Différences entre versions de « Robert Desnos »

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=== ''Deuil pour deuil'', [[w:1924 en littérature|1924]] ===
{{citation|citation=Sur ces places désertes et ensoleillées nous avons été envahis par la peur. Malgré notre anxiété, personne, personne ne s'est présenté à nous.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=121|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=J'ai vu de loin s'avancer les belles millionnaires avec leur caravane de chameaux galonnés porteurs d'or. Je les ai attendues, impassible et tourmenté. Avant même de m'atteindre, elles se transformèrent en petites vieilles poussiéreuses et les chameliers en ganaches.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=121|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=J'ai livré des combats aux vampires de marbre blanc mais, malgré mes discours astucieux, je fus toujours seul en réalité dans le cabanon capitonné où je m'évertuais à faire naître le feu du choc de ma cervelle dure contre les murs moelleux à souhait de me faire regretter les hanches imaginaires.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=122|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=J'ai appris, comme il convient, aux vieillards à respecter mes cheveux noirs, aux femmes à adorer mes membres ; mais de ces dernières j'ai toujours préservé mon grand domaine jaune où, sans cesse, je me heurte aux vestiges métalliques de la haute et inexplicable construction de forme lointainement pyramidale.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=122|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Amour, me condamnes-tu à faire de ces ruines une boule d'argile où je sculpterai mon image, ou dois-je la faire sortir en arme de mes yeux ? Dans ce cas, de quel oeil dois-je faire usage et n'est-il pas de mon intérêt d'employer les deux à la récréation d'un couple d'amoureux que je violerai aveuglément, nouvel Homère au pont des Arts dont je devrai à tâtons miner les piles sinistres, au risque d'être abandonné sans pouvoir guider mes pas dans ces grandes étendues jaunes et ensoleillées où les fusils montent la garde des sentinelles mortes.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=122|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Je ne crois pas en Dieu, mais j'ai le sens de l'infini.}}
 
{{citation|citation=C'est à ce moment qu'elles apparurent. Les avions sans pilote encerclèrent de ronds de fumée les grands phares aériens et immobiles perchés sur des récifs de formes changeantes en éventail d'apothéose. C'est à ce moment qu'elles apparurent.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=123|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=La première portait chapeau claque, habit noir et gilet blanc, la seconde manches à gigot et col Médicis et la troisième une chemisette de soie noire décolletée en ovale qui, glissant continuellement de gauche à droite et de droite à gauche, découvrait tour à tour jusqu'à la naissance du sein ses deux épaules d'un blanc un peu bistré.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=123|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Un jour ou une nuit ou autre chose les portes se fermeront : prédiction à la portée de tous les esprits.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=123|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=— C'est après-demain la grande immigration. L'écliptique deviendra une petite spirale violette [...]. La terre aura deux chignons de verdure et une ceinture de chasteté en glace.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=124|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Le rapport du circuit des hirondelles, des flèches et des serpents volants à la femme aux habits bleu de ciel est comparable au point de conjugaison de trois rayons de soleil réfléchis par des miroirs de métal précieux. Si vous y mettez le doigt, une brûlure circulaire y attachera son chaton indélébile.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=124|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Mais elle, la femme aux habits bleus de ciel (c'est toujours la même) ? je ne me lasse pas d'en parler et de la déguiser en ayant soin de dissimuler à vos yeux les pinces de homard violet qui lui tiennent lieu de pieds.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=125|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Je ne crois pas en Dieu, mais j'ai le sens de l'infini.}}
 
{{citation|citation=— Le jour où disparaîtront d'un seul coup tes amis! où d'un seul coup disparaîtra la terre et ce qu'elle porte, hormis toi ! quand tu seras seul on te croira mort ; c'est on qui le sera. L'univers meurt chaque fois que meurt un homme, et il y a beaucoup d'hommes parmi les hommes.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=125|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Il y avait une fois un crocodile. Ce crocodile se nourrissait de nageuses en maillot noir et il épargnait les nageuses en maillot rose. Pourtant, que de belles nageuses en maillot noir ! Ce crocodile est aussi un bracelet. Ce bracelet je l'ai donné à la femme aux habits bleu de ciel. En échange, elle m'a donné ses habits. Je l'ai regardée partir toute nue dans la nuit, entre les arbres.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=125|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Quelques jours après, à la terrasse d'un café, je buvais de l'alcool tout en observant de l'oeil droit une femme blanche et rose comme la reine des banquises et du gauche une femme bleu de Prusse, aux yeux brillants, aux lèvres blanches en glace de Venise, qui lisait une lettre écrite sur papier garance.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=126|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=La magie des couleurs qui, pour les peintres, n'est pas encore un lieu commun, tenait dans ma petite cuillère. Je l'avais en effet trempée dans du pétrole de première qualité.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=126|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Je projetai d'écrire un article sur ce sujet, mais d'un point de vue ésotérique, quand je constatai que la femme de gauche était devenue un joli gigot d'agneau en collerette de Malines. Un homme impassible la découpait. De petits ruisseaux blancs comme le lait et cependant brillants comme le diamant coulaient de la chair tendre et remplissaient une flûte à champagne.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=126|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Avez-vous la monnaie de ma pièce ? Personne au monde ne peut avoir la monnaie de ma pièce.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=128|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Des coups de queue [...] transforment la calme surface où rêvaient des îles à Gauguin et les femmes, étoiles de rêve penchées sur leur propre image, au hublot, oeil rouge de paquebot, se demandent quelle passion prodigieuse agite soudain ces ventres blancs d'argent, ces redoutables mâchoires quadruples au palais rouge tendre et ces échines d'une couleur rappelant de pacifiques canapés dans des fumoirs mondains sans se douter que le bâtiment spécialement construit pour leur croisière lointaine a seul réveillé ces monstres aquatiques, sonné à leurs nageoires un désir de voyage et doté leur structure robuste d'une agilité nouvelle pour aller vers des côtes tempérées, glaciales ou tropicales chercher un nouveau butin, quitte à se contenter de l'hécatombe sans honneur de milliers de crevettes rouges dans une eau peu profonde.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=129|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Un cœur c'est aussi un petit pois qui germera ridiculement, dans la destinée d'accompagner de façon anonyme la dépouille mortelle d'un canard sauvage, sur un plat d'argent, dans une sauce richement colorée.}}
 
{{citation|citation=Je suis Tu et tu es Je. Des grappes de prunes pendent à mes doigts. Un coeur c'est aussi un petit pois qui germera ridiculement, dans la destinée d'accompagner de façon anonyme la dépouille mortelle d'un canard sauvage, sur un plat d'argent, dans une sauce richement colorée.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=130|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Régulièrement après chaque révolution les drapeaux du régime ancien oubliés sur des édifices dont l'usage doit changer avant peu s'envolent comme des cigognes.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=130|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Perdant toute dignité la femme [nue] voit lentement tomber les lumières de sa couronne de rêve, et tandis que ses sourcils, abandonnant la rectitude qui les caractérisait, se conforment aux règles de l'arc, des muscles puissants gonflent son harmonieuse stature.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=131|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=L'étoile du Nord à l'étoile du Sud envoie ce télégramme ! « Décapite à l'instant ta comète rouge et ta comète violette qui te trahissent. — L'étoile du Nord. »}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=131|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=L'étoile du Sud assombrit son regard et penche sa tête brune sur son cou charmant. Le régiment féminin des comètes à ses pieds s'amuse et voltige : jolis canaris dans la cage des éclipses.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=131|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Ces deux comètes qui, légèrement, dès cinq heures du soir relèvent une jupe de taffetas sur un genou de lune : la belle rouge aux lèvres humides, amie des adultères et que plus d'un amant délaissé découvrit, blottie dans son lit, les cils longs et faignant d'être inanimée, la belle rouge enfin aux robes bleue sombre, aux yeux bleu sombre, au coeur bleu sombre comme une méduse perdue, loin de toutes les côtes, dans un courant tiède hanté par les bateaux fantômes.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=131|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Et la belle violette donc ! la belle violette aux cheveux roux, à la belle voilette, au lobe des oreilles écarlate, mangeuse d'oursins, et dont les crimes prestigieux ont lentement déposé des larmes d'un sang admirable et admiré des cieux entiers sur sa robe, sur sa précieuse robe.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=132|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Les étranglera-t-elle de ses doigts de diamant, elle, la charmante étoile du Sud, suivant le perfide conseil de l'étoile du Nord, la magique, tentatrice et adorable étoile du Nord dont un diamant remplace le téton à la pointe d'un sein chaud et blanc comme le reflet du soleil à midi ?}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=132|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Timonières, comètes violette et rouge, timonières du bateau fantôme où guidez-vous votre cargaison de putains et de squelettes dont le superbe accouplement apporte aux régions que vous traversez le réconfort de l'amour éternel ?}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=132|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Sur la table, un verre et une bouteille sont disposés en souvenir d'une vierge blonde qui connut dans la pièce et pour la première fois l'inquiétante blessure menstruelle et qui, élevant le bras droit vers le plafond et tendant la gauche vers la fenêtre faisait, à volonté, voltiger des triangles de pigeons voyageurs.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=133|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=[...] la vierge blonde trempe ses cheveux dans mon café ; il est midi, le vin devient colombe dans le litre légal déposé sur la table à côté d'un verre à côtes.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=133|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=[L'étoile de mer] se souvient qu'elle fut Icare et qu'elle chut à cette place même, qu'elle tenta, mais en vain, d'émerger, suscitant ainsi le mythe ridicule de la naissance profane de la déesse de l'amour et que, vaincue par la pesanteur et la crampe, elle dut se contenter d'un repos sur le sable humide des profondeurs.}}
 
{{citation|citation=Pauvre étoile brillante à l'abri des pêcheurs elle étend voluptueusement ses cinq branches délicates et fait tant que l'huître libère à la fin la perle dont le temps et la maladie lui avaient fait don.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=136|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Un fossoyeur s'assied sur une tombe [...]. D'une taupinière à ses pieds sort une lumière verdâtre qui ne l'étonne guère, lui, habitué au silence, à l'oubli et au crime et qui ne connaît de la vie que le doux bourdonnement qui accompagne la chute perpendiculaire du soleil au moment où, serrées l'une contre l'autre les aiguilles de la pendule fatiguées d'attendre la nuit appellent inutilement du cri fatidique douze fois répété le violet défilé des spectres et des fantômes retenus loin de là, dans un lit de hasard, entre l'amour et le mystère, au pied de la liberté bras ouverts contre le mur.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=137|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Le fossoyeur se souvient que c'est lui qui, jadis, alors que ses oreilles ne tressaillaient guère, tua à cet endroit la taupe reine dont la fourrure immense revêtit, tour à tour, ses maîtresses d'une armure de fer mille fois plus redoutable que la fameuse tunique de Nessus et contre laquelle ses baisers prenaient la consistance de la glace et du verre et dans le chanfrein de laquelle, durant des nuits et des nuits, il constata la fuite lente et régulière de ses cheveux doués d'une vie infernale.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=138|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Elles sont là toutes, celles qui tombèrent aux mains des espions, celle que l'amant assassin brisa dans la serrure en s'en allant, celle que le justicier jeta dans la rivière après avoir définitivement fermé la porte des représailles, les clefs d'or des geôliers volées par les captifs, les clefs des villes vendues à l'ennemi par les vierges blondes, par la vierge blonde, les clefs de diamant des ceintures de chasteté, les clefs des coffres-forts vidés à l'insu des banquiers par un aventurier, celles que, sans bruit, le jeune et idéal conquérant retire de la serrure pour guetter d'un oeil le coucher de la vierge blonde.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=139|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Et tandis que les cieux retentissaient du bruit des serrures divines fermées en hâte, le fossoyeur, le fossoyeur mourait sous l'entassement cannibale des clefs, sur la tombe de Guillaume le Conquérant, tandis que, dans la taupinière, à la lumière verte, se déroulaient les funérailles de la fourmi d'or, la serrure des intelligences.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=139|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=La mouche prit le chemin d'une forêt vierge et s'arrêta sur un cadavre, celui même de l'amant aux pierres d'aimant et là mêla son vol et son bourdonnement à ceux de trente de ses pareilles, bleues elles aussi et lucides le soir pour charmer l'entretien régulier et fatigant de Roméo avec Juliette.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=139|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=La vierge blonde se penche sur le premier mort, c'est Roméo, le second c'est Juliette. Elle arrête alors sa mélancolique promenade et regarde sans dire un mot chacun des boutons d'uniformes. Les uns sont maculés de sang, les autres de terre glaise. (Terre glaise jamais sculpteur ne te fera prendre la forme adorable d'un coeur.)}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=140|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=[...] dans la salle de classe un crayon rouge, un crayon vert, un crayon jaune et la craie clair de lune du tableau noir attendront longtemps le retour de la main qui savait les plier aux exigences d'une imagination capricieuse.)}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=140|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=La nuit tombe, une nuit noire et méchante qui les égare des feux mouvants d'une forge aux blêmes lumières d'un homicide océan.)}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=141|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Ecoutez, c'est, ce n'est pas le cri enfantin d'un viol nocturne ni les pleurs d'un félin, c'est le chant sinistre de l'eau dans les conduites et mon robinet qui pleure lentement sur la salle funéraire qui me sert d'évier.)}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=142|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Souvenir de corail, souvenir de méduses, souvenir d'îles, souvenir de nageuses, souvenir d'après l'amour, c'est la chanson de mauvais augure de l'eau dans les conduites de plomb de la cité. Un grand parapluie rouge sort d'un édifice officiel et rend sourds les habitants de la ville.)}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=143|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Là-bas, d'autres gouttes d'eau connaissent la compagnie des poissons (qui dira l'extraordinaire importance des poissons en poésie ? ils évoquent le feu et l'eau et ce sont eux que regrettent les gouttes dans les conduites de plomb de la cité).)}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=143|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Mais le passant passe et le ciel féroce reste sans orage. Grand ciel.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=144|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=L'espace d'une minute je considérai les différents aspects de cette importante question, j'évoquai les vieilles femmes des côtes réduites à rechercher la compagnie des hippocampes et qui, lorsque l'étreinte a été trop longue, remontent lentement à la surface. Les molitors les repêchent à l'aube et cela fait une tombe de plus et une femme de moins.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=144|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=<poem>Il dort, dit la lune.
Et lentement, elle commença à égrener un chapelet d'étoiles. Les étoiles se plaignaient doucement, la comète qui servait de pendentif brillait de mille feux et je me demandais combien de temps encore durerait cette incantation. La lune priait ! Les étoiles une à une pâlissaient et le matin blémissait mes tempes.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=145|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Foules qui passes dans cette rue, respecte mon sommeil. Les grandes orgues du soleil te font marcher au pas, moi je m'éveillerai ce soir quand la lune commencera sa prière.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=145|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=<poem>Je partirai vers la côte où jamais un navire n'aborde ; il s'en présentera un, un drapeau noir à l'arrière. Les rochers s'écarteront.
Je monterai.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=145|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=La nuit sort de chez elle, vêtue de blanc et parée de billes de verre. Elle se promène lentement dans les jardins et les fleurs tenues éveillées par le souvenir du dernier papillon voient, avec émerveillement, passer cette grande figure pâle aux cheveux noirs dont quatre anges nègres aux ailes rousses tiennent les tresses. Ses pieds marquent profondément leur empreinte dans le sol et les vers luisants, égarés sur les chemins, contemplent longtemps ce souvenir d'un pied charmant présentant la particularité d'avoir deux pouces.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=147|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=[...] l'Assassin, fidèle amant de la Nuit, se présente devant sa maîtresse à l'épouvantement du paysage qui voit les deux figures blêmes s'accoler au milieu des fleurs d'aconit.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=147|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Le chemin de fer roulait dans une plaine marécageuse où les soleils successifs avaient, au fond des mares, laissé un peu de leur fugitif éclat, l'intangible lune gaufré le sol herbu et les étoiles lointaines cristallisés l'extrémité des chardons d'eau qui sont, comme chacun sait, de couleur violette.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=151|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=A la portière d'un sleeping, une autre femme vêtue de rose parut et cria : « Je suis la reine des accidents. Mes seins bondissants, mes bras, mon ventre musclé, mes yeux, je les ai rougis dans les plus diverses calamités [...]. Je chemine par la plaine où les chardons violets donnent à imaginer de sanglantes luxures et les libellules, reconnaissant une soeur en chacune de mes prunelles, m'environnent de bourdonnements. Je suis la reine des accidents. Je préside à vos rencontres, amants tourmentés et maîtresses que torture le souvenir de l'amant précédent. Je suis la reine des accidents. Ma bouche, à l'instar des pianos, recèle des sons limpides et, quand je lui permets de parler, nul ne résiste à l'éclat spontané de mes rouges gencives et de mes petites, mes si petites incisives. »}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=152|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Les dents des femmes sont des objets si charmants qu'on ne devrait les voir qu'en rêve ou à l'instant de la mort.}}
 
{{citation|citation=C'est l'heure où, dans la nuit, les mâchoires délicates s'accouplent à nos gueules, o poètes !}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=153|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
{{citation|citation=Notre âge est l'infini et l'infini veut que la rencontre, la coïncidence ait lieu aujourd'hui dans un wagon roulant vers la catastrophe.}}
{{Réf Livre|titre=La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil|auteur=BorisRobert VianDesnos|éditeur=Gallimard|Collection=L'Imaginaire|année=1962|année d'origine=1924|page=153|ISBN=978-2-07-027695-0}}
 
=== ''La Liberté ou l'Amour !'', [[w:1927 en littérature|1927]] ===
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