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Marie-Claire Matip

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libres.
Dessin en nuances de gris du buste d'une femme portant un collier de perles.
Marie-Claire Matip par Claire Gaudriot

Marie-Claire Matip née en et morte le à Éséka (Cameroun français) est une écrivaine camerounaise d'expression française, célèbre pour avoir été une des premières femmes d’origine sub-saharienne à avoir publié un récit autobiographique, qui est aussi un témoignage sur une société africaine en pleine évolution.

Citations

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Depuis quelque temps, maman ne mangeait plus de couscous, ni la viande de pangolin, ni la peau des animaux. L'enfant qu'elle portait dans son sein aurait pu contracter quelque maladie de la peau. Elle ne devait pas, non plus, stationner devant la porte de notre case de peur que je n'en fasse autant en venant au monde.
  • Ngonda, Marie-Claire Matip, éd. Bibliothèque du jeune africain, 1958, p. 4


« Higonda ! » s'écria grand-mère. Elle voulait dire que l'enfant qui venait de naître et qu'elle tendait à l'accouchée était une fille. Mon premier nom fut "Ngonda", ce qui dans notre langue signifie : fillette.
  • Ngonda, Marie-Claire Matip, éd. Bibliothèque du jeune africain, 1958, p. 4


Dès que j'eus assez de force pour me tenir assise, grand-mère m'attacha une clé au cou. Oh ! Une clef comme toutes les autres et que n'importe qui pourrait acheter. C'est une croyance répandue un peu partout, chez nous, que les clés retardent l'apparition des dents.
  • Ngonda, Marie-Claire Matip, éd. Bibliothèque du jeune africain, 1958, p. 5


C'est maman qui l'organisa en l'honneur de mon père. Il était de coutume que chaque femme offrit à son mari, sous forme symbolique, le fruit de son travail.

C'était, généralement, une sorte d'arachide appelée "matob" qu'elle lui offrait. Elle y joignait diverses choses que son mari accueillait avec joie. En retour, il lui donnait quelques cadeaux. Organiser une pareille fête était difficile et onéreux, aussi, celle qui y parvenait était très considérée parmi les villageois.

  • Ngonda, Marie-Claire Matip, éd. Bibliothèque du jeune africain, 1958, p. 8


À sept ans, j'avais mon champ à moi. Je ne puis dire un champ de macabos, d'arachides, de maïs ou de quoi que ce soit car, dans mon champ, poussaient toutes les cultures à la fois, sans aucun souci du rendement. C'est grand-mère qui m'avait donné ce lot de terre.
  • Ngonda, Marie-Claire Matip, éd. Bibliothèque du jeune africain, 1958, p. 10


(...) lorsque l'on parla pour la première fois de m'envoyer à l'école, j'avais huit ans et il m'était déjà interdit de paraître nue en public.
« Une fille à l'école ! Ça n'aboutira à rien, s'écria, grand-mère dès que papa en parla le soir.
- Une fille est faite pour travailler à la cuisine ou aux champs, mais jamais à l'école», dit maman.
Papa n'était sans doute pas du même avis qu'elles mais ne voulu pas les blesser et ce contenta de dire :
«C'est bien ce que je pensais. Cependant...»

  • Ngonda, Marie-Claire Matip, éd. Bibliothèque du jeune africain, 1958, p. 19


C'est ainsi qu'un matin, je fus inscrite à l'école rurale. Naturellement, il y avait plus de garçons que de filles. Le premier jour je ne dis mot. J'étais dépaysée.

Pour la deuxième fois de ma vie, je voyais un Blanc. Ce jour-là et les suivants furent ceux du nettoyage. Puis, j'eus une amie qui, elle, était ancienne. Elle ne voulait pas qu'on me batte car on brimait les nouveaux venus.

  • Ngonda, Marie-Claire Matip, éd. Bibliothèque du jeune africain, 1958, p. 20


C'est lorsque les papas crépissaient de terre molle les murs d'une case, que nous, les enfants, nous réunissions pour faire comme eux.

Les garçons construisaient une petite case en palme, allaient ensuite à la recherche de brindilles de bois que nous allumions. Au tas de terre battue préparée par nos mères nous chipions des poignées d'argile. Nous nous installions dans notre hutte et nous mettions à l'œuvre. Les canaris tout frais étaient séchés à proximité d'un feu.

  • Ngonda, Marie-Claire Matip, éd. Bibliothèque du jeune africain, 1958, p. 25


Cependant, il nous arrivait parfois de nous révolter. Ecoute cette histoire : un jour, les hommes se réunirent et décidèrent, au nom du « Ngué », que les femmes ne devaient plus manger d'arachides. Cette loi nous était dure car nous étions friandes d'arachides. Alors nous nous réunîmes et décidâmes ceci : « Puisque le « Ngué » ne veut pas que nous mangions des arachides, il ne veut pas aussi que nous les préparions, que nous y touchions. Voilà notre arme. Nous n'allons plus toucher aux arachides.»
  • Ngonda, Marie-Claire Matip, éd. Bibliothèque du jeune africain, 1958, p. 28


À l'intérieur de notre communauté existaient des clans, les filles se groupant selon leur race. Il y avait le clan Bassa, le clan Douala, Boulu, Yaoudé, Bamilélké.

Je fis partie du clan Bassa oú je retrouvais Ruth et Agathe.

  • Ngonda, Marie-Claire Matip, éd. Bibliothèque du jeune africain, 1958, p. 37


Cette joie, je l'ai ressentie profondément lorsqu'en sixième je rédigeais des textes personnels dont j'avais moi-même choisi le sujet et poli la forme.
  • Ngonda, Marie-Claire Matip, éd. Bibliothèque du jeune africain, 1958, p. 40


Les citadins des villages reprochaient aux écolières, parmi lesquelles je comptais, de négliger leurs devoirs de futures femmes. « Elles veulent devenir comme des hommes - disaient-ils - et elles ne savent même pas faire la cuisine. Elles ne veulent se marier qu'aux hommes aisés », critiquaient certains.

Ces reproches, je le remarquais, étaient justifiés car, c'était vrai que les premières collégiennes négligeaient leurs devoirs de femme. Parfois ces reproches avaient leur source dans les préjugés qui courent les villages. Personne ne voulait comprendre que la femme africaine future devait tenir sa place dans la société, tout comme les hommes.

  • Ngonda, Marie-Claire Matip, éd. Bibliothèque du jeune africain, 1958, p. 47


Voir aussi

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