François Mauriac
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François Mauriac ( - ) est un écrivain français, lauréat du Grand Prix du roman de l'Académie française en 1926, membre de l'Académie française de 1933 à 1970 et lauréat du Prix Nobel de littérature 1952.
Citations
[modifier]Le Désert de l'amour, 1925
[modifier]« Je n'aime que ce qui se dévore »
- Le Désert de l'amour, François Mauriac, éd. LGF, 1989 (ISBN 2-253-01234-3), chap. I, p. 9 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
En amour, le gibier longtemps pullule, mais la petite troupe de ceux qui ont commencé avec nous de vivre, se réduit chaque année. Les survivants aux coups sombres de la guerre, qu'ils fussent enlisés dans le mariage, ou déformés par le métier, Courrèges, leur voyant le poil grison, cette bedaine, ce crâne, les haïssait d'avoir son âge ; il les accusait d'être les assassins de leur jeunesse et, avant qu'elle les renonçât, de la trahir.
- Le Désert de l'amour, François Mauriac, éd. LGF, 1989 (ISBN 2-253-01234-3), chap. I, p. 9 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
[…] la défaite d'un adolescent vient de ce qu'il se laisse persuader de sa misère.
- Le Désert de l'amour, François Mauriac, éd. LGF, 1989 (ISBN 2-253-01234-3), chap. III, p. 40 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
Citation choisie pour le 17 janvier 2010.
[…] elle ne savait pas que l'amour, dans les vies les plus pleines, sait toujours se creuser sa place ; qu'un homme d'État surmené, autour de l'heure où sa maîtresse l'attend, arrête le monde. Cette ignorance l'empêchait de souffrir.
- Le Désert de l'amour, François Mauriac, éd. LGF, 1989 (ISBN 2-253-01234-3), chap. III, p. 42 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
[…] la contemplation délivre […].
- Le Désert de l'amour, François Mauriac, éd. LGF, 1989 (ISBN 2-253-01234-3), chap. IV, p. 62 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
[…] ce qui est inaccessible ne vaut pas qu'on s'y sacrifie.
- Le Désert de l'amour, François Mauriac, éd. LGF, 1989 (ISBN 2-253-01234-3), chap. V, p. 87 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
Ah ! l'importunité de ces êtres, à qui notre cœur ne s'intéresse pas et qui nous ont choisis, et que nous n'avons pas choisis ! – si extérieurs à nous, dont nous ne désirons rien savoir, dont la mort nous serait aussi indifférente que la vie… et pourtant ce sont ceux-là qui remplissent notre existence.
- Le Désert de l'amour, François Mauriac, éd. LGF, 1989 (ISBN 2-253-01234-3), chap. V, p. 97 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
L'homme et la femme, aussi éloignés qu'ils puissent être l'un de l'autre, se rejoignent dans une étreinte. Et même une mère peut attirer la tête de son grand fils et baiser ses cheveux ; mais le père, lui, ne peut rien, hors le geste que fit le docteur Courrèges posant la main sur l'épaule de Raymond, qui tressaillit et se retourna. Le père déroba ses yeux et demanda :
« Pleut-il encore ? »
« Pleut-il encore ? »
- Le Désert de l'amour, François Mauriac, éd. LGF, 1989 (ISBN 2-253-01234-3), chap. V, p. 105 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
C'est la grand misère des femmes que rien ne les détourne de l'obscur ennemi qui les ronge.
- Le Désert de l'amour, François Mauriac, éd. LGF, 1989 (ISBN 2-253-01234-3), chap. VII, p. 135 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
On ne pense jamais que ce sont les passions des pères qui le plus souvent les séparent de leurs fils.
- Le Désert de l'amour, François Mauriac, éd. LGF, 1989 (ISBN 2-253-01234-3), chap. VII, p. 139 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
Un bouquin bouleverse la vie d'un homme quelquefois, et encore ! ça se dit… mais d'une femme ? Allons donc ! Nous ne sommes jamais troublés profondément que par ce qui vit – que par ce qui est sang et chair. Un bouquin ?
- Le Désert de l'amour, François Mauriac, éd. LGF, 1989 (ISBN 2-253-01234-3), chap. VII, p. 141 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
Au plus brûlant d'une passion, nos gestes d'instinct la dissimulent ; mais lorsque nous avons renoncé à sa joie, que nous acceptons une faim et une soif éternelles, c'est bien le moins, songeons-nous, de ne plus nous exténuer à donner le change.
- Le Désert de l'amour, François Mauriac, éd. LGF, 1989 (ISBN 2-253-01234-3), chap. X, p. 191 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
Au seuil de notre jeunesse, les jeux sont faits, rien ne va plus ; peut-être sont-ils faits depuis l'enfance : telle inclination, enfouie dans notre chair avant qu'elle fût née, a grandi comme nous, s'est combinée avec la pureté de notre adolescence, et, lorsque nous avons atteint l'âge d'homme, a fleuri brusquement sa monstrueuse fleur.
- Le Désert de l'amour, François Mauriac, éd. LGF, 1989 (ISBN 2-253-01234-3), chap. XI, p. 215 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
« Tu ne saurais croire comme il fait bon vivre au plus épais d'une famille… mais oui ! On porte sur soi les mille soucis des autres ; ces milles piqûres attirent le sang à la peau, tu comprends ? Elles nous détournent de notre plaie secrète, de notre profonde plaie intérieure ; elles nous deviennent indispensables… […] »
- Le Désert de l'amour, François Mauriac, éd. LGF, 1989 (ISBN 2-253-01234-3), p. 237 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
Le Jeune Homme, 1926
[modifier]C’est qu’il ne fut pas donné à tout homme d’avoir été un jeune homme. […] Il en est, parmi ces jeunes êtres, qui meurent, à peine nés.
- Le Jeune Homme, François Mauriac, éd. Hachette, 1926, Avant-propos, p. 9-10
À ceci, d’abord, nous reconnaîtrons le jeune homme : l’indétermination. Il est une force vierge qu’aucune spécialité ne confisque : il ne renonce à rien encore ; toutes les routes l’appellent. Voilà le bref espace de temps où nous ne sommes condamnés à l’immolation d’aucune part de nous-mêmes, où Dieu peut-être consent à nous aimer, bien que nous servions deux maîtres — et ce n’est pas assez dire — d’innombrables maîtres. C’est le temps de la débauche et de la sainteté, le temps de la tristesse et de la joie, de la moquerie et de l’admiration, de l’ambition et du sacrifice, de l’avidité, du renoncement… Ce qui s’appelle un homme fait s’obtient au prix de quelles mutilations !
- Le Jeune Homme, François Mauriac, éd. Hachette, 1926, Avant-propos, p. 10-11
Nous aimons dans un très jeune homme ce que jamais on ne verra deux fois.
- Le Jeune Homme, François Mauriac, éd. Hachette, 1926, p. 27
Tous les mouvements sociaux, politiques, religieux ont marqué notre époque dans la mesure où ils ont été des amitiés.
- Le Jeune Homme, François Mauriac, éd. Hachette, 1926, p. 37
Il n'y a nulle correspondance entre notre déchéance physique et notre cœur qui ne vieillit pas.
- Le Jeune Homme, François Mauriac, éd. Hachette, 1926, p. 60
Mais la jeunesse n'est pas le temps des arrangements, des compromis ; le jeune homme exige l'absolu. D'où folies et ces demi-folies, ces suicides et demi-suicides : combien, s'ils ne se tuent pas d'un coup, se détruisent lentement ! La drogue est une mort pendant des années savourée.
- Le Jeune Homme, François Mauriac, éd. Hachette, 1926, p. 60
Notre vie vaut ce qu'elle nous a coûté d'efforts.
- Le Jeune Homme, François Mauriac, éd. Hachette, 1926, p. 83
Le Nœud de vipères, 1932
[modifier]Ils ne savent pas ce qu'est la vieillesse. Vous ne pouvez imaginer ce supplice : ne rien avoir eu de la vie et ne rien attendre de la mort. Qu'il n'y ait rien au-delà du monde, qu'il n'existe pas d'explication, que le mot de l'énigme ne nous soit jamais donné…
- Le Nœud de vipères, François Mauriac, éd. Bernard Grasset (1932) & Rombaldi (1971), 1932, p. 81
(…) il n'y a pas d'ombre sans réalité ; l'ombre est une réalité.
- Le Nœud de vipères, François Mauriac, éd. Bernard Grasset (1932) & Rombaldi (1971), 1932, p. 88
A mon âge, le sommeil attire l'attention de la mort, il ne faut pas faire semblant d'être mort. Tant que je resterai debout, il me semble qu'elle ne peut pas venir. Ce que je redoute d'elle, est-ce l'angoisse physique, l'angoisse du dernier hoquet ? Non, c'est parce qu'elle n'existe pas, ce qui peut se traduire par le signe -.
- Le Nœud de vipères, François Mauriac, éd. Bernard Grasset (1932) & Rombaldi (1971), 1932, p. 89-90
La dispute se ralluma pendant le déjeuner (je te demandai quel plaisir pouvait prendre l'Être éternel à te voir manger de la truite saumonée plutôt que du bœuf bouilli).
- Le Nœud de vipères, François Mauriac, éd. Bernard Grasset (1932) & Rombaldi (1971), 1932, p. 96
Ce que j'ai pris pour un signe d'attachement à la propriété n'est que l'instinct charnel du paysan, fils de paysan, né de ceux qui depuis des siècles interrogent l'horizon avec angoisse. La rente que je dois toucher chaque mois s'accumulera chez le notaire : je n'ai jamais eu besoin de rien. J'ai été prisonnier pendant toute ma vie d'une passion qui ne me possédait pas. Comme un chien aboie à la lune, j'ai été fasciné par un reflet. Se réveiller à soixante-huit ans ! Renaître avant de mourir !
- Le Nœud de vipères, François Mauriac, éd. Bernard Grasset (1932) & Rombaldi (1971), 1932, p. 216
Ce qui m'étouffe, ce soir, en même temps que j'écris ces lignes, ce qui fait mal à mon cœur comme s'il allait se rompre, cet amour dont je connais enfin le nom ador…
- Le Nœud de vipères, François Mauriac, éd. Bernard Grasset (1932) & Rombaldi (1971), 1932, p. 242
Le mystère Frontenac, 1933
[modifier]Autrefois, Xavier se moquait de Michel a cause de sa manie de citer, à tout propos, des vers d’Hugo. Xavier, lui, détestait les vers. Mais maintenant, quelques-uns lui revenaient qui avaient gardé l'inflexion de la voix chérie.
- Référence au vers 14 du poème « Mon rêve familier » de Paul Verlaine, Poèmes Saturniens, 1866.
- Le mystère Frontenac (1933), François Mauriac, éd. Grasset, 1970, p. 38 (lire en ligne)
Au pays des forêts, on ne voit pas monter les orages. Ils demeurent longtemps dissimulés par les pins; leur souffle seul les trahit, et ils surgissent comme des voleurs. Parfois le front cuivré de l'un d’eux apparaissait au sud, sans que sa fureur éclatât. Le vent plus frais faisait dire aux enfants qu'il avait dû pleuvoir ailleurs.
- Le mystère Frontenac (1933), François Mauriac, éd. Grasset, 1970, p. 95-96 (lire en ligne)
« Je voudrais savoir, mon petit Yves, toi qui connais tant de choses…au ciel, pense-t-on encore à ceux qu'on a laissé sur la terre ? Oh ! je le crois ! je le crois ! répéta-t-elle avec force. Je n'accueille aucune pensée contre la Foi…mais comment imaginer un monde où vous ne seriez plus tout pour moi, mes chéris ? »
Alors, Yves lui affirma que tout amour s'accomplirait dans l'unique Amour, que tout tendresse serait allégée et purifiée de ce qui l'alourdit et de ce qui la souille...Et il s'étonnait des paroles qu'il prononçait.
Alors, Yves lui affirma que tout amour s'accomplirait dans l'unique Amour, que tout tendresse serait allégée et purifiée de ce qui l'alourdit et de ce qui la souille...Et il s'étonnait des paroles qu'il prononçait.
- Le mystère Frontenac (1933), François Mauriac, éd. Grasset, 1970, p. 129 (lire en ligne)
Mais une angoisse l'attendait, et comment Yves Frontenac en eût-il pressenti l'horreur, à la fenêtre de sa chambre, en cette nuit de septembre humide et douce ? Plus sa poésie rallierait de cœurs, et plus il se sentirait appauvri ; des êtres boiraient de cette eau dont il devait être seul à voir la source se tarir […]. Il attendait tout, il appelait tout, et même la souffrance, mais non cette honte de survivre pendant des années à son inspiration ; d'entretenir par des subterfuges sa gloire.
- Le mystère Frontenac (1933), François Mauriac, éd. Grasset, 1970, p. 135 (lire en ligne)
Quelle folie d’avoir cru que le résultat apparent de nos efforts importe tant soit peu... Ce qui compte, c’est ce pauvre effort lui-même pour maintenir la barre, pour la redresser, — surtout pour la redresser... Et les fruits inconnus, imprévisibles, inimaginables de nos actes se révéleront un jour dans la lumière, ces fruits de rebut, ramassés par terre, que nous n’osions pas offrir...
- Le mystère Frontenac (1933), François Mauriac, éd. Grasset, 1970, p. 170-171 (lire en ligne)
La mort ne nous livre pas seulement aux vers, mais aussi aux hommes, ils rongent une mémoire, ils la décomposent […].
- Le mystère Frontenac (1933), François Mauriac, éd. Grasset, 1970, p. 193 (lire en ligne)
Et là-bas, au pays des Frontenac et des Péloueyre, au-delà du quartier perdu où les routes finissent, la lune brillait sur les landes pleines d’eau; elle régnait surtout dans cette clairière que les pignadas ménagent a cinq ou six chênes très antiques, énormes, ramassés, fils de la terre et qui laissent aux pins déchirés l'aspiration vers le ciel […]. Hors un sanglot de nocturne, une charrette cahotante, rien n’interrompait la plainte que, depuis l’Océan, les pins se transmettent pieusement dans leurs branches unies.
- Le mystère Frontenac (1933), François Mauriac, éd. Grasset, 1970, p. 255 (lire en ligne)
Le mystère Frontenac échappait à la destruction, car il était un rayon de l'éternel amour réfracté à travers une race. L'impossible union des époux, des frères et des fils serait consommée avant qu'il fût longtemps, et les derniers pins de Bourideys verraient passer, non plus à leurs pieds, dans l'allée qui va au gros chêne, mais très haut et très loin au-dessus de leurs cimes, le groupe éternellement serré de la mère et de ses cinq enfants.
- Fin
- Le mystère Frontenac (1933), François Mauriac, éd. Grasset, 1970, p. 257-258 (lire en ligne)
La Fin de la nuit, 1935
[modifier](…) sous la couche épaisse de nos âmes, notre âme d'enfant demeure, inchangée ; l'âme échappe au temps.
- La Fin de la nuit, François Mauriac, éd. Bernard Grasset, coll. « Le livre de poche 796 », 1935, p. 76
(…) la mort, ce qui par essence n'est pas (…)
- La Fin de la nuit, François Mauriac, éd. Bernard Grasset, coll. « Le livre de poche 796 », 1935, p. 118
Elle avait vécu seule sans se douter de ce qu'est la solitude. On parle de la solitude, mais on ne la connaît pas.
- La Fin de la nuit, François Mauriac, éd. Bernard Grasset, coll. « Le livre de poche 796 », 1935, p. 195
(comme un autoportrait ?)
Il ne discerna que peu à peu ce qui restait du visage : l'arête du nez, l'ossature du front et des mâchoires. Mais qu'il était vivant, ce regard dont il lui fallait encore soutenir la fixité intolérable !
- La Fin de la nuit, François Mauriac, éd. Bernard Grasset, coll. « Le livre de poche 796 », 1935, p. 239
La Pharisienne, 1941
[modifier] A ce moment de son existence, il fléchissait sous la pire épreuve qui pût accabler un prêtre : cette certitude que la masse des hommes n'ont pas besoin de lui et que ce n'est pas assez dire qu'ils se moquent du Royaume de Dieu : ils ne se doutent pas de ce qu'il est, et n'ont jamais été touchés par la bonne nouvelle. A leurs yeux, il existe une organisation des rites prévus pour certaines circonstances de la vie et dont le clergé a l'entreprise. Cela ne va pas au-delà.
- La Pharisienne, François Mauriac, éd. Bernard Grasset, coll. « Le livre de poche », 1941, p. 238
Bloc-notes, 1952-1969
[modifier]« Aime et fais ce que tu veux ». Qu'y a t-il à ajouter à cette consigne de saint Augustin, ce bougnoule ?
- François Mauriac, au plus fort de la guerre d'Algérie, ironise en rappelant l'immense apport de l'Afrique du Nord à la civilisation latine et catholique
- Bloc-notes, 1952-1957 (1958), François Mauriac, éd. Flammarion, 1958, p. 320
Citations rapportées
[modifier]L'un de ses détracteurs ayant affirmé que ce qu'il faisait ne plaisait sûrement pas à Dieu, Mauriac eut cette réponse admirable : "Dieu, monsieur, se soucie peu de ce que nous écrivons ; mais lorsque c'est bien écrit, il s'en sert."
- La petite amie imaginaire, John Irving (trad. Josée Kamoun), éd. Seuil, 1996 (ISBN 2020289318), p. 166
