Thornton Wilder

Thornton Wilder, né le à Madison dans le Wisconsin et mort le à Hamden dans le Connecticut, est un dramaturge et romancier américain. Son chef-d’œuvre au théâtre est Our Town. Il a remporté trois prix Pulitzer (un pour Our Town) et un National Book Award.
Citations
[modifier]Notre petite ville, 1938
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Le régisseur : Le nom de la petite ville est Grover’s Corners.
Le régisseur : Cette pièce est intitulée Notre petite ville. [...] Le nom de la petite ville est Grover’s Corners, dans le New Hampshire. [...] Le premier acte met en scène une journée dans notre ville. Nous sommes le 7 mai 1901. L’aube va poindre dans un instant.
- Notre petite ville (1938), Thornton Wilder (trad. Julie Vatain), éd. L’Arche, 2012 (ISBN 978-2-85181-791-4), acte I, p. 13
Le régisseur : Joe était rudement doué.
Le régisseur : Une chose à propos de ce petit Joe Crowell. Joe était rudement doué : premier de son année au lycée. Alors on lui a donné une bourse pour l’université technologique du Massachusetts. Là aussi, il a eu son diplôme en tête de sa promotion. Le journal de Boston en a fait tout un compte-rendu, à l’époque. Il allait devenir un grand ingénieur, notre Joe. Mais la guerre a éclaté et il est mort en France.
Un temps.
Le régisseur : Toute cette éducation pour rien.
- Notre petite ville (1938), Thornton Wilder (trad. Julie Vatain), éd. L’Arche, 2012 (ISBN 978-2-85181-791-4), acte I, p. 18
George : Je vois pas comment Rebecca se débrouille pour avoir autant de sous.
George : Je vois pas comment Rebecca se débrouille pour avoir autant de sous. Elle a plus d’un dollar.
Rebecca, la cuillère à sa bouche, d’un air rêveur : J’ai économisé, petit à petit.
Mme Gibbs : Eh bien, ma chérie, je pense qu’il est bon d’en dépenser un peu de temps à autre.
Rebecca : Maman, tu sais ce que j’aime le plus au monde... tu veux savoir ?... L’argent.
- Notre petite ville (1938), Thornton Wilder (trad. Julie Vatain), éd. L’Arche, 2012 (ISBN 978-2-85181-791-4), acte I, p. 21
M. Webb : Tous les hommes ont le droit de vote à l’âge de vingt-et-un ans. Les femmes votent de manière indirecte.
- Notre petite ville (1938), Thornton Wilder (trad. Julie Vatain), éd. L’Arche, 2012 (ISBN 978-2-85181-791-4), acte I, p. 27
Dr. Gibbs : Voici un mouchoir, fils.
Dr. Gibbs : Eh bien, George, quand j’étais dans mon cabinet aujourd’hui, j’ai entendu un drôle de bruit... tu devines ce que c’était ? C’était ta mère qui coupait du bois. Ta mère, oui : elle qui se lève tôt, cuisine toute la journée, lave, repasse... et malgré ça il faut encore qu’elle sorte dans le jardin pour couper du bois. Elle a dû se lasser de te le demander ; se dire que ce serait plus facile de le faire elle-même. Et toi tu manges ses plats, tu mets les habits qu’elle tient propres pour toi et tu pars en courant jouer au baseball ; comme si elle était une fille de ménage qu’on garde chez nous, sans avoir trop d’affection pour elle. C’est bon, je savais qu’il me suffirait de te le faire remarquer. Voici un mouchoir, fils.
- Notre petite ville (1938), Thornton Wilder (trad. Julie Vatain), éd. L’Arche, 2012 (ISBN 978-2-85181-791-4), acte I, p. 36
Rebecca : Et sur l’enveloppe l’adresse était comme ça [...] : Jane Croft [...] Grover’s Corners [...] l’Univers ; l’Esprit de Dieu.
Rebecca : Je t’ai jamais parlé de cette lettre que Jane Croft a reçue de son pasteur quand elle était malade. Il a écrit une lettre à Jane et sur l’enveloppe l’adresse était comme ça - c’était écrit : Jane Croft ; ferme de la famille Croft ; Grover’s Corners ; Comté de Sutton, New Hampshire ; États-Unis d’Amérique.
George : Qu’est-ce que ça a de drôle ?
Rebecca : Mais écoute, c’est pas fini : États-Unis d’Amérique ; continent d’Amérique du Nord ; hémisphère ouest ; la Terre ; le Système Solaire ; l’Univers ; l’Esprit de Dieu - voilà ce qui était écrit sur l’enveloppe.
- Notre petite ville (1938), Thornton Wilder (trad. Julie Vatain), éd. L’Arche, 2012 (ISBN 978-2-85181-791-4), acte I, p. 41
Dr. Gibbs : J’avais peur que nous n’ayons pas de quoi alimenter nos conversations pendant plus de quelques semaines.
Dr. Gibbs : J’avais peur que nous n’ayons pas de quoi alimenter nos conversations pendant plus de quelques semaines.
Ils rient tous les deux.
Dr. Gibbs : J’avais peu qu’après avoir épuisé nos réserves, nous mangions nos repas en silence, c’est la vérité... Eh bien, voilà maintenant vingt ans que nous conversons, toi et moi, sans passage à vide notable.
Mme Gibbs : Oh, tu sais, le beau temps, le mauvais temps, c’est pas très recherché, mais je trouve toujours quelque chose à dire.
- Notre petite ville (1938), Thornton Wilder (trad. Julie Vatain), éd. L’Arche, 2012 (ISBN 978-2-85181-791-4), acte II, p. 48
M. Webb : Alors, j’ai fait l’inverse de ce que m’avait conseillé mon père et j’ai toujours été heureux. Et que ça t’apprenne, George, à ne jamais demander conseil sur des questions personnelles.
- Notre petite ville (1938), Thornton Wilder (trad. Julie Vatain), éd. L’Arche, 2012 (ISBN 978-2-85181-791-4), acte II, p. 51
George : Alors on vient d’avoir une conversation importante, là.
Emily : Oui... oui.
George : Je pense que quand on a trouvé une personne pour qui on éprouve de la tendresse... une personne qui éprouve la même chose, et qui a suffisamment d’affection pour s’inquiéter de vore caractère, alors je pense que ça compte autant que l’université. Plus, même. Voilà ce que je pense.
Emily : Moi aussi, je trouve que ça compte infiniment.
George : Emily.
Emily : Ou-oui, George.
George : Emily, si j’arrive à m’améliorer et à changer vraiment... voudrais-tu... enfin : pourrais-tu...
Emily : Je... je le suis déjà ; je l’ai toujours été.
Pause.
George : Alors on vient d’avoir une conversation importante, là.
Emily : Oui... oui.
- Notre petite ville (1938), Thornton Wilder (trad. Julie Vatain), éd. L’Arche, 2012 (ISBN 978-2-85181-791-4), acte II, p. 58-59
Le régisseur : Emily, voulez-vous prendre pour époux légitime George...
Mme Soames : Je n’ai ja-mais vu un si joli mariage. Mais je pleure à chaque fois.
Le régisseur : George, voulez-vous prendre pour épouse légitime Emily ; promettez-vous de l’aimer...
Mme Soames est assise au dernier rang de l’assemblée. Elle se tourne à présent vers ses voisins et se met à parler d’une voix aiguë. Son bavardage couvre la voix du pasteur.
Mme Soames : Quel joli mariage ! Le plus joli que j’aie jamais vu. Oh, j’adore les beaux mariages, pas vous ? N’est-ce pas que la mariée est ravissante ?
George Oui.
Le régisseur : Emily, voulez-vous prendre pour époux légitime George...
À nouveau la voix de Mme Soames couvre la sienne.
Mme Soames : Je n’ai ja-mais vu un si joli mariage. Mais je pleure à chaque fois. Allez savoir pourquoi, je pleure à chaque fois. J’aime voir les jeunes gens heureux, voilà tout, pas vous ? Oh, je trouve que c’est beau.
Les alliances.
Le baiser.
- Notre petite ville (1938), Thornton Wilder (trad. Julie Vatain), éd. L’Arche, 2012 (ISBN 978-2-85181-791-4), acte II, p. 64
Le régisseur : Des gars d’ici qui avaient dans l’idée que le Nord et le Sud méritaient de rester fédérés, même si eux-mêmes n’avaient jamais franchi les frontières du New Hampshire. Ils connaissaient seuelement le nom, les amis : les États-Unis d’Amérique. Les États-Unis d’Amérique. Et ils sont allés mourir pour ça.
- Notre petite ville (1938), Thornton Wilder (trad. Julie Vatain), éd. L’Arche, 2012 (ISBN 978-2-85181-791-4), acte III, p. 68
Le régisseur Une mère et sa fille... un mari et sa femme... deux ennemis jurés... un avare et son argent... toutes ces relations affreusement importantes perdent leurs couleurs par ici.
Le régisseur : Vous les [les morts] entendrez peut-être dire des choses qui froisseront votre sensibilité ; mais c’est ainsi : une mère et sa fille... un mari et sa femme... deux ennemis jurés... un avare et son argent... toutes ces relations affreusement importantes perdent leurs couleurs par ici. Et que reste-t-il lorsque la mémoire s’envole et l’identité s’efface ?
- Notre petite ville (1938), Thornton Wilder (trad. Julie Vatain), éd. L’Arche, 2012 (ISBN 978-2-85181-791-4), acte III, p. 69-70
Le régisseur : Il est certaines vérités que nous connaissons tous, mais que nous sortons rarement de nos tiroirs pour les regarder en face. Nous savons tous que quelque chose d’éternel existe. Et que ce ne sont ni les noms, ni les maisons, ni la terre, ni même les étoiles... nous sentons dans notre colonne vertébrale qu’il y a quelque chose d’éternel, et que ce quelque chose est humain. Nos grands esprits nous le répètent depuis cinq mille ans, et pourtant les gens perdent cela de vue à chaque instant. Au plus profond de chaque être humain se trouve une part d’éternité.
- Notre petite ville (1938), Thornton Wilder (trad. Julie Vatain), éd. L’Arche, 2012 (ISBN 978-2-85181-791-4), acte III, p. 69
Emily : Y a-t-il jamais des êtres humains qui comprennent la vie pendant qu’ils la vivent [...] ?
Le régisseur : Non. Pause. Les saints et les poètes, peut-être. Ils comprennent un peu.
Emily : Tout passe si vite. Nous n’avons pas le temps de nous regarder. [...] Je ne me rendais pas compte. Tant de choses, et nous ne remarquions riens. [...] Oh, terre, tu es si pleine de merveilles que personne ne s’en aperçoit. [...] Y a-t-il jamais des êtres humains qui comprennent la vie pendant qu’ils la vivent, à chaque minute ?
Le régisseur : Non.
Pause.
Le régisseur : Les saints et les poètes, peut-être. Ils comprennent un peu.
- Notre petite ville (1938), Thornton Wilder (trad. Julie Vatain), éd. L’Arche, 2012 (ISBN 978-2-85181-791-4), acte III, p. 81
Le régisseur : Onze heures du soir à Grover’s Corners... Reposez-vous bien, vous aussi. Bonne nuit.
Le régisseur : Il n’y a qu’ici [sur la terre] qu’on s’applique à vivre, qu’on s’ingénie et qu’on s’évertue à faire quelque chose de soi. C’est un effort si rude que toutes les seize heures, tout le monde s’allonge pour se reposer.
Il remonte sa montre.
Le régisseur : Hum... Onze heures du soir à Grover’s Corners... Reposez-vous bien, vous aussi. Bonne nuit.
- Notre petite ville (1938), Thornton Wilder (trad. Julie Vatain), éd. L’Arche, 2012 (ISBN 978-2-85181-791-4), acte III, p. 83