens, Le Book Club. « Les insoumises d’Haïti, avec Yanick Lahens », France Culture, Jeudi 2 octobre 2025 (accéder en ligne)
Dans la culture populaire le silence est très important. Je pense que c’est quelque chose qui est resté d’une sorte de stratégie de survie face à l’adversité. Dans la mesure où au moment de la colonisation, dans l’esclavage l’esclave sait que sa voix ne compte pas […]. Donc l’esclave, homme ou femme, sait que le silence c’est sa force. […] Dans mon silence j’ai déjà une victoire. Quand on est en situation de dominé, le silence devient une stratégie, devient une arme.
- Yanick Lahens, Le Book Club. « Les insoumises d’Haïti, avec Yanick Lahens », France Culture, Jeudi 2 octobre 2025 (accéder en ligne)
Un projet de roman c’est pas seulement raconter une histoire. La littérature c’est donner la saveur de ce silence, […] il faut donner à sentir le silence. Et ça c’est le travail d’écriture.
- Yanick Lahens, Le Book Club. « Les insoumises d’Haïti, avec Yanick Lahens », France Culture, Jeudi 2 octobre 2025 (accéder en ligne)
Autres
[modifier]Citations rapportées
[modifier]Je suis tard venue à l’écriture. Cela m’a protégée de vouloir me prendre pour Dostoïevski.
- « Yanick Lahens, habitée par Haïti », Marie Verdier, La Croix, 16 mars 2019 (lire en ligne)
La littérature est dans l’ADN des Haïtiens, comme une bravade pour répondre aux difficultés.
- « Yanick Lahens, habitée par Haïti », Marie Verdier, La Croix, 16 mars 2019 (lire en ligne)
En Haïti, on ne peut être un écrivain dans ses murs, il faut être dans la cité.
- « Yanick Lahens, habitée par Haïti », Marie Verdier, La Croix, 16 mars 2019 (lire en ligne)
Écrire, c’est agir face à l’urgence pour dire qu’on existe.
- « Yanick Lahens, habitée par Haïti », Marie Verdier, La Croix, 16 mars 2019 (lire en ligne)
J’ai essayé la nouvelle. C’est une esthétique du temps court. Il y a des contraintes. Mais c’est aussi un plaisir de le faire parce qu’écrire, c’est à la fois une souffrance, mais aussi un plaisir immense de jouer avec les mots pour pouvoir traduire le ressenti, les interrogations, la complexité.
- Tirthankar Chanda, Chemins d'écriture. « Retour « Dans la maison du père », avec la romancière Yanick Lahens, RFI, 10/08/2025 (accéder en ligne)
La danse haïtienne traditionnelle était très mal vue dans la petite bourgeoisie. La danse est importante dans nos sociétés parce que c’est une reprise en mains d’un pouvoir sur le corps qui était interdit sous l’esclavage. Quand on est en esclavage, on a un corps prisonnier, un corps violenté et la danse est la reprise en main de ce corps-là.
- Tirthankar Chanda, Chemins d'écriture. « Retour « Dans la maison du père », avec la romancière Yanick Lahens, RFI, 10/08/2025 (accéder en ligne)
L’écriture nous a fait naître en tant que peuple.
- Tirthankar Chanda, Chemins d'écriture. « Retour « Dans la maison du père », avec la romancière Yanick Lahens, RFI, 10/08/2025 (accéder en ligne)