Moi

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Caractérisé par l'emploi du Je, le Moi, concept essentiel de la psychanalyse est, avec le ça et le surmoi, l'un des trois éléments qui constituent la personnalité. Son rôle initial est d'établir un système défensif et adaptatif entre la réalité externe et les exigences pulsionnelles.

Antonin Artaud, Correspondance avec Jacques Rivière, 1924[modifier]

J'ai pour me guérir du jugement des autres toute la distance qui me sépare de moi.
  • L'Ombilic des Limbes suivi du Pèse-nerfs et autres textes, Antonin Artaud, éd. Gallimard, coll. « Poésie/Gallimard », 1954, « Antonin Artaud à Jacques Rivière, Paris, le 29 janvier 1924 », p. 24

Critique[modifier]

Javier del Prado, Chateaubriand — Europe n°775-776, 1993[modifier]

Aux époques de plénitude ontologique, le moi « se suffit à soi-même, comme Dieu ». Aux époques de défaillance, vide de substance, le moi part à la recherche d'une matière qui puisse le combler ou le soutenir.
Aucun mouvement littéraire n'a vécu comme le premier romantisme cette expérience de la défaillance ontologique. Personne mieux que Chateaubriand n'a su exprimer cette situation. Dès le début de son Essai sur les révolutions, l'écrivain construit un point de vue qui soutiendra, tout au long de son œuvre, le tissu métaphorique du vide en fluence qui signifie cette insuffisance d'être.

  • « Moi, métonymie, histoire », Javier del Prado, Chateaubriand — Revue Littéraire Europe (ISSN 0014-2751), nº 775-776, Novembre-décembre 1993, p. 108


Le moi est en défaut parce que le présent, qui devrait fonder l'être dans son immanence, n'est qu'un point de repère pour regarder vers le passé ou le futur, à la seule fin de se rassasier dans l'expérience du manque [...].
L'ontologie de Chateaubriand se construit toujours à la croisée de ces deux constantes : le futur qui n'existe pas, utopique, même quand on a du devenir ; le passé qui n'existe pas davantage, funèbre.

  • « Moi, métonymie, histoire », Javier del Prado, Chateaubriand — Revue Littéraire Europe (ISSN 0014-2751), nº 775-776, Novembre-décembre 1993, p. 109


Écrit intime[modifier]

Paul Klee, Journal, 1957[modifier]

Il y eut un instant où le cœur sembla s'arrêter. Mon cerveau était embrumé. Point de pensée autre que le cœur qui s'était arrêté. Ne tombe point, Moi ! Avec toi s'écroulerait le monde, et c'est par toi que vit Beethoven !


Psychanalyse[modifier]

Carl Gustav Jung, Dialectique du Moi et de l'inconscient, 1933[modifier]

[...] un individu qui attribue la psyché collective — qui lui est donnée a priori et à son insu — à son patrimoine acqui ontogénétiquement comme si elle en faisait partie, s'attribue cela en quelque sorte illégitimement, et agrandit de façon démesurée le périmètre de sa personnalité, avec toutes les conséquences que cela comporte : car, dans la mesure où la psyché collective constitue les « parties inférieures » des fonctions psychiques, et par conséquent cette base qui soutient implicitement toute personnalité, son attribution au Moi va alourdir et dévaloriser la personnalité, ce qui s'exprimera dans l'inflation, soit par un écrasement du sentiment de soi-même, soit par une exaltation inconsciente et une mise en évidence du Moi, qui peut alors atteindre à une volonté morbide de domination.
  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de l'assimilation de l'inconscient, p. 65


Marthe Robert, La Révolution psychanalytique, 1964[modifier]

Éros et la mort

Le Moi est la partie la plus superficielle de l'appareil, une portion du Ça modifiée par la proximité et l'influence du monde extérieur, organisé pour percevoir les excitations et s'en défendre. Il est ce qui conçoit le temps et l'espace, possède une aptitude à prévoir et à opérer des synthèses. Bref, il est doué d'un haut degré d'organisation qui lui permet d'accomplir précisément ce dont le Ça est incapable. Si ce dernier est le royaume des passions déchaînées, il est, lui, celui de la prudence et de la raison.
  • La révolution psychanalytique — La vie et l'œuvre de Freud (1964), Marthe Robert, éd. Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 1989  (ISBN 2-228-88109-0), 25. Éros et la mort, p. 362


le Surmoi, qui est lui aussi en partie inconscient, a plus de rapports et d'affinités avec le Ça qu'avec le Moi, pour lequel il est le plus souvent un juge sévère et rigide. C'est lui qui est la cause du refoulement, soit qu'il s'agisse lui-même ou charge le Moi docile d'exécuter ses ordres.
  • La révolution psychanalytique — La vie et l'œuvre de Freud (1964), Marthe Robert, éd. Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 1989  (ISBN 2-228-88109-0), 25. Éros et la mort, p. 362


Il est clair que le bon fonctionnement de l'appareil psychique dépend en grande partie de la force et de la santé du Moi, qui ne doit pas être servile et anxieux, mais souverain, capable d'assurer harmonieusement les rapports entre ses trois tyrans. C'est pourquoi la cure analytique a une ligne de conduite toute tracée, quelque cas qu'elle doive traiter ; il lui faut fortifier le Moi, afin de le mettre à même d'imposer son ordre aux deux puissances obscures et rebelles. Discipliner et contrôler le chaos du Ça ; réduire les exigences du Surmoi à une mesure raisonnable, c'est là tout le travail de l'analyse.
  • La révolution psychanalytique — La vie et l'œuvre de Freud (1964), Marthe Robert, éd. Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 1989  (ISBN 2-228-88109-0), 25. Éros et la mort, p. 363


Alberto Eiguer, Le Pervers narcissique et son complice, 1989[modifier]

Le Champ de la perversion narcissique

L'impérialisme du moi est vraisemblablement le sceau structurel et dynamique faisant du caractère narcissique la parodie parfois tragique du retour vers soi des investissements. Il n'est pas inutile, toutefois, de remarquer que le narcissique peut, devant une crise, développer des thèmes déficitaires ou tomber même dans un « état dépressif » franc, mais il manifeste rarement de la souffrance : ce sont généralement des plaintes, de la honte ou des préoccupations hypocondriaques. En fait, les mécanismes pervers narcissiques toujours disponibles desserviront le mieux sa structure et lui éviteront l'expression symptomatique.
  • Le pervers narcissique et son complice, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. « Psychismes », 1989  (ISBN 2 10 002843 X), partie I. Le Champ de la perversion narcissique, chap. Définition et description générale, Sur le narcissisme pathologique, p. 7


Psychologie[modifier]

Paul-Claude Racamier, Les Schizophrènes, 1980[modifier]

Préambule et divertimento

[...] l'idée du moi est, à mes yeux, l'héritière du conflit que j'appelle originaireconflit entre la préservation narcissique autarcique et l'aspiration objectale antinarcissique. De même que le surmoi est l'héritier du complexe d'Œdipe, pourvu que celui-ci ait été abordé et résolu, de même l'idée du moi est héritière du conflit originaire, si celui-ci a été abordé et résolu.
Là où je veux en venir avec l'idée du moi, c'est à montrer qu'elle constitue l'axe discret sur lequel se rencontrent et se différencient l'image de l'autre et l'image de soi. L'idée du moi fera que jamais ces deux images ne pourront tout à fait ni s'écarteler ni se confondre. Elle demeurera comme un support discret mais essentiel du sens de la réalité psychique de l'objet et de soi-même. Or, c'est cette idée du moi, ce sens du moi, cette image de l'humain, qui se trouve désinvestie à l'origine des éruptions psychotiques et à la base des organisations schizophréniques.


Les paradoxes des schizophrènes

Si nous venons plus près de la phénoménologie, ce sera pour décrire les expériences psychotiques, au sens d'expériences vécues, consistant dans un vécu d'évanouissement du Je, de syncope ou de lipothymie du sentiment du moi, se traduisant par une impression, non dépourvue d'angoisse, d'étrangeté indicible, de vacillation, de chute ou d'éclipse, et de confusion ou tout au contraire de contact extrême et cru : une ultra-dépersonnalisation momentanée, c'est-à-dire une dépersonnation, au sens où je l'entendais naguère (Racamier, 1963). A l'origine de ces expériences : une modification massive et soudaine du régime général des investissements ; un désinvestissement d'objets, dira-t-on à la suite de Freud ; plus précisément, les investissements retournent momentanément à leur « liquidité » originelle.
Ces expériences psychotiques, je ne puis pas seul à prétendre qu'elles peuvent survenir et qu'elles survienent dans toute existence, et non pas seulement dans celle des psychotiques, mais, normalement, fugitives et ponctuelles, maîtrisées après coup, enkystées comme des corps étrangers, et sitôt oubliées, même lorsqu'elles sont reprises par le moi pour se mettre au service de l'expérience créatrice ; ne faut-il pas en effet perdre une seconde le sens du monde, pour lui en donner un nouveau ? [...] ces expériences psychotiques « normales », maîtrisées, voire exploitées par le moi, sont à distinguer des expériences psychotiques des psychotiques, lesquelles sont plus extensives et moins maîtrisables, et en viennent à corroder le moi, dont elles traduisent aussi la foncière incertitude.

  • Les Schizophrènes (1980), Paul-Claude Racamier, éd. Payot & Rivages, coll. « Petite bibliothèque Payot », 2001  (ISBN 978-2-228-89427-2), partie Les paradoxes des schizophrènes, chap. 3. De la folie dans la schizophrénie, Où l'on voit que la folie n'est pas encore psychose, p. 73


Développement précoce, conduisant à la découverte harmonieuse et corrélative de l'Autre et du Je, et à leur installation structurante et conjuguée dans la psyché, résulte évidemment de l'intrication des pulsions narcissiques et antinarcissiques [...]. Non seulement on sait aujourd'hui que le narcissisme poursuit son propre développement (Grunberger, 1971 Kohut, 1971), sous l'influence des stades libidinaux et au contact de l'objet, mais on sait aussi que les investissements narcissiques et objectaux sont intriqués dès l'origine comme ils le sont plus tard et dans la cure (cf. J. Cosnier, 1970), si bien qu'il n'est pas d'investissement de soi qui ne « rapporte » à l'objet, ni d'investissement d'objet ou du monde qui ne rapporte au moi (ou soi, ou self) sa prime narcissique (cf. Racamier, 1963).
La rupture de cette alliance est à l'origine des psychoses.

  • Les Schizophrènes (1980), Paul-Claude Racamier, éd. Payot & Rivages, coll. « Petite bibliothèque Payot », 2001  (ISBN 978-2-228-89427-2), partie Les paradoxes des schizophrènes, chap. 5. De deux ou trois réalités, Où l'on voit le schizophrène aux prises avec l'impossible choix entre son monde et son Moi, p. 99


Paul-Claude Racamier, Pensée perverse et décervelage, 1992[modifier]

Préambule

Des sujets qui, plutôt que de souffrir des peines ordinaires, font souffrir des tourments extraordinaires au moi des autres ; [...] des noyaux pervers gâchant tout alentour les charmes de la libido et les vertus de la vérité ; une pensée s’exerçant à tarir le courant de la pensée : rien de plus contraire à l’esprit de la psychanalyse, rien de plus difficile à comprendre ; et pourtant rien de plus important à connaître dans les rouages interpsychiques des familles, des institutions, des groupes et même des sociétés.
  • Pensée perverse et décervelage, 1992, Préambule, dans [1], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.


De la pensée perverse au désordre de pensée

Cette pensée qui déstabilise le mental, serait-ce une pensée véritablement paradoxale ? Pas du tout : le paradoxe déroute, mais il donne quand même à penser. Il peut se muer en humour. Pas la pensée perverse. En vérité elle ne fait qu’attraper le moi ; elle décourage, démobilise et démolit la compréhension dans son principe même. Ses deux anti-mamelles sont la créativité et l’intelligence. Serait-elle simplement sotte — Elle est pire : anti-intelligente.

  • Pensée perverse et décervelage, 1992, De la pensée perverse au désordre de pensée, dans [2], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.


Noyaux pervers

A moins d’être complices, les victimes de la perversion narcissique sont à plaindre et plus encore à protéger. Les plus exposés au danger, ce sont les schizophrènes [...]. Les schizophrènes, incertains comme ils le sont de leur propre moi, narcissiquement béants, prêts à tout pour plaire et prompts à périr de faux-semblants, sont les proies préférées du narcissisme pervers.
  • Pensée perverse et décervelage, 1992, Noyaux pervers Objet de pervers, dans [3], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.


Jean Gortais, Processus de la schizophrénie, 2002[modifier]

[...] l'accès hystérique traduit avant tout une mise en échec des défenses du moi par l'entremise envahissante du souvenir traumatique, à la différence de l'hystérie de conversion et de la névrose de contrainte qui parviennent à déconnecter l'affect et la représentation.
  • Processus de la schizophrénie (2002), Catherine Azoulay/Catherine Chabert/Jean Gortais/Philippe Jeammet, éd. Dunod, coll. « Psycho Sup », 2002  (ISBN 2-10-004780-9), chap. I « Approche historique d'une psychopathologie psychanalytique de la schizophrénie (Jean Gortais) », 4. Narcissisme et perte de réalité, p. 16


Le processus schizophrénique, selon P. Federn, s'étaye sur un trouble de la « frontière du moi » : celle-ci n'est pas à entendre dans un sens statique ni comme une ligne de partage également répartie au sein du psychisme. Lorsqu'il avance que la mutilation narcissique dans la schizophrénie est liée avant tout à la « perte d'investissement de la frontière mentale et corporelle du moi », il entend alors insister sur une perte et une mise en échec de la fonction de séparation que le moi exerce habituellement, à l'état vigile, entre la réalité extérieure et le monde psychique interne.
  • Processus de la schizophrénie (2002), Catherine Azoulay/Catherine Chabert/Jean Gortais/Philippe Jeammet, éd. Dunod, coll. « Psycho Sup », 2002  (ISBN 2-10-004780-9), chap. I « Approche historique d'une psychopathologie psychanalytique de la schizophrénie (Jean Gortais) », 9. Schizophrénie et psychologie du moi, p. 33


Catherine Azoulay, Processus de la schizophrénie, 2002[modifier]

Racamier (1992) insiste quant à lui sur la force libidinale du système défensif des psychotiques mais aussi du délire permettant au fonctionnement psychique d'assurer sa survie. Pour cet auteur, dans la schizophrénie, l'activation du fantasme d'auto-engendrement entraîne une sorte d'explosion interne, fulgurante, anéantissante et triomphante et constitue ce qu'il appelle « un évènement psychique blanc : une éblouissante déflagration psychique. Ce qu'on prend pour la catastrophe, c'est exactement cet évènement psychique blanc qui fait le vide et fascine à jamais » (l'évènement psychique blanc n'équivaut pas à la psychose blanche de Donnet et Green, mais on y retrouve cette notion importante d'un court-circuit psychique « follement excitant et terriblement sidérant »).
L'évènement psychique blanc, reprend Racamier, est un cas majeur d'« orgasmes du moi », préludes aux développements délirants. Les hallucinations aussi ont un caractère orgastique.

  • Processus de la schizophrénie (2002), Catherine Azoulay/Catherine Chabert/Jean Gortais/Philippe Jeammet, éd. Dunod, coll. « Psycho Sup », 2002  (ISBN 2-10-004780-9), chap. II « Approche psycho-pathologique et clinique de la schizophrénie (Catherine Azoulay) », 1. Formes et caractéristiques de la schizophrénie, p. 97


Freud (1912) a envisagé la manie comme « une fête du moi » en l'apparentant au repas totémique des primitifs, c'est-à-dire avec le crime originel de l'humanité, le meurtre du père et sa consommation rituelle.
  • Processus de la schizophrénie (2002), Catherine Azoulay/Catherine Chabert/Jean Gortais/Philippe Jeammet, éd. Dunod, coll. « Psycho Sup », 2002  (ISBN 2-10-004780-9), chap. II « Approche psycho-pathologique et clinique de la schizophrénie (Catherine Azoulay) », 1. Formes et caractéristiques de la schizophrénie, p. 82


Marie Anaut, La Résilience — Surmonter les traumatismes, 2003[modifier]

D'un point de vue clinique, l'événement ou la situation pathogène entraînent une perturbation chez le sujet ; ce qui peut se traduire par un dysfonctionnement du Moi, dans le sens que le trauma déclenche un conflit dans le Moi. La force du Moi sera liée à la capacité du sujet à mettre en place des mesures défensives face à cette effraction émotionnelle. Ainsi toute blessure physique ou morale ne peut systématiquement être assimilé à un traumatisme avec des répercussions à long terme. Il y aura traumatisme durable, lorsque l'excès d'excitation déborde les capacités de liaisons représentatives et de pensées de l'appareil psychique. Le traumatisme et la résilience dépendront donc, chez l'individu, de sa capacité à faire des liaisons représentatives permettant de dépasser le conflit psychique.

  • La Résilience — Surmonter les traumatismes, Marie Anaut, éd. Armand Colin, coll. « 128 », 2008  (ISBN 978-2-200-35348-3), partie 3. Articulations théoriques de la résilience, chap. 4. Approches psychodynamiques et processus intrapsychiques, 4.3 Théories dynamiques de la résilience et contextes traumatogènes, p. 81


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