Différences entre les versions de « Souvenir (mémoire) »

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(→‎J. M. Coetzee : typo (un peu longue cette citation))
 
== [[Anne Calife]] (sous le nom de Anne Colmerauer) ==
{{Citation | Pourtant depuis la saint Narcisse, quelque chose en moi avait changé … changé… Comme si l'arrière -saison me retenait dans ses voiles, ses pluies, ses larmes . Comme si je m'étais empêtrée à jamais dans les membranes de mes souvenirs.
Mais que deviennent les souvenirs lorsqu’on n’y pense pas ? C’est une question que je m’étais toujours posée. Dans le liquide de la mémoire, ne se décomposeraient-ils pas, devenant épaves flottant mollement ?}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Colmerauer|éditeur=Balland,2003, réédition Menthol House|année=2003|page=88|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
== J. M. Coetzee ==
{{Citation|262. Assise sur le ''stoep'' aux côtés de mon père, je regarde la terre tourner, les oiseaux s’occuper à nouveau de bâtir leurs nids ; la brise est fraîche sur mes joues, et peut-être aussi sur les siennes. « Tu te souviens », dis-je, « quand on allait à la mer, autrefois ? On remplissait un panier de sandwiches et de fruits, on allait en carriole à la gare et on prenait le train du soir ? On dormait dans le train, bercés par la chanson des roues, on s'éveillait à peine, tout somnolents, quand le train s'arrêtait pour prendre de l'eau, on entendait le murmure lointain des cheminots, et on se rendormait ; le lendemain, on arrivait à la mer, on allait à la plage, et on retirait nos chaussures pour patauger, tu me tenais par la main et tu me soulevais au-dessus des vagues ? Tu te souviens, le bernard-l'hermite qui m'a pincé l'orteil, et j'ai pleuré, pleuré, et tu me faisais des grimaces pour me consoler ? (Tu te souviens de la pension où on logeait ? Cette nourriture insipide — un soir, tu as repoussé ton assiette et déclaré que tu ne mangerais pas d'immondices, tu t'es levé et tu as quitté la salle à manger, et j'ai repoussé mon assiette et je t'ai suivi. Et tu te rappelles comme les chiens étaient contents de nous revoir ? Une fois, le vieux Jakob avait oublié de les nourrir, et tu as juré épouvantablement et tu lui as supprimé sa ration de viande pour une semaine... Tu te rappelles Jakob, et Hendrik, et Ou-Anna et Klein-Anna ? Tu te rappelles ce fils de Ou-Anna qui avait été tué dans un accident et qu'on avait ramené à la ferme pour l'enterrer, et Ou-Anna qui voulait se jeter dans la fosse ? »</br>
{{Tab}}« Tu te souviens, l'année de la grande sécheresse, quand les moutons ont tous dû être vendus parce qu'il n'y avait plus rien à brouter à trois cents kilomètres à la ronde, et on a dû batailler pour reconstruire le domaine ? Tu te souviens du grand vieux mûrier, de l'autre côté de la basse-cour; un été, le tronc s'est fendu sous le poids des fruits ? Tu te souviens que la terre tout autour était teintée de violet à cause du jus des mûres tombées à terre ? Tu te souviens du banc des amoureux, qu'on avait installé sous l'arbre-sering — tu y passais parfois l'après-midi entière à écouter le bourdonnement des abeilles menuisières ? Et Vlek, tu t'en souviens ? Vlek qui était une si bonne chienne de berger qu'elle pouvait, seule avec Jakob, faire passer un troupeau entier devant toi au poteau de dénombrement ? Tu te rappelles : vieille, malade, elle ne gardait plus sa nourriture, et il n'y avait que toi qui puisse la tuer, et tu as été faire un tour, après, parce que tu ne voulais pas qu'on te voie pleurer? Tu te rappelles », dis-je, « ces magnifiques poules tachetées que nous avions, et le coq baitam avec ses cinq épouses, qui se perchaient toujours dans les arbres ? Tu te les rappelles tous ? »
}}
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