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Vénus Khoury-Ghata

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libres.
Vénus Khoury-Ghata (portrait de claire Gaudriot - 2026)

Vénus Khoury-Ghata est une femme de lettres franco-libanaise, née à Bcharré (Liban) le et morte le 28 janvier 2026.

Citations

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Anthologie personnelle, 1997

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Pourquoi ce besoin incessant de parler de la mort ? Le mot "mort" constitue la pierre d'angle des titres de mes livres ? Vacarme pour une lune morte, Les morts n'ont pas d'ombre, Mortemaison, Monologue du mort… Il faut remonter à l'année 1975, quand me parvenaient les images insoutenables d'un Liban noyé dans son sang. Les cadavres placés sur des planches de bois étaient lancés dans les fosses communes du même geste que le boulanger qui enfourne son pain. La mort : pain quotidien des Libanais.
  • Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997  (ISBN 2-7427-1243-7), chap. Préface, p. 7


On nous apprit à nous méfier des voix qui perçaient la neige à date fixe
pour nous parler de gauche à droite
comme si nous venions du côté sombre de la terre
de l'envers de l'alphabet.

  • Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997  (ISBN 2-7427-1243-7), partie Basse enfance (poèmes inédits) (1995-1996), p. 13


Ne tournez pas les pages à l'envers
disait ma mère
les mots inversés ont le vertige
l'encre perturbée caille comme un mauvais lait

  • Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997  (ISBN 2-7427-1243-7), partie Basse enfance (poèmes inédits) (1995-1996), p. 29


Nous apprîmes à épeler le nom de Dieu dans les ténèbres
à le malaxer avec le sel des lèvres
à le faire fondre en prières comestibles
en chants
en fumées
ignorant qu'il suffit de souffler sa lampe pour accéder à son arpent d'éther et d'éternité.

  • Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997  (ISBN 2-7427-1243-7), partie Basse enfance (poèmes inédits) (1995-1996), p. 41


Tu dis lorsqu’il t’arrive de mourrir
l’obscurité n’effraie que la nuit
quand les morts peureux retiennent leur noire respiration

  • Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997  (ISBN 2-7427-1243-7), partie Monologue du mort, p. 87


Aucun danger d'apparitions tardives
les nouveaux venus se font annoncer par trois coups de pioche
et par ce cordage qui amorce la descente d'une rose.
La mise en éternité n'excède pas la durée d'un pétale.

  • Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997  (ISBN 2-7427-1243-7), partie Monologue du mort, p. 106


La surface d’un automne
est inversement proportionnelle à la hauteur de sa tristesse
le nuage interrogé multiplie sans difficulté le basilic par le safran.

Répète après moi :
la distance entre deux pluies se mesure par arpents de silence
et le périmètre d’un mois est divisible par son rayon de lune.
Cela va de soi.

  • Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997  (ISBN 2-7427-1243-7), partie Qui parle au nom du jasmin, p. 151


Il est né du contact du crayon et de la page
il saute à la corde des phrases
joue à saute-mouton avec les points d'exclamation
glisse sur le toboggan des traits d'union
s'ébroue sous la pluie des guillemets

On le nomme virgule parce qu'il marche sous la ligne
il vit entre parenthèses
quel point final pourra le délivrer ?

  • Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997  (ISBN 2-7427-1243-7), partie Qui parle au nom du jasmin, p. 156


Lorsqu’un arbre pleure toute sa sève
qu’il se frappe l’aubier pour exprimer sa douleur
qu’il se traîne à genoux autour de son écorce
il faut lui parler le langage d’avril
lui dire que l’automne n’est qu’une invention.

  • Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997  (ISBN 2-7427-1243-7), partie Qui parle au nom du jasmin, p. 161


Tu auras pour cité les lisières du silence
pour automne les mots qui jaunissent dans ta bouche
pour épouse la soif qui sort de son linge délirante et nue.

Tu nourriras d'oiseaux l'asphalte des villes
d'argile ton plus vieux visage
et pour mourir
tu t'allongeras jusqu'aux plus lointaines limites de ta peau.

  • Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997  (ISBN 2-7427-1243-7), partie Qui parle au nom du jasmin, p. 169


Une maison au bord des larmes, 1998

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J'exhume deux morts et un mort-vivant : mon frère qui concentra sur sa personne toutes les ambitions et toute la fureur de son père; je veux les interroger, ouvrir les bouches scellées par le silence, leur extirper par la force la cause de colères aussi brutales et brèves qu'un feu de résineux.
  • Une maison au bord des larmes, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, coll. « Babel », 2005  (ISBN 2-7427-5299-4), p. 11-12


À chacun sa tombe; la mienne est dans ces pages. Ton nom, mère, est une écriture noire sur une pierre enneigée six mois de l'année. Je t'appelle en prenant soin de bien détacher les syllabes et tu viens vers moi sans l'aide de tes béquilles; tu t'arrêterais derrière mon dos, lirais par-dessus mon épaule les phrases qui te racontent dans une langue que tu n'as jamais maîtrisée.
  • Une maison au bord des larmes, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, coll. « Babel », 2005  (ISBN 2-7427-5299-4), p. 13


La maison aux orties, 2006

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Les personnages de ce livre n'étant plus de ce monde, je les ai convoqués par la pensée et leur ai demandé de donner leur version personnelle des faits. Penchée par-dessus mon épaule, mon analphabète de mère me dicte ses espoirs et ses désillusions. Mon jeune mari mort il y a plus de deux décennies me donne rendez-vous dans un café, non loin de mon nouvel appartement, et me demande de lui décrire ma vie après lui. Seul mon frère reste sourd à mes appels. Faut-il croire que ceux qui n'ont pas aimé leur vie refusent de frayer avec les leurs ?


Les mots étaient des loups, 2016

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Noircir les pages jusqu'à épuisement des mots et surgissement de ce personnage que je vois pour la première fois
Je ne connais pas son nom
inutile de le lui demander
il ne sait pas écrire
il ne sait pas parler non plus
il sait seulement qu'il est né du contact de la plume et du papier

  • « Orties », dans Les mots étaient des loups, Vénus Khoury-Ghata, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 2016  (ISBN 978-2-07-046963-5), partie Quelle est la nuit parmi les nuits, p. 33


[…]
un mot va surgir des profondeurs
mot différent des autres
je crie dans sa direction mais il ne m'entend pas
il se retourne
secoue la tête comme si mes appels étaient formulés dans une langue étrangère
me conseille de m'adresser un étage plus bas
à la ligne suivante
puis me glisse subrepticement le mot de passe « ORTIES » pour faciliter ma tâche

  • « Orties », dans Les mots étaient des loups, Vénus Khoury-Ghata, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 2016  (ISBN 978-2-07-046963-5), partie Quelle est la nuit parmi les nuits, p. 34


Vénus Khoury-Ghata à Atlantide au Festival des littératures, à Nantes, en 2017.

Penchée au-dessus de mon épaule
la morte analphabète surveille ce que j'écris
chaque ligne ajoute une ride sur mon visage
chaque phrase la rapproche d'un pas de la maison des ORTIES
Elle l'aurait atteinte si les oiseaux n'avaient picoré les cailloux sur son parcours
elle dit oiseaux pour ne pas dire guerre
elle dit guerre pour ne pas dire folie du fils et du grenadier

  • « Orties », dans Les mots étaient des loups, Vénus Khoury-Ghata, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 2016  (ISBN 978-2-07-046963-5), partie Quelle est la nuit parmi les nuits, p. 48


Le râteau dans une main
le crayon dans l'autre
je dessine un parterre
écris une fleur à un pétale
désherbe un poème écrit entre veille et sommeil
je fais la guerre aux limaces et aux adjectifs adipeux

  • « Orties », dans Les mots étaient des loups, Vénus Khoury-Ghata, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 2016  (ISBN 978-2-07-046963-5), partie Quelle est la nuit parmi les nuits, p. 51


Les mots
vol aveugle dans les ténèbres
lucioles tournoyant sur elles-mêmes
cailloux dans la poche du mort
distrait projectiles contre le mur du cimetière
ils se disloquent en alphabets
mangent une terre différente dans chaque continent

  • « Compassion des pierres », dans Les mots étaient des loups, Vénus Khoury-Ghata, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 2016  (ISBN 978-2-07-046963-5), partie Les obscurcis, p. 119


D'où viennent les mots ?
de quel frottement de sons sont-ils nés
à quel silex allumaient-ils leur mèche
quels vents les ont convoyés jusqu'à nos bouches

  • « Compassion des pierres », dans Les mots étaient des loups, Vénus Khoury-Ghata, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 2016  (ISBN 978-2-07-046963-5), partie Les obscurcis, p. 121


Son chant alluma la première bougie
C’est à la flamme que nous devons les premières superstitions :
« Trois bougies alignées annoncent une dispute »
« Quatre cierges autour d’une couche appellent la mort »

  • « Compassion des pierres », dans Les mots étaient des loups, Vénus Khoury-Ghata, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 2016  (ISBN 978-2-07-046963-5), partie Les obscurcis, p. 122-123


On se marie avec les mots de sa langue
pour se stabiliser
les voyages c’est pour les autres
qui empruntent les lignes comme on prend le train

  • « Compassion des pierres », dans Les mots étaient des loups, Vénus Khoury-Ghata, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 2016  (ISBN 978-2-07-046963-5), partie Les obscurcis, p. 126


Ils défilèrent dans nos miroirs
Gravèrent leur nom sur nos murs
Le plâtre émietté devint notre nourriture
notre humiliation

  • Les mots étaient des loups, Vénus Khoury-Ghata, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 2016  (ISBN 978-2-07-046963-5), partie Où vont les arbres ?, p. 178


Autres publications

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Je suis bigame. Je mène une double vie sous le couvert de l'écriture. J'écrirai un jour un livre pour raconter ma vie au grand jour avec la langue française et ma vie clandestine avec la langue arabe. Je passe de la première, rigoureuse, scrupuleuse, à la deuxième : ample, généreuse, bondissante. Il m'arrive de les réunir dans un même moule, l'esprit de l'un dans la forme de l'autre, les couleurs de l'une avec les saveurs de l'autre. L'arabe infusant son miel et sa folie à la langue française, celle-ci lui servant de garde-fou contre l'exaltation et les dérapages. L'une et l'autre devenant une jusqu'à ne plus savoir à laquelle des deux appartient telle ou telle expression.
  • « Pourquoi j’écris en français[1] », Vénus Khoury-Ghata, Revue des Deux Mondes, novembre-décembre 2001, p. 39 (lire en ligne)


Je dois mon écriture à deux langues : l’arabe maternel et le français appris dans les livres. Deux langues visibles l’une à travers l’autre, fondues l’une dans l’autre jusqu’à ne plus savoir si telle tournure ou telle métaphore vient de l’arabe ou du français. Deux langues comme deux oasis séparés par un désert traversé chaque fois que je prends la plume. […] Née entre deux langues qui n’ont aucune parenté entre elles, si différentes que le beau dans l’une peut ne pas l’être dans l’autre, je fais du nomadisme comme d’autres accomplissent leur périple quotidien entre leur domicile et leur lieu de travail.
  • « Nomadisme littéraire[2] », Vénus Khoury-Ghata, dans Nomadismes des romancières contemporaines de langue française, Audrey Lasserre et Anne Simon, éd. Presses Sorbonne Nouvelle, 2008  (ISBN 978-2-87854-429-9), p. 17 (lire en ligne)


Entre prose et poésie, j’essaie de planter dans la langue française les ferments de la langue arabe, réunir l’excessif et l’austère, le vague et le précis. J’ai quitté une langue qui m’habitait pour une langue qui m’habite, le français. Atteinte de strabisme littéraire, je regarde l’une et louche vers l’autre, décidée à trouver le mot doté des mêmes sonorités dans les deux langues. […] Un duel a lieu dans ma tête chaque fois que je prends la plume.
  • « En forme de kaléidoscope », dans Défense et illustration de la langue française aujourd’hui, Gallimard, 2013 (ISBN 978-2-07-045229-3) .
  • Langage et langue de la poésie française contemporaine, Giovanni Dotoli, éd. Hermann, 2015  (ISBN 9782705689865), chap. XII. La voix des poètes, p. 256 (lire en ligne)


La plume en main, j’essayais (il y a quarante ans) de donner à la phrase française le rythme, voire la forme de la langue arabe alors que ces deux langues n’ont rien de commun. Ce qui est beau dans l’une ne l’est pas dans l’autre. Ce qui émeut dans l’une devient pathétique dans l’autre. J’écrivais dans une langue et louchais vers l’autre avec l’impression de traverser des frontières à chaque phrase, de devoir payer une taxe, un impôt. Conversion douloureuse, deux langues croisaient le fer dans ma tête.
  • Texte inédit, intitulé « Présence du roman ».
  • « « Orphée au féminin ». Vénus Khoury-Ghata », Pierre Brunel, Fabula / Les colloques, 2018 (lire en ligne)


Entretiens

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J'ai raconté mon enfance en prose et en poésie dans un français métissé d'arabe, la langue arabe insufflant sa respiration, ses couleurs à la langue française si austère à mon goût. Je devais écarter ses cloisons étroites pour y insérer ma phrase arabe galopante, ample, baroque. Avec le recul, je pense que la langue française m'a servi de garde-fou contre les dérapages. J'ai fini par me trouver à l'aise dans son espace. Mais je continue à entendre un bruit de fers qui s'entrechoquent comme pour un duel dès que je prends la plume. Deux langues s'affrontent sur ma page et dans ma tête.
  • « Entretien avec Venus Khoury-Ghata », Bernard Mazo, Autre Sud, nº 19, décembre 2002  (ISBN 2-84521-133-3), p. 27


J'ai toujours besoin de l'apport de la prose puis de la poésie pour développer un thème. Le roman et le poème se complètent. […] Quinze romans et quinze recueils de poèmes, jumelés deux par deux, la poésie, langage qui survole le langage, nécessaire pour apprivoiser le sujet et aboutir au roman, forme ample où l'auteur pénètre dans les moindres recoins du récit. Je raconte des histoires dans mes poèmes et écris de la poésie dans mes romans.
  • « Entretien avec Venus Khoury-Ghata », Bernard Mazo, Autre Sud, nº 19, décembre 2002  (ISBN 2-84521-133-3), p. 27-28


Les morts vivent sur notre vacarme, boivent les vapeurs de nos sources, se nourrissent de l’odeur de notre pain. Ils vivent tant que nous sommes en vie. Il y a un espace de vie dans la mort. […] Nous sommes un brin d’herbe, un arbre, une plante. Nous renaissons sans cesse. J’aimerais revenir sur terre sous forme d’arbre. Les arbres sont des êtres humains, comme vous et moi, mais qui passent leur vie à regarder dans la même direction (bien que dans mes poèmes, il y a beaucoup d’arbres qui marchent). […] La mort, comme je vous l’ai dit, est un lieu de vie, un repos. Je ne disparaîtrai pas, étant donné que je laisserai quatre enfants et autant de petits enfants ainsi que 32 livres répartis entre poésie et romans. Mes livres continueront après moi.
  • L’Énigme-poésie. Entretiens avec 21 poètes françaises, John C. Stout, éd. Rodopi, 2010  (ISBN 978-90-420-2947-7), chap. Entretien avec Vénus Khoury-Ghata (le 30 juin 2003), p. 211-212 (lire en ligne)


L’écriture du roman est pareille à l’escalade d’une montagne. On met un pas après l’autre pour atteindre le sommet où on plante le mot FIN comme celui parti à la conquête de l’Himalaya. C’est un travail conscient. Alors que l’écriture du poème ressemble à la descente de cette même montagne. On court, emporté par son poids, sans réfléchir. La réflexion vient après, quand il faut retravailler le poème. Mes poèmes ressemblent à des serpentins de papier. Une phrase déroulée qui va du début à la fin.
  • L’Énigme-poésie. Entretiens avec 21 poètes françaises, John C. Stout, éd. Rodopi, 2010  (ISBN 978-90-420-2947-7), chap. Entretien avec Vénus Khoury-Ghata (le 30 juin 2003), p. 214 (lire en ligne)


Quand j’écris, ma tête est pleine de phrases arabes. Je veux les transporter en français et je bute sur une sorte de frontière. La langue arabe permet l’émotion, elle est riche en métaphores tandis que le français est beaucoup plus retenu. C’est comme si je payais une taxe. Je suis atteinte de strabisme : je ne perds jamais de vue les deux langues.
  • « De l’errance géographique au nomadisme littéraire : le cas de Vénus Khoury-Ghata », Ilaria Vitali, dans Espace méditerranéen. Écritures de l’exil, migrances et discours postcolonial,, Vassiliki Lalagianni et Jean-Marc Moura, éd. Rodopi, 2014  (ISBN 978-90-420-3787-8), p. 64 (lire en ligne)


Ton chant est plus long que ton souffle, 2019

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« Le poème, cabine téléphonique des morts », dit un dicton indien. Le poème, cailloux lancés contre une vitre du ciel. Le poème, un travail de forgeron; soumis au feu de l'écriture, les mots deviennent malléables. On leur donne la forme qu'on veut. « As-tu peur de la mort ? », m'a demandé Caroline Boidé pour clore ce livre.
Primo : peur pour Caramel. Moi morte, elle rejoindra la horde des chats errants qui mendient aux portes.
Deuxio : très mauvaise invention, les tombes. Un lieu froid et humide, ce qui n'arrangerait pas mes rhumatismes.

Lorsqu'il t'arrive de mourir
Que le monde à tes yeux se décolore
Tu dis
L'obscurité n'effraie que la nuit
Les morts peureux n'ont qu'à rester chez eux en retenant leur noire respiration

  • Ton chant est plus long que ton souffle. Entretiens avec Caroline Boidé, Vénus Khoury-Ghata, Caroline Boidé, éd. Écriture, 2019  (ISBN 978-2-35905-306-7), partie Ton chant, chap. « L’écriture a dévoré ma vie », p. 145


Citations sur

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Dans deux de ses romans, La Maîtresse du notable (1992) et Une Maison au bord des larmes (1998), elle fait ressortir la tragédie libanaise et les dysfonctionnements des familles libanaises traditionnelles avec brio et des images étonnantes et inhabituelles, une parodie de drames tellement tragiques qu'il vaut mieux en rire.
  • « La relation de Vénus Khoury-Ghata à l'écriture », Evelyne Accad, dans Des femmes et de l'écriture : le bassin méditerranéen, Carmen Boustani et Edmond Jouve, éd. Karthala, 2006  (ISBN 2-84586-746-8), p. 34


Pendant plus de cinquante années d’écriture poétique, Vénus Khoury-Ghata n’a pas seulement fait preuve d’un pouvoir créateur singulier, mais d’un profond travail de réécriture de nombreux poèmes, une réécriture si profonde qu’elle en fait des poèmes brillant d’une lumière nouvelle.
  • « La poésie comme don chez/de Vénus Khoury-Ghata », Francesca Tumia et Ines Horchani, Littératures (ISSN 0563-9751), nº 80, 2019 (lire en ligne)


Notes et références

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  1. Republié dans Women in French Studies, 9, 2001, p. 18-21, [lire en ligne]. La traduction anglaise de ce texte est publiée dans l’édition bilingue de son recueil Elle dit : She says, trad. Marilyn Hacker, 2003 (ISBN 1-55597-383-3), p. 159-163 [lire en ligne].
  2. Texte republié dans Lise Gauvin (dir.) (colloque de l'Académie des lettres du Québec, 17 octobre 2008, Montréal), Les Littératures de langue française à l'heure de la mondialisation, (ISBN 978-2-89647-284-0, lire en ligne), p. 65-67.

Voir aussi

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