Vénus Khoury-Ghata

Vénus Khoury-Ghata est une femme de lettres franco-libanaise, née à Bcharré (Liban) le et morte le 28 janvier 2026.
Citations
[modifier]Anthologie personnelle, 1997
[modifier]- Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997 (ISBN 2-7427-1243-7), chap. Préface, p. 7
Citation choisie pour le 30 janvier 2026.
On nous apprit à nous méfier des voix qui perçaient la neige à date fixe
pour nous parler de gauche à droite
comme si nous venions du côté sombre de la terre
de l'envers de l'alphabet.
- Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997 (ISBN 2-7427-1243-7), partie Basse enfance (poèmes inédits) (1995-1996), p. 13
Ne tournez pas les pages à l'envers
disait ma mère
les mots inversés ont le vertige
l'encre perturbée caille comme un mauvais lait
- Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997 (ISBN 2-7427-1243-7), partie Basse enfance (poèmes inédits) (1995-1996), p. 29
Citation choisie pour le 2 février 2026.
Nous apprîmes à épeler le nom de Dieu dans les ténèbres
à le malaxer avec le sel des lèvres
à le faire fondre en prières comestibles
en chants
en fumées
ignorant qu'il suffit de souffler sa lampe pour accéder à son arpent d'éther et d'éternité.
- Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997 (ISBN 2-7427-1243-7), partie Basse enfance (poèmes inédits) (1995-1996), p. 41
Tu dis lorsqu’il t’arrive de mourrir
l’obscurité n’effraie que la nuit
quand les morts peureux retiennent leur noire respiration
- Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997 (ISBN 2-7427-1243-7), partie Monologue du mort, p. 87
Aucun danger d'apparitions tardives
les nouveaux venus se font annoncer par trois coups de pioche
et par ce cordage qui amorce la descente d'une rose.
La mise en éternité n'excède pas la durée d'un pétale.
- Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997 (ISBN 2-7427-1243-7), partie Monologue du mort, p. 106

La surface d’un automne
est inversement proportionnelle à la hauteur de sa tristesse
le nuage interrogé multiplie sans difficulté le basilic par le safran.
Répète après moi :
la distance entre deux pluies se mesure par arpents de silence
et le périmètre d’un mois est divisible par son rayon de lune.
Cela va de soi.
- Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997 (ISBN 2-7427-1243-7), partie Qui parle au nom du jasmin, p. 151
Il est né du contact du crayon et de la page
il saute à la corde des phrases
joue à saute-mouton avec les points d'exclamation
glisse sur le toboggan des traits d'union
s'ébroue sous la pluie des guillemets
On le nomme virgule parce qu'il marche sous la ligne
il vit entre parenthèses
quel point final pourra le délivrer ?
- Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997 (ISBN 2-7427-1243-7), partie Qui parle au nom du jasmin, p. 156
Citation choisie pour le 1 février 2026.
- Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997 (ISBN 2-7427-1243-7), partie Qui parle au nom du jasmin, p. 161
Tu auras pour cité les lisières du silence
pour automne les mots qui jaunissent dans ta bouche
pour épouse la soif qui sort de son linge délirante et nue.
Tu nourriras d'oiseaux l'asphalte des villes
d'argile ton plus vieux visage
et pour mourir
tu t'allongeras jusqu'aux plus lointaines limites de ta peau.
- « Poète »
- Anthologie personnelle, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, 1997 (ISBN 2-7427-1243-7), partie Qui parle au nom du jasmin, p. 169
Une maison au bord des larmes, 1998
[modifier]- Une maison au bord des larmes, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, coll. « Babel », 2005 (ISBN 2-7427-5299-4), p. 11-12
- Une maison au bord des larmes, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, coll. « Babel », 2005 (ISBN 2-7427-5299-4), p. 13
La maison aux orties, 2006
[modifier]- La maison aux orties, Vénus Khoury-Ghata, éd. Actes Sud, coll. « Babel », 2008 (ISBN 978-2-7427-7355-8), partie Prologue, p. 7-8 (lire en ligne)
Les mots étaient des loups, 2016
[modifier]Noircir les pages jusqu'à épuisement des mots et surgissement de ce personnage que je vois pour la première fois
Je ne connais pas son nom
inutile de le lui demander
il ne sait pas écrire
il ne sait pas parler non plus
il sait seulement qu'il est né du contact de la plume et du papier
- d'abord publié dans le recueil Quelle est la nuit parmi les nuits, Mercure de France, 2004 (ISBN 2-7152-2506-7), p. 9; puis dans Où vont les arbres ?, Mercure de France, 2011 (ISBN 978-2-7152-3234-1) [lire en ligne], p. 99.
- « Orties », dans Les mots étaient des loups, Vénus Khoury-Ghata, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 2016 (ISBN 978-2-07-046963-5), partie Quelle est la nuit parmi les nuits, p. 33
Citation choisie pour le 31 janvier 2026 et pour la sélection au hasard.
[…]
un mot va surgir des profondeurs
mot différent des autres
je crie dans sa direction mais il ne m'entend pas
il se retourne
secoue la tête comme si mes appels étaient formulés dans une langue étrangère
me conseille de m'adresser un étage plus bas
à la ligne suivante
puis me glisse subrepticement le mot de passe « ORTIES » pour faciliter ma tâche
- d'abord publié dans le recueil Quelle est la nuit parmi les nuits, Mercure de France, 2004 (ISBN 2-7152-2506-7), p. 9-10; puis dans Où vont les arbres ?, Mercure de France, 2011 (ISBN 978-2-7152-3234-1) [lire en ligne], p. 99-100.
- « Orties », dans Les mots étaient des loups, Vénus Khoury-Ghata, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 2016 (ISBN 978-2-07-046963-5), partie Quelle est la nuit parmi les nuits, p. 34

Penchée au-dessus de mon épaule
la morte analphabète surveille ce que j'écris
chaque ligne ajoute une ride sur mon visage
chaque phrase la rapproche d'un pas de la maison des ORTIES
Elle l'aurait atteinte si les oiseaux n'avaient picoré les cailloux sur son parcours
elle dit oiseaux pour ne pas dire guerre
elle dit guerre pour ne pas dire folie du fils et du grenadier
- d'abord publié dans le recueil Quelle est la nuit parmi les nuits, Mercure de France, 2004 (ISBN 2-7152-2506-7), p. 23; puis dans Où vont les arbres ?, Mercure de France, 2011 (ISBN 978-2-7152-3234-1) [lire en ligne], p. 113.
- « Orties », dans Les mots étaient des loups, Vénus Khoury-Ghata, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 2016 (ISBN 978-2-07-046963-5), partie Quelle est la nuit parmi les nuits, p. 48
Le râteau dans une main
le crayon dans l'autre
je dessine un parterre
écris une fleur à un pétale
désherbe un poème écrit entre veille et sommeil
je fais la guerre aux limaces et aux adjectifs adipeux
- d'abord publié dans le recueil Quelle est la nuit parmi les nuits, Mercure de France, 2004 (ISBN 2-7152-2506-7), p. 25; puis dans Où vont les arbres ?, Mercure de France, 2011 (ISBN 978-2-7152-3234-1) [lire en ligne], p. 116.
- « Orties », dans Les mots étaient des loups, Vénus Khoury-Ghata, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 2016 (ISBN 978-2-07-046963-5), partie Quelle est la nuit parmi les nuits, p. 51

- d'abord publié dans le recueil Compassion des pierres, La Différence, 2001 (ISBN 2-7291-1375-4); puis Les obscurcis, Mercure de France, 2008 (ISBN 978-2-7152-2845-0), p. 39.
- « Compassion des pierres », dans Les mots étaient des loups, Vénus Khoury-Ghata, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 2016 (ISBN 978-2-07-046963-5), partie Les obscurcis, p. 119
D'où viennent les mots ?
de quel frottement de sons sont-ils nés
à quel silex allumaient-ils leur mèche
quels vents les ont convoyés jusqu'à nos bouches
- d'abord publié dans le recueil Compassion des pierres, La Différence, 2001 (ISBN 2-7291-1375-4); puis Les obscurcis, Mercure de France, 2008 (ISBN 978-2-7152-2845-0), p. 41.
- « Compassion des pierres », dans Les mots étaient des loups, Vénus Khoury-Ghata, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 2016 (ISBN 978-2-07-046963-5), partie Les obscurcis, p. 121

Son chant alluma la première bougie
C’est à la flamme que nous devons les premières superstitions :
« Trois bougies alignées annoncent une dispute »
« Quatre cierges autour d’une couche appellent la mort »
- d'abord publié dans le recueil Compassion des pierres, La Différence, 2001 (ISBN 2-7291-1375-4); puis Les obscurcis, Mercure de France, 2008 (ISBN 978-2-7152-2845-0), p. 42-43.
- « Compassion des pierres », dans Les mots étaient des loups, Vénus Khoury-Ghata, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 2016 (ISBN 978-2-07-046963-5), partie Les obscurcis, p. 122-123
On se marie avec les mots de sa langue
pour se stabiliser
les voyages c’est pour les autres
qui empruntent les lignes comme on prend le train
- d'abord publié dans le recueil Compassion des pierres, La Différence, 2001 (ISBN 2-7291-1375-4); puis Les obscurcis, Mercure de France, 2008 (ISBN 978-2-7152-2845-0), p. 46.
- « Compassion des pierres », dans Les mots étaient des loups, Vénus Khoury-Ghata, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 2016 (ISBN 978-2-07-046963-5), partie Les obscurcis, p. 126
Ils défilèrent dans nos miroirs
Gravèrent leur nom sur nos murs
Le plâtre émietté devint notre nourriture
notre humiliation
- d'abord publié dans le recueil Où vont les arbres ?, Mercure de France, 2011 (ISBN 978-2-7152-3234-1) [lire en ligne], p. 25.
- Les mots étaient des loups, Vénus Khoury-Ghata, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 2016 (ISBN 978-2-07-046963-5), partie Où vont les arbres ?, p. 178
Autres publications
[modifier]- « Pourquoi j’écris en français[1] », Vénus Khoury-Ghata, Revue des Deux Mondes, novembre-décembre 2001, p. 39 (lire en ligne)
- « Nomadisme littéraire[2] », Vénus Khoury-Ghata, dans Nomadismes des romancières contemporaines de langue française, Audrey Lasserre et Anne Simon, éd. Presses Sorbonne Nouvelle, 2008 (ISBN 978-2-87854-429-9), p. 17 (lire en ligne)
- « En forme de kaléidoscope », dans Défense et illustration de la langue française aujourd’hui, Gallimard, 2013 (ISBN 978-2-07-045229-3).
- Langage et langue de la poésie française contemporaine, Giovanni Dotoli, éd. Hermann, 2015 (ISBN 9782705689865), chap. XII. La voix des poètes, p. 256 (lire en ligne)
- Texte inédit, intitulé « Présence du roman ».
- « « Orphée au féminin ». Vénus Khoury-Ghata », Pierre Brunel, Fabula / Les colloques, 2018 (lire en ligne)
Entretiens
[modifier]- « Entretien avec Venus Khoury-Ghata », Bernard Mazo, Autre Sud, nº 19, décembre 2002 (ISBN 2-84521-133-3), p. 27
- « Entretien avec Venus Khoury-Ghata », Bernard Mazo, Autre Sud, nº 19, décembre 2002 (ISBN 2-84521-133-3), p. 27-28
- L’Énigme-poésie. Entretiens avec 21 poètes françaises, John C. Stout, éd. Rodopi, 2010 (ISBN 978-90-420-2947-7), chap. Entretien avec Vénus Khoury-Ghata (le 30 juin 2003), p. 211-212 (lire en ligne)
- L’Énigme-poésie. Entretiens avec 21 poètes françaises, John C. Stout, éd. Rodopi, 2010 (ISBN 978-90-420-2947-7), chap. Entretien avec Vénus Khoury-Ghata (le 30 juin 2003), p. 214 (lire en ligne)
- « "Il m'a fallu quitter un mari et un pays pour me sentir libre de parler" », sur linternaute.com, .
- « De l’errance géographique au nomadisme littéraire : le cas de Vénus Khoury-Ghata », Ilaria Vitali, dans Espace méditerranéen. Écritures de l’exil, migrances et discours postcolonial,, Vassiliki Lalagianni et Jean-Marc Moura, éd. Rodopi, 2014 (ISBN 978-90-420-3787-8), p. 64 (lire en ligne)
Ton chant est plus long que ton souffle, 2019
[modifier]Primo : peur pour Caramel. Moi morte, elle rejoindra la horde des chats errants qui mendient aux portes.
Deuxio : très mauvaise invention, les tombes. Un lieu froid et humide, ce qui n'arrangerait pas mes rhumatismes.
Lorsqu'il t'arrive de mourir
Que le monde à tes yeux se décolore
Tu dis
L'obscurité n'effraie que la nuit
Les morts peureux n'ont qu'à rester chez eux en retenant leur noire respiration
- Ton chant est plus long que ton souffle. Entretiens avec Caroline Boidé, Vénus Khoury-Ghata, Caroline Boidé, éd. Écriture, 2019 (ISBN 978-2-35905-306-7), partie Ton chant, chap. « L’écriture a dévoré ma vie », p. 145
Citations sur
[modifier]- « La relation de Vénus Khoury-Ghata à l'écriture », Evelyne Accad, dans Des femmes et de l'écriture : le bassin méditerranéen, Carmen Boustani et Edmond Jouve, éd. Karthala, 2006 (ISBN 2-84586-746-8), p. 34
- « La poésie comme don chez/de Vénus Khoury-Ghata », Francesca Tumia et Ines Horchani, Littératures (ISSN 0563-9751), nº 80, 2019 (lire en ligne)
Notes et références
[modifier]- ↑ Republié dans Women in French Studies, 9, 2001, p. 18-21, [lire en ligne]. La traduction anglaise de ce texte est publiée dans l’édition bilingue de son recueil Elle dit : She says, trad. Marilyn Hacker, 2003 (ISBN 1-55597-383-3), p. 159-163 [lire en ligne].
- ↑ Texte republié dans Lise Gauvin (dir.) (colloque de l'Académie des lettres du Québec, 17 octobre 2008, Montréal), Les Littératures de langue française à l'heure de la mondialisation, (ISBN 978-2-89647-284-0, lire en ligne), p. 65-67.