Transwiki:Rasoir d'Ockham

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Le Rasoir d'Ockham ou rasoir d'Occam est un principe de raisonnement philosophique entrant dans les concepts de rationalisme et de nominalisme. Son nom vient du philosophe franciscain Guillaume d'Ockham (XIVe siècle), bien qu'il fût connu avant lui. On le trouve également appelé principe de simplicité, principe d'économie ou principe de parcimonie (en latin lex parsimoniae). Il peut se formuler comme suit :

Pluralitas non est ponenda sine necessitate

Les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité.

Citations référencées[modifier]

[...] la maxime méthodologique suprême lorsqu'on philosophe [...].
  • « On the Nature of Acquaintance », Bertrand Russell, The Monist, vol. 24 nº 2, 1 avril 1914, p. 169 (lire en ligne)


Si un signe n’a pas d’usage, il n’a pas de signification. Tel est le sens de la devise d'Occam. (Si tout se passe comme si un signe avait une signification, c'est qu'alors il en a une.)

http://www.unil.ch/files/live//sites/philo/files/shared/etudiants/5_wittgenstein.pdf

5.47321 - La devise d'Occam n'est naturellement pas une règle arbitraire, ou justifiée par son succès pratique : elle déclare que les unités non nécessaires d'un système de signes n'ont aucune signification.
Des signes qui ont un seul et même but sont logiquement équivalents, des signes qui n'ont aucun but sont logiquement sans signification


Historique[modifier]

  • Aristote :
    Il vaut mieux prendre des principes moins nombreux et de nombre limité, comme fait Empédocle
    (Physique, I, 4, 188a17).
  • Adage scolaire dérivé d'Aristote : « C'est en vain que l'on fait avec plusieurs ce que l'on peut faire avec un petit nombre. Frustra fit per plura quod potest fieri par pauciora. » Cité par Guillaume d'Ockham (Summa totius logicae, I, 12) (1323)
  • Guillaume d'Ockham (1319) : « Une pluralité ne doit pas être posée sans nécessité. Pluralitas non est ponenda sine necessitate » (Quaestiones et decisiones in quatuor libros Sententiarum cum centilogio theologico, livre II) (1319)
  • Étienne Bonnot de Condillac (1715 -1780), en 1746, utilisa pour la première fois l’expression « rasoir des nominaux » dans une note en bas de page de son livre Essai sur l'origine des connaissances humaines (Ire part., sect. V, § 5, note a).
  • Ernst Mach :
    Les savants doivent utiliser les concepts les plus simples pour parvenir à leurs résultats et exclure tout ce qui ne peut être perçu par les sens.
  • Le principe de Morgan (1852-1936) énonce qu'« une activité comportementale ne doit en aucun cas être interprétée comme la conséquence d'une faculté mentale élaborée, si la même activité comportementale peut être conçue comme le fruit d'une activité mentale moins élevée. »

Fondements du principe[modifier]

« Nous ne devons admettre comme causes des choses de la nature au-delà de ce qui est à la fois vrai et suffisant à en expliquer l'apparence » (Isaac Newton). On traduit souvent ce principe sous la forme d’une préférence de l'hypothèse « la plus simple » parmi toutes celles qui sont échafaudées.

Rasoir d’Ockham et science moderne[modifier]

dialogue célèbre[1] :

Napoléon : Monsieur de Laplace, je ne trouve pas dans votre système mention de Dieu.
Laplace : Sire, je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse.
D'autres savants ayant déploré que Laplace fasse l'économie d'une hypothèse qui avait justement « le mérite d'expliquer tout », Laplace répondit cette fois-ci à l'Empereur :
Laplace : Cette hypothèse, sire, explique en effet tout, mais ne permet de prédire rien. En tant que savant, je me dois de vous fournir des travaux permettant des prédictions[2].

La science actuelle, quand elle se satisfait de modèles prédictifs, fait bon usage du rasoir d'Ockham. Mais utiliser celui-ci pour choisir une théorie explicative est dangereux dans la mesure où une mauvaise théorie explicative peut sérieusement retarder les développements ultérieurs.

Anti-rasoirs[modifier]

Walter Chatton était un contemporain de Guillaume d'Ockham qui contestait la théorie de ce dernier et proposa son anti-rasoir[3]:

"Si 3 choses ne sont pas suffisantes pour vérifier une proposition affirmative sur des choses, une 4ème doit être ajoutée, et ainsi de suite."

Plus tard, le mathématicien Karl Menger formule une "loi contre l'avarice" ("Les entités ne doivent pas être réduites au point d'insuffisance" et plus généralement: "Il est vain d'essayer de faire avec moins ce qui requiert plus") et démontre que parfois trop de concepts différents sont unis sous un seul terme (e.g., "variable").

citations[modifier]

  • Léonard de Vinci : « La simplicité est la sophistication suprême. »
  • Dan Simmons[4], rejetant le Rasoir d’Ockham au profit d’un axiome inverse « Toutes choses étant égales par ailleurs, la solution la plus simple est généralement une ânerie. »
  • H. L. Mencken : « Pour chaque problème complexe, il existe une solution simple, directe... et fausse ».
  • Les Shadoks : « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? »
  • Antoine de Saint-Exupéry : Il semble que la perfection soit atteinte non quand il n’y a plus rien à ajouter, mais quand il n'y a plus rien à retrancher, Terre des hommes ch.III, 1939.
  • Platon, le Banquet, Diotime : « Non, cette beauté lui apparaîtra en elle-même et pour elle-même, perpétuellement unie à elle-même dans l'unicité de son aspect, alors que toutes les autres choses qui sont belles participent de cette beauté d'une manière telle que ni leur naissance ni leur mort ne l'accroît ni ne la diminue en rien, et ne produit aucun effet sur elle. »
  • Hubert Reeves, Patience dans l’azur : « Si deux théories expliquent également bien un résultat, il convient de “trancher” en faveur de la plus simple. »
  • Ludwig Mies van der Rohe : « Less is more »
  • Lucien Jerphagnon, Histoire des grandes philosophies, 1980 : « [...] Voilà qui permet de comprendre ce fameux principe d'économie, passé à la postérité sous le nom de « rasoir d'Ockham ». « Il ne faut jamais poser une pluralité sans y être contraint par la nécessité » ou comme on l'énonce souvent : « il ne faut pas multiplier les êtres sans nécessité ». C'est en vertu de ce principe qu'Ockham pourchasse dans les moindres recoins de la philosophie et de la théologie les pseudo-essences et pseudo-causes que ses prédécesseurs avaient inutilement multipliées. »

Notes et références[modifier]

  1. Hervé Faye, Sur l'origine du monde, théories cosmogoniques des anciens et des modernes, 1884, p. 109-111.
  2. Cité par Ian Stewart et Jack Cohen The Science of Discworld.
  3. Voir Stanford Encyclopedia of Philosophy, art. Walter Chatton, en ligne.
  4. L'Épée de Darwin (Darwin’s Blade - 2000 - Éditions du Rocher ou Folio policier 324)