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Marguerite Porete

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libres.

Marguerite Porete (Comté de Hainaut, vers 1250 - Paris, 1er Juin 1310) est une femme de lettres mystique et chrétienne du courant des béguines.

Elle exprime son mysticisme dans un livre écrit en langue d'oïl intitulé Le Mirouer des simples âmes anienties et qui seulement demourent en vouloir et désir d’amour. Il présente l'Amour de l'âme touchée par Dieu, et fait parler l'Amour et la Raison en des dialogues allégoriques.

Le Miroir des âmes simples, vers 1295

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Le but de ce livre

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Une illustration en couleurs, minutieusement réalisée, tirée d’un manuscrit médiéval de la légende d’Alexandre. Deux personnes à bord d’un bateau orné de drapeaux longs et courts retiennent à l’aide d’une chaîne un tonneau de verre plongé sous l’eau. Dans ce tonneau de verre se trouve le roi Alexandre, coiffé de sa couronne, qui, animé par sa soif de découverte, observe attentivement les poissons de l’océan depuis le bout du monde.

L’âme : J’ai entendu parler d’un roi de grande puissance, qui était en courtoisie, en très grande courtoisie de noblesse et largesse, un noble Alexandre. Mais il était si loin de moi, et moi j’étais si loin de lui, que je ne pouvais trouver de réconfort en moi-même ; et pour que je me souvienne de lui, il me donna ce livre qui représente en quelque manière son amour.

L’âme : J’ai entendu parler d’un roi de grande puissance, qui était en courtoisie, en très grande courtoisie de noblesse et largesse, un noble Alexandre. Mais il était si loin de moi, et moi j’étais si loin de lui, que je ne pouvais trouver de réconfort en moi-même ; et pour que je me souvienne de lui, il me donna ce livre qui représente en quelque manière son amour.

  • (fro)

    L’ame : Je oy parler d’ung roy de grant puissance qui estoit par courtoisie et par tres grant courtoisie de noblece et largesse ung noble Alixandre. Mais si loing estoit de moy et moy de luy: que je ne savoie prandre confort de moy mesmes, et pour moy souvenir de lui il me donna ce livre qui represente en aucuns usages l’amour de lui mesmes.

  • Le Miroir des âmes simples et anéanties (1984), Marguerite Porete (trad. Max Huot de Longchamp), éd. Éditions Albin Michel, 2021  (ISBN 978-2-226-22157-5), Chapitre 1, p. 52


Les âmes encombrées

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Une illustration en couleurs, minutieusement réalisée, tirée d’un manuscrit médiéval, représentant une scène de bataille. Des drapeaux se dressent au milieu de la foule des soldats, et les deux camps, avec leurs rangées de chevaux, se menacent mutuellement de leurs lances et se tirent des flèches. Au premier plan, on voit un soldat touché par une flèche et un autre en train d’enfoncer un poignard dans la gorge d’un de ses adversaires.

Amour : Je vous ai envoyé les Trônes pour vous reprendre et vous donner des ordres, les Chérubins pour vous illuminer et les Séraphins pour vous embraser. Par tous mes messagers, je vous ai instruite de ma volonté et des états en lesquels je vous demandais d’être — et ils vous le faisaient savoir —, mais vous n’en teniez toujours pas compte. En voyant cela, je vous ai laissée à votre propre tutelle pour vous sauver vous-même.

Amour : Je vous ai envoyé les Trônes pour vous reprendre et vous donner des ordres, les Chérubins pour vous illuminer et les Séraphins pour vous embraser. Par tous mes messagers, je vous ai instruite de ma volonté et des états en lesquels je vous demandais d’être — et ils vous le faisaient savoir —, mais vous n’en teniez toujours pas compte. En voyant cela, je vous ai laissée à votre propre tutelle pour vous sauver vous-même.

  • (fro)

    Amour : Je vous envoyay les thrones pour vous reprendre et aorner, les cherubins pour vous enluminer, et les seraphins pour vous embraser. Par tous les messages je vous demandoye, dit amour, et ilz le vous faisoient savoir ma voulenté et les estres ou je vous demandoye, et vous n’en faisoiez tousjours compte. Et je vi, ce dit amour, je vous laissay en vostre mainburnie en vous sauvant.

  • Le Miroir des âmes simples et anéanties (1984), Marguerite Porete (trad. Max Huot de Longchamp), éd. Éditions Albin Michel, 2021  (ISBN 978-2-226-22157-5), Chapitre 77, p. 146


Les vertus et la charité

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Amour : Charité n’obéit à rien de créé, mais seulement à Amour.
Charité n’a rien en propre, et à supposer qu’elle ait quelque chose, elle ne prétend point que ce soit à elle.
Charité laisse sa propre besogne pour aller faire celle d’autrui.
Charité ne demande de récompense à aucune créature, quelque bien ou plaisir qu’elle lui fasse.
Charité n’éprouve ni honte, ni peur, ni chagrin ; elle est si droite, qu’elle ne peut fléchir, quoi qu’il lui advienne.
Charité ne fait ni ne tient compte de rien qui soit sous le soleil ; le monde entier n’est que son excédent et que ses restes.
Charité donne à tous ce dont elle dispose, et elle ne se retient pas elle-même ; et avec cela, elle promet souvent ce qu’elle n’a pas, à cause de sa grande largesse, dans l’espérance que plus demeure à celui qui donne plus.
Charité est marchande si avisée, qu’elle gagne partout, là où les autres perdent, et qu’elle échappe aux liens dans lesquels les autres se prennent ; et ainsi a-t-elle grande abondance de ce qui plaît à Amour.

  • (fro)

    Amour : Charité n’obbeist a chose crée fors que a amour.
    Charité n’a point de propre, et pouse qu’elle ait aucune chose: Si ne elle dit elle point qu’il soit a luy.
    Charité laisse sa propre besoigne et vait faire celle d’autruy.
    Charité ne demande point de loyer a nulle creature: pour quelqe bien ou plaisir qu’elle face.
    Charité n’a honte ne paour ne mesaise, elle est si droite qu’elle ne peut flechir pour quelqe chose qui luy adviengne.
    Charité ne fait ne ne tient compte de chose qui soit dessoubz le soleil, tout le monde n’est que son relief et son demourant.
    Charité donne a tous ce q’elle a vaillant ne elle mesmes ne se retient elle mie, et avec ce promet souvent ce qu’elle n’a mie par la grant largesse d’elle, en esperance que qui plus donne plus luy demoure.
    Charité est si saige marchande quelle gaigne partout la ou les autres perdent, et se eschappe des lyens ou les autres se lient, et ainsi elle a grant multipliance de ce qui plaist a amour.

  • Le Miroir des âmes simples et anéanties (1984), Marguerite Porete (trad. Max Huot de Longchamp), éd. Éditions Albin Michel, 2021  (ISBN 978-2-226-22157-5), Chapitre 4, p. 54-55


Une photo prise depuis le sol montrant un hélicoptère de sauvetage à quatre pales en vol, qui survole le site et descend en rappel un secouriste bien attaché, en train de faire passer quelque chose par-dessus le bord de l’image.

Les Vertus : Hélas, mon Dieu ! sire Amour, qui donc nous portera honneur, puisque vous dites que périssent ceux qui vivent entièrement sous notre conseil ? En vérité, si quelqu’un d’autre nous le disait, nous le tiendrions pour un bougre et un mauvais chrétien ! Car nous ne pouvons comprendre que personne puisse périr en suivant entièrement notre enseignement, en l’ardeur du désir qui donne la vraie façon de sentir Jésus-Christ!

Les Vertus : Hélas, mon Dieu ! sire Amour, qui donc nous portera honneur, puisque vous dites que périssent ceux qui vivent entièrement sous notre conseil ? En vérité, si quelqu’un d’autre nous le disait, nous le tiendrions pour un bougre et un mauvais chrétien ! Car nous ne pouvons comprendre que personne puisse périr en suivant entièrement notre enseignement, en l’ardeur du désir qui donne la vraie façon de sentir Jésus-Christ!

  • (fro)

    Les vertuz : Hee dieu, hélas!, disent les vertuz. Dame amour, qui nous portera honnour puisque vous dictes que ceulx qui du tout vivent de nostre conseil perissent? Et vrayement se aucun le nous disoit, disent les vertuz, nous le tendrions à bougre et à mauvais crestien. Car nous ne pouvons entendre que nul puisse périr qui du tout fait l’enseignement de nous par l’ardeur de désir qui vray sentement donne de Jhsucrist!

  • Le Miroir des âmes simples et anéanties (1984), Marguerite Porete (trad. Max Huot de Longchamp), éd. Éditions Albin Michel, 2021  (ISBN 978-2-226-22157-5), Chapitre 56, p. 121


L’âme : Jésus-Christ, qui ne voulait pas les perdre, le leur a lui-même garanti par sa mort, par ses Evangiles et par ses Ecritures, là où les gens de labeur cherchent le droit chemin.
Raison : Et vous, où cherchez-vous le droit chemin, notre très chère dame, vous qui faites et prenez votre labeur non pas en cette inquiétude, mais par la foi dont vous recevez ces dons ?
L’âme : Non vraiment, je suis quitte de cela ! Ce que j’ai de meilleur est ailleurs et en est si éloigné, qu’on ne pourrait l’y comparer : le terme en est en Dieu qui n’est point dans le temps, alors que moi j’y suis pour l’atteindre par lui. [...] Il semble aux novices que les gens qui cherchent Dieu ainsi par les montagnes et les vallées, prétendent qu’il soit soumis à ses sacrements et à ses œuvres. Las ! Quelle pitié que tous leurs maux, et que tous ceux qu’ils auront aussi longtemps qu’ils en resteront à cette façon de faire et à cet exercice ! Alors qu’ils passent du bon temps et qu’ils profitent, ceux qui adorent Dieu non seulement dans les temples et dans les monastères, mais en tous lieux et par union à la volonté divine.

  • (fro)

    L’ame : Et Jhsucrist qui ne les vouloit mie perdre si les a de luy mesmes affiez par sa mort et par ses euvangiles, et par ses escritures la ou gens de labour se radressent.
    Raison : Et ou vous radressez vous, tres doulce dame de nous, dit raison, ce loing sinon par foy dont vous avez ces dons?
    L’ame : Non voir, dit ceste ame, je suis de ce quicte ailleurs est mon meilleur, qui est si loing de ce que on n’y pourroit mectre comparaison, en dieu en est le terme qui n’a point de temps mais je l’ay pour le myen de luy attaindre. [...] Il semble aux novices que telx gens qui aunsi le quierent par montaignes et par vallees, tiennent que dieu soit subgect a ses sacremens, et a ses oeuvres. Helas que ilz ont de maulx dont c’est pitié, et auront encore dit ceste ame tant comme ilz auront telle coustume et usage. Mais ceulx ont bon temps et prouffitable qui e ne aourent mit seulement dieu es temples, ne es monstiers, mais l’aourent en tous lieux par union de divine voulenté.

  • Le Miroir des âmes simples et anéanties (1984), Marguerite Porete (trad. Max Huot de Longchamp), éd. Éditions Albin Michel, 2021  (ISBN 978-2-226-22157-5), Chapitre 69, p. 135-136



L’âme aimante et aimée

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Une image de la Terre prise par la sonde spatiale Voyager II depuis une très grande distance. On ne voit la Terre que comme un petit point bleu pâle au milieu de l’immensité de l’espace. L’objectif reflète les rayons du soleil, qui se trouve hors du cadre, et l’un de ces rayons est, par hasard, particulièrement intense à l’endroit où se trouve la Terre.

L’âme : En effet, vous me disiez que de bien-aimé à bien-aimée, il n’y avait pas de seigneurie ; alors qu’il y en a, à ce qu’il me semble, puisque l’un a tout et que l’autre n’a rien à côté de ce tout ! Mais si je pouvais arranger cela, je l’arrangerais, car si je pouvais autant que vous pouvez, je vous aimerais autant que vous valez.
Amour : Regardez! très chère âme, vous ne pouvez plus parler ! Calmez-vous ! Votre volonté suffit à votre bien-aimé. Il vous ordonne par moi d’avoir confiance en lui, et il m’ordonne de vous dire qu’il n’aimera rien sans vous, ni vous non plus vous n’aimerez rien sans lui. C’est un bien beau privilège.

L’âme : En effet, vous me disiez que de bien-aimé à bien-aimée, il n’y avait pas de seigneurie ; alors qu’il y en a, à ce qu’il me semble, puisque l’un a tout et que l’autre n’a rien à côté de ce tout ! Mais si je pouvais arranger cela, je l’arrangerais, car si je pouvais autant que vous pouvez, je vous aimerais autant que vous valez.
Amour : Regardez! très chère âme, vous ne pouvez plus parler ! Calmez-vous ! Votre volonté suffit à votre bien-aimé. Il vous ordonne par moi d’avoir confiance en lui, et il m’ordonne de vous dire qu’il n’aimera rien sans vous, ni vous non plus vous n’aimerez rien sans lui. C’est un bien beau privilège.

  • (fro)

    L’ame : Car vous me dictes que en compaignie d’amy et d’amye n’avoit point de seigneurie, mais si a comme il me peut sembler, puisque l’un a tout, et l’aultre n’a nient, au regart de son tout. Mais je le povoye amender je l’amenderoye, car se je povoye autant comme vous pouvez, je vous ameroie autant comme vous valez.
    Amour : Hee tres doulce ame, vous ne povez plus dire! Apaisez vous, vostre voulenté souffist a vostre amy. Et ce vous mande il par moy et que aiez en luy fiance, et que je vous die qu’il n’aymera nulle chose sans vous ne vous aussi sans luy. C’est ung moult bel privilege.

  • Le Miroir des âmes simples et anéanties (1984), Marguerite Porete (trad. Max Huot de Longchamp), éd. Éditions Albin Michel, 2021  (ISBN 978-2-226-22157-5), Chapitre 31, p. 93


Un tableau représentant Juliette et Roméo enlacés et s’embrassant sur un balcon. Roméo, vêtu d’un manteau et d’un chapeau, tient un sac et est assis sur le rebord de la balustrade. Juliette, vêtue d’une longue robe blanche, se tient debout devant Roméo et l’attire vers elle avec ferveur pendant qu’ils s’embrassent. À côté d’eux se trouve une colonne torsadée sur laquelle s’enroule une plante en fleurs ressemblant à du lierre.

Et elle possède alors son bien-aimé et dit :
L’âme : Je le possède, car il est mien. Je ne le laisserai pas s’en aller : il est en ma volonté. Advienne que pourra, puisqu’il est avec moi, et ce serait ma faute que de m’inquiéter.

L’âme libérée, dans la noblesse de son unité : Mon bien-aimé est grand, lui qui me fait un grand don, et comme il est toujours neuf, il me renouvelle ce don ; et comme il est par lui-même rempli et rassasié de l’abondance de tous les biens, je suis remplie et rassasiée de l’abondance des délices de la bonté qui déborde de sa bonté divine, sans que je la cherche avec peine et avec effort dans les satisfactions dont parle ce livre.
Pure Courtoisie : [...] Et elle possède alors son bien-aimé et dit :
L’âme : Je le possède, car il est mien. Je ne le laisserai pas s’en aller : il est en ma volonté. Advienne que pourra, puisqu’il est avec moi, et ce serait ma faute que de m’inquiéter.

  • (fro)

    Noblesse de unité de l’ame : Mon amy est grant qui grant don me donne est si est tout nouveau, et nouveau don me donne et si est plain et assovy d’abondance de tous biens de luy mesmes, et je suis plaine et assovye, et habondanment remplie d’abondances de delices de l’espandue bonté de sa bonté divine sans la querir par paine ne par halage en ses assovyemens que ce livre devise.
    Pure courtoisie : [...] Et adonc tient elle son amy et dit:
    L’ame : Je le tiens dit elle, car c’est le mien. Je ne le lesseray mie aler. Il est en ma voulenté. Adviengne ce qu’il peut advenir puis qu’il est avec moy. Ce seroit donc faulte a moy se je me esmaioie.

  • Le Miroir des âmes simples et anéanties (1984), Marguerite Porete (trad. Max Huot de Longchamp), éd. Éditions Albin Michel, 2021  (ISBN 978-2-226-22157-5), Chapitre 86, p. 159-160


Amour : Oui ; et de quoi ou comment cette âme aurait-elle peur ? Certes, elle ne pourrait ni ne devrait rien craindre ou redouter : à supposer qu’elle soit dans le monde et qu’il fût possible que le monde, la chair et le diable, les quatre éléments, les oiseaux de l’air et les bêtes sauvages la tourmentent, la dépècent ou la dévorent, elle ne pourrait encore rien perdre si Dieu lui demeure, car il est tout entier partout, tout-puissant, toute sagesse et toute bonté.
L’ame : Il est notre père, notre frère et notre ami loyal. Il est sans commencement, il est insaisissable par d’autres que lui-même, il est sans fin, trois personnes en un seul Dieu. Tel est le bien-aimé de nos âmes.

  • (fro)

    Amour : Hee et de quoy ne comment auroit telle ame paour ? Certes elle ne pouroit ne devroit rien craindre ne doubter, car pouse qu’elle soit ou monde et qu’il feust possible que le monde, la char et le deable, et les quatre élemens, et les oyseaux de l’air et les bestes mues la tourmentassent, despecassent ou devorassent : si ne peut elle rien perdre se dieu luy demoure. Car il est tout par tout, tout puissant, toute sapience, et toute bonté. Il est notre pere, notre frere, et nostre loyal amy. Il est sans commencement. Il est incomprehensible fors que de lui mesmes. Il est sans fin, trois personnes et ung seul dieu, et tel est, dit ceste ame, l’amy de noz ames.

  • Le Miroir des âmes simples et anéanties (1984), Marguerite Porete (trad. Max Huot de Longchamp), éd. Éditions Albin Michel, 2021  (ISBN 978-2-226-22157-5), Chapitre 5, p. 56


Une image symbolique représentant une feuille verte en plein vol. Derrière elle se trouve une traînée d’air stylisée et tourbillonnante qui indique la trajectoire de la feuille flottant librement dans le vent.

Amour : Cette âme est emprisonnée et détenue au pays de paix entière, car elle est toujours en pleine satisfaction ; elle y nage, elle y plonge, elle s’y baigne et y regorge de paix divine, sans qu’elle se meuve de son dedans ni qu’elle agisse au-dehors.

Amour : Cette âme est emprisonnée et détenue au pays de paix entière, car elle est toujours en pleine satisfaction ; elle y nage, elle y plonge, elle s’y baigne et y regorge de paix divine, sans qu’elle se meuve de son dedans ni qu’elle agisse au-dehors.

  • (fro)

    Amour : Ceste ame, dit amour, est emprisonnée, et detenue du pays d’entiere paix, car elle est tousjours en plaine souffisance, en laquelle elle noe et onde et flote et suronde de divine paix sans soy mouvoir de son dedans et sans son oeuvre de par dehors.

  • Le Miroir des âmes simples et anéanties (1984), Marguerite Porete (trad. Max Huot de Longchamp), éd. Éditions Albin Michel, 2021  (ISBN 978-2-226-22157-5), Chapitre 81, p. 152


Gros plan sur un caquelon à fondue dans lequel sont plantées trois fourchettes à fondue. L’une d’elles est légèrement relevée et on y voit un cube de pain entièrement recouvert de fromage à fondue. Le caquelon est à moitié plein.

Amour : Cette âme est tout entière fondue, liquéfiée et absorbée en la haute Trinité, jointe et unie à elle ; et elle ne peut rien vouloir d’autre que la volonté divine, par l’opération divine de la Trinité tout entière. Une clarté, une lumière ravissante s’unit à elle et la presse au plus près, et pour autant elle parle ainsi :
L’âme : O gent mesquine, rude et inconvenante !
Raison : A qui parlez-vous?
L’âme : A tous ceux qui vivent de votre conseil, qui sont si bêtes et si ânes qu’il me faut dissimuler mon langage du fait de leur grossièreté, et non le parler, de peur qu’ils ne trouvent la mort en l’état de vie, là où je suis en paix sans en bouger.

Amour : Cette âme est tout entière fondue, liquéfiée et absorbée en la haute Trinité, jointe et unie à elle ; et elle ne peut rien vouloir d’autre que la volonté divine, par l’opération divine de la Trinité tout entière. Une clarté, une lumière ravissante s’unit à elle et la presse au plus près, et pour autant elle parle ainsi :
L’âme : O gent mesquine, rude et inconvenante !
Raison : A qui parlez-vous?
L’âme : A tous ceux qui vivent de votre conseil, qui sont si bêtes et si ânes qu’il me faut dissimuler mon langage du fait de leur grossièreté, et non le parler, de peur qu’ils ne trouvent la mort en l’état de vie, là où je suis en paix sans en bouger.

  • (fro)

    Amour : Ceste ame, dit amour, est toute remise fondue et tirée, joincte, et unié à haulte trinité, et ne peut vouloir sinon la dame voulenté par la divine oeuvre de toute la trinité. Et une ravissable clarté et lumiere la joinct, et la presse de plus près. Et pource dit ainsi ceste ame:
    L’ame : O très petite gent, et rude, et mal convenable! dit elle.
    Raison : À qui parlez vous? dit raison.
    L’ame : À tous ceulx, dit elle, qui de vostre conseil vivent, qui sont si bestes et si asnes que il m’esconvient pour la rudesse d’eulx celer et non parler mon langage ad ce qu’ilz ne prengnent mort en l’estre de vie là où je suis en paix sans de là me mouvoir.

  • Le Miroir des âmes simples et anéanties (1984), Marguerite Porete (trad. Max Huot de Longchamp), éd. Éditions Albin Michel, 2021  (ISBN 978-2-226-22157-5), Chapitre 68, p. 134-135


L'être parfait

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Une image satellite animée montrant l’évolution d’un système orageux en formation, accompagné d’éclairs puissants et fréquents. Au cours de l’animation, le système orageux pénètre dans l’ombre de la Terre, ce qui fait que, vers la fin, on ne voit presque plus que les éclairs. De puissantes tornades se développent au centre du système orageux ; au cours de l’animation, ce système fusionne avec un nouveau système orageux en formation, lui aussi caractérisé par des éclairs, même si ceux-ci ne deviennent vraiment fortes qu’au moment de l’entrée dans l’ombre.

L’âme libre : Tel est le sixième état que nous avions promis de dire aux auditeurs dès qu’Amour eut lancé son emprise ; et Amour a de lui-même payé cette dette dans sa haute noblesse.

Quant au septième état, Amour le garde en lui pour nous le donner en gloire éternelle : nous n’en aurons pas connaissance jusqu’à ce que notre âme ait laissé notre corps.

L’âme libre : Tel est le sixième état que nous avions promis de dire aux auditeurs dès qu’Amour eut lancé son emprise ; et Amour a de lui-même payé cette dette dans sa haute noblesse.

Quant au septième état, Amour le garde en lui pour nous le donner en gloire éternelle : nous n’en aurons pas connaissance jusqu’à ce que notre âme ait laissé notre corps.

  • (fro)

    L’ame franche : C’est le siziesme estat que nous avions promis aux auditeurs à dire de l’emprise d’amour et amour de luy par sa haulte noblesse a ceste debte payée.

    Et le septiesme garde amour dedans elle pour nous donner en parmanable gloire duqel nous n’aurons cognoissance jusques ad ce que nostre ame ait nostre corps laissé.

  • Le Miroir des âmes simples et anéanties (1984), Marguerite Porete (trad. Max Huot de Longchamp), éd. Éditions Albin Michel, 2021  (ISBN 978-2-226-22157-5), Chapitre 118, p. 201


Citations sur

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Marguerite Porete a refusé de s’excuser d’être une femme. Convaincue que son œuvre était d’inspiration divine, elle a refusé de s’excuser de l’avoir écrite – ou même d’expliquer à ses juges (inévitablement des hommes) comment elle en était venue à le faire. Comme l’a fait remarquer Bernard McGinn, Le Miroir des âmes simples ne contient aucune trace de cette excuse conventionnelle que les femmes ont coutume de présenter lorsqu’elles empiètent sur le terrain réservé aux hommes en écrivant sur les choses les plus élevées. En effet, il ne contient même pas la moindre référence à une expérience visionnaire qui viendrait l’authentifier. Dante, en extase au Paradis, se compare à saint Paul, mais Marguerite dépasse même cette incroyable audace en affirmant que l’annihilation de l’âme dans la divinité a plus de valeur que la vision de la Trinité accordée à saint Paul dans le troisième ciel !
  • (en) Marguerite Porete refused to apologize for being a woman. Because she was certain that her work was divinely inspired, she refused to apologize for having written it - or even to explain to her judges (inevitably male judges) how she had come to do so. As Bernard McGinn has observed, The Mirror of Simple Souls contains no hint of the conventional female apology for trespassing male terrain in writing about the highest things. Indeed, it even lacks any appeal to an authenticating visionary experience. Dante, rapt in Paradise, compares himself to St. Paul, but Marguerite exceeds even this amazing boldness by insisting that the soul’s annihilation in divinity is more valuable than the vision of the Trinity granted to St. Paul in the third heaven!
  • The mirror of simple souls, Marguerite Porete (trad. Ellen Louise Babinsky, préface de Robert Earl Lerner), éd. The classics of western spirituality, 1993  (ISBN 978-0-8091-3427-4), Préface, p. 3


Voir aussi

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