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Léonard de Vinci

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libres.
(Redirigé depuis Leonardo da Vinci)
Portrait de 3/4 à la sanguine d'un homme âgé, chauve et barbu.
Autoportrait de Léonard de Vinci (1517-1518)

Léonard de Vinci (italien : Leonardo di ser Piero da Vinci, dit Leonardo da Vinci), né le à Vinci (Toscane) et mort le à Amboise (en Touraine), est un peintre italien et un homme d'esprit universel, à la fois artiste, organisateur de spectacles et de fêtes, scientifique, ingénieur, inventeur, anatomiste, sculpteur, architecte, urbaniste, botaniste, musicien, poète, philosophe et écrivain.

Citations

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Carnets

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Préambule

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Page manuscrite écrite à l'encre avec 3 paragraphes.
Codex Atlanticus, 323 r.
Si comme eux, je n'allègue pas les auteurs, c'est chose bien plus grande et plus rare d'alléguer l'expérience, maîtresse de leurs maîtres. Ils vont, gonflés et pompeux, vêtus et parés non de leurs travaux mais de ceux d'autrui, et me contestent les miens. Et s'ils me méprisent, moi inventeur, combien plus blâmables eux, qui ne sont pas inventeurs mais trompeteurs et récitateurs des œuvres d'autrui. Et doivent être jugés, et non autrement estimés les inventeurs et interprètes entre la nature et les hommes, par rapport aux récitateurs et trompeteurs des œuvres d'autrui, tout comme l'objet devant un miroir comparé à son reflet dans ce miroir : l'un étant quelque chose en soi et l'autre rien.


Voyant que je ne puis choisir une matière de grande utilité ou plaisance, parce que les hommes nés avant moi ont pris pour eux tous les thèmes utiles et nécessaires, je ferai comme celui qui, par pauvreté, arrive le dernier à la foire, et, ne pouvant se fournir, à sa guise, choisit toutes les choses déjà vues des autres et non acceptées, mais refusées en raison de leur peu de valeur. De cette marchandise dédaignée, refusée – le rebut de beaucoup d'acheteurs –, je chargerai mon modeste bagage, et ainsi irai-je non par les grandes cités mais par les pauvres bourgades, distribuant et recevant le prix que mérite la chose que j'offre.


Feuille de papier avec un texte écrit sur deux colonnes, avec les lettres dans le sens inversé, comme dans un miroir.
Codex Atlanticus, 327 v.[n 3]
Je me rends bien compte que, du fait que je ne suis pas un lettré, certains présomptueux croiront pouvoir me blâmer en alléguant que je suis un ignorant. Stupide engeance ! Ils ne savent point que je pourrais leur répondre comme Marius aux praticiens romains : « Ceux qui vont se parant des travaux d’autrui ne veulent pas me concéder les miens ». Ils diront que mon ignorance des lettres m’empêche de bien m’exprimer sur les sujets que je veux traiter. Mais mes sujets, pour être exposés, requièrent l’expérience plus que les paroles d’autrui. Et l’expérience ayant été la maîtresse de ceux qui écrivent bien, je la choisis pour maîtresse, et en tout cas, ferai appel à elle.


Beaucoup croiront qu'ils ont motif de me blâmer, en alléguant que les preuves par moi avancées contredisent l'autorité de certains auteurs que leur jugement dépourvu d'expérience tient en grande révérence, sans considérer que mes conclusions sont le résultat de l'expérience simple et pure, laquelle est la vraie maîtresse. Ces règles vous permettront de distinguer le vrai du faux, et ainsi de ne placer devant vous que des choses possibles et raisonnables; et elles vous interdisent de faire usage d'un manteau d'ignorance, par quoi vous n'arrivez à aucun résultat et, de désespoir, vous vous abandonnez à la mélancolie.


Le désir de savoir est naturel aux bons.
  • Carnets, Léonard de Vinci, éd. Gallimard, 2019  (ISBN 978-2-07-284486-7), chap. Préambule et II. Aphorismes, p. 108 et 141


Ceci sera un recueil sans ordre, fait de nombreux feuillets que j'ai copiés avec l'espoir de les classer par la suite dans l'ordre et à la place qui leur conviennent, selon les matières dont ils traitent ; et je crois qu'avant d'être à la fin de celui-ci, j'aurai à répéter plusieurs fois la même chose ; ainsi, ô lecteur, ne me blâme point, car les sujets sont multiples et la mémoire ne saurait les retenir ni dire : « Je n'écrirai pas ceci, parce que je l'ai déjà écrit. » Et si je ne voulais pas tomber dans cette erreur, il serait nécessaire pour éviter les répétitions, que chaque fois que je désire transcrire un passage, je relise tout le fragment qui l'a précédé, d'autant plus que de longues périodes de temps se sont écoulées entre les moments où j'ai écrit.


Philosophie

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Nous ne manquons point de systèmes ou de moyens pour diviser et mesurer nos misérables jours ; nous devrions prendre plaisir à ne pas les gaspiller, ni souffrir qu’ils se passent sans louange, sans laisser aucun souvenir dans la mémoire des mortels, afin que leur misérable cours ne s’écoule en vain.


Ô Temps, consumateur de toute chose ! envieuse vieillesse qui consumes toute chose peu à peu, avec la dure dent de la vieillesse, en une lente mort ! Hélène, quand elle se regardait dans son miroir et voyait la flétrissure des rides que l’âge avait inscrites sur son visage, se demandait en pleurant pourquoi elle fut deux fois enlevée. Ô Temps, consumateur de toute chose ! Ô vieillesse envieuse, par quoi toute chose est consumée[n 9].
  • Carnets, Léonard de Vinci [édition présentée et annotée par Pascal Brioist / Texte établi par Edward MacCurdy, traduit de l’italien par Louise Servicen, préface de Paul Valéry], éd. Gallimard, 2019  (ISBN 978-2-07-284486-7), chap. I, p. 112


Page manuscrite avec 10 schémas d'un rond et de traits qui en partent, formant des triangles.
Codex Atlanticus, 310 r.
Acquiers dans ta jeunesse ce qui compensera les misères de ta vieillesse. Et si tu entends que ta vieillesse ait la sapience pour aliment, étudie pendant que tu es jeune, pour que cette vieillesse ne manque point de nourriture.


Dans la nature point d’effet sans cause ; comprends la cause et tu n’auras que faire de l’expérience.


L’expérience ne trompe jamais ; seuls vos jugements errent, qui se promettent des résultats étrangers à notre expérimentation personnelle.


L’expérience n’est jamais en défaut. Seul l’est notre jugement, qui attend d’elle des choses étrangères à son pouvoir.


Alors que je croyais apprendre à vivre, j’apprenais à mourir.
  • C. A. 680 r.


Le néant n’a point de centre, et ses limites sont le néant.


Qui attend de l’expérience ce qu’elle ne possède point, dit adieu à la raison.


La passion intellectuelle met en fuite la sensualité.
  • C. A. 994 v.


Toute notre connaissance découle de notre sensibilité.


Observe la lumière et considère sa beauté. Cligne de yeux et regarde-la. Ce que tu vois n’y était pas au début, et ce qui y était n’est plus. Qui donc la renouvelle, si celui qui l’a faite meurt continuellement ?
  • F, 49 v.


Page au texte manuscrit serré avec, à l'angle en haut à droite, un dessin d'une machine avec une cloche et des poulies.
Manuscrit G de l’Institut de France, 47 r.
Toi qui médites sur la nature des choses, je ne te loue point de connaître les processus que la nature effectue ordinairement d’elle-même, mais me réjouis si tu connais le résultat des problèmes que ton esprit conçoit.


La science est le capitaine, la pratique est le soldat.


N'appelle point ces richesses qui peuvent se perdre ; la vertu est notre richesse véritable, et la vraie récompense de qui la possède. Elle ne saurait être perdue; elle ne nous abandonnera qu'avec la vie.


Le poids d’un petit oiseau qui s’y pose suffit à déplacer la terre. La surface de la sphère liquide est agitée par une minuscule goutte d’eau qui tombe.
  • B.M. 19 r.


Ce que l’on nomme néant ne se rencontre que dans le temps et le discours. Dans le temps, il se trouve entre le passé et le futur et ne retient rien du présent ; de même dans le discours, quand les choses dont il est parlé n’existent point ou sont impossibles.


Étant donné une cause, la nature produit l’effet par la voie la plus brève.
  • B. M. 174 v.


La sagesse est fille de l’expérience.


Fuis l'étude qui donne naissance à une œuvre appelée à mourir en même temps que son ouvrier.
  • Forster III, 55r.


L'idée ou la faculté d'imaginer est à la fois gouvernail et frein des sens, dans la mesure où la chose imaginée émeut le sang. Pré-imaginer, c'est imaginer les choses à venir. Post-imaginer, c'est imaginer les choses passées.
  • RL 19019 v.


Par conséquent, ô vous, étudiants, étudiez les mathématiques et n’édifiez point sans fondations.
  • (it) E però, o studianti, studiate le matematiche e non edificate sanza fondamenti.


Les choses mentales qui n'ont pas passé par la compréhension sont vaines et ne donnent naissance à aucune vérité qui ne soit nuisible. […]
  • (it) Le cose mentali che non son passate per il senso son vane e nulla verità partoriscano se non dannosa.[…]


Qui méconnaît la suprême certitude des mathématiques se repaît de confusion et ne réduira jamais au silence les contradictions des sciences sophistiques, qui font un bruit perpétuel.


Page au texte manuscrit serré avec 2 schémas de cœur humain.
RL 19084 r.
Les abréviateurs d'œuvres font injure à la connaissance et à l'amour, car l'amour de quoi que ce soit est issu de la connaissance et [il est] d'autant plus fervent qu'elle est plus certaine ; et cette certitude naît d'une connaissance approfondie de toutes les parties qui, réunies, forment [l'ensemble de] cette chose digne d'amour. Que vaut, je te prie, celui qui aux fins d'abréger les choses sur lesquelles il prétend renseigner intégralement, supprime la plus grande partie de ce qui compose le tout ?


Si, comme tu le prétends, tu es le roi des animaux (tu ferais mieux de t'intituler le roi des bêtes, étant la plus grande de toutes!), pourquoi ne leur viens-tu pas en aide, de façon qu'elles te donnent leurs petits, afin de satisfaire ton palais, pour l'amour duquel tu as cherché à faire de toi la sépulture de tous les animaux? Je pourrais en dire plus long s'il m'était permis de proclamer toute la vérité. [..] Mais toi, non seulement tu manges leurs petits, mais tu manges, père, mère, frères et amis; cela même ne te suffisant pas, tu fais des expéditions dans des iles lointaines et captures des hommes de différentes races et après les avoir ignominieusement mutilés, tu les engraisses et les ingurgites. La nature ne produit-elle pas assez de choses simples qui rassasient ? ou si tu ne t'en contentes point, ne peux-tu, en les mélangeant, obtenir une infinie variété de mets composés […] ?


2 pages manuscrites avec des dessins du ventricule droit et des valves cardiaques dans la marge et entre les paragraphes
RL 19118 r. et 19119 r.
Que nul ne me lise dans mes principes qui n’est pas mathématicien.
  • RL 19118 r. et 19119 r.[n 26]


La nature tend à accomplir tout acte par la voie la plus brève.
  • RL 19120 v.


Page écrite de gauche à droite
RL 12349 v.
Johannès Antonius di Johannès Ambrosius de Bolate. Celui-là qui laisse s'écouler le temps sans grandir en vertu, plus on pense à lui, plus on s'afflige. Nul homme n'est capable de vertu, qui sacrifie l'honneur au gain. La fortune est impuissante à aider qui ne s'évertue pas lui-même. L'homme devient heureux qui suit le Christ. Point de don parfait sans grande souffrance. Nos triomphes et nos pompes passent ; la gloutonnerie, la paresse et le luxe énervant ont banni la vertu du monde; en sorte que notre nature se dérègle et se soumet à l'habitude. A présent et désormais, il convient que tu te guérisses de ta paresse. Le Maître a dit qu'être sur le duvet ou étendu sous les courtepointes ne te mènera point à la renommée. Celui qui, sans elle, a gaspillé sa vie, ne laisse pas plus de traces sur terre que la fumée dans l'air ou l'écume sur l'eau.


Rien ne naît là où il n’existe ni fibre sensitive ni vie rationnelle. Les plumes poussent sur les oiseaux et se renouvellent tous les ans ; le poil pousse sur les animaux, et change chaque année sauf en certaines parties, comme la moustache des lions, des chats, et créatures de même espèce. L’herbe croît dans les prés, les feuilles sur l’arbre, et chaque années elles se renouvellent en grande partie. Nous pouvons donc dire qu’un esprit d’accroissement anime la terre ; sa chair est le sol ; ses os sont les stratifications successives des rochers qui forment les montagnes ; ses cartilages sont le tuf, son sang, les eaux jaillissantes. Le lac de sang qui se trouve autour du cœur est l’océan. Son souffle se traduit par l’élévation et l’abaissement du sang dans le pouls, comme pour la terre le flux et le reflux de la mer. La chaleur vitale du monde est le feu, indus par toute la terre et son esprit créateur réside dans les feux qui sur divers points du globe s’exhalent en sources thermales, en mines de souffre et en volcans, comme le mont Etna en Sicile, et en plusieurs autres endroits.
  • Leic. 34 v.


Aphorismes

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Feuille de papier avec un texte écrit sur deux colonnes, avec les lettres dans le sens inversé, comme dans un miroir.
Codex Atlanticus, 207 r.
Quiconque dans une discussion invoque les auteurs, fait usage non de son intellect mais de sa mémoire. La bonne littérature a pour auteurs des hommes doués de probité naturelle, et comme il convient de louer plutôt l'entreprise que le résultat, tu devrais accorder de plus grandes louanges à l'homme probe peu habile aux lettres qu'à un qui est habile aux lettres mais dénué de probité.


Le fer se rouille faute de s’en servir, l’eau stagnante perd sa pureté et se glace par le froid. De même, l’inaction sape la vigueur de l’esprit.
  • C. A. 785 v. b


Ici la vérité a fait que le mensonge affecte les langues menteuses.


La modération réfrène tous les vices. L’hermine préfère la mort à la souillure.


Prends conseil de qui se gouverne bien. La justice requiert de la puissance, de l'intelligence et de la volonté ; elle ressemble à la reine des abeilles. Qui néglige de punir le mal, le sanctionne. Qui prend le serpent par la queue est ensuite mordu par lui. La fosse s'écroulera sur qui la creuse.


Pense bien à la fin, considère en premier lieu la fin.


Pauvre élève qui ne surpasse point son maître.


Les obstacles ne peuvent me ployer. Tout obstacle cède à l’effort. Ne pas quitter le sillon. Qui règle sa course sur une étoile, ne change pas.


Effort persistant. Effort prédéterminé. Qui règle sa course sur cette étoile n’en est pas détourné.
  • [Dessins, également avec devises] RL 12701.[n 33]


Puissé-je être privé de la faculté d'agir, avant de me lasser d'être utile. Le mouvement me fera défaut plutôt que l'utilité. La mort plutôt que la lassitude. Je ne me lasse point de bien faire, est une devise de carnaval. Sans fatigue. Nul labeur ne parvient à me fatiguer. Les mains dans lesquelles tombent, comme la neige, ducats et pierres précieuses, celles-là ne se fatiguent jamais de servir, mais ce service n'est rendu que parce qu'il est profitable et non pour notre propre avantage. Je ne me lasse jamais d'être utile. La nature m'a naturellement disposé ainsi.


Anatomie

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RL 19007v

Tu représenteras ces os du cou réunis, sous trois aspects, et séparés, sous trois aspects également; et ensuite sous deux autres aspects, c'est-à-dire vus par-dessus et par-dessous; et ainsi tu donneras la notion exacte de leur forme, notion que les écrivains anciens, non plus que modernes, n'ont jamais été capables de donner sans prolixité infiniment fastidieuse et confuse d'écriture et de temps. Mais par cette méthode très rapide de les représenter sous des aspects divers, on en donnera la notion complète et précise ; et quant à l'avantage dont je gratifie la postérité, j'enseigne la manière de réimprimer tout cela avec ordre, et je vous prie, mes successeurs, que l'avarice ne vous contraigne pas à faire les estampes en …


5 dessins des os, muscles et tendons de la main droite.
Études anatomiques de la main (Zöllner et Nathan 2019, 305, p. 436)
L'acte de la copulation et les membres qui y concourent sont d'une hideur telle que, n'étaient la beauté des visages, les ornements des acteurs et la retenue, la nature perdrait l'espèce humaine.
  • RL 19009 r.


Dessin des muscles du bras et de l'épaule autour d'un squelette humain.
« Études de l’anatomie de l’épaule et du bras », RL 19013v, (Zöllner et Nathan 2019, 308, p. 437)
Toi qui veux par des mots révéler la figure de l'homme avec ses membres dans leurs diverses attitudes, bannis cette idée, car plus ta description sera minutieuse, plus tu jetteras de confusion dans l'esprit de ton lecteur, et plus tu t'éloigneras de la connaissance de la chose décrite. Donc, il est nécessaire de figurer en même temps que de décrire. Si la chose réelle, du fait de son relief, te semble plus reconnaissable que celle dessinée ici - impression qui tient à ce que tu peux regarder l'objet sous différents aspects -, tu dois comprendre que dans la figuration que j'en donne, les mêmes résultats seront obtenus sous les mêmes aspects; et ainsi, aucune partie de ces membres ne te sera cachée.
  • [Nécessité de dessiner et de décrire] RL 19013 v.


Et plût à notre Créateur que je fusse capable de révéler la nature de l'homme et ses coutumes comme je décris sa figure.
  • RL 19061 r.


RL 19070v
Toi qui juges préférable de regarder des démonstrations anatomiques que des dessins, tu aurais raison, s'il était possible d'observer tous les détails que ces dessins te montrent, en une seule figure dans laquelle, avec tout ton talent, tu ne verras ni ne connaîtras que quelques veines; alors que moi, pour en avoir une connaissance exacte et complète, j'ai disséqué plus de dix corps humains, […]. Et comme un seul corps ne dure pas le temps qu'il faut, il m'a fallu procéder par étapes, sur autant de corps qu'il en fallait pour arriver à l'entière connaissance ; et j'ai souvent recommencé deux fois pour découvrir les différences.

Mais si tu as l'amour de cette chose, tu en seras peut-être empêché par une répugnance de l'estomac ou, si cela ne t'en détourne pas, peut-être auras-tu la crainte de passer les heures nocturnes en compagnie de cadavres tailladés et lacérés, horribles à voir; et si cela encore ne te rebute pas, peut-être manqueras-tu de l'habileté requise pour dessiner, indispensable à une telle figuration; et si tu as le dessin, peut-être cet art ne s'alliera-t-il pas à la science de la perspective; ou encore, si tu la possèdes, ignoreras-tu l'ordre des démonstrations géométriques et la méthode du calcul des forces et comportements des muscles ; ou peut-être la patience te fera-t-elle défaut et ne seras-tu pas diligent.

Ces choses, si je les ai en moi ou non - les cent vingt volumes que j'ai composés l'attesteront ; pour ces livres, je ne me suis laissé arrêter ni par l'avarice, ni par la négligence, mais seulement par le temps.Vale


croquis du coeur, des poumons et des vaisseaux sanguins avec des notes manuscrites.
« Anatomie du poumon et du cœur (du bœuf) », RL 19071r (Zöllner et Nathan 2019, 348, p. 461)[n 37]
Par quels mots, ô écrivain, pourras-tu égaler la perfection de toute l'ordonnance dont le dessin se trouve ici ?

Faute de connaissances voulues, ta description est si confuse qu'elle ne donne qu'une faible idée de la vraie forme des choses, et tu t'illusionnes à leur égard en te persuadant que tu peux satisfaire entièrement l'auditeur, quand tu parles de la représentation d'une chose qui possède une substance et qu'entoure une surface. Je te conseille de ne pas t'encombrer de mots à moins que tu ne parles à des aveugles. Si néanmoins tu tiens à une démonstration verbale qui s'adresse aux oreilles plutôt qu'aux yeux des hommes, que ton discours porte sur les choses substantielles ou naturelles, et ne t'occupe pas de faire entrer par les oreilles des choses qui ont un rapport avec les yeux; dans cette entreprise, tu serais surpassé de loin par l'œuvre du peintre. Comment, avec des mots, pourrais-tu décrire ce cœur sans remplir tout un volume ? Pourtant, plus tu accumuleras les détails, plus tu rempliras de confusion l'esprit de l'auditeur.

Et [alors] tu auras toujours besoin de commentateurs ou de recours à l'expérience; et celle-ci, en ce qui te concerne, est très courte et n'a trait qu'à peu de chose, comparée à l'étendue du sujet dont tu désires avoir la connaissance complète.
  • (it) O scrittore, con quali lettere scriverai tu con tal perfezione la intera figurazione qual fa qui il disegno? […]


Dessins de fœtus dans l'utérus
« Étude anatomique du fœtus dans l’utérus », RL 19102r (Zöllner et Nathan 2019, 373, p. 472)
Chez cet enfant, le cœur ne bat pas et il ne respire point parce qu'il est constamment dans l'eau. S'il respirait, il se noierait, et le souffle ne lui est pas nécessaire puisqu'il tire vie et subsistance de la vie et de l'alimentation maternelle.

Cette alimentation le sustente exactement comme elle nourrit les autres parties de la mère - mains, pieds, et autres membres. Une âme unique gouverne les deux corps, et les désirs, frayeurs et souffrances sont communs à cette créature et à tous les autres membres animés. D'où il résulte qu'une chose désirée par la mère se trouve souvent marquée sur les parties de l'enfant que la mère recelait en elle à l'époque de son envie; et une soudaine frayeur tue à la fois mère et enfant.

Nous en concluons qu'une âme unique gouverne les corps et les nourrit tous deux.
  • RL 19102 r.


Dessin de 3/4 d'une langue vue de droite
RL 19115r (Zöllner et Nathan 2019, 321, p. 446)
Bien que la subtilité humaine produise des inventions variées, qui par des moyens différents concourent à une fin identique, elle n'en découvrira jamais de plus belle, de plus simple et de plus directe que celles de la nature où il n'y a aucune lacune, aucun superflu.


Histoire naturelle

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Pourquoi le poisson est-il plus rapide dans l’eau que l’oiseau dans l’air, alors que le contraire devrait se produire, attendu que l’eau est plus pesante et plus dense que l’air, et le poisson plus lourd et muni d’ailes plus petite que l’oiseau ? Pour ce motif, le poisson n’est point entraîné par les rapides courants de l’eau comme l’oiseau par les vents furieux, en outre, nous voyons le poisson remonter à toute vitesse une eau dont la pente est très inclinée, d’un mouvement rapide, comme l’éclair parmi les continuels nuages, ce qui semble chose merveilleuse ; résultat dû à la vitesse considérable avec laquelle il se déplace et qui surpasse la cadence de l’eau au point que celle-ci semble immobile par comparaison.
  • C. A., 460 v.


Pour atteindre aux feuilles des plantes élancées, tels que les jeunes peupliers et autres similaires, les bœufs ont l’habitude de se dresser en entourant de leurs jambes le tronc de l’arbre, et exercent sur lui un mouvement continu de pression et une poussée ; de telle sorte que l’arbre, incapable de résister au poids qui l’oppresse, est forcé de céder et incline sa haute cime.
  • « Comment les bœufs se nourrissent de plantes hautes », C. A. 815 r.


Proportions de l’homme

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Dessin en pied d’un homme nu avec deux postures superposées: en croix dans un carré et les membres écartés dans un cercle
Homme de Vitruve (Les proportions du corps humain selon Vitruve), Gallerie dell'Accademia), Venise, inv. 228 (Zöllner et Nathan 2019, 246, p. 398)
Dans son ouvrage sur l'architecture, l'architecte Vitruve déclare que la nature a agencé les dimensions de l'homme de la façon suivante : quatre doigts font une paume, et quatre paumes un pied; six paumes font une coudée, quatre coudées une hauteur d'homme, et quatre coudées font aussi une enjambée; vingt-quatre paumes font une hauteur d'homme, et ces mesures se retrouvent dans ses édifices. Si tu écartes les jambes au point de réduire ta taille d'un quatorzième, et que tu ouvres les bras et les lèvres, jusqu'à toucher le sommet de ta tête, avec tes doigts médians, sache que le nombril sera au centre du cercle formé par les extrémités des membres étendus, et l'espace entre les jambes formera un triangle équilatéral.

La taille d'un homme est égale à l'espace compris entre ses deux bras étendus. De la naissance des cheveux au bas du menton, il y a la dixième partie d'une hauteur d'homme; du bas du menton au sommet de la tête, le huitième de la hauteur d'un homme; du sommet de la poitrine au haut de la tête, le sixième ; du haut de la poitrine à la naissance des cheveux, il y a le septième de l'homme entier; des mamelons au sommet de la tête, le quart. La largeur extrême des épaules représente en soi le quart de l'homme; du coude à la pointe du médius il y a un cinquième ; du coude à l'extrémité de l'épaule, un huitième ; la main entière constituera un dixième. Le pénis commence au milieu du corps. Le pied est la septième partie de l'homme. De la plante du pied au point qui est juste au-dessous du genou, il y a le quart de l'homme. De ce point à la naissance du pénis, également le quart.

Les parties qui se trouvent entre le menton et le nez, et entre les points de départ de la chevelure et des sourcils, équivalent à la superficie de l'oreille, et représentent un tiers de la face.


Optique

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Parce que l'œil est la fenêtre de l'âme, celle-ci a toujours peur de le perdre ; de sorte qu'en présence d'une chose qui lui cause une subite épouvante, l'homme ne protège de ses mains ni son cœur, source de la vie, ni sa tête, habitacle du seigneur des sens, ni son ouïe ni son odorat ou son sens du goût mais plutôt immédiatement, le sens terrifié ; et non content de fermer les yeux en serrant les paupières avec la plus grande force, il se retourne du côté opposé ; et ne se sentant pas encore rassuré, l'homme y porte une main et étend l'autre pour faire écran contre l'objet de sa terreur.


Astronomie

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3 schémas de rayons lumineux partant du Soleil, au milieu d'un texte inversé.
Codex Leicester, 1r (Zöllner et Nathan 2019, chap. 16, « Études sur la lumière et l’ombre », cat. 647, p. 673)
2 pages manuscrites avec dans la marge des schémas sur les rayons du Soleil et les planètes.
Fais des verres pour voir la lune en grand.


La lune a chaque mois un hiver et un été. Ses froids sont plus intense, ses chaleurs plus fortes, et ses équinoxes plus froids que les nôtres.
  • C. A. 829r.


La lune n'est pas lumineuse par elle-même, mais elle est apte à emprunter les caractéristiques de la lumière à la manière du miroir ou de l’eau, ou tout autre corps luisant. Elle grandit à l'orient et à l'occident, comme le soleil et les autres planètes, et la raison en est que tout corps lumineux grandit à mesure qu'il s'éloigne.
  • « Ce qu’est la lune », A. 64r.


Quand toute la partie pour nous visible de la lune, est éclairée, elle nous dispense son maximum de lumière, et ensuite, les rayons du soleil la frappant et rebondissant vers nous, son océan nous jette moins d'humidité; et moins elle luit, plus elle nuit.
  • « De la nature de la lune », A. 64r.


Je voudrais trouver des mots qui me permettent de blâmer ceux qui mettent le culte des hommes au-dessus de celui du soleil; car je ne vois pas dans l'univers de corps plus grand et plus puissant que lui, et sa lumière éclaire tous les corps célestes épars dans l'univers.
  • « Louange du soleil », F. 4v.


Comment la terre n'est pas au centre du cercle du soleil, non plus qu'au centre de l'univers, mais au milieu de ses éléments qui l'accompagnent et lui sont unis. Et si quelqu'un se trouvait dans la lune, plus elle serait au-dessus de nous, tout de même que le soleil, plus cette terre, avec l'élément de l'eau, lui semblerait au-dessous d'elle et elle remplirait l'office de la lune pour nous.
  • F, 41v.


La lune n'a pas de lumière propre, mais seulement dans la mesure où le soleil l'illumine. De cette partie éclairée, nous voyons celle qui nous fait face. Et sa nuit emprunte sa splendeur à nos eaux qui lui renvoient l'image du soleil, reflétée dans toutes les eaux où se mirent le soleil et la lune.
  • B. M. 94v.


Entre le soleil et nous il y a les ténèbres, ce pourquoi l’air semble azuré.
  • RL 12350


Botanique

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Toutes les branches d’arbres, à quelque degré de leur hauteur qu’on les réunisse, sont égales à la grosseur du tronc. Toutes les ramifications des eaux, douées d’un mouvement égal, à chaque degré de leur longueur égalent la grosseur du fleuve, leur père.
  • « Symétrie de la nature, Ramifications des arbres et de l’eau. » I. 12 v.[n 42]


Manuscrit en deux colonnes, à gauche un texte inversé, à droite deux schémas de ramage d'arbres sur la pousse annuelle des rameaux
Manuscrit M de l’Institut de France, 78 v[n 43]
Tous les ans, quand les branches des arbres ont achevé de se développer, leur grosseur – si on les réunit toutes – équivaut à celle de leur tronc ; et à chaque stade de leur ramification, tu trouveras l’épaisseur dudit tronc, comme dans i k, g h, e f, c d, a b. Toutes seront égales entre elles si l’arbre n’a pas été émondé. Sinon, il ne faillira pas à la règle
  • « Loi du développement des plantes. » M. 78 v.[n 44]

Géographie physique

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L’eau érode les montagnes et comble les vallées, et si elle en avait le pouvoir, elle réduirait la terre à l’état de sphère parfaite.


Ne remarques-tu donc pas comment, entre les hautes montagnes, la terre accrue recouvre et dissimule les murs des antiques cités ou les ruines ? Au surplus, n'as-tu pas vu comment avec le temps, sur les sommets rocheux des montagnes, la pierre vive elle-même a englouti, dans son développement, la colonne qu'elle soutenait et l'a dénudée comme avec une tondeuse et étroitement enlacée, en laissant dans le roc l'empreinte de ses cannelures ?
  • « Exemples et déductions relatifs à l’accroissement de la terre », C. A. 715 r.[n 45]


Atmosphère

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Où la flamme ne peut vivre, aucun animal qui respire ne peut vivre. L’excès de vent éteint la flamme, le vent modéré la nourrit.


Mouvement et pesanteur

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Au préalable, je me livrerai à une expérience avant d'aller plus loin, car j'ai l'intention d'alléguer d'abord l'expérience, puis de montrer par le raisonnement pourquoi cette expérience produit forcément ce résultat. Et telle est la règle selon laquelle les spéculateurs des effets naturels doivent procéder. Encore que la nature s'inspire d'abord de la raison et finisse par l'expérience, nous ferons le contraire, c'est-à-dire nous commencerons par l'expérience, comme je l'ai indiqué, et de là, nous irons à la recherche de la raison.


Mathématiques

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La mécanique est le paradis des sciences mathématiques, car grâce à elle on recueille leur fruit.


Il n'est point de certitude où l'on ne peut appliquer une des sciences mathématiques ou l'une de celles qui sont fondées sur les sciences mathématiques.


Chaque tout est plus grand que sa partie. Si [une chose] n’est ni plus grande ni plus petite, elle est équivalente.
  • M, 6 r.


La géométrie est infinie parce que toute quantité continue est divisible à l’infini, dans un sens ou dans l’autre. Mais la quantité discontinue commence à l’unité et s’accroît à l’infini, et, comme il a été dit, la quantité continue croît et décroît à l’infini. Et si tu me donnes une ligne de vingt brasses, je te dirai comment en faire une de vingt et une.
  • M. 18 r.


De la nature de l’eau

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Si une goutte d’eau tombe dans la mer calme, il est évident que la surface entière de la mer doit s’élever imperceptiblement, l’eau n’étant pas compressible comme l’air.
  • C. A. 64 r.


Parmi les catastrophes irrémédiables et destructrices, les crues des fleuves impétueux doivent être placées en tête des dévastations affreuses et terrifiantes. En quelle langue, avec quels mots exprimer ou décrire la ruine effroyable, les ravages inouïs et sans merci, dus aux déluges des fleuves dévorateurs, que l’homme est impuissant à conjurer ?
  • C. A. 302 r.


De çà, de là, en haut, en bas, courant, jamais elle ne connait la quiétude, pas plus dans sa course que dans sa nature; elle n'a rien à soi, mais s'empare de tout, empruntant autant de natures diverses que sont divers les endroits traversés, comme le miroir accueille en soi autant d'images qu'il y a d'objets passant devant lui. Ainsi, en perpétuel changement, parfois de site et parfois de couleur, tantôt elle s'imprègne d'odeurs et saveurs nouvelles, et tantôt elle retient des essences ou propriétés neuves; tantôt mortelle, tantôt génératrice de vie, elle se disperse dans l'air, et d'autres fois souffre que la chaleur l'attire jusqu'à la froide région où cette chaleur qui la guidait se trouve circonscrite.
  • C. A. 468 r.


En discourant sur l’eau, qu’il te souvienne d’invoquer d’abord l’expérience, ensuite le raisonnement.


Dessin d'un vieil homme barbu assis tenant sa tête de la main gauche. Sur la droite des tourbillons. En bas un paragraphe écrit avec les lettres à l'envers comme dans un miroir.
Vieil homme de profil, assis sur le rebord d’un rocher; études d’eau, RL12579r (Zöllner et Nathan 2019, 448, p. 522-523)[n 49]
Observe le mouvement de l’eau à sa surface, combien il ressemble à celui de la chevelure, laquelle en a deux, l’un suivant l’ondulation de la surface, l’autre les lignes des courbures ; ainsi, l’eau forme des tourbillons qui suivent en partie l’impulsion du courant principal, et en partie les mouvements ascendants et incidents.


Comment et pourquoi je ne décris point ma méthode de rester sous l'eau aussi longtemps que je puis me passer de nourriture ; je ne la publie ni ne la divulgue, à cause de la nature maligne des hommes, qui les porterait à commettre des assassinats au fond des mers, en brisant les navires dans leurs œuvres vives et en les coulant avec leurs équipages.


Expériences

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Pour éprouver si quelqu’un juge avec justesse de la nature des poids, demande-lui en quel point il convient de couper l’un des deux bras égaux de la balance, pour que la partie tranchée, attachée à l’extrémité de son reste, forme au bras un contrepoids exact. La chose est impossible ; si donc il t’indique la position, c’est qu’il est un médiocre mathématicien.
  • « Bon ou piètre mathématicien. » M, 68, v.


Inventions

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Ô spéculateurs du mouvement perpétuel, combien de vaines chimères avez-vous créées en une pareille quête ? Allez prendre la place qui vous revient parmi ceux qui cherchent la pierre philosophale.


Balistique

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Page d’un carnet avec des dessins de canons sous plusieurs angles et l’écriture inversée de Léonard.
B, 33 r. Projet pour un canon à vapeur (Zöllner et Nathan 2019, 584, p. 635).
L'architonnerre[n 53] est un engin de cuivre fin, une invention d'Archimède, et il lance des balles de fer avec grand fracas et furie. On s'en sert de la façon suivante : le tiers de l'instrument pose dans une grande masse de charbons ardents ; une fois chauffé à blanc, il serre la vis a au-dessus du réservoir d'eau a b c; à mesure que la vis de dessus est serrée, celle de dessous se desserrera. Par conséquent, l'eau, une fois tombée, descendra dans la partie chauffée de l'instrument, où elle se transformera soudain en une quantité de vapeur si grande que tu en seras émerveillé, et surtout de voir sa fureur et d'entendre son fracas. Cette machine a chassé une balle pesant un talent, à six stades.
  • B, 33 r.


Si d'ambitieux tyrans m'assiègent, j'ai des moyens d'attaque et de défense pour conserver le don principal de la nature, c'est-à-dire la liberté.


Armement naval

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Page d’un carnet avec des dessins de calles de bateaux, d'un système d'ancre tourné par un homme et divers soufflets
Codex Atlanticus, 909 v.
N’enseigne point ta science et seul tu excelleras. Fais choix d’un jouvenceau simple, et que le costume soit cousu main. Arrête les galères capitanes, coule les autres et tire le canon contre le fort.
  • C. A. 909 v.


Comparaison des arts

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Comment la peinture surpasse toute œuvre humaine, par les subtiles possibilités qu’elle recèle : l’œil, appelé fenêtre de l’âme, est la principale voie par où notre intellect peut apprécier pleinement et magnifiquement l’œuvre infinie de la nature ; l’oreille est la seconde et elle emprunte sa noblesse au fait qu’elle peut ouïr le récit des choses que l’œil a vues. Si vous, historiographes, poètes ou mathématiciens, n’aviez jamais vu les choses avec l’œil, vous seriez en peine de les relater dans vos écrits. Et si toi, poète, tu peins une histoire avec ta plume, le peintre la figure avec son pinceau, de manière plus satisfaisante et moins ennuyeuse à comprendre. Appelles-tu la peinture « poésie muette », le peintre peut qualifier de « peinture aveugle » l’art du poète.


Comment celui qui méprise la peinture n’a point l’amour de la philosophie dans la nature : Si tu dédaignes la peinture, seule imitatrice des œuvres visibles de la nature, tu dédaignes assurément une subtile invention ; sa spéculation philosophique et ingénieuse prend pour thèmes toutes les sortes de formes, apparences, scènes, végétaux, animaux, herbes et fleurs, baignées de lumière et d’ombre. En vérité, la peinture est une science et l’authentique fille de la nature, étant son rejeton. Pour m'exprimer plus exactement encore, nous l'appellerons la petite-fille de la nature par quoi furent enfantées toutes les choses visibles, d'où est issue la peinture. Nous pouvons donc, à juste titre, la dire petite-fille de la nature et parente de Dieu lui-même.


Quand le poète renonce à figurer, au moyen des mots, ce qui existe dans la nature, il n’est plus l’égal du peintre : car si, abandonnant cette description, il reproduit les paroles fleuries et persuasives de celui qu’il veut faire discourir, il deviendra orateur et non plus poète ou peintre. Et s’il parle des cieux, il devient astrologue; et philosophe ou théologien en dissertant des choses de la nature ou de Dieu. Mais qu’il retourne à la description d’un objet, il serait l’émule du peintre, s’il pouvait avec des mots satisfaire l’œil comme fait avec la couleur et le pinceau le peintre, qui grâce à eux, crée une harmonie pour l’œil comme la musique, en un instant, pour l’oreille.


Pourquoi la peinture qu'on regarde des deux yeux n’offre pas autant de relief que le relief vu des deux yeux : c'est que pour présenter le relief du vrai relief, avec les mêmes qualités d'ombre et de lumière, la peinture demande à être vue d'un œil.


Préceptes du peintre

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Page manuscrite de la citation ci-contre.
Ms. 2185, 1r.
Qu'est-ce qui est plus difficile : la répartition de la lumière et de l'ombre, ou le bon dessin ? Je soutiens qu'une chose circonscrite dans des limites présente plus de difficultés qu'une autre en liberté. Les ombres ont leurs limites à certains degrés et celui qui les ignore produira des œuvres dépourvues de ce relief qui est l'importance et l'âme de la peinture. Le dessin est libre. Si tu regardes une infinité de visages, tous seront différents, l'un avec un nez long et l'autre court. Le peintre aussi peut prendre cette liberté, et où il y a liberté, il ne saurait y avoir de règle.


L'esprit du peintre sera comme le miroir qui toujours prend la couleur de la chose reflétée, et contient autant d'images qu'il y a d'objets placés devant lui. Sachant, ô peintre, que tu ne pourras exceller si tu n'as le pouvoir universel de représenter par ton art toutes les variétés de formes que produit la nature – et en vérité, tu ne le pourrais, si tu ne les vois et ne les retiens dans ton esprit –, quand tu vas dans la campagne, porte ton attention sur les diverses choses, observe tantôt l'une, tantôt l'autre, en composant ta gerbe de toutes celles que tu as triées et choisies entre de moins bonnes.


Page manuscrite de la citation ci-contre, certaines phrases sont espacées du texte.
Ms 2185, 10r.
Souvent les peintres désespèrent de pouvoir imiter la nature, lorsqu'ils voient qu'à leurs tableaux manque la puissance de relief et de vie propre aux objets vus dans un miroir ; ils objectent pourtant que leurs couleurs passent de loin, en clarté et profondeur, la qualité des ombres et lumières de l'objet vu dans le miroir; ce faisant, ils incriminent non la raison mais leur propre ignorance; car ils n'admettent point l'impossibilité pour un objet peint d'apparaître avec un relief comparable à celui de l'objet dans le miroir, encore que tous deux présentent une surface plane - à moins qu'on ne les regarde d'un seul œil.


Je ne manquerai point de faire figurer parmi ces préceptes un système de spéculation nouveau, encore qu’il semble mesquin et presque risible, il est néanmoins fort utile pour exciter l’intellect à des inventions diverses. Si tu regardes des murs barbouillés de taches, ou faits de pierres d’espèces différentes, et qu’il te faille imaginer quelque scène, tu y verras des paysages variés, des montagnes, fleuves, rochers, arbres, plaines, grandes vallées et diverses groupes de collines. Tu y découvriras aussi des combats et figures d’un mouvement rapide, d’étranges airs de visages, et des costumes exotiques, et une infinité de choses que tu pourras ramener à des formes distinctes et bien conçues. Il en est de ces murs et mélanges de pierres différentes, comme du son des cloches, dont chaque coup t’évoque le nom ou le vocable que tu imagines.
  • « Façon de stimuler et d’éveiller l’intellect pour des inventions diverses », Ms. 2185, 22v.[n 59]


La peinture est en connexion avec les dix attributs de la vue à savoir : obscurité et clarté, matière et couleur, forme et position, éloignement et proximité, mouvement et repos ; et de ces attributs, le petit livre que voici sera tissé pour rappeler au peintre selon quelle règle et de quelle façon il lui faut, par son art, imiter toutes ces choses qui sont l’œuvre de la nature et l’ornement du monde.
  • « Des dix attributs de la vue qui tous trouvent leur expression en peinture », Ms. 2185, 22v.[n 60]


Je sais par expérience qu'on ne tire point mince profit, quand on est au lit, dans l'obscurité, de repasser en esprit les contours essentiels des formes précédemment étudiées, ou autres choses dignes de remarque, conçues par une subtile spéculation; et cet exercice est fort utile et recommandable pour fixer les choses dans la mémoire.


Comment le peintre doit avoir le désir d'entendre le jugement de chacun sur les progrès de son œuvre : Assurément, qui peint ne doit point refuser d'ouïr l'avis d'un chacun, car nous savons fort bien que sans être peintre, un homme peut avoir l'exacte notion de la forme d'un autre, et fort bien juger s'il est bossu ou s'il a une épaule haute ou basse, la bouche ou le nez grand ou quelque autre défaut. Donc, si les hommes peuvent juger judicieusement les œuvres de la nature, combien davantage il convient d'admettre qu'ils sont capables de juger nos erreurs. Car tu sais à quel point on se leurre sur ses propres œuvres, et si tu ne le reconnais pas pour toi, considère ce trait chez les autres et tu profiteras de leurs fautes. Aie donc le désir d'écouter patiemment l'avis d'autrui, et considère et réfléchis avec soin si celui qui te censure a raison. Si oui, corrige ton ouvrage et sinon, fais mine de ne pas l'avoir entendu; ou s'il s'agit de quelqu'un que tu estimes, démontre-lui par des arguments en quoi il se trompe.


Si tu veux retenir facilement dans ton esprit l'expression d'un visage, apprends d'abord par cœur différentes sortes de têtes, yeux, nez, bouches, mentons, gorges, les cous et les épaules. Prends par exemple les nez : ils comportent dix types : droit, bulbeux, concave, proéminent soit au-dessus soit au-dessous du milieu, aquilin, régulier, camus, rond, pointu. Ces divisions valent aussi en ce qui concerne les profils. Vus de face, les nez sont de douze sortes : gros en leur milieu, minces en leur milieu, le bout épais, et fin à la base, ou inver-sement; les narines larges ou étroites, hautes ou basses, à trous soit apparents, soit cachés par la pointe. Tu trouveras la même diversité dans les autres traits : toutes choses que tu devras étudier d'après nature et fixer ainsi dans ton esprit; ou, s'il te faut dessiner un visage de mémoire, emporte avec toi un petit carnet où tu as noté des traits analogues aux siens; puis, après un coup d'œil à la personne que tu veux portraiturer, tu le consulteras secrètement, et verras quel nez ou quelle bouche offre de la ressemblance avec les siens ; et fais une petite marque pour pouvoir le reconnaître, rentré chez toi. Des visages monstrueux [visi mostruosi], je ne dirai rien, car on se les remémore sans peine.


Si tu veux, ô dessinateur, étudier bien et utilement, applique-toi à travailler avec lenteur quand tu dessines, et à déterminer entre les diverses lumières, lesquelles possèdent le plus d'éclat ; et de même, quelles ombres sont plus obscures que les autres, comment elles se confondent, et [apprends] à comparer leurs dimensions. Pour les contours, observe de quel côté ils se dirigent ; et pour les lignes, quelle partie de chacune s'incurve dans un sens ou dans l'autre ; où elles sont plus ou moins visibles et épaisses ou fines ; enfin, veille à ce que tes ombres et lumières se fondent sans traits ni lignes, comme une fumée. Quand tu te seras fait la main et le jugement avec soin, tu en viendras bientôt à ne plus y songer.
  • « Comment il faut apprendre d’abord à travailler soigneusement plutôt que vite », Ms. 2185, 27 v.[n 64]


Nous savons qu’il nous est plus facile de découvrir des erreurs dans les œuvres d’autrui que dans les nôtres, et souventes fois tu censures les fautes vénielles d’un autre, mais tu en ignores de grandes commises par toi. […] Je dis qu’en peignant tu dois tenir un miroir plat et souvent y regarder ton œuvre ; tu la verras alors inversée et elle te semblera de la main d’un autre maître ; ainsi, tu pourras mieux juger ses fautes que de toute autre façon. Il est bon également de se lever de temps en temps pour prendre quelques divertissements ; revenu à ton œuvre, ton jugement sera plus sûr, car de rester toujours au travail t’induit en grande erreur. Il est également bon de s’éloigner, car alors, l’œuvre apparaissant plus réduite, d’un coup d’œil tu en embrasses davantage - et un manque d’harmonie ou de proportion entre les diverses parties et dans les couleurs se voit plus vite.


Pourquoi une peinture semble-t-elle plus belle, vue dans un miroir, qu'en réalité ?


Comment tout voyage peut être instructif. La bénigne nature a fait en sorte que dans le monde entier tu trouves quelque chose à imiter.


Le peintre qui dessine grâce à la pratique et au jugement de son œil, sans le recours de la raison, est comme le miroir qui reflète tous les objets placés en face de lui sans les connaître.


Le peintre qui a des mains grossières en fait de pareilles dans ses œuvres, et ainsi de chaque membre, à moins qu'une longue étude ne le mette en garde. Observe donc avec soin, ô peintre, quelle partie de toi est la plus difforme et applique-toi à y remédier par l'étude. Es-tu bestial, tes figures le seront aussi, et dénuées de grâce, et semblablement toute propriété bonne ou mauvaise que tu as en toi se manifestera en partie dans tes personnages.


Le peintre lutte et rivalise avec la nature


Paysage

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Page manuscrite de la citation ci-contre.
Codex Atlanticus, 215r.
D'une ville que surplombe une montagne, la poussière s'élève en affectant la forme d'un nuage, et sa couleur varie selon l'irisation des nuages. Où la pluie est plus épaisse, la couleur de la poussière est moins distincte; où la poussière est plus dense, la pluie semble moins visible; et où la pluie se mêle au vent et à la poussière, les nuages qu'elle engendre sont plus transparents que ceux de la poussière.

Quand les flammes du feu se confondent avec les nuages de la fumée et de la vapeur, il en résulte des nuages sombres et très épais. Le reste de ce discours sera clairement exposé dans le livre

de la peinture.


La vraie méthode de figurer des scènes rustiques, ou, dirais-je, des paysages avec leur végétation, consiste à choisir le moment où le soleil étant caché au ciel, les champs reçoivent une clarté universelle et non la lumière directe du soleil qui fait des ombres tranchées en grande opposition des lumières.
  • « Des arbres et leur éclairage », G. 11 v.


La ligne de l’égalité et celle de l’horizon ne font qu’un.
  • M. 36 v.


Ombre et lumière

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Les ombres des végétaux ne sont jamais noires, car où l’atmosphère pénètre, il ne saurait y avoir de ténèbres absolues.
  • G, 6 r.


Souvent le peintre se trompe dans sa figuration des principales lumières.
  • « Des lumières sur les corps ombreux. » G, 13 r.


Perspective

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Dessins superposés d'un bâtiment couvert, de cavaliers et d'un bœuf allongée.
« Etude de perspective pour L'Adoration des mages » (Zöllner et Nathan 2019, 5, p. 266)
La véritable connaissance de la forme d’un objet se perd peu à peu, à mesure que la distance réduit sa dimension.
  • « De la peinture », C. A. 480 v. b


Parmi les choses d’égale grandeur, la plus éloignée des yeux semblera la plus petite.
  • C. A. 978 v. a


La perspective nous vient en aide, là où le jugement est en défaut à propos des choses qui vont en diminuant.
  • C. 27 v.


Entre choses égales, la plus éloignée semblera la moindre ; et le rapport entre les dimensions sera le même qu’entre les distances.
  • RL. 19115 r.


Musique

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3 dessins, deux idiophones et une lyre fantastique en forme de crâne de dragon
Ms 2184, fol. Cr (Zöllner et Nathan 2019, 381, p. 481)
La musique, qui se consume dans l’acte même de sa naissance.


La musique souffre de deux maux, l'un mortel, l'autre épuisant. Le mortel est toujours inséparable de l'instant qui suit celui où elle s'exprime, l'épuisant est dans sa répétition et la fait méprisable et vile.


Facéties

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Pourquoi les Hongrois portent la croix double.
  • « Plaisanterie », H. 62 (14) v.


On demandait à un peintre pourquoi il avait fait ses enfants si laids alors que ses figures, choses inanimées, étaient si belles. Il répondit qu’il faisait ses tableaux de jour, et ses enfants de nuit.
  • « Plaisanterie », M. 58v.


Fables

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Page manuscrite contenant la citation ci-dessous.
Codex Atlanticus, 187r.
Le papillon étourdi et vagabond, non content de voler dans l'air, à sa fantaisie, fut attiré par la séduisante flamme de la chandelle ; il résolut d'aller vers elle, mais son joyeux mouvement lui fut cause de subite douleur. Ses ailes délicates se consumèrent et le malheureux tomba brûlé au pied du chandelier. Après bien des larmes et des regrets, il sécha les pleurs qui ruisselaient de ses yeux et levant le visage, il dit : « Ô lumière fallacieuse, combien d'autres as-tu, jusqu'à présent, trompés comme moi ! Hélas, puisque c'était mon désir de contempler la lumière, que n'ai-je su faire la différence entre le soleil et la trompeuse clarté du sale suif ? »


Le singe ayant trouvé un nid de petits oiseaux, s'en approcha avec grande joie; mais comme ils étaient déjà en état de voler, il ne put attraper que le plus petit. Plein d'allégresse, il regagna son gite en le tenant dans la main; puis, ayant contemplé l'oisillon, se prit à l'embrasser, éperdu d'amour, et tant le baisotta, le retourna et le pressa, qu'il finit par lui ôter la vie. Dit pour ceux qui pour trop aimer leurs enfants, attirent sur eux le malheur.


Page manuscrite, écrite de droite à gauche sur les côtés, au centre un espace avec des dessins
Codex Atlanticus, 207 r.
Le cèdre ambitionna de porter à sa cime un grand et beau fruit ; et de toute la force de sa sève il s’efforça de réaliser son désir. Mais une fois développé, ce fruit fut cause que la cime haute et élancée se ploya.
Le pêcher, envieux de la grande quantité de fruits qu’il voyait à son voisin le noyer, décida de l’imiter et chargea ses branches de fruits au point que leur poids le jeta, déraciné et brisé, au ras du sol.
  • Le Cèdre - Le Pêcher, C. A. 207 r.[n 75]


La lumière au haut de la chandelle est du feu dans les chaînes : en consumant elle se consume.


Le feu qui chauffait l'eau dans la marmite lui dit qu'elle ne méritait point d'être placée au-dessus de lui, le roi des éléments, et souhaita que la violence de son ébullition la chassât du récipient. Alors, pour lui rendre hommage en lui obéissant, elle descendit et le noya.


La plante se plaint du tuteur sec et vieux placé tout contre elle et des bâtons desséchés qui l’entourent ; or, l’un la maintient droite et l’autre la protège contre les mauvais compagnons.


Bestiaire

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On dit de l'alouette que, portée auprès d'un malade, s'il doit mourir, elle détourne la tête et évite de le regarder. Mais si le malade est appelé à guérir, l'oiseau ne le quitte pas des yeux, et grâce à lui le mal est ôté. Ainsi l'amour de la vertu ne contemple pas une chose vile ou mauvaise, mais toujours préfère s'arrêter sur ce qui est honnête et vertueux, et se repose dans les nobles cœurs comme les oiseaux sur les branches des vertes forêts. Et cet amour se révèle mieux dans l'adversité que dans la prospérité, comme la lumière resplendit davantage dans un lieu plus sombre.


Dessin d'un chasseur levant le bras sur une hermine retournée vers lui.
« L’hermine, symbole de la pureté », Fitzwilliam Museum, inv. PD. 120-1961[n 80] (Zöllner et Nathan 2019, 401, p. 490)
Dans sa modération, l'hermine ne mange qu'une fois par jour; elle se laisse capturer par le chasseur plutôt que de se réfugier dans un abri fangeux, où sa pureté risquerait de se souiller.


Il vit d’air et il est à la merci de tous les oiseaux. Pour plus de sécurité, il vole au dessus des nuages, où l’air est si raréfié qu’un oiseau qui l’aurait suivi ne pourrait s’y soutenir. À cette hauteur n’atteint que celui à qui le ciel en a donné permission ; c’est là que vole le caméléon.
  • « Le Caméléon », H 13 r.


La morsure de la tarentule fixe l’homme dans son propos, c’est-à-dire dans la disposition d’esprit où il se trouvait au moment où il fut piqué.
  • « Tarentule », H, 18 v.


Allégories

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La Patience sert de défense contre les injures, comme les vêtements contre le froid. Si tu multiplies tes habits à mesure qu’il augmente, il sera impuissant à te nuire. De même, redouble de patience en face de grandes injures, elles n’auront pas le pouvoir d’affecter ton esprit.
  • Carnets, Léonard de Vinci, éd. Gallimard, 2019  (ISBN 978-2-07-284486-7), chap. XLIV. Allégorie, p. 1309


page originale de la citation dessous : peu de texte, beaucoup de dessins de pierres, de machines et des études d’angles
Codex Atlanticus, 820 v.
L’araignée croit trouver le repos dans le trou de la serrure, et y trouve la mort.
  • Carnets, Léonard de Vinci, éd. Gallimard, 2019  (ISBN 978-2-07-284486-7), chap. XLIV. Allégorie, p. 1309


L’envie blesse au moyen de basses calomnies, c’est-à-dire de la médisance qui désole la vertu.


À mettre dans la main de l’ingratitude . Le bois nourrit le feu qui le consume.


Le feu détruit le mensonge, c'est-à-dire le sophisme, et rétablit la vérité, chassant les ténèbres. Le feu sera le destructeur du sophisme, le révélateur de la vérité, car il est lumière, le bannisseur des ténèbres qui cachent les choses essentielles. Le feu détruit le sophisme, c’est à dire la fausseté, et épargne la seule vérité, l’or. La vérité ne saurait être dissimulée en fin de compte. La dissimulation ne sert à rien. La dissimulation revêt un masque. Rien de caché sous le soleil. Le feu est mis pour la vérité, parce qu’il détruit tous sophismes et mensonges ; et le masque pour la fausseté et le mensonge, par quoi la vérité est dissimulée.


dessin de différents objets éparpillés sur le sol, tombés des nuages.
« Allégorie des entreprises humaines, RL 12698r[n 94] (Zöllner et Nathan 2019, 406, p. 492).

De ce côté-ci, Adam ; de celui-là, Ève.
Ô misère humaine ! de combien de choses tu te rends esclave pour l’argent.


Cette Envie est représentée avec un geste dédaigneux vers le ciel, parce que, si elle pouvait, elle tournerait sa force contre Dieu. Elle est figurée portant un masque sur son beau visage; elle est figurée l'œil blessé par la palme et l'olivier, et l'oreille par le laurier et le myrte, en signe que la victoire et la vérité l'offensent. Des éclairs jaillissent d'elle, pour symboliser la malignité de son langage. Elle est figurée maigre et ridée, parce qu'un désir perpétuel la consume sans répit. Elle est figurée avec un serpent de feu qui la mord au cœur. On l'a munie d'un carquois avec des langues en guise de flèches, parce qu'avec la langue elle offense souvent; elle est figurée avec une peau de léopard, car le léopard, envieux du lion, le tue par traîtrise. On lui a mis entre les mains un vase plein de fleurs qui dissimulent des scorpions, des crapauds et autres choses venimeuses. Dès l'instant où naît la vertu, elle donne naissance à l'envie qu'elle suscite; et l'on verra un corps privé de son ombre plutôt que la vertu sans l'envie.


Plaisir et Peine sont représentés sous les traits de jumeaux, comme joints ensemble, car l'un n'est jamais sans l'autre ; et ils se tournent le dos parce qu'ils s'opposent l'un à l'autre. Si tu choisis le plaisir, sache qu'il y a derrière lui quelqu'un qui ne t'apportera que tribulations et repentir. Tel est le Plaisir avec la Peine; comme ils sont toujours inséparables, on les représente sous les traits de jumeaux. Ils sont figurés le dos tourné, parce qu'ils s'opposent l'un à l'autre, et sortant d'un tronc commun, parce qu'ils ont une seule et même origine, car fatigue et peine sont au fond du plaisir, et les plaisirs vains et lascifs sont au fond de la peine.


Prophéties

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Des gens ingénus porteront des lumières pour éclairer le voyage de ceux qui ont perdu la faculté de voir. Ô sottise humaine ! Ô folie du genre humain ! Ces deux vocables sont à l’origine de la chose.
  • « Des morts qu’on emporte pour les enterrer », C. A. 1033 v.


On verra sur terre des créatures qui sans répit se combattront, avec très grandes pertes et morts fréquentes de part et d’autre. Elles n’assigneront pas de limite à leur malice ; dans les immenses forêts du monde, leurs membres sauvages abattront au niveau du sol, un nombre d’arbres considérable. Une fois repus de nourriture, ils voudront assouvir leur désir d’infliger la mort, l’affliction, le tourment, la terreur et le bannissement à toute chose vivante. À cause de leur superbe, ils voudront s'élever vers le ciel, mais le poids excessif de leurs membres les retiendra en bas. Rien ne subsistera sur terre ou sous terre ou dans les eaux, qui ne soit poursuivi ou molesté ou détruit et ce qui est dans un pays sera emporté dans un autre ; et leurs propres corps deviendront la sépulture et le conduit de tous les corps vivants qu'ils ont tués. O terre ! Que tardes-tu à t’ouvrir pour les précipiter dans les crevasses profondes de tes abimes et de tes cavernes, et pour ne plus montrer à la face des cieux un monstre aussi cruel, féroce et implacable ?
  • « De la cruauté de l’Homme », C. A. 1033 v.


Considère cette chose d'autant moins appréciée qu'on en a plus grand besoin : le conseil.
  • C, 19 v.


Les plumes élèveront les hommes vers le ciel, comme les oiseaux : au moyen des lettres écrites avec leurs pennes.
  • I, 64 (16) v.


Notes personnelles

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Il semble que ce soit mon destin d'écrire ainsi sur le milan, car parmi mes plus lointaines impressions d'enfance, il me souvient que du temps où j'étais au berceau, un milan vint m'ouvrir la bouche de sa queue, et à plusieurs reprises me frappa de sa queue sur les lèvres.


Poussé par un désir ardent, anxieux de voir l'abondance des formes variées et étranges que crée l'artificieuse nature, ayant cheminé sur une certaine distance entre les rocs surplombants, j'arrivai à l'orifice d'une grande caverne, et m'y arrêtai un moment, frappé de stupeur, car je ne m'étais pas douté de son existence; le dos arqué, la main gauche étreignant mon genou tandis que de la droite j'ombrageais mes sourcils abaissés et froncés, je me penchais continuellement, de côté et d'autre, pour voir si je pouvais rien discerner à l'intérieur, malgré l'intensité des ténèbres qui y régnaient. Après être resté ainsi un temps, deux émotions s'éveillèrent soudain en moi : crainte et désir; crainte de la sombre caverne menaçante, désir de voir si elle recélait quelque merveille.


Ô puissant et jadis vivant instrument de la nature constructrice, ta grande force ne t'a pas servi ; et tu as dû abandonner ta vie tranquille pour obéir à la loi que Dieu et le temps ont édictée pour la nature universellement procréatrice. Point ne te servirent les robustes nageoires dorsales qui te frayaient le chemin quand tu poursuivais ta proie en déchirant violemment, de la poitrine, les ondes amères. Ô combien de fois l'on vit fuir les bandes apeurées de dauphins et de grands thons, devant ta fureur insensée; et toi, battant l'eau de tes nageoires rapides et de ta queue fourchue, tu créais, dans la mer, de soudaines tempêtes avec grande rumeur et naufrage de vaisseaux ; ta vague puissante amoncelait sur les rivages mis à nu, les poissons effrayés, terrifiés; t'échappant, ils restaient là-haut, au sec quand les abandonnait la mer et devenaient l'abondant butin des peuples voisins. Ô Temps, prompt spoliateur des choses créées ! que de rois, que de gens tu as anéantis! que de changements d'état et de circonstances se succédèrent, depuis qu'a péri ici, dans ce recoin creux et sinueux, la forme merveilleuse de ce poisson ? À présent, détruite par le temps, elle git patiemment en cet espace restreint, et ses os dépouillés, mis à nu, elle est devenue armature et support de la montagne qui s'érige au-dessus d'elle.


Ô que de fois on te vit, parmi les vagues du vaste océan enflé, les dominer comme une montagne, les conquérir et les subjuguer, et de ton dos aux noires nageoires, fendre les ondes salées, dans ta course majestueuse et superbe.


Si ta liberté t’est chère, puisses-tu ne jamais découvrir que mon visage est la prison de l’amour.
  • Codex Forster III, 10 v.


Page manuscrite, écrite de droite à gauche, comme dans un miroir
RL 19086r
Je dispose dans ma langue maternelle d’un si grand nombre de mots, que je devrais déplorer mon manque de parfaite compréhension des choses, plutôt que le manque d’un vocabulaire nécessaire pour exprimer parfaitement les concepts de mon esprit.
  • (it) I' ho tanti vocavoli nella mia lingua materna, ch'io m'ho piuttosto da doler del bene intendere le cose che del mancamento delle parole colle quali io possa bene esprimere il concetto della mente mia.


Dis-moi si rien de pareil fut jamais fait ; tu comprends, et cela suffit pour l’instant.
  • RL 19121 v. et 19120 v.


Traité de la peinture

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Voir le recueil de citations : Traité de la peinture

Autres citations

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Citations rapportées

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Je doute, ô Grecs, qu’on puisse faire le récit de mes exploits, quoique vous les connaissiez, car je les ai faits sans témoin, avec les ténèbres de la nuit pour complice.
  • C. A. 195 r., empruntée aux Métamorphoses d'Ovide. Forme une sorte de devise d’après l’auteur.
  • Léonard de Vinci : une biographie, Serge Bramly, éd. JC Lattès, 2019  (ISBN 978-2-7096-6323-6), chap. I. Un cercle de miroirs, p. 11-12


Ne pas mentir sur le passé.
  • Léonard de Vinci : une biographie, Serge Bramly, éd. JC Lattès, 2019  (ISBN 978-2-7096-6323-6), chap. IV. La peur et le désir, p. 133


Je sais par expérience, écrit-il, l’intérêt qu’il y a, quand tu es au lit dans l’obscurité, de repasser en imagination les contours des formes déjà étudiées ou autres objets remarquables conçus par une subtile spéculation ; c’est là un exercice à recommander, très utile pour imprimer les choses dans la mémoire.
  • Léonard de Vinci : une biographie, Serge Bramly, éd. JC Lattès, 2019  (ISBN 978-2-7096-6323-6), chap. VIII. L’homme universel, p. 371


Que nul ne me lise qui n’est pas mathématicien.
  • L’auteur précise : « il met principalement dans ce mot des notions de rigueur, de cohérence, de logique. »
  • Léonard de Vinci : une biographie, Serge Bramly, éd. JC Lattès, 2019  (ISBN 978-2-7096-6323-6), chap. VIII. L’homme universel, p. 409


Maints événements eurent lieu il y a bien des années, qui me semblent toucher au présent, et beaucoup de choses récentes nous font l’effet d’être anciennes et de remonter à l’époque lointaine de notre jeunesse.
  • Léonard de Vinci : biographie, Charles Nicholl, éd. Actes Sud, 2006  (ISBN 2-7427-6237-X), p. 26


Le peintre est maître de toutes choses qui peuvent frapper la pensée de l’homme [...] il en est maître et créateur.
  • L'esprit et la matière, précédé de L'Elision, par Michel Bitbol, Erwin Schrödinger, éd. Seuil, 2011  (ISBN 978-2-7578-2496-2), partie L'Élision, chap. 1. La modestie du peintre, p. 27


Citations sur Léonard de Vinci

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Deux personnages dessinés sur un mur. Celui de gauche représente un paysage urbain en peinture.
Le héros de la bande dessinée Léonard représenté sur un mur de la ville de Bruxelles.

« Léonard, « homme énigme, prédestiné à vaincre et à séduire » (F. Nietzsche) a continué de fasciner écrivains et penseurs, qui nous ont livré leurs impressions et réflexions en quelques lignes, en longs portraits ou en études aujourd’hui célèbres. »

— Carnets 2019, Dossier. « Miroirs de Léonard, Léonard en miroir », p. 1449

Sur les carnets

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 Pour une présentation détaillée de l’ensemble des manuscrits, voir notamment : Louis Frank, « L'océan des manuscrits » dans Delieuvin et Frank 2019, p. 170-183; Vasari 2019, « Généalogie des manuscrits », p. 257-268; Vecce 2019, « Histoire et fortune des manuscrits de Léonard », p. 404-418; Carnets 2019, « Note sur les manuscrits de Léonard de Vinci », p. 38-42.

Les carnets du Vinci sont encombrés de croquis de monstres, de bêtes étranges vomissant le feu de toutes parts, en marchant à l’aide de poulies et de cordages commandés par des gens logés à l’intérieur. Ce sont des accessoires de fêtes cherchés et réalisés pour « l’esbatement » des belles dames milanaises, afin de prendre pied à la cour de Milan, comme il en réalisera plus tard à la cour de Léon X, pour l’amusement du Sacré Collège.


Page d'un carnet avec un dessin de trois fleurs et leurs feuilles.
Manuscrit B, 14r., Institut de France (Zöllner et Nathan 2019, 413, p. 499)
Se constitue de la sorte, peu à peu, un répertoire infini d'observations, de recherches, d'expériences, de réflexions, de théories, mêlant étroitement l'écriture et le dessin, souvent errantes et imparfaites, dont le déchiffrement demeure d'une redoutable difficulté, mais dont la somme constitue l'un des plus fascinants chapitres de l'histoire de la philosophie naturelle. Cette science a engendré une mer, vaste et tumultueuse, de plusieurs milliers de pages couvertes de dessins, de schémas et de calculs, inlassablement commentés par la graphie spéculaire de Léonard, dont les quelque quatre mille cent feuilles qui nous ont été transmises forment aujourd'hui un ensemble monumental de vingt carnets manuscrits et de trois grands recueils factices.
  • « L'océan des manuscrits », Louis Frank, dans Léonard de Vinci [exposition, Paris, Musée du Louvre, 24 octobre 2019-24 février 2020 (catalogue)], sous la direction de Vincent Delieuvin et Louis Frank, éd. Louvre/Hazan, 2019  (ISBN 9782754111232), p. 173


Seul un travail d’équipe difficile, réunissant de multiples spécialistes, pourra un jour prochain proposer une traduction en français de la totalité des manuscrits léonardiens.
  • « Préface », Pascal Brioist, dans Carnets, Léonard de Vinci, éd. Gallimard, 2019  (ISBN 978-2-07-284486-7), p. 34


Issu d’une longue lignée de notaires, Léonard de Vinci a naturellement tendance à prendre des notes. Il griffonne spontanément ses observations et ses idées, dresse des listes et dessine des croquis. Au début des années 1480, peu après son arrivé à Milan, il commence à prendre régulièrement des notes dans ses carnets, une habitude qui l’accompagnera tout au long de sa vie. Certains sont de simples feuillets volants de la taille d’un tabloïd. D’autres sont des volumes reliés en cuir ou en vélin au format d’un livre de poche ou plus petits. Il ne s’en sépare jamais et les utilise sur le terrain. Ces carnets lui permettent de consigner ses observations, et plus particulièrement les scènes impliquant des personnages et des émotions. « Amuse-toi, souvent en promenade », écrit-il, « à observer et à considérer les attitudes et les actes des hommes qui parlent, se disputent, rient ou en viennent aux mains. » Il capture ces informations sur le vif dans un petit carnet qu’il garde attaché à sa ceinture.
  • Léonard de Vinci : La biographie, Walter Isaacson, éd. Presses polytechniques et universitaires romandes, 2019  (ISBN 9782889152636), chap. 5. Les carnets de Léonard, p. 115


Ses carnets ne composent ni un journal intime ni des Mémoires. Lorsqu’il se met, vers l’âge de trente ans, à noter systématiquement ses pensées - à observer et réfléchir par écrit - sur de petits cahiers qu’il emporte partout avec lui, il n’a pas l’idée de se raconter. Les milliers de pages que noircit son écriture inversée de gaucher, si difficile parfois à déchiffrer, forment, a-t-on pu dire, les vestiges d’une vaste encyclopédie en gestation.
  • L’auteur cite Marc Curdy, introduction aux Carnets de Léonard de Vinci, 1942. « Nous somme en présence d’ébauches d’un plan immense, approfondi, médité, mais jamais réalisé, et dont les traités - sommes de recherches anatomiques, physiologiques et géologiques - ne forment qu’une partie, l’esquisse d’une vaste encyclopédie de la connaissance humaine. »
  • Léonard de Vinci : une biographie, Serge Bramly, éd. JC Lattès, 2019  (ISBN 978-2-7096-6323-6), chap. IV. La peur et le désir, p. 133


La raison et l’imagination sont étroitement enchevêtrées dans les Carnets qui ne sont pas une œuvre technologique proprement dite ni une œuvre plastique au sens propre ; ce sont le lieu où se posent ses pensées, ses observations et ses rêves. D’où des machines irréelles ou irréalisables, machines rêvées autant que conçues à côté de machines déjà existantes.
  • « Les machines de Léonard de Vinci comme vision du monde », Gérard Chazal, e-Phaïstos, nº IX-1, 2021 (lire en ligne)


l’image du monde qui émerge de ce parcours que l’on peut faire à travers les Carnets est celle d’un monde dont l’homme doit acquérir la maîtrise par le savoir, celui de la médecine et celui des mathématiques, autant que par le savoir-faire à travers les objets techniques. En ce sens, Léonard de Vinci préfigure Descartes et son injonction à nous rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature ».
  • « Les machines de Léonard de Vinci comme vision du monde », Gérard Chazal, e-Phaïstos, nº IX-1, 2021 (lire en ligne)


Expositions et musées

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Chez Leonard, le dessin est à la fois un instrument d’étude et d’analyse de la réalité et une forme de communication à l’efficacité surprenante. On peut légitimement considérer le dessin comme son « invention » la plus remarquable, celui-ci exprimant au mieux la complexité de sa pensée, sa capacité à passer d'un champ d'étude et de représentation à l'autre, l'union étroite entre l'art et la science. Car Léonard ne dessine pas ce qu'il voit, mais ce qu'il comprend de ce qu'il voit.
  • Léonard de Vinci : la nature et l’invention [exposition, Paris, Cité des sciences et de l'industrie, 23 octobre 2012-18 août 2013], sous la direction de Patrick Boucheron et Claudio Giogione, éd. La Martinière, 2012  (ISBN 9782732449906), p. 11


Portrait de profil à la sanguine d'un homme âgé, chauve et barbu.
De nombreux aspects de son travail montrent chez Léonard une véritable fascination pour l’eau. Dans ses paysages, l’eau symbolise les phénomènes naturels agissant sur des périodes de temps insaisissables; dans ses projets de génie civil, elle se fait adversaire puissant, mais malléable et dans ses études scientifique, c’est un élément authentique qui réponds aux forces extérieures, ce qui en favorise l’observation et l’étude.


Tableau partiellement peint représentant Marie tenant dans ses bras Jésus et le présentant aux rois mages. Une partie de cette toile est encore à l'état d'esquisse crayonnée
Exemple de Non finito chez Léonard de Vinci : l'Adoration des mages.
Inhérente à cette pratique d’une nouvelle liberté créatrice, apparaît la tendance de l’artiste, tout aussi novatrice et fondatrice, à laisser ses peintures inachevées. […] L’inachèvement semble donc le résultat d’une tendance a toujours vouloir conserver la liberté de parfaire l’ouvrage, mais elle devient également une expérience picturale, le non finito, qui a sa propre ambition artistique.
  • Vincent Delieuvin
  • Léonard de Vinci [exposition, Paris, Musée du Louvre, 24 octobre 2019-24 février 2020 (catalogue)], sous la direction de Vincent Delieuvin et Louis Frank, éd. Louvre/Hazan, 2019  (ISBN 9782754111232), chap. Liberté : la licence dans la règle. Liberté d’achever, p. 96


Carlo Amoretti

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Caricatures. Léonard a excellé dans ce genre, et n'a jamais été égalé; moins encore surpassé. Il est, dit Sulzer, autant au dessus de ses imitateurs, qu'une bonne comédie de Molière l'emporte sur une farce d'arlequin. Il s'est quelques fois aussi servi de ses caricatures dans les tableaux pour exprimer les passions fortes, et furieuses, qui altèrent les traits du visage, comme dans les batailles.
  • « Explication des planches », Carlo Amoretti (it), dans Disegni di Leonardo da Vinci incisi e pubblicati da Carlo Giuseppe Gerli / Desseins de Léonard de Vinci, gravés par Charles Joseph Gerli Milanois, Carlo Giuseppe Gerli, éd. Giuseppe Galeazzi Regio Stampatore, 1784, p. X (lire en ligne)


Anonimo Gaddiano

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 Des extraits du texte sont également traduits dans : l’édition du Traité de la peinture d’André Chastel (Traité 2003, p. 26-28) ; et dans le Dossier des Carnets 2019, p. 1428-131.

Lionardo di Ser Piero da Vinci, citoyen florentin, fut si rare et universel que l'on put dire qu'il avait été produit par un miracle de la nature, laquelle voulut le doter non seulement des beautés du corps, dont elle lui concéda beaucoup, mais voulut encore en faire le maître d'infinies vertus.
  • Florence, Biblioteca Nazionale Centrale, Codex Magliabechianus, XVII 17, fol. 90r
  • Vie de Léonard de Vinci, peintre et sculpteur florentin, Giorgio Vasari (trad. Louis Frank et Stefania Tullio Cataldo), éd. Hazan/Louvre, 2019  (ISBN 978-2-754111-24-9), partie Annexes, chap. III. Anonimo Magliabechiano, p. 278


Il était beau de sa personne, proportionnée, gracieuse et de belle apparence. Il portait un manteau couleur de rose, court, jusqu'au genou, bien que l'usage alors fût aux vêtements longs. Il avait descendant jusqu'au milieu de la poitrine une belle chevelure bouclée et bien coiffée. Et ledit Lionardo passant avec G. da Gavine à Santa Trinita, non loin du banc des Spini, où se trouvaient réunis des hommes de qualité et où l'on disputait d'un passage de Dante, ils appelèrent Lionardo, en lui demandant de leur expliquer le passage. Le hasard voulut qu'au même moment, Michele Agnolo passât par-là, et comme il avait été appelé par l'un d'eux, Lionardo répondit : C'est Michele Agnolo qui va vous l'expliquer! Sur quoi Michele Agnolo, s'imaginant qu'il avait dit cela pour railler, lui renvoya avec fureur : Explique-le toi-même, toi qui as fait le dessin d'un cheval de bronze, qui n'as même pas été capable de le fondre, et qui l'as honteusement laissé tomber! Sur ce, il leur tourna le dos et disparut. Lionardo se trouva court, devenu tout rouge à ces paroles. Et Michele Agnolo, voulant blesser Lionardo, lui dit encore : Et tu t'es pris pour qui chez ces dindons de Milanais?
  • Florence, Biblioteca Nazionale Centrale, Codex Magliabechianus, XVII 17, fol. 121v-122r.
  • Vie de Léonard de Vinci, peintre et sculpteur florentin, Giorgio Vasari (trad. Louis Frank et Stefania Tullio Cataldo), éd. Hazan/Louvre, 2019  (ISBN 978-2-754111-24-9), partie Annexes, chap. III. Anonimo Magliabechiano, p. 280


Daniel Arasse

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Voir le recueil de citations : Daniel Arasse
Dieu mis à part, Léonard de Vinci est sans doute l’artiste sur lequel on a le plus écrit. […] Il a inspiré les fantasmes les plus légitimes et les déductions les plus saugrenues.
  • Léonard de Vinci : le rythme du monde, Daniel Arasse, éd. Hazan, 1997  (ISBN 2-85025-542-4), chap. Léonard aujourd’hui, p. 9 (lire en ligne)


La conscience d'une dynamique inscrite au cœur de la Création, à la fois mouvance matérielle irrésistible du macrocosme et énergie spirituelle inaliénable du microcosme, est au centre des pensées et de l'art de Léonard. Cette intuition est d'abord celle, fondamentale, de l'unité du monde (et de l'homme, pars mundi, dans et avec le monde) comme incessante transformation. Comme l'a souligné André Chastel, la plupart des idées développées à ce sujet par Léonard sont empruntées, parfois directement, à Ovide et, en particulier, au grand discours du Livre XV des MétamorphosesPythagore décrit le monde dans un état permanent de devenir: depuis les montagnes qui ont été au fond des océans (et on sait l'importance des intuitions géologiques de Léonard) jusqu'à la belle Hélène dont la beauté est consumée par le temps (et on connaît la violence avec laquelle Léonard guette, chez le vieillard, la catastrophe de la beauté), « toute forme est une image errante ».
  • Léonard de Vinci : le rythme du monde, Daniel Arasse, éd. Hazan, 1997  (ISBN 2-85025-542-4), chap. Léonard aujourd’hui, p. 17 (lire en ligne)


Incontestablement, pour reprendre la formule de Paul Klee (dont les textes et les préoccupations font si souvent écho à ceux de Léonard), un aspect essentiel de l’art de Léonard tient à ce qu’il veut, en accord avec ce qu’il perçoit du monde, y faire sentir « la formation sous la forme ».
  • Léonard de Vinci : le rythme du monde, Daniel Arasse, éd. Hazan, 1997  (ISBN 2-85025-542-4), chap. Léonard aujourd’hui, p. 19 (lire en ligne)


S'il fallait, à terme, chercher un cadre par rapport auquel situer l'intuition léonardesque du rythme du monde, on le trouverait chez Ovide. Comme l'a indiqué André Chastel, le grand discours prêté à Pythagore au chant XV des Métamorphoses (dont Léonard possédait un exemplaire) sert, en plusieurs points, de source directe à certaines pages de Léonard, et plusieurs de ses notations constituent autant de citations, directes ou de mémoire, du texte ovidien – qu'il s'agisse du thème du « Temps consumateur de toutes choses » et de la beauté d'Hélène en particulier, ou de la question des fossiles marins que l'élévation du sol terrestre a placés en haut des collines et des montagnes. D'une manière générale, « la cosmologie, la physique et même la morale de Léonard » sont remarquablement analogues à celles du Pythagore ovidien, dont la vision du monde se condense dans le vers célèbre : « Cuncta fluunt omnisque vagans formatur imago » (« Tout coule et chaque image est une forme errante »).
  • Léonard de Vinci : le rythme du monde, Daniel Arasse, éd. Hazan, 1997  (ISBN 2-85025-542-4), partie I. L’universel inachevé. Portrait de l’artiste en philosophe, chap. Le monde de Léonard, p. 129-130 (lire en ligne)


[…] Ce mouvement virtuel de l'ombre est le ressort, dramatique, esthétique et scientifique, du sfumato léonardien. Fondé sur l'approche scientifique de la physiologie de la vision, mais reprenant aussi pour la porter à son aboutissement la tradition antique de la gradation des tons en vue d'obtenir le relief, le sfumato constitue, dans son acception la plus simple et selon la description qu'en donne Galilée dans ses Considérations sur le Tasse, un moyen de passer « sans rudesse d'une teinte à une autre, grâce auquel la peinture parvient à être douce et ronde, possédant force et relief[n 104].
  • Léonard de Vinci : le rythme du monde, Daniel Arasse, éd. Hazan, 1997  (ISBN 2-85025-542-4), partie L’ouvrage de peinture, chap. Les desseins du peintre, p. 309 (lire en ligne)


Carmen Bambach

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Dans le cas de Léonard, cahiers de croquis et carnets de notes étaient les principaux instruments d'expression en tant qu'artiste et auteur, et la majorité de ses dessins étaient des feuilles volantes sans doute issus de cahiers de croquis, de manuscrits ou de feuilles de papier pliées.
  • (en) In Leonardo's case, sketchbooks and notebooks were his primary instruments of expression as an artist and author, and the majority of his drawings were withaout doubt sheets from sketchbooks, manuscripts or loose quires of folded papers.
  • (en) « «Pore la Figure disprossatamente» : the sketches of Leonardo and the creative imagination. », Carmen Bambach (trad. Wikiquote) (2015), dans Leonardo Da Vinci 1452-1519, Maria Teresa Fiorio, Pietro C. Mariani, éd. Skira (Milan), 2015  (ISBN 978-8-857-22473-2), p. 52


Auguste Barbier

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Voir le recueil de citations : Auguste Barbier

Salut, grand florentin adoré du Lombard,
Au front majestueux, à la barbe luisante !
Devant toi je m’incline, ô noble Léonard,
Plus que devant un prince à l’armure éclatante !


Charles Baudelaire

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Voir le recueil de citations : Charles Baudelaire

Léonard de Vinci, — miroir profond et sombre,
Où des anges charmants, avec un doux souris
Tout chargé de mystère, apparaissent à l’ombre
Des glaciers et des pins qui ferment leur pays

  • Les Phares


Serge Bramly

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Voir le recueil de citations : Serge Bramly
Il ne note pas ses souvenirs ; il évite d’en parler, mais, ne pouvant leur échapper, s’interroge, comme pour les conjurer, sur le mécanisme de la mémoire : « notre jugement n’évalue pas dans leur ordre exact et raisonnable, dit-il, les choses qui se sont passées à des périodes différentes, car maints événements ayant eu lieu il y a bien des années semblent toucher au présent, tandis que beaucoup d’autres, récents, nous font l’effet d’être anciens et de remonter à l’époque lointaine de notre jeunesse. »
  • Léonard de Vinci : une biographie, Serge Bramly, éd. JC Lattès, 2019  (ISBN 978-2-7096-6323-6), chap. IV. La peur et le désir, p. 136


Mais ces phrases ne révèlent-elles pas, à son insu, son système de défense, la méthode qu’il a élaborée pour réduire une pensée importune ? Plutôt que de donner prise, de se laisser atteindre, de s’apitoyer, il retourne cette sorte de pensée, en fait son champ d’étude ; il va du rôle passif au rôle actif : il neutralise tout sentiment susceptible de l’affecter en lui opposant un œil froid de philosophe, d’homme de science. « Les sens appartiennent à la terre, avoue-t-il ; la raison, à l’écart, demeure contemplative ». Serait-ce, en partie, le premier moteur de sa quête intellectuelle, la genèse de ses carnets ?
  • Léonard de Vinci : une biographie, Serge Bramly, éd. JC Lattès, 2019  (ISBN 978-2-7096-6323-6), chap. IV. La peur et le désir, p. 137


Il a pris l’habitude, lorsqu’il se sert d’une nouvelle plume, après l’avoir taillée, de l’essayer dans un coin de page ; il écrit alors des phrases sans suite qui commencent toujours par les mêmes mots : Dis, dis-moi. Cela donne : « Dis, dis-moi si jamais… », « Dis-moi comment les choses se passent… », « Dis-moi si jamais fut fait… »
  • Léonard de Vinci : une biographie, Serge Bramly, éd. JC Lattès, 2019  (ISBN 978-2-7096-6323-6), chap. V. Dispero, p. 228


« Toutes nos connaissances, dit Léonard, découlent de ce qu’on ressent ». Éprouver par les sens - au premier rang desquels il place la vue - et discerner, juger, réfléchir, tels sont pour lui les vecteurs fondamentaux de la sapieta - de la « sapience », qui est à la fois savoir et sagesse.
« Ce qu’on acquiert dans sa jeunesse, écrit-il, permet de lutter contre les misères du grand âge ; et si veux que ta vieillesse se nourrisse de sapience, fais en sorte, tant que tu es jeune, que ta vieillesse ne manque pas de vivres. »
  • Léonard de Vinci : une biographie, Serge Bramly, éd. JC Lattès, 2019  (ISBN 978-2-7096-6323-6), chap. VIII. L’homme universel, p. 369


Il est facile de devenir universel, dit-il, car la Nature obéit dans tous ses développements à des lois similaires et invariables, de sorte que connaissant l’un de ses processus on peut comprendre les autres par analogie.
Se perfectionner en jouant : il indique ainsi des « récréations profitables » par lesquelles on s’entraîne « à bien juger de la longueur et de la largeur des choses », à comparer les proportions, à évaluer les distances.
  • Léonard de Vinci : une biographie, Serge Bramly, éd. JC Lattès, 2019  (ISBN 978-2-7096-6323-6), chap. VIII. L’homme universel, p. 370


Michel-Ange lui lance encore : « Et ces idiots de Milanais t’ont fait confiance ? » […] Le trait de Michel-Ange a touché juste : Léonard a laissé derrière lui tant d’ouvrages inachevés ! Combien de fois, le cœur amer, a-t-il noté dans le passé, machinalement, en essayant une plume neuve : « Dis-moi si rien à jamais été accompli ; dis-moi… », « Dis-moi si j’ai jamais fait une chose qui… », « Dis, dis-moi si jamais… »
  • Léonard de Vinci : une biographie, Serge Bramly, éd. JC Lattès, 2019  (ISBN 978-2-7096-6323-6), chap. IX. Lauriers et orages, p. 486


André Breton

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Voir le recueil de citations : André Breton
Photo en noir et blanc avec un cadrage serré d'un homme sérieux en costume-cravate.
André Breton en 1927.
On répète volontiers que Léonard de Vinci recommandait à ses élèves, en quête d’un sujet original et qui leur convînt, de regarder longtemps un vieux mur décrépi : « Vous ne tarderez pas, leur disait-il, à remarquer peu à peu des formes, des scènes qui se préciseront de plus en plus… Dès lors vous n’aurez plus qu’à copier ce que vous voyez, et à compléter au besoin. » Quelques allusions qu’on ait continué d’y faire, on peut dire que cette leçon a été perdue[n 106].
  • « Le message automatique », Minotaure, no3-4, décembre 1933 [texte intégral] .
  • « Point du jour », dans Œuvres complètes II, André Breton, éd. Gallimard, 1992  (ISBN 2-07-011234-9), p. 377


La leçon de Léonard, engageant ses élèves à copier leurs tableaux sur ce qu’ils verraient se peindre (de remarquablement coordonné et de propre à chacun d’eux) en considérant longuement un vieux mur, est loin d’être comprise. Tout le problème du passage de la subjectivité à l’objectivité y est implicitement résolu et la portée de cette résolution dépasse de beaucoup en intérêt humain celle d’une technique, quand cette technique serait celle de l’inspiration même. C’est tout particulièrement dans cette mesure qu’elle a retenu le surréalisme. Le surréalisme n’est pas parti d’elle, il l’a retrouvée en chemin et, avec elle, ses possibilités d’extension à tous les domaines qui ne sont pas celui de la peinture. Les nouvelles associations d’images que c’est le propre du poète, de l’artiste, du savant, de susciter ont ceci de comparable qu’elles empruntent pour se produire un écran d’une texture particulière, que cette texture soit concrètement celle du mur décrépi, du nuage ou de toute autre chose : un son persistant et vague véhicule, à l’exclusion de toute autre, la phrase que nous avions besoin d’entendre chanter.
  • Chapitre V, publié sous le titre « Le Château étoilé », Minotaure, no8, juin 1936 [texte intégral] .


Pascal Brioist

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Voir le recueil de citations : Pascal Brioist
Le caractère exceptionnel du cas Léonard de Vinci réside en outre dans le fait que la plupart de ses manuscrits contiennent des notes à usage personnel. Il s’agit ici d’un processus d’enregistrement d’idées, de faits, de projets sur le long terme, c’est-à-dire sur la durée de toute une vie, de sorte que les écrits techniques de Léonard de Vinci constituent sans aucun doute le fond le plus dense en notre possession dans le champ des techniques et des arts de la Renaissance. Un long monologue de l’artiste avec lui-même sur les problèmes de la technologie nous permet ici de pénétrer, avec toutes les difficultés classiques relatives à l’interprétation de ses papiers, dans le processus même d’invention et de production technique.
  • Construire à la Renaissance : Les engins de chantier de Léonard de Vinci, Andrea Bernardoni et Alexander Neuwahl, éd. Presses universitaires François-Rabelais, Presses Universitaires de Rennes, 2014  (ISBN 9782869065345), p. en ligne


Leur nature évidente de « feuille de laboratoire » confère aux feuillets léonardiens, qui se caractérisent par leur non systématisation, leur incomplétude et leur état provisoire, le concept de « trading zones » : bien qu’ils fassent apparaître des processus mentaux d’invention et de création de projets, ils permettent en réalité de reconstruire les relations multiples et complexes que Léonard entretient avec le monde de son temps et qui l’ont inspiré.
  • Pascal Brioist, Avant-propos.
  • Construire à la Renaissance : Les engins de chantier de Léonard de Vinci, Andrea Bernardoni et Alexander Neuwahl, éd. Presses universitaires François-Rabelais, Presses Universitaires de Rennes, 2014  (ISBN 9782869065345), p. en ligne


Que reste-t-il à présent de la célébration du génie léonardien? Les critiques de Bertrand Gille, reprises par Paolo Galluzzi en 1997 lors d'une exposition internationale sur les Ingénieurs de la Renaissance, doivent être prises en compte : on n'invente jamais seul et, au moins dans le domaine des techniques, crier au génie falsifie l'histoire et inhibe toute une partie de notre compréhension de la créativité. Mais qu'en est-il des réflexions scientifiques ou philosophiques de Léonard, de ses intuitions anatomiques et de sa compréhension du vivant, de ses performances artistiques ? En dehors des meilleures biographies récentes comme celles de Carlo Vecce ou de Charles Nicholl, rares sont ceux qui, comme Martin Kemp ou Daniel Arasse, ont tenté d'embrasser la totalité du tableau.
  • Les Audaces de Léonard de Vinci, Pascal Brioist, éd. Stock, 2019  (ISBN 978-2-234-08638-8), chap. Introduction. Les énigmes de Léonard de Vinci, p. 23


Une querelle historiographique a opposé ceux qui voyaient en Léonard un grand lecteur et ceux qui, au contraire, clamaient qu'il n'avait jamais rien lu, mais cet affrontement est aujourd'hui très daté et l'on a parfaitement reconstitué la bibliothèque de Léonard grâce à ses citations et aux différentes listes de livres en sa possession dressées dans ses manuscrits. […] Il est désormais impossible d'opposer strictement, comme on le faisait jusqu'alors, l'autodidacte et le lecteur savant.
  • Les Audaces de Léonard de Vinci, Pascal Brioist, éd. Stock, 2019  (ISBN 978-2-234-08638-8), chap. Introduction. Les énigmes de Léonard de Vinci, p. 25-26


Régis Burnet

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En situant la scène vers la fin d'un après-midi un peu nuageux, Léonard teste ses théories physiques. Il peut ainsi allonger les ombres et leur donner une couleur différente, ce qui constitue une révolution dans l'optique.
  • Peindre la bible, Régis Burnet, éd. Bayard, 2020  (ISBN 978-2-227-49856-3), chap. L'Annonciation par Léonard de Vinci, p. 32


Italo Calvino

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Voir le recueil de citations : Italo Calvino
Photo en noir et blanc d'un homme souriant à l'index sur la joue droite et les autres doigts sous la bouche.
Italo Calvino.
De ce combat avec la langue, de cette poursuite de quelque chose qui échappe encore à l'expression, c'est Léonard de Vinci qui offre l'exemple le plus significatif; dans l'extraordinaire document que sont les carnets, on voit Léonard affronter la langue, une langue touffue et noueuse, à la recherche de l'expression la plus riche, la plus subtile, la plus précise. Les états successifs de l'idée traitée […] montrent bien, chez Léonard écrivain, quelles forces il engageait dans l'écriture en tant qu'instrument de connaissance, et combien il préférait, pour tous ses livres en projet, le procès de la recherche à l'achèvement d'un texte à publier.
  • Défis aux labyrinthes, Italo Calvino (trad. Yves Hersant), éd. Seuil, coll. « Bibliothèque Calvino », 2003  (ISBN 2-02-061914-8), t. II, partie Leçons américaines : six propositions pour le prochain millénaire, chap. Exactitude, p. 69


croquis du coeur, des poumons et des vaisseaux pulmonaires droits encadré par des notes manuscrites.
« Anatomie du poumon et du cœur (du bœuf) », RL 19071r (Zöllner et Nathan 2019, 348, p. 461)
Léonard, qui se présentait lui-même comme le contraire d'un lettré (« omo senza lettere »), avait un rapport difficile au langage écrit. Personne au monde n'était plus savant et plus sage, mais son ignorance du latin et de la grammaire l’empêchait de communiquer par écrit avec les doctes de son temps. Sans doute se sentait-il capable de fixer dans le dessin, mieux que dans la langue, une large part de son savoir. (« O scrittore, con quali letere scriverai tu con tal perfezione la intera figurazione qual fa qui il disegno? » [« Où trouveras-tu, toi qui écris, des lettres qui figurent aussi parfaitement tout ce que le dessin figure ici? »] demandait-il dans ses carnets d'anatomie.) Et ce n'est pas seulement la science, mais aussi la philosophie qu'il était convaincu de mieux transmettre par la peinture et le dessin. Reste qu'il éprouvait constamment le besoin d'écrire, de recourir à l'écriture pour explorer le monde, ses secrets, la diversité de ses manifestations, comme pour donner forme à ses propres rêveries, émotions ou rancœurs.
  • Défis aux labyrinthes, Italo Calvino (trad. Yves Hersant), éd. Seuil, coll. « Bibliothèque Calvino », 2003  (ISBN 2-02-061914-8), t. II, partie Leçons américaines : six propositions pour le prochain millénaire, chap. Exactitude, p. 69-70


Baldassare Castiglione

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Voir le recueil de citations : Baldassare Castiglione
Portrait de 3/4 d'un buste d’homme barbu, aux yeux bleus, vêtu d'un béret et d'un pourpoint noir aux manches en fourrures
Portrait de Baldassare Castiglione, par Raphaël, Louvre, inv. 611.
Je connais un fort excellent musicien, qui, ayant délaissé la musique, s'est adonné entièrement à composer des vers, et qui pense qu'il est en cela un très grand homme alors qu'il fait rire de lui tout le monde et a désormais perdu aussi sa connaissance de la musique. Un autre, qui est un des premiers peintres du monde, méprise l'art dans lequel il est unique et s'est mis à apprendre la philosophie, dans laquelle il a forgé des conceptions si étranges et des chimères si curieuses qu'il ne saurait les dépeindre avec toute sa peinture.


Benvenuto Cellini

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Dessin, à la mine de plomb, du visage d'un homme barbu aux cheveux bouclés.
Autoportrait
Voir le recueil de citations : Benvenuto Cellini
[…] Aucun homme plus grand que lui, je le crois, ne viendra jamais au monde pour les trois arts principaux, sculpture, peinture, architecture. Comme il n’était pas avare de son génie, qu’il possédait quelques rudiments de lettres latines et grecques, le roi François, qui était gaillardement amoureux de son grand talent, prenait un immense plaisir à l’écouter parler et il n’y avait guère un jour dans l'année où il ne se détachait de lui. C’est la raison pour laquelle il n’eut pas l’occasion de mettre en œuvre tous les projets qu’il étudiait avec tant de discipline. Je ne voudrais manquer de rapporter les paroles que j’entendis dire du roi à son propos. Il me parlait, en présence du cardinal de Ferrare, du cardinal de Lorraine et du roi de Navarre. Le roi dit qu’il ne pensait pas qu’il eût jamais existé un homme qui en sût tant que Léonard, non seulement en sculpture, peinture et architecture, mais aussi en philosophie où il excellait.
  • (it) […] [il mirabile ingegno del detto Lionardo] (il quale io non credo mai, che maggior uomo nascesse al mondo di lui) sopra le tre grandi arti Scultura, Pittura e Architettura. E perchè egli era abbondante di tanto grandissimo ingegno, avendo qualche cognizione di lettere latine e greche, il Re Francesco, essendo innamorato gagliardissimamente di quelle su gran virtù, pigliava tanto piacere a sentirlo ragionare, che poche giornate dell'anno si spiccava da lui; qual furno causa di non gli dar facoltà di poter mettere in opera quei sua mirabili studi, fatti con tanta disciplina. Io non voglio mancare di ridire le parole, che io senti dire al Re di lui, le quali disse a me, presente il Cardinal di Ferrara e il Cardinal di Loreno e il Re di Navarra: disse, che non credeva mai, che altro uomo fusse nato al mondo, che sapesse tanto quanto Lionardo, non tanto di Scultura, Pittura e Arehitettura, quanto ch'egi era grandissimo Filosofo.
  • (it) Due Trattati di Benvenuto Cellini, scultore fiorentino, uno dell'Oreficeria l'altro della Scultura, Benvenuto Cellini (it), éd. Società Tipografica de' Classici Italiani, 1811, p. 252-253 (lire en ligne)
  • « Les anecdotes vasariennes sur Léonard de Vinci », Anna Sconza, dans La théorie subreptice : les anecdotes dans la théorie de l'art, XVIe-XVIIIe siècles, textes réunis par Emmanuelle Hénin, François Lecercle, Lise Wajeman, éd. Brepols, 2012  (ISBN 978-2-234-08638-8), p. 17 (pdf), note 76 (lire en ligne)
  • Léonard de Vinci à la cour de France, Laure Fagnart, éd. Presses universitaires de Rennes, 2019  (ISBN 978-2-7535-7703-9), partie Francois 1er et Léonard, chap. Léonard en France au service de Louise de Savoie et de Francois 1er, p. 113


André Chastel

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Voir le recueil de citations : André Chastel
La culture de Léonard a le vrai caractère de la culture humaniste, latine ou vulgaire, de son temps, qui est d'utiliser inlassablement tous les ouvrages de la littérature aux fins qui lui sont propres : il lui arrive constamment de conserver les idées ou les formes sans afficher la citation.
  • « Léonard et la culture », dans Léonard de Vinci et l'expérience scientifique au XVIe siècle (colloque international, Paris, 4-7 juillet 1952), Centre national de la recherche scientifique/Presses universitaires de France, (SUDOC 005317851, lire en ligne), p. 254
  • « Léonard et la culture » (1952), dans Fables, formes, figures, André Chastel, éd. Flammarion, 1978  (ISBN 2-08-210712-4), vol. II, p. 254


On estime qu'il subsiste à peu près la moitié des écrits de Léonard, carnets préparatoires, études, comptes, aphorismes, notes de lecture. Ils s'étendent sur près de quarante années. Une publication méthodique et critique serait une entreprise redoutable, mais tant qu'elle ne sera pas faite, l'étude de la pensée de Léonard risque bien de manquer des articulations historiques indispensables. On est constamment en danger de prendre des relevés de lecture destinés à l'examen ou à la discussion, pour des affirmations personnelles, et d'apercevoir abusivement des intuitions « modernes » dans ses observations, faute de les relier à la « science » contemporaine. L'extraordinaire diversité de ses préoccupations oblige à se demander quel but il poursuivait. Léonard semble se l'étre demandé lui-même.
  • Art et humanisme à Florence au temps de Laurent le Magnifique : études sur la Renaissance et l'humanisme platonicien (1959), André Chastel, éd. Presses universitaires de France, 1961, partie III. Léonard de Vinci et le néo-platonisme, chap. II. La « science » de Léonard et la réaction anti-platonicienne, p. 409 (lire en ligne)


On ne comprendra Léonard, si divers soit-il, que par la diversité même de son époque, en considérant ce qu'il assimile et ce qu'il repousse, en imaginant un esprit au travail. Les écrits de Léonard abondent en fables, propos et fantaisies tirés de la culture populaire, il connaissait les « humoristes », Burchiello (it), Pulci (it); plus d'une de ses pages sont dignes d'eux. Il connaissait, bien entendu, les grands poètes toscans et il fut de ceux qui osaient « commenter » Dante. Il sut se composer, grâce aux recueils d'extraits ou d'exempla, tout un matériel « classique » où ne manquaient ni Ovide ni Lucrèce.
  • Art et humanisme à Florence au temps de Laurent le Magnifique : études sur la Renaissance et l'humanisme platonicien (1959), André Chastel, éd. Presses universitaires de France, 1961, partie III. Léonard de Vinci et le néo-platonisme, chap. II. La « science » de Léonard et la réaction anti-platonicienne, p. 410-411 (lire en ligne)


Tableau représentant, au centre, une femme, un enfant de chaque côté et un ange à droite, dans une grotte à ciel ouvert
La Vierge aux rochers, Louvre, inv. 777.
Le texte du manuscrit Arundel [ B.M. 155r.] insiste plus que d'ordinaire sur les jeux d'ombre et de lumière, sur le clair-obscur étrange de la caverne; et l'on est tenté de le rapprocher de l'effet crépusculaire et humide de la Vierge aux rochers. L'atmosphère couverte qui exalte et adoucit à la fois le relief des formes, ajoute à l'intensité de la beauté. Si le moment de la grâce la plus expressive exige l'enveloppe obscure, une grotte qui déploie un champ sombre autour des figures est comme une demeure idéale où elles prendront toute leur séduction : en plaçant les personnages divins dans ce cadre fantastique, Léonard, par une de ces transpositions décidées dont il est coutumier, donne à la scène traditionnelle la valeur d'un symbole plus général. Il superpose sa propre vision à l'image pieuse : le jour bleuâtre qui filtre à travers les prismes minéraux semble suggérer une clairière du monde souterrain plutôt qu'un libre horizon; des glaciers apparaissent dans les lointains et rappellent l'immensité de la nature.
  • Art et humanisme à Florence au temps de Laurent le Magnifique : études sur la Renaissance et l'humanisme platonicien (1959), André Chastel, éd. Presses universitaires de France, 1961, partie III. Léonard de Vinci et le néo-platonisme, chap. III. La vérité de l’art. III, la caverne et les lointains, p. 436-437 (lire en ligne)


Devant Léonard de Vinci, la perplexité s'est toujours mêlée à l'admiration. C'est peu de dire que son génie attire et déconcerte : on a en fait l'impression d'être en présence d'un personnage différent selon que l'on s'attache à ce qu'on sait de lui, à ce qu'il reste de ses écrits, à ce qu'on voit de son œuvre… Rien n'invite plus à préciser l'unité cachée de son activité que l'espèce de légende qui en couvre l'intensité et… la dispersion. Le « mythe léonardien », avec ses prolongements ésotériques et ses implications freudiennes, n'est peut-être – ou, enfin, n'a peut-être été jusqu'ici – qu'un moyen d'assurer, en désespoir de cause, à un personnage et à un artiste trop subtils et élusifs au moins la consistance et la cohérence des héros de roman.
  • « Introduction », André Chastel, dans Traité de la Peinture (1987), Léonard de Vinci, éd. Calmann-Levy, 2003  (ISBN 2-7021-3378-9), p. 5


Sophie Chauveau

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Voir le recueil de citations : Sophie Chauveau
Kenneth Clark, un des meilleurs connaisseurs de Léonard de Vinci, a émis l’idée assez fine qu’à chaque génération cet étonnant personnage devait être réinterprété. Quand on est le symbole personnifié de la peinture, de la beauté, voire du génie, on se doit de s’adapter au goût de chaque époque.
  • Léonard de Vinci (2008), Sophie Chauveau, éd. Gallimard, coll. « Folio Biographies », 2021  (ISBN 9782072782831), chap. Prologue, p. 9


Son nom, dans le monde entier, synonyme de beauté, d’art et de dilettantisme, de magie et de grâce, d’absolu, voire de génie, fait rêver à l’aune du mystère qui le nimbe. Car le plus célèbre peintre de l’univers n’a laissé au monde qu’une douzaine de tableaux de sa main. Inachevés ou altérés… Le plus grand sculpteur de l’humanité n’a livré à la postérité aucun témoignage de son génie… Le meilleur architecte, pas davantage… L’ingénieur militaire qui se flattait d’avoir mis au point le plus grand nombre de moyens techniques propres à gagner toutes les guerres, à « tuer la guerre », disait-il…, rien non plus… Quant à l’immense savant, le plus prodigieux inventeur de machines à tout faire qu’ait jamais porté l’univers, on ne retrouva ses fameux Carnets que très longtemps après que la nécessité eut contraint l’époque à se passer de lui pour, à son heure, inventer « ses » découvertes…
  • Léonard de Vinci, Sophie Chauveau, éd. Gallimard, coll. « Folio Biographies », 2021  (ISBN 9782072782831), chap. Prologue, p. 12-13


Kenneth Clark

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Voir le recueil de citations : Kenneth Clark
Léonard chercha en tant qu’artiste à accroître sa connaissance du monde physique par l’observation, la comparaison, l’analyse. Il a, certes, à un moment donné, consigné ses recherches dans des notes et des diagrammes, et non dans des dessins ou des peintures, mais ces deux formes d’expression sont finalement inséparables et elles ont réagi l’une sur l’autre à chacune des phases de son existence.
  • Léonard de Vinci [Leonardo da Vinci : an account of his development as an artist] (1939), Kenneth Clark (trad. Eleonor Levieux et Françoise-Marie Rosset), éd. Librairie générale française, coll. « Livre de poche », 2005  (ISBN 9782253114413), chap. Introduction, p. 14 (lire en ligne)


Di mi se mai fu fatta alcuna cosa - a-t-on jamais fini, je vous le demande, quoi que ce soit - c’était la phrase qui coulait de la plume de Léonard à chaque pause de sa pensée. Di mi se mai, di mi se mai, nous trouvons cette phrase dix fois, cent fois, sur des feuilles de dessins, parmi des gribouillages et des formules de mathématiques, avec les calculs les plus compliqués, à tel point qu’elle devient une sorte de refrain, et le symptôme de son désarroi.
  • Léonard de Vinci [Leonardo da Vinci : an account of his development as an artist] (1939), Kenneth Clark (trad. Eleonor Levieux et Françoise-Marie Rosset), éd. Librairie générale française, coll. « Livre de poche », 2005  (ISBN 9782253114413), chap. IX. 1513-1519, p. 341-342 (lire en ligne)


Léonard de Vinci est l’Hamlet de l’histoire de l’art, que chacun de nous doit recréer pour son propre compte.
  • Léonard de Vinci [Leonardo da Vinci : an account of his development as an artist] (1939), Kenneth Clark (trad. Eleonor Levieux et Françoise-Marie Rosset), éd. Librairie générale française, coll. « Livre de poche », 2005  (ISBN 9782253114413), chap. IX. 1513-1519, p. 371 (lire en ligne)


« […] il n'appartient à aucune époque, il n'entre dans aucune catégorie, et plus on le connaît, plus mystérieux il semble. […] Et puis il possédait évidemment, au plus haut point, le talent de son temps pour enregistrer et condenser tout ce qui séduisait son œil. Mais une passion prédominante gouvernait tous ces dons : la curiosité, qui n'était pas particulière à la Renaissance. Ce fut l'homme le plus constamment curieux de l'histoire. Tout ce qu'il voyait l'incitait à s'interroger sur le pourquoi et le comment. »

  • Civilisation, un point de vue personnel (1969), Kenneth Clark (trad. Guillaume Villeneuve), éd. éditions NEVICATA, 2021  (ISBN 978-2-87523-167-3), chap. L’artiste héroïque, p. 119-120


Martin Clayton

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Voir le recueil de citations : Martin Clayton
Le thème qui préside à chacun de ces trois emblèmes est celui de la constance. En haut, une charrue accompagnée de la devise Hostinato rigore (« Rigueur obstinée »). Au centre, une boussole montée sur un fût, rattachée de façon très léonardesque à une roue hydraulique, elle-même mue par l'eau s'écoulant à sa base. Et on constate que même si le dispositif fait tourner la boussole, l'aiguille pointe obstinément vers le soleil. En dessous figure la devise Destinato rigore ou « Rigueur déterminée » et, dans la marge, « celui qui a une telle étoile fixe ne dévie pas de son chemin ». Enfin, une bougie placée dans une lanterne est exposée au souffle des huit vents mais ne s'éteint pas. Le soleil du deuxième emblème arbore trois fleurs de lys, le symbole du roi de France. Léonard a vraisemblablement conçu ces emblèmes pour un courtisan de Milan occupée par les Français et qui souhaitait exprimer son dévouement inébranlable à Louis XII.
  • Léonard de Vinci : le génie en dessin, Martin Clayton, éd. Flammarion/Royal collection trust, 2018  (ISBN 9782081459816), p. 186


Une tempête cataclysmique submergeant la terre ! Voilà l’un des sujets favoris de Léonard durant ses dernières années, tant dans ses dessins que dans ses écrits. […] Il n’y a rien de fantaisiste à considérer cette obsession de la mort et de la destruction comme l’expression éminemment personnelle d’un artiste frappé par la maladie et sentant sa fin approcher - un artiste qui a vu quelques-unes de ses plus belles créations détruites sous ses yeux ou rester inachevées, et qui a une conscience aigüe du caractère éphémère de toute chose, jusqu’à la terre elle-même.
  • Léonard de Vinci : le génie en dessin, Martin Clayton, éd. Flammarion/Royal collection trust, 2018  (ISBN 9782081459816), p. 231


Jean Cocteau

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Voir le recueil de citations : Jean Cocteau

Marguerite Coleman

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Une cloche teinte, une porte s'ouvre, des voix s'élèvent ; il semble que, au tournant d'un sentier, on va soudain rencontrer Léonard, appuyé sur le bras de son compagnon, avec sa robe brune, ses longs cheveux d'argent et sa barbe blanche.
Peut-être s'en va-t-il retrouver le roi ou deviser avec les artistes italiens qui travaillent au château ? A moins qu'il ne se rende à la collégiale Saint-Florentin pour y méditer, dans le silence, sur les destinées de l'homme.
  • Au sujet d'Amboise
  • Amboise et Léonard de Vinci, Marguerite Coleman, éd. Arrault et Cie, 1932, chap. Amboise et Vinci, p. 209 (lire en ligne)


Pieusement recueillis, longuement examinés, ses restes furent enfin transférés dans la chapelle Saint-Hubert du château, et recouverts d'une dalle portant l'inscription suivante :
Sous cette pierre reposent les ossements recueillis de l'ancienne chapelle d'Amboise parmi lesquels on suppose que se trouve l'ancienne dépouille mortelle de Léonard de Vinci, né en 1452, mort en 1519 (1874).
  • Amboise et Léonard de Vinci, Marguerite Coleman, éd. Arrault et Cie, 1937, p. 85-86 (lire en ligne)


Vincent Delieuvin

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Voir le recueil de citations : Vincent Delieuvin
Léonard invite l’artiste à ne pas contraindre l’exercice d’invention par l’impératif d’une fidèle imitation des formes extérieures. Il faut avant tout étudier le mouvement des figures, qui est la conséquence de leurs sentiments intérieurs. Il faut également rechercher l’interaction la plus naturelle entre les protagonistes, pour faire comprendre l’histoire par le simple langage du corps.
  • « La licence dans la règle », Vincent Delieuvin, dans Léonard de Vinci [exposition, Paris, Musée du Louvre, 24 octobre 2019-24 février 2020 (catalogue)], sous la direction de Vincent Delieuvin et Louis Frank, éd. Louvre/Hazan, 2019  (ISBN 9782754111232), partie Liberté, p. 92


Francesca Debolini

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Dessin de la tête de 5 personnages masculins aux traits disproportionnés
Cinq personnages grotesques (vers 1495) Bibliothèque royale de Windsor. RL 12495r (Zöllner et Nathan 2019, 221, p. 388)
A la suite de la découverte de l'inconscient, les fantaisies grotesques de Léonard ont été mises en relation avec la psychologie des profondeurs.
  • (it) Léonard de Vinci, Francesca Debolini (trad. Denis-Armand Canal), éd. Éditions de la Martinière, 2000  (ISBN 978-2-732-42601-3), chap. Physionomies et grotesques, p. 56


Pour Léonard, la peinture art suprême de la figuration, supérieur à la sculpture, à la musique et à la poésie, et summa de tout connaissance accordée à l'homme, se compare à la philosophie naturelle qui explore l'apparence des choses et les causes qui se cachent derrière.
  • (it) Léonard de Vinci, Francesca Debolini (trad. Denis-Armand Canal), éd. Éditions de la Martinière, 2000  (ISBN 978-2-732-42601-3), chap. La science de la peinture, p. 60


Assis dans un lit à baldaquin rouge, François 1er tient dans ses bras Léonard mourant.
François 1er recueille le dernier soupir de Léonard de Vinci (Ingres), 1818.
L'anecdote selon laquelle Vinci serait mort dans les bras du roi de France est sans doute une légende. Néanmoins François 1er était conscient de la personnalité exceptionnelle de l'artiste qu'il avait accueilli.
  • (it) Léonard de Vinci, Francesca Debolini (trad. Denis-Armand Canal), éd. Éditions de la Martinière, 2000  (ISBN 978-2-732-42601-3), chap. Léonard à la cour de France (1516-1519), p. 127


Quatre cavaliers armés de cimeterres et de lances se combattent dans une mêlée. On aperçoit sous les sabots des chevaux des guerriers à terre qui tentent de se protéger.
La Bataille d'Anghiari par Rubens d'après une fresque originale de Léonard de Vinci (œuvre détruite).
L'influence pratique de Léonard, présente encore dans des personnalités aussi éloignées que Rubens et Rembrandt, se marie ensuite à son influence théorique , à la suite de la publication de ses écrits par l'Académie française en . Le Traité de la peinture illustré par Poussin, est repris par Le Brun dans un contexte académique.
  • (it) Léonard de Vinci, Francesca Debolini (trad. Denis-Armand Canal), éd. Éditions de la Martinière, 2000  (ISBN 978-2-732-42601-3), chap. La fortune européenne de Vinci au XVIe et XVIIe siècles., p. 130


Max Ernst

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Voir le recueil de citations : Max Ernst
Photo en noir et blanc avec un cadrage serré, d'un homme aux cheveux blancs, l'air pensif, regardant dans le vide.
Max Ernst en 1968.
Q. : Pourquoi avez-vous peint Léonard de Vinci ?
R. : Parce qu’il s’est demandé « Pourquoi une peinture semble-t-elle plus belle vue dans un miroir qu’en réalité ? »
  • « La nudité de la femme est plus sage que l’enseignement du philosophe » (1959), dans Écritures, Max Ernst, éd. Gallimard, 1970, p. 333


J’ai suivi l’exemple de Léonard de Vinci, qui corrigeait dans ses écrits ce que Botticelli avait dit au sujet de l’art du paysagiste […]. Léonard avait alors constaté que tous ces effets mystérieux du hasard ou de la nature, entre autres taches d’humidité sur un vieux mur, peuvent nous suggérer un paysage, un visage ou tout autre sujet, mais que l’artiste doit ensuite élaborer ce qu’il a cru découvrir afin de créer une œuvre qui lui est propre.
  • Miró, Ernst, Chagall : propos sur l’art, Édouard Roditi, éd. Hermann, 2006  (ISBN 2-7056-6575-7), p. 30


Laure Fagnart

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Aujourd'hui, Léonard est un label, un produit de grande consommation, une icône culturelle, un prétexte pour les agences de voyages, tandis que ses œuvres sont devenues des images auprès desquelles se photographier et parfois se vendent pour des sommes qui dépassent l'entendement. Bien souvent aussi, le mythe a pris le pas sur l'histoire. Ainsi, l'épisode légendaire de la visite du « grand roy » François au chevet d'un Léonard moribond constitue-t-il l'une des fables les plus inlassablement répétées. Giorgio Vasari imagine l'anecdote pour démontrer que le maître italien est un peintre royal, l'égal du roi de France, digne de sa position d'initiateur de la maniera moderna. Le conte devient même l'un des faits les plus glorieux de l'Histoire de France, au début du XIXè siècle notamment, quand il s'agira de légitimer la monarchie française restaurée. Mais, comme souvent, aux abords de la fiction, on trouve la réalité. Les liens entre Léonard et la France sont incontestables et bien attestés. Ils ne relèvent pas seulement de la chimère.
  • Léonard de Vinci à la cour de France, Laure Fagnart, éd. Presses universitaires de Rennes, 2019  (ISBN 978-2-7535-7703-9), chap. Introduction, p. 12


Dans le Trattato della pittura di Lionardo da Vinci que Raphaël Trichet du Fresne publie en 1651, le maître italien est associé à la figure d'Hermès Trismégiste, que les néoplatoniciens avaient célébré comme un sage aux connaissances infinies, et avec celle d'un druide antique :

« Passée sa jeunesse, il se laissa pousser les cheveux et la barbe, avec une négligence philosophique, ainsi il ressemblait à un Hermès ou à un druide antique[n 107] »

Auréolé d'un tel statut, la personne de Léonard ne pouvait que garantir le dessein de François 1er, lui qui fut l'un des premiers souverains de France à considérer que l'art et la culture peuvent éclairer un règne et lui apporter une forme d'immortalité : en fréquentant, en protégeant, en acquérant les peintures d'un homme dont les connaissances sont inégalées, le premier roi Valois conforte son statut de souverain admirable, digne « père des arts et des lettres ».
  • Léonard de Vinci à la cour de France, Laure Fagnart, éd. Presses universitaires de Rennes, 2019  (ISBN 978-2-7535-7703-9), partie Francois 1er et Léonard, chap. Léonard en France au service de Louise de Savoie et de Francois 1er, p. 113


Louis Frank

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Voir le recueil de citations : Louis Frank
Manuscrit en deux colonnes, à gauche un texte inversé, à droite deux schémas de ramage d'arbres sur la pousse annuelle des rameaux
Manuscrit M, 78v., Institut de France[n 43].
Dans bien des cas, les lois que Léonard crut découvrir ne sont pas exactes, et il a largement erré dans ses calculs et dans ses raisonnements. L'acuité de sa vision, traduite par une faculté graphique insurpassable, confère cependant à ses dessins le caractère d'une représentation analytique des lois gouvernant la matière sensible. Particulièrement remarquables sont à cet égard ses études sur les mouvements d'écoulement, d'interférences et de turbulences des eaux. Mais il arrive parfois que Léonard modélise mathématiquement, exactement comme le ferait une intelligence de l'âge scientifique moderne. Tel est le cas de l'extraordinaire diagramme de la croissance des arbres du Manuscrit M de l'Institut de France [ M, 78v. ], qui pose que chaque année, la somme des sections des branches produites est égale à la section du tronc dont elles sont issues. […] Exprimée en langage moderne, cette loi introduit un rapport entre la somme des carrés des diamètres des branches et le carré du diamètre de leur tronc. L'invariance à toute échelle de cette structure, explicitement relevée par Léonard, caractérise ce que le mathématicien Benoît Mandelbrot nommera, au XXe siècle, un objet fractal.
  • « La déité de la science de la peinture », Louis Frank, dans Léonard de Vinci [exposition, Paris, Musée du Louvre, 24 octobre 2019-24 février 2020 (catalogue)], sous la direction de Vincent Delieuvin et Louis Frank, éd. Louvre/Hazan, 2019  (ISBN 9782754111232), p. 210


Sigmund Freud

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Voir le recueil de citations : Sigmund Freud
Si nous considérons la fantaisie du vautour chez Léonard avec l'œil du psychanalyste, elle ne nous apparait pas longtemps insolite. […] Queue, coda, est du nombre des symboles et désignations substitutives les plus connus du membre viril, en italien non moins que dans d'autres langues; la situation contenue dans la fantaisie – un vautour ouvre la bouche de l'enfant et y fourrage vigoureusement avec la queue – correspond à la représentation d'une fellation, d'un acte sexuel, lors duquel le membre est introduit dans la bouche de la personne impliquée. Il est déjà étrange que cette fantaisie comporte un caractère si généralement passif; de plus, elle ressemble à certains rêves et fantaisies de femmes ou d'homosexuels passifs.
  • Carnets, Léonard de Vinci, éd. Gallimard, 2019  (ISBN 978-2-07-284486-7), partie Dossier, chap. Aux sources de la légende, p. 1506


Silouette d'oiseau formée par le voile bleu de la Vierge soulignée de blanc.
Le Vautour découvert par Freud dans le tableau la Vierge à l'enfant de léonard de Vinci.
Un autre trait incompris de la fantaisie d'enfance de Léonard requiert tout d'abord notre intérêt. Nous ramenons notre interprétation de cette fantaisie au fait de recevoir la tétée de sa mère et nous trouvons la mère remplacée par un… vautour. D'où vient ce vautour et comment apparaît-il en cet endroit ? Voici que surgit une idée, si éloignée qu'on serait tenté d'y renoncer. Dans les pictogrammes sacrés des anciens Egyptiens, « mère » s'écrit en effet par l'image du vautour. Ces Egyptiens vénéraient aussi une divinité maternelle qui fut représentée avec une tête de vautour ou avec plusieurs têtes dont l'une au moins était celle d'un vautour. […] Cette divinité maternelle à tête de vautour fut, dans la plupart de ses figurations, dotée par les Egyptiens d'un phallus; son corps, caractérisé comme féminin par les seins, portait aussi un membre viril en état d'érection. Ainsi donc nous trouvons, dans la déesse Mout, la même réunion des caractères maternels et masculins que, chez Léonard, dans la fantaisie du vautour…
  • Carnets, Léonard de Vinci, éd. Gallimard, 2019  (ISBN 978-2-07-284486-7), partie Dossier, chap. Aux sources de la légende, p. 1507-1508


Si peu connu que soit dans ses détails le comportement sexuel de ce grand artiste et chercheur, il nous est bien permis de nous fier à la probabilité que les témoignages de ses contemporains ne furent pas dans l'ensemble erronés. A la lumière de ces documents, il nous apparaît donc comme un homme dont le besoin et l'activité sexuels étaient extraordinairement diminués, comme si une plus haute aspiration l'avait élevé au-dessus de l'ordinaire nécessité animale des hommes.
  • Carnets, Léonard de Vinci, éd. Gallimard, 2019  (ISBN 978-2-07-284486-7), partie Dossier, chap. Aux sources de la légende, p. 1510


Léonard se détournera de toute activité grossièrement sensuelle ; il pourra vivre dans l'abstinence et donnera l'impression d'un être asexué. Lorsque les flots de l'excitation pubertaire atteignent le garçon, ils ne le rendront toutefois pas malade, en le contraignant à des formations substitutives coûteuses et nocives ; l'exigence de la pulsion sexuelle pourra en majeure partie, grâce à la préférence précoce pour l'avidité de savoir d'ordre sexuel, se sublimer en poussée de savoir d'ordre général et échapper ainsi au refoulement. Une partie bien moindre de la libido restera orientée vers des buts sexuels et représentera la vie sexuelle atrophiée de l'adulte. Par suite du refoulement de l'amour pour la mère, cette partie sera repoussée sur une position homosexuelle et se manifestera sous la forme d'un amour idéel des garçons. La fixation à la mère et aux souvenirs bienheureux du commerce entretenu avec elle reste conservée dans l'inconscient, mais y demeure provisoirement en état d'inactivité. C'est ainsi que refoulement, fixation et sublimation disposent, chacun selon sa part, des contributions fournies par la pulsion sexuelle à la vie psychique de Léonard. De l'obscure période de l'enfance, Léonard surgit devant nous artiste, peintre et sculpteur, en vertu d'un don spécifique, qui pourrait bien avoir été renforcé par l'éveil précoce, dans les premières années d'enfance, de la pulsion de regarder.
  • Carnets, Léonard de Vinci, éd. Gallimard, 2019  (ISBN 978-2-07-284486-7), partie Dossier, chap. Aux sources de la légende, p. 1517


Au faîte de sa vie, au début de la cinquantaine, à une époque où chez la femme les caractères sexuels sont déjà en involution et où il n'est pas rare que chez l'homme la libido tente encore une poussée énergique, une nouvelle transformation affecte Léonard. […] Il rencontre la femme qui éveille en lui le souvenir du sourire heureux et sensuellement ravi de sa mère, et sous l'influence de ce réveil il retrouve l'impulsion qui l'avait guidé au début de ses essais artistiques, lorsqu'il créait des images de femmes souriantes. Il peint alors La Joconde, la Sainte Anne en tierce et la série des tableaux mystérieux caractérisés par le sourire énigmatique. À l'aide de ses motions érotiques les plus archaiques, il célèbre son triomphe sur l'inhibition, encore une fois surmontée dans son art. Ce dernier développement se perd pour nous dans la pénombre de l'âge qui s'avance. Auparavant, son intellect s'est encore élancé jusqu'aux plus hautes réalisations d'une conception du monde qui laisse loin derrière elle son époque.
  • Carnets, Léonard de Vinci, éd. Gallimard, 2019  (ISBN 978-2-07-284486-7), partie Dossier, chap. Aux sources de la légende, p. 1518-1519


Quatre siècle plus tard, quelqu'un va bâtir sur ce tableau [La Vierge à l'enfant de Léonard de Vinci] son propre Da Vinci Code. Il s'agit de Sigmund Freud, qui y voit la preuve de l'homosexualité de Léonard ! En 1910, le père de la psychanalyse s'est intéressé au seul souvenir d'enfance dont le grand peintre ait fait état dans ses carnets. Il aurait été attaqué par un rapace [...] . Pour Freud, l'interprétation est évidente, comme dans la mythologie égyptienne, Mout, la mère, est une déesse vautour, il en déduit que Léonard a transposé un souvenir d'allaitement, [...] en fantasme de fellation, clef de son homosexualité. Et quelques années plus tard, il trouve la preuve de ce qu'il avance. [...] Il voit [...] à droite , entre la bouche de l'enfant Jésus et le menton de sa mère... la queue du vautour. Une théorie dont psychanalystes et historiens d'art débattent encore aujourd'hui.
  • d'Art d'Art !, Nathalie Boels-Kugel (sous la dir. de), éd. Le Chêne, 2010  (ISBN 978-2-812-30101-8), t. 2, p. 68


Paolo Galluzzi

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Voir le recueil de citations : Paolo Galluzzi

Théophile Gautier

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Voir le recueil de citations : Théophile Gautier
Ces lampes de la vie, que, suivant le beau vers de Lucrèce, des coureurs se remettent l’un à l’autre, s’étaient rallumées à l’étincelle antique, et brillaient joyeusement dans des mains qui ne devaient plus les laisser éteindre. Un de ceux dont la lampe jeta le plus vif rayon, ce fut Léonard de Vinci. Sa flamme, bien que voilée par la fumée noire du temps, luit encore comme une étoile ; et quand un des tableaux du maître se trouve dans une galerie, quelque sombre et rembruni qu’il soit, elle en est tout éclairée.
  • Guide de l’amateur au Musée du Louvre, suivi de la vie et les œuvres de quelques peintres, Théophile Gautier, éd. G. Charpentier, 1882, partie La vie et les œuvres de quelques peintres, chap. I. Léonard de Vinci, p. 198 (texte intégral sur Wikisource)


Léonard de Vinci est par excellence le peintre du mystérieux, de l’ineffable, du crépusculaire ; sa peinture a l’air d’une musique en mode mineur. Ses ombres sont des voiles qu’il entr’ouvre ou qu’il épaissit pour faire deviner une pensée secrète. Ses tons s’amortissent comme les couleurs des objets au clair de lune, ses contours s’enveloppent et se noient comme derrière une gaze noire, et le temps, qui ôte aux autres peintres, ajoute à celui-ci en renforçant les harmonieuses ténèbres où il aime à se plonger.
  • déjà dans son Italia, Victor Lecou, (lire en ligne), « VI. La Cène, Brescia, Vérone », p. 65 (2ème édition en 1855)
  • Guide de l’amateur au Musée du Louvre, suivi de la vie et les œuvres de quelques peintres, Théophile Gautier, éd. G. Charpentier, 1882, partie La vie et les œuvres de quelques peintres, chap. I. Léonard de Vinci, p. 207-208 (texte intégral sur Wikisource)


Qui s’imaginerait que ce beau Léonard, si élégant, si noble, si rare, si exquis, possédât au suprême degré le don de la caricature ? En ce genre, comme en tout autre, il a du premier coup atteint la perfection. Avec quelle force comique, quelle raillerie magistrale, quelle puissance grotesque il découvre l’angle singulier, le détail caractéristique, le côté exorbitant, le tic impérieux de chaque physionomie ! Comme il fait sortir le monstre caché dans tout homme, et comme d’un coup de crayon pareil à un coup de griffe il détache le visage pour laisser voir le masque caché dessous !
  • « Les douze dieux de la peinture II », L'Artiste, 1858, p. 165 [texte intégral] 
  • Guide de l’amateur au Musée du Louvre, suivi de la vie et les œuvres de quelques peintres, Théophile Gautier, éd. G. Charpentier, 1882, partie La vie et les œuvres de quelques peintres, chap. I. Léonard de Vinci, p. 218-219 (texte intégral sur Wikisource)


Les figures de Léonard de Vinci semblent savoir ce que les hommes ignorent, on dirait qu'elles ont habité, avant de venir de se mirer dans la toile, des zones supérieures et inconnues; leurs regards sont si mystérieux, si profonds, si pénétrants, si sagaces, qu'ils inquiètent tout en charmant, et font naitre ensemble la peur et l'amour; ces yeux-là ont vu ailleurs ce que nulle prunelle humaine n'a vu encore, ni ne verra peut-être. Mais le sourire des figures de Vinci n'est pas moins étonnant que leur regard.
  • « Les caricatures de Léonard de Vinci », Théophile Gautier, L’Artiste, 1857, p. 21 (lire en ligne)


On dirait que l'artiste a voulu faire une espèce de cours de tératologie entendu dans le sens large de Geoffroy Saint-Hilaire, et prouver la beauté par la laideur, la norme par le désordre. La caricature, telle que les modernes l'ont entendue, n'a aucun rapport avec ces dessins, dont la fantaisie a toujours pour point de départ la plus profonde science anatomique, et qui sont en quelque sorte une arabesque humaine ayant des muscles pour rinceaux. — Ce sont là jeux de Titan, auxquels ne sauraient s'amuser, malgré tout leur talent, ni Hogarth (en), ni Cruikshank, ni Gavarni (it), ni Daumier (en), car le Vinci est aussi prodigieux dans ces croquis, faits avec la griffe du lion trempée dans l'encre, que dans ses peintures les plus achevées.
  • « Les caricatures de Léonard de Vinci », Théophile Gautier, L’Artiste, 1857, p. 22 (lire en ligne)
  • Guide de l’amateur au Musée du Louvre, suivi de la vie et les œuvres de quelques peintres, Théophile Gautier, éd. G. Charpentier, 1882, partie La vie et les œuvres de quelques peintres, chap. I. Léonard de Vinci, p. 220 (texte intégral sur Wikisource)


S’il eût voulu, Léonard de Vinci pu être Michel-Ange, comme il eût été Raphaël; il fut lui, c’est assez.
  • « Les douze dieux de la peinture II », L'Artiste, 1858, p. 165 [texte intégral] 
  • Guide de l’amateur au Musée du Louvre, suivi de la vie et les œuvres de quelques peintres, Théophile Gautier, éd. G. Charpentier, 1882, partie La vie et les œuvres de quelques peintres, chap. I. Léonard de Vinci, p. 220-221 (texte intégral sur Wikisource)


C’est le seul artiste qui ait pu être beau sans être antique. En cela consiste son mérite suprême […]. Léonard de Vinci a gardé la finesse gothique en l’animant d’un esprit tout moderne. Comme nous l’avons déjà dit ailleurs, car si Virgile est l’auteur de Dante, Léonard est notre peintre, les figures du Vinci semblent venir des sphères supérieures se mirer dans une glace ou plutôt dans un miroir d’acier bruni où leur reflet reste éternellement fixé par un secret pareil à celui du daguerréotype. On les a déjà vues, mais ce n’est pas sur cette terre ; dans quelque existence antérieure peut-être dont elles vous font souvenir vaguement.
  • « Les douze dieux de la peinture II », L'Artiste, 1858, p. 165-166 [texte intégral] 
  • Guide de l’amateur au Musée du Louvre, suivi de la vie et les œuvres de quelques peintres, Théophile Gautier, éd. G. Charpentier, 1882, partie La vie et les œuvres de quelques peintres, chap. I. Léonard de Vinci, p. 221-222 (texte intégral sur Wikisource)


Bertrand Gille

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Voir le recueil de citations : Bertrand Gille

Goethe

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Voir le recueil de citations : Goethe

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Yves Hersant

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Voir le recueil de citations : Yves Hersant
Cuncta fluunt/omnisque vagans formatur imago : « Tout coule et chaque image est une forme errante. » De la célèbre formule qu’Ovide prête à Pythagore, au chant XV de ses Métamorphoses, Léonard de Vinci aurait pu faire sa devise ; car aux yeux de l’ingénieur-artiste, le monde a pour loi d’être instable, fluide, parcouru de forces qui sans cesse remettent en cause la victoire du « cosmos » sur le « chaos » (vers quoi l’homme tend « comme le phalène vers la lumière »).
  • « Nuages de Léonard », Yves Hersant, dans Nues, nuées, nuages, Jackie Pigeaud, éd. Presses universitaires de Renne, 2010  (ISBN 978-2-7535-1241-2), p. url (lire en ligne)


Magdeleine Hours

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Voir le recueil de citations : Magdeleine Hours
Vinci affirmera encore que la peinture doit être lisse si ce n'est émaillée et qu'il faut effacer toute marque personnelle de la main de l'artiste, car il n'y a alors, chez lui, aucun souci d'individualiser son œuvre mais au contraire de l'intégrer à un tout. Plus elle sera semblable à la nature, plus elle sera détachée de l'individualité du peintre, plus elle aura, aux yeux de celui-ci, de mérite. La matière ne doit laisser percevoir ni la brosse ni le coup de pinceau, quel que soit le procédé d'examen utilisé, quel que soit le grossissement obtenu - les mains de la Joconde en sont un bon exemple.
  • Les secrets des chefs-d'œuvre (1964), Magdeleine Hours, éd. Laffont, 1988  (ISBN 2-221-05753-8), chap. I. Sur les chemins de l’invisible, p. 31-36 (lire en ligne)


La peinture de Léonard de Vinci est un éternel sujet de discussions ; certains l'aiment, d'autres ne l'aiment point ; aucun ne lui est indifférent. Tous s'étonnent de son mystérieux attrait, nul ne le nie. L'optique, les sciences physiques – pour lesquelles Léonard de Vinci eut un si vif intérêt – furent, il y a quelques années, requises afin de tenter d'éclairer les raisons du mystérieux attrait qu'éveille cette peinture, mais également afin d'en étudier la technique dans le but louable d'en améliorer la conservation.
  • Les secrets des chefs-d'œuvre (1964), Magdeleine Hours, éd. Laffont, 1988  (ISBN 2-221-05753-8), chap. V. Du Maître de Moulins à Léonard de Vinci, p. 188 (lire en ligne)


A l'occasion du cinquième centenaire de la naissance de Léonard de Vinci, en 1952, une étude de ses œuvres fut entreprise en collaboration avec les musées du monde entier. C'est à l'honneur de notre temps que de voir des pays éloignés dans l'espace, politiquement hostiles parfois, collaborer afin de tenter d'éclairer un problème qui n'intéresse économiquement aucun d'eux, mais qui les passionne également. Les résultats obtenus ont fait l'objet de nombreuses publications. La synthèse en est d'autant plus aisée que les résultats en sont minces. La peinture de Léonard de Vinci semble défier les méthodes d'examen.
  • Les secrets des chefs-d'œuvre (1964), Magdeleine Hours, éd. Laffont, 1988  (ISBN 2-221-05753-8), chap. V. Du Maître de Moulins à Léonard de Vinci, p. 190 (lire en ligne)


En 1951, nous avons entrepris au Laboratoire de préparer notre participation à l’exposition organisée par le conservateur en chef du département des Peintures, prévue et tenue en 1952 pour le cinquième centenaire de la naissance de Léonard de Vinci, avec, pour la première fois dans notre secteur, une collaboration internationale très efficace, nous permettant de réunir des documents scientifiques, effectués dans des conditions d’obtention comparable, ce qui était indispensable pour souligner les caractéristiques de la manière et de l’évolution de Léonard. Cependant, le problème était d’autant plus difficile à résoudre que la matière de Léonard semble défier nos méthodes d’analyse.


Le cinquième centenaire de Léonard de Vinci avait paru l'occasion idéale pour réunir, dans une même salle de musée, les chefs-d'œuvre de l'art et les résultats de nos travaux. Nul n'ignorait le rôle important que Léonard de Vinci avait donné dans sa vie à la recherche scientifique. […] Les nombreuses recherches appliquées à la technique de la peinture qui étaient l'objet de son Traité, les remarques si nombreuses de Vasari, nous révélaient l'intérêt constant porté par Léonard non seulement à la composition chimique des corps, mais au problème optique et à l'étude de la lumière qui passionnaient tellement le monde florentin du Cinquecento. On pouvait présumer de l'intérêt qu'il eût porté aux méthodes d'examen physique de l'œuvre d'art (dites non destructives, en opposition aux méthodes d'analyse chimique) qui utilisaient toute la gamme des ondes électromagnétiques.


L'analyse optique de l'œuvre de Léonard de Vinci était loin d'élucider tous les problèmes qu'elle posait. Sa matière picturale résistait et fuyait sous les divers rayons. […] Il résultait de notre étude que les œuvres de Léonard de Vinci de la dernière période groupées autour de La Joconde (Sainte Anne et Saint Jean) défiaient les méthodes d'analyse physique et nous nous demandions si « ce n'est pas là le comble de l'art mais d'un art qui n'est plus de la peinture lorsque le phénomène physique s'évanouit devant l'expression ».


Arsène Houssaye

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Voir le recueil de citations : Arsène Houssaye
Léonard de Vinci se mit à la table de Dieu le Fils et fut du Cénacle, mais il s'agenouilla à l'autel de Dieu le Père devant la sainte table de la Nature.
  • Histoire de Léonard de Vinci, Arsène Houssaye, éd. Didier et Cie, 1869, chap. Préface, IV, p. 6 (lire en ligne)


Walter Isaacson

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Voir le recueil de citations : Walter Isaacson
Les conflits intérieurs que vit Léonard contribuent sans doute à sa faculté à dépeindre les émotions. […] Il griffonne cette phrase à de multiples reprises, dès qu’il étrenne une nouvelle plume ou qu’il a du temps à perdre : « Dis-moi si jamais rien ne fut fait […] Dis-moi […] Dis-moi. » Un jour, il couche sur le papier un cri d’angoisse : « Alors que je croyais apprendre à vivre, j’apprenais à mourir ». Dans ses carnets de l'époque, on retrouve des citations que Léonard a pris la peine de consigner. L'une est d'un ami, qui lui adresse un poème très personnel. « Léonard, pourquoi es-tu si troublé ? » écrit-il. Sur un autre feuillet, une autre citation, celle-ci d'un certain Johannes: « Il n'est pas de présent parfait sans grande souffrance. Nos gloires et nos triomphes s'effacent. » Sur le même feuillet, Léonard copie un vers de La Divine Comédie de Dante :
« Maintenant il convient, dit le Maître, que tu secoues toute paresse : ce n'est point couché sur la plume, ni sous la couverture, qu'on acquiert la renommée sans laquelle celui qui consume sa vie, laisse de soi, sur la terre, le même vestige que la fumée dans l'air et l'écume dans l'eau! »
  • Léonard de Vinci : La biographie, Walter Isaacson, éd. Presses polytechniques et universitaires romandes, 2019  (ISBN 978-2-88915-263-6), chap. 3. Seul, p. 97


Dessin en pied d’un homme nu avec deux postures superposées: en croix dans un carré et les membres écartés dans un cercle
Homme de Vitruve (Les proportions du corps humain selon Vitruve), Gallerie dell'Accademia), Venise, inv. 228
Dans quelle mesure cet Homme de Vitruve est-il un autoportrait ? Léonard enjoint à ses lecteurs de se garder de croire que « tout peintre se peint lui-même ». Pourtant, dans une partie de son traité sur la peinture intitulée « Comment les figures ressemblent souvent à leurs maîtres », il affirme que c'est une tendance bien naturelle. Le regard de l'Homme de Vitruve est intense, comme s'il s'observait dans un miroir. Toby Lester, auteur d'un livre consacré au dessin, a son avis sur la question. « Il s'agit d'un autoportrait idéalisé de Léonard dans lequel le maître, réduit à sa plus simple essence, prend ses propres mesures et en vient ainsi à incarner un espoir humain sans âge, celui de pouvoir, par la puissance de l'esprit, découvrir sa place parmi toutes choses. Il faut voir ce dessin comme un acte spéculatif, une sorte d'autoportrait métaphysique dans lequel Léonard – en tant qu'artiste, philosophe de la nature et représentant de l'humanité – s'observe, les sourcils froncés, et tente de pénétrer les secrets de sa propre nature. »
  • Toby Lester, Da Vinci's ghost, 2012
  • Léonard de Vinci : La biographie, Walter Isaacson, éd. Presses polytechniques et universitaires romandes, 2019  (ISBN 978-2-88915-263-6), chap. 8. Homme de Vitruve, p. 162-163


Léonard prend progressivement conscience de l’importance des mathématiques, langage des lois de la nature, pour passer de l’observation à la théorie. « Il n’est point de certitude scientifique là où les mathématiques ne peuvent être appliquées », déclare-t-il. Il a raison. Le recours à la géométrie pour comprendre les lois de la perspective lui montre comment les mathématiques permettent d’extraire les secrets de la beauté de la nature et de mettre en lumière la beauté de ces secrets. […] Cependant, son aisance à manipuler les formes ne trouve pas son égale dans le domaine arithmétique, qui lui est nettement plus obscur.
  • Léonard de Vinci : La biographie, Walter Isaacson, éd. Presses polytechniques et universitaires romandes, 2019  (ISBN 978-2-88915-263-6), chap. 13. Mathématiques, p. 203


Léonard défend l’expérience comme base de la connaissance, mais se laisse aussi aller à son penchant pour la fantaisie. Il se délecte autant des merveilles visibles que des délices de l’imagination. C’est ainsi que son esprit peut se jouer, tantôt magiquement, tantôt frénétiquement, des limites floues séparant la réalité de la fantaisie.
  • Léonard de Vinci : La biographie, Walter Isaacson, éd. Presses polytechniques et universitaires romandes, 2019  (ISBN 978-2-88915-263-6), chap. 17. La science et l’art, p. 262


Léonard est l’un des observateurs de la nature les plus disciplinés de l’Histoire, mais ses talents d’observateur s’allient à son imagination au lieu de la réprimer. À l’instar de son amour pour l’art et la science, ses facultés d’observation et d’imagination s’entremêlent pour constituer la trame de son génie.
  • Léonard de Vinci : La biographie, Walter Isaacson, éd. Presses polytechniques et universitaires romandes, 2019  (ISBN 978-2-88915-263-6), chap. 17. La science et l’art, p. 263


Dans les marges d’une page très fournie du Codex Leicester, Léonard dessine 14 magnifiques croquis montrant comment différents obstacles peuvent perturber l’écoulement de l’eau. En associant textes et illustrations, il explore la manière dont le détournement d’un cours d’eau peut contribuer à l’érosion des rives et comment la présence d’obstacles perturbe l’écoulement des eaux sous la surface. […] Mais plus il plonge dans le sujet, plus il cède à sa curiosité pour le mouvement de l’eau, hors de toute autre considération.
  • Léonard de Vinci : La biographie, Walter Isaacson, éd. Presses polytechniques et universitaires romandes, 2019  (ISBN 978-2-88915-263-6), chap. 28. Le monde et ses eaux. Détournements, tourbillons, turbulences et vortex, p. 425


3 dessins. L'eau contourne une porte sur les premiers. Le dernier (le plus grand) montre un tourbillon sous une cascade.
Feuille d’études d’eau coulant autour d’obstacles et représentation schématique d’un tourbillon, RL12660v. (Zöllner et Nathan 2019, 447, p. 521)
Léonard trace d’abord les courbes entrelacées de l’eau dont le débit s’accélère au contournement des obstacles. Les courant ressemblent à des fanions qui s’entremêlent dans le vent à l’occasion d’un cortège, à la crinière d’un cheval au galop ou encore aux boucles de cheveux angéliques […] il établit une analogie, en comparant les forces qui créent les tourbillons d’eau à celles qui créent une boucle de cheveux : « observe le mouvement de l’eau à sa surface, combien il ressemble à celui de la chevelure […] ». Cette brève note contient l’essence de ce qui motive Léonard : la joie de découvrir les correspondances entres deux choses qui l’enchantent, en l’occurrence, les boucles de cheveux et les tourbillons dans l’eau.
  • Léonard de Vinci : La biographie, Walter Isaacson, éd. Presses polytechniques et universitaires romandes, 2019  (ISBN 978-2-88915-263-6), chap. 28. Le monde et ses eaux. Détournements, tourbillons, turbulences et vortex, p. 426-427


L’intérêt de Léonard pour l’art et la science du mouvement, et en particulier pour l’écoulement et les tourbillons de l’eau et du vent, culmine dans une série de dessins impétueux qu’il réalise durant ses dernières années en France. […] Profondément personnels mais froidement analytiques par endroits, ils fournissent une expression puissante et sombre de plusieurs thèmes qui lui sont chers : l’art et la science, la frontière floue qui sépare expérience et fantaisie, et le terrifiant pouvoir de la nature.
  • Léonard de Vinci : La biographie, Walter Isaacson, éd. Presses polytechniques et universitaires romandes, 2019  (ISBN 978-2-88915-263-6), chap. 32. La France. Les dessins du Déluge., p. 494-496


Sanguine avec, sur la moitié supérieure, une montagne dans la tempête, et, sur la moitié inférieure, une vallée habitée.
Dessin d'une tempête au-dessus d'une vallée, vers 1506-1510. RCIN n°912409.
L’observation attentive et détaillée du mouvement est l’une des spécialités de Léonard, tout comme l’extension de ses observations dans le domaine du fantastique. Ses dessins du Déluge s’appuient sur des tempêtes dont il a été le témoin et qu’il décrit dans ses carnets, mais ils sont aussi le produit d’une imagination enfiévrée et frénétique. Il est le maître dans l’art de brouiller les lignes, comme en témoignent ses dessins d’inondations qui oscillent entre réalité et fantaisie.
  • Léonard de Vinci : La biographie, Walter Isaacson, éd. Presses polytechniques et universitaires romandes, 2019  (ISBN 978-2-88915-263-6), chap. 32. La France. Les dessins du Déluge., p. 497


Les dessins du Déluge évoquent le récit de la Genèse, un sujet traité par Michel-Ange et beaucoup d’autres artistes au fil des ans. Léonard choisit de l’envisager différemment en ne faisant pas mention de Noé et d’aller bien au-delà du conte biblique en ajoutant à la mêlée des dieux grecs et romains : « L’on montrera, au milieu des eaux, Neptune avec son trident, Éole et ses vents qui enchevêtrent les arbustes déracinés et confondus au sein des ondes immenses. »
  • Léonard de Vinci : La biographie, Walter Isaacson, éd. Presses polytechniques et universitaires romandes, 2019  (ISBN 978-2-88915-263-6), chap. 32. La France. Les dessins du Déluge., p. 498


Nuages et vents, dessiné par des boucles, remplissent l'écrasante majorité de la page, le village tout en bas disparait.
Dessin d'un déluge, vers 1517-1518. RCIN n°912380.
À aucun moment dans ses écrits ou ses dessins représentant le Déluge, Léonard n’évoque la colère de Dieu ni ne laisse entendre qu’elle puisse être à l’origine de l’événement. Il exprime davantage sa conviction que le chaos et la destruction sont inhérents au pouvoir de la nature. Le résultat est plus poignant du point de vue psychologique que s’il s’agissait d’un simple récit de la punition d’un Dieu en colère. Léonard nous transmet ses propres émotions, suscitant ainsi les nôtres. Hallucinatoires et hypnotiques, les dessins du Déluge marquent le point d’orgue d’une vie entière passée à dépeindre la nature, depuis cette esquisse du placide Arno s’écoulant près de son village natal.
  • Léonard de Vinci : La biographie, Walter Isaacson, éd. Presses polytechniques et universitaires romandes, 2019  (ISBN 978-2-88915-263-6), chap. 32. La France. Les dessins du Déluge., p. 499


Michel Jeanneret

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Voir le recueil de citations : Michel Jeanneret
A travers ses dessins et dans les notes de ses Carnets, Léonard de Vinci ressasse, avec l'insistance d'une obsession, le thème du chaos. A une dizaine de croquis de tempêtes et de déluges correspond une série de textes, parmi les plus élaborés de l'œuvre écrite, qui décrivent des cataclysmes et des scènes de destruction naturelle. […] Les mutations et les convulsions de la morphologie terrestre le fascinent à tel point que, dans les dessins comme dans les descriptions, l'imagination submerge l'analyse ; des visions de fléaux, des délires de désastre cosmique perturbent l'observation exacte. On croirait à une conspiration de Turner et Hugo !
  • « « …et la forme se perd » », Michel Jeanneret, Littérature, nº 85. Forme, difforme, informe, 1992, p. 18-19 (lire en ligne)


« Le mouvement est le principe de toute vie ». Qu'il observe les processus biologiques ou étudie les anatomies comparées des espèces, qu'il analyse les phénomènes hydrauliques ou les poussées telluriques, Léonard de Vinci traque partout l'effet des forces qui altèrent les formes et qui, par leur action, entrainent la nature dans une succession de métamorphoses. Les recherches sur la naissance et la transformation des corps, les observations sur les mutations du relief terrestre, la méditation sur le flux des énergies et les avatars de la matière occupent, dans ses notes, dans ses croquis et ses tableaux - les limites étant souvent indistinctes -, une place considérable. […] Léonard est sans doute, parmi les penseurs du mouvement à la Renaissance, le plus radical. Par l'image ou par les mots, comme dessinateur et comme savant, il travaille à saisir, tantôt avec la plus grande précision, tantôt à travers des intuitions fulgurantes, les lois du changement comme principe de la vie.
  • Perpetuum mobile : métamorphoses des corps et des œuvres, de Vinci à Montaigne, Michel Jeanneret, éd. Macula, 1997  (ISBN 2-86589-058-9), chap. 3. La terre s’altère : Vinci, p. 59 (lire en ligne)


Paul Jove

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Voir le recueil de citations : Paul Jove

 Le texte de Paul Jove, « Leonardi Vincii Vita » extrait de son Fragmentum trium Dialogorum, est aussi traduit par : André Chastel dans son édition du Traité de la peinture (Traité 2003, p. 24, trad. de l’édition de Paola Barocchi, dans Scritti d'arte del Cinquecento, vol. I, 1971, p. 7-9); dans le Dossier des Carnets 2019, p. 1427-1428 (trad. de Storia della letteratura italiana, tome 9, Modène, 1781, p. 290 [lire en ligne]). (en) dans Richter 1970, I, p. 2-3, Claire Farago, Biography and Early Art Criticism of Leonardo Da Vinci, 1999 (ISBN 0-8153-2933-4) [lire en ligne], p. 70-72 .

Jusqu'à vingt ans, en effet, il interdisait [à ses élèves] le pinceau et les couleurs, leur imposant de s'exercer uniquement avec le style en plomb, afin de choisir et de reproduire soigneusement les grands modèles offerts par les œuvres les plus anciennes et, par les traits les plus simples, d'imiter la force de la nature et les contours des corps qui s'offrent à nos yeux dans une variété infinie de mouvement. En plus, il voulait qu'ils dissèquent des cadavres humains pour observer attentivement les attaches des muscles, les articulations des os et la fonction des tendons; et sur tout ceci lui-même a composé un livre très précis et illustré par les représentations des différents membres afin d'empêcher que, dans son atelier, on peigne quoi que ce soit qui ne soit pas conforme à la nature, autrement dit afin que le talent impatient de ses jeunes élèves ne soit pas attiré par le charme du pinceau et l'attrait des couleurs avant qu'ils n'aient appris, par un exercice extrêmement fécond, à représenter les choses dans leurs proportions exactes, même en l'absence de modèles.
  • « Léonard de Vinci et les « léonardesques » lombards : les difficultés d'une conquête du naturel », Giulio Bora, dans Léonard de Vinci : dessins et manuscrits, Françoise Viatte et Varena Forcione, éd. Réunion des musées nationaux, 2003  (ISBN 978-2-7118-4589-7), p. 315-316 (lire en ligne)


[Il] donna un grand éclat à la peinture, et niait qu'elle pût être correctement pratiquée par ceux qui n'auraient pas touché aux nobles disciplines des arts comme à ses servantes nécessaires. […] Il jugeait que rien n'avait plus d'importance que les lois de l'optique, grâce à l'aide desquelles il sut traduire, jusques en leurs plus faibles variations, l'ordre des lumières et des ombres.
  • « Leonardi Vincii Vita » dans Fragmentum trium Dialogorum, vers 1527[n 109]
  • Vie de Léonard de Vinci, peintre et sculpteur florentin, Giorgio Vasari (trad. Louis Frank et Stefania Tullio Cataldo), éd. Hazan/Louvre, 2019  (ISBN 978-2-754111-24-9), partie Annexes, chap. I. Paolo Giovio, Leonardi Vincii Vita, p. 272


Mais alors qu'il avait du temps à perdre lorsqu'il s'agissait de rechercher les différents moyens de soutenir un art étroit, il n'acheva que fort peu d'ouvrages, l'inconstance de son tempérament ainsi que son dédain naturel lui ayant toujours fait répudier ce qu'il avait commencé. On admire cependant sur un mur, à Milan, le Christ et ses disciples à la Cène allongés, ouvrage dont le désir, dit-on, enflamma tant le roi Louis [XII] que, dans les tourments de la contemplation, il questionna ses proches afin de savoir si, en incisant la paroi alentour, on le pourrait ôter afin de l'emporter en France, en détruisant au besoin l'insigne réfectoire[n 110].
  • Vie de Léonard de Vinci, peintre et sculpteur florentin, Giorgio Vasari (trad. Louis Frank et Stefania Tullio Cataldo), éd. Hazan/Louvre, 2019  (ISBN 978-2-754111-24-9), partie Annexes, chap. I. Paolo Giovio, Leonardi Vincii Vita, p. 272
La Cène, Santa Maria delle Grazie, Milan.
Voir les documents de la catégorie Last Supper by Leonardo da Vinci sur Wikimedia Commons.


Fort doux de caractère, brillant et libéral, il était, par le visage, de loin le plus beau des hommes, et comme il était l'auteur et l'arbitre de toutes les élégances, et notamment des plaisirs du théâtre, et savait chanter en s'accompagnant de la lyre, il plut merveilleusement, toute sa vie durant, à tous les princes. Il acheva sa vie en France dans la soixante-septième année de son âge, au deuil d'autant plus grand de ses amis que, malgré la foule innombrable des jeunes gens dont florissait si bien son atelier, il ne laissa aucun disciple célèbre.[n 111]
  • Vie de Léonard de Vinci, peintre et sculpteur florentin, Giorgio Vasari (trad. Louis Frank et Stefania Tullio Cataldo), éd. Hazan/Louvre, 2019  (ISBN 978-2-754111-24-9), partie Annexes, chap. I. Paolo Giovio, Leonardi Vincii Vita, p. 272


Martin Kemp

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Voir le recueil de citations : Martin Kemp
La littérature sur Léonard est si vaste qu’elle illustre presque tout le spectre de l’écrit historique : de la clairvoyance poétique à la platitude anecdotique, de l’académisme borné à la généralisation irrecevable, de la brillance à l’ineptie.
  • Léonard de Vinci [Leonardo da Vinci : The marvellous works of nature and man (2006)] (1981), Martin Kemp (trad. Christian Vair), éd. Citadelles & Mazenod, coll. « Les Phares », 2019  (ISBN 9782850888007), chap. Préface, p. 7


Dimmi semmai fu fatto chose, « dis-moi si jamais rien fut fait ». La formule, abrégée en Dimmi semmai ou déclinée en diverses variantes, semble surgir chaque fois qu’il griffonne pour étrenner une nouvelle plume, ou qu’il s’abstrait un instant de ses affaires quotidiennes.
  • Léonard de Vinci [Leonardo da Vinci : The marvellous works of nature and man (2006)] (1981), Martin Kemp (trad. Christian Vair), éd. Citadelles & Mazenod, coll. « Les Phares », 2019  (ISBN 9782850888007), chap. Leonardo da Firenze, p. 105


Quiconque étudie Léonard rencontre les deux facettes de cette médaille : miracle du précieux héritage que constituent les manuscrits conservés, frustrante rareté des produits un tant soit peu aboutis qui nous sont parvenus.
  • Léonard de Vinci [Leonardo da Vinci : The marvellous works of nature and man (2006)] (1981), Martin Kemp (trad. Christian Vair), éd. Citadelles & Mazenod, coll. « Les Phares », 2019  (ISBN 9782850888007), chap. L’exercice de la « Fantasia », p. 227


Alexandra Lapierre

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Voir le recueil de citations : Alexandra Lapierre
A l'inverse de Rome, qui poursuivait la tradition médiévale d'instruction - l'apprenti entrait très jeune dans un atelier, broyait les couleurs, préparait les toiles et pratiquait la technique avant la théorie - Florence proposait des cours de mathématiques et de physique, des leçons de perspective et de dessin, avant que le néophyte n'ose se servir d'un pinceau. L'idée venait de Léonard de Vinci qui avait voulu hisser la peinture au niveau d'une science. Transformer l'artisan en artiste ; le peintre en poète.
  • au sujet de l'apprentissage de la peinture en 1615 en Italie


Domenico Laurenza

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Si Léonard mérite une place au panthéon de l’histoire des sciences, tout comme il a la sienne dans l’histoire de l’art, il ne la doit pas à ses projets fantastiques – et jamais mis en œuvre – de sous-marins ou de machines volantes, mais à la forme visuelle de sa réflexion sur la nature. Léonard de Vinci a traduit ses conceptions de deux manières : par des dessins anatomiques et techniques, et par des œuvres d’art.
  • Léonard de Vinci : artiste et scientifique, Domenico Laurenza, éd. Belin, 2018, p. 7 (lire en ligne)


Les dessins mécaniques de Léonard de Vinci appartiennent à un domaine très cérébral, qui trouve dans le dessin son expression idéale et (presque) complète. La compréhension du contenu d'un schéma mécanique, le but de la machine et son fonctionnement, la relation entre ses composants : tout cela suffisait peut-être à de nombreux inventeurs du passé. Dans le cas de Léonard de Vinci, il ne s'agit que de l'un des aspects de son travail, et pas du principal. Ce qui comptait réellement pour lui, c'était de comprendre la signification globale d'une machine derrière les schémas : les théories à la source de l'ingénierie mécanique et les moyens graphiques d'exprimer ces concepts. Nombre de machines dessinées par Léonard de Vinci – les plus spectaculaires – sont des représentations visuelles ou matérielles de ses expériences scientifiques: des théories expliquées non par des mots, mais des images.
  • Les machines de Léonard de Vinci : secrets et inventions des codex, Domenico Laurenza, éd. Gründ, 2006  (ISBN 978-2-7000-1452-5), chap. Introduction, p. 11 (lire en ligne)


Corine Lebitouzé

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Cet épisode d'un roi de France recueillant le dernier souffle d'un artiste vénéré est certes une fiction mais il rencontre le goût que manifeste le public européen pour les sujets d'histoire nationale.
  • « « En nous montrant Léonard de Vinci dans les bras de son roi[n 112] » La fortune gravée d'un tableau d'histoire à la veille de la révolution française. », Corine Lebitouzé (2019), dans 1519 La Mort de Léonard Naissance d'un Mythe, Gennaro Toscano (Dir), éd. Gourcuff Gradenigo, 2019  (ISBN 978-2-35340-296-0), p. 69


Giovanni Paolo Lomazzo

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Un homme de 3/4, coiffé d'un chapeau de feutre à larges bords. Dans sa main un compas.
Autoportrait de Giovanni Paolo Lomazzo

Léonard : Antonio Boltraffio, mon disciple, avec Salaï, que j'ai aimé plus que tous les autres, furent si différents.
Phydias : Tu leur fis faire un jeu qu'aiment tant les Florentins, par derrière ?
Léonard : Et combien de fois ! Considère que c'était un jeune homme d'une grande beauté, quinze ans tout au plus.
Phydias : Tu n'as pas honte de dire cela ?
Léonard : Pourquoi aurais-je honte ? Il n'y a rien qui soit aussi digne de louanges, selon les virtuoses ; et que cela soit vrai, je te le démontrerai
[…]
Léonard : Dis-toi qu'il n'est rien de si laid au monde qu'il ne soit plus laid encore de ne pas le savoir […]. Sache que l'amour masculin est œuvre seulement des vertus que dès l'âge tendre, les hommes conjuguent ensemble avec diverses affections et amitiés, afin que leur amitié se fortifie dans l'âge viril ; outre cela l'amour masculin fut pour l'esprit des philosophes un précepte louable.


Parmi les modernes, Léonard de Vinci, peintre exceptionnel, lorsqu'il peignit dans le réfectoire de Santa Maria delle Grazie à Milan une cène du Christ avec les apôtres, après avoir peint les autres disciples, il réalisa Jacques le Majeur et Jacques le Mineur avec tant de beauté et de majesté, que voulant faire le Christ, il ne put jamais achever avec perfection ce saint visage, avec tout ce qui lui était si singulier, aussi, ainsi désespéré, il ne put faire autrement que de demander conseil à Bernardo Zenale, qui pour le réconforter lui dit : « Ô Léonard, tu as déjà fait tellement, et cette erreur que tu as commise, il n'y a que Dieu qui puisse la réparer. Parce qu'il n'est pas en ton pouvoir, ni en celui de personne, de donner une plus grande divinité et une plus grande beauté à un visage que celles que tu as données à Jacques le Majeur et Jacques le Mineur, même avec la meilleure volonté du monde, laisse ainsi le Christ imparfait, parce que tu ne le représenteras pas comme le Christ auprès de ses apôtres ». Ainsi fit Léonard, comme on le voit aujourd'hui, même si la peinture est largement détériorée.
  • Trattato dell'arte de la pittura di Gio. Paolo Lomazzo milanese pittore. Diviso in sette libri. Ne' quali si contiene tutta la theorica, & la prattica d'essa pittura, Milan, 1584, Libro I, IX « Della proportione del corpo virile di otto teste », p. 50-51, [lire en ligne]
  • Carnets, Léonard de Vinci, éd. Gallimard, 2019  (ISBN 978-2-07-284486-7), partie Dossier, chap. Aux sources de la légende, p. 1444


Je dis que ces mouvements, aussi puissants qu'ils sont à émouvoir les âmes quand ils sont exprimés de manière à sembler naturels pour atteindre un tel niveau d'excellence, doivent être imités ; en particulier ceux de Léonard, dont on raconte qu'il ne représentait pas de mouvement, qu'il voulait d'abord le voir en vrai, accompagné de son atelier, pour n'en tirer rien de plus qu'une vivacité naturelle qui, après y avoir ajouté l'art, faisait voir les hommes peints plus vrais que les vivants. On raconte, d'après des hommes de cette époque, ses domestiques, que voulant une fois faire un tableau de quelques paysans en train de rire (il ne les peignit pas entièrement mais les dessina seulement), il choisit certains hommes qui lui avaient semblé intéressants, et en en faisant ses familiers, avec l'aide de quelques-uns de ses amis, il les convia à un banquet et s'asseyant à leurs côtés, il put leur raconter les choses les plus folles et ridicules du monde, de manière à ce que tous se mirent à rire au point qu'ils ne savaient plus de qui ni de quoi rire. Dès lors, il observa avec une grande diligence leurs gestes, y compris certains ridicules, qui s'imprimèrent dans son esprit, et une fois qu'ils furent partis, il se retira dans sa chambre, où il les dessina parfaitement de telle manière, que riant, ils semblaient bouger autant que lorsqu'ils écoutaient les histoires de Léonard pendant le banquet. Ils dirent encore qu'il aimait beaucoup aller voir les gestes des condamnés, quand ils étaient conduits au supplice pour noter les battements de cils et les mouvements des yeux, et de la vie.
  • Trattato dell'arte de la pittura, Libro II, I « Della forza, & efficacia de i moti », p. 106-107 [lire en ligne].
  • Carnets, Léonard de Vinci, éd. Gallimard, 2019  (ISBN 978-2-07-284486-7), partie Dossier, chap. Aux sources de la légende, p. 1445


Ainsi on trouve que le docte Léonard de Vinci avait l'habitude de faire de la poésie, et parmi ses autres sonnets, qui sont difficiles à retrouver, on lit celui-ci :

Qui ne peut ce qu'il veut, doit vouloir ce qu'il peut :
Car c'est folie de vouloir ce qui ne nous est pas possible.
On doit tenir pour sage
Celui qui distrait sa volonté de ce qu'il ne peut obtenir;
Car notre peine, ou notre plaisir,
Consistent dans le oui ou non, savoir, vouloir, pouvoir.
Celui-là seul donc peut, qui agit conformément au devoir
Et qui ne déplace jamais la raison de son trône.
Il n'est pas avantageux à l'homme non plus de vouloir tout ce qu'il peut,
Car souvent ce qui nous paraît doux finit par devenir amer,
Et j'ai pleuré parfois sur ce que j'avais désiré, parce que je l'avais obtenu.
Ô toi, lecteur de ces notes, si tu veux être un homme bon et cher aux autres,
Ne veuille jamais que ce qu'il est juste de vouloir.

  • Trattato dell'arte de la pittura, Libro VI, II « Della necessità della prattica », p. 282-283 [lire en ligne].
  • Carnets, Léonard de Vinci, éd. Gallimard, 2019  (ISBN 978-2-07-284486-7), partie Dossier, chap. Aux sources de la légende, p. 1446


André Malraux

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Voir le recueil de citations : André Malraux

Pietro C. Marani

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Voir le recueil de citations : Pietro C. Marani
Codex Atlanticus, 715r.[n 45]
Léonard a écrit ce que l'on considère comme son premier « morceau » de littérature autonome, puisque sans dessins, c'est-à-dire le texte sur le monstre marin et la caverne (Codex Atlanticus, fol. 715 r-v; Codex Arundel, fol. 155 r-v), datable vers 1478-1480. Dans ce texte, qu'il n'a cessé de reprendre et de corriger en quête d'une image fabuleuse, il s'est efforcé de décrire avec des mots une vision née de sa seule imagination et donc étrangère à la réalité et à l'observation directe. Italo Calvino a dit de cet effort littéraire qu'il était « un combat avec la langue », impliquant certainement une création « à la table de travail », loin de l'observation scientifique poursuivie trente ans plus tard, et une mise à l'écart momentanée du dessin. Et s'il ne fait aucun doute que ce combat a été, à de rares exception près, voué à l'échec, alors qu'avec le dessin Léonard a toujours été victorieux, ne peut-on avancer que, pour lui, le dessin adhère à la réalité des choses, tandis que l'écriture a pour tâche de décrire une image mentale ?
  • « Dessin et texte dans les manuscrits de Léonard de Vinci », Pietro C. Marani (trad. Anne Guglielmetti), dans Léonard de Vinci : dessins et manuscrits, Françoise Viatte et Varena Forcione, éd. Réunion des musées nationaux, 2003  (ISBN 978-2-7118-4589-7), p. 34 (lire en ligne)


Pour Léonard, le texte et le dessin renvoient donc moins à des rôles et à des significations différents qu'ils ne sont des moyens d'expression interchangeables et, comme tels, employés selon leurs fonctions changeantes et les images qu'ils doivent évoquer. Les images réelles et les images fantastiques sont les deux pôles de l'esprit de Léonard, et il s'engage pareillement dans l'enquête scientifique du « naturel » et dans l'analyse de l'imaginaire et sa représentation. Mais ces deux moyens d'expression, en plus d'être utilisés pour offrir un résultat visuel d'égale puissance transfiguratrice, peuvent aussi être équivalents, comme dans le cas des rébus. L'image et le mot ont alors la même fonction, mais leur somme produit une signification différente de celle du mot seul ou de l'image seule.
  • « Dessin et texte dans les manuscrits de Léonard de Vinci », Pietro C. Marani (trad. Anne Guglielmetti), dans Léonard de Vinci : dessins et manuscrits, Françoise Viatte et Varena Forcione, éd. Réunion des musées nationaux, 2003  (ISBN 978-2-7118-4589-7), p. 36 (lire en ligne)


Si les facéties, fables, bestiaire et prophéties de la période « sforzesque » semblaient se satisfaire de quelques phrases, voire d'une seule, sans aucun dessin, et si, inversement, les allégories réclamaient qu'il élaborât des « textes figurés » accompagnés de loin en loin d'un épigraphe, comme dans le cas de l'Allégorie de l'Envie, conservée à Bayonne, plus tard Léonard se fie au seul dessin pour énoncer ses allégories « politiques », et le message qu'il délivre est alors d'une telle complexité et difficulté qu'il en devient cryptique pour les exégètes modernes de sa pensée.
  • « Dessin et texte dans les manuscrits de Léonard de Vinci », Pietro C. Marani (trad. Anne Guglielmetti), dans Léonard de Vinci : dessins et manuscrits, Françoise Viatte et Varena Forcione, éd. Réunion des musées nationaux, 2003  (ISBN 978-2-7118-4589-7), p. 37 (lire en ligne)


Pierre-Jean Mariette

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Voir le recueil de citations : Pierre-Jean Mariette
  • « Lettre sur Léonard de Vinci, peintre florentin. A monsieur le C. de C. », dans Recueil de testes de caractère et de charges, dessinées par Léonard de Vinci florentin, et gravées par M. le C. de C., Paris, chez J. Mariette, rue St Jacques, aux Colonnes d'Hercules, 1730 [lire en ligne] [n 114].
  • Abecedario de P. J. Mariette : et autres notes inédites de cet amateur sur les arts et les artistes, Pierre-Jean Mariette (annoté par Ph. de Chennevières et A. Montaiglon), éd. J.-B. Dumoulin, coll. « Archives de l'art français (6) », 1854-1856, t. III, p. 140 (lire en ligne)


  • Abecedario de P. J. Mariette : et autres notes inédites de cet amateur sur les arts et les artistes, Pierre-Jean Mariette (annoté par Ph. de Chennevières et A. Montaiglon), éd. J.-B. Dumoulin, coll. « Archives de l'art français (6) », 1854-1856, t. III, p. 147 (lire en ligne)


  • Abecedario de P. J. Mariette : et autres notes inédites de cet amateur sur les arts et les artistes, Pierre-Jean Mariette (annoté par Ph. de Chennevières et A. Montaiglon), éd. J.-B. Dumoulin, coll. « Archives de l'art français (6) », 1854-1856, t. III, p. 152-153 (lire en ligne)


De Florence, Léonard vint à Rome, d'où la jalousie, qui se mit entre lui et Michel-Ange, l'obligea de sortir pour passer en France. Il y était appelé par François Ier, et il y mourut âgé de soixante et quinze ans. […] J'ajouterai, à la louange de Léonard, que Raphaël et Michel-Ange lui doivent une partie de leur gloire; ils ont commencé à se former sur ses ouvrages. Raphaël a pris de lui cette grâce toute divine qui gagne les cœurs, et que Léonard répandait à pleines mains sur les visages. Michel-Ange s'est approprié son goût terrible de dessein, et à son exemple il a fait passer dans le sien la même fierté. Si l'un et l'autre ont surpassé de beaucoup leur modèle, il est toujours vrai qu'ils ont infiniment profité de ses prodigieuses études. Quel sujet d'éloge pour Léonard ! Ni l'avantage d'avoir vécu chéri et estimé de toutes les personnes distinguées de son siècle, ni l'honneur d'avoir expiré entre les bras d'un grand roi, n'ont rien qui l'égalent.
  • Abecedario de P. J. Mariette : et autres notes inédites de cet amateur sur les arts et les artistes, Pierre-Jean Mariette (annoté par Ph. de Chennevières et A. Montaiglon), éd. J.-B. Dumoulin, coll. « Archives de l'art français (6) », 1854-1856, t. III, p. 163-164 (lire en ligne)


Maurice Merleau-Ponty

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Voir le recueil de citations : Maurice Merleau-Ponty

Jules Michelet

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Voir le recueil de citations : Jules Michelet

Johannes Nathan

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Pour Léonard […] l’image était le média privilégié de toute communication.
  • Léonard de Vinci : tous les dessins, Johannes Nathan et Frank Zöllner, éd. Tashen, 2014  (ISBN 9783836554404), chap. La perfection du dessin, p. 14


Charles Nicholl

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Voir le recueil de citations : Charles Nicholl
Dessins à l'encre ressemblant à des heaumes situés sous des notes de musique.
Signes graphiques évoquent des notes de musique, vers 1487-1490. RCIN n°912697.
Aucune composition de Léonard ne nous est parvenue, mais certaines devinettes, qu’il a inventées, conservent la trace de phrasés musicaux : dans le recueil de Windsor, une demi-douzaine d’entre elles comportent des notes de musique. Elles combinent généralement des signes graphiques, musicaux et verbaux. L’exemple suivant se comprend aisément, sachant qu’en italien hameçon se dit amo : "Amo [dessin d’un hameçon] ; re sol la mi fa re mi [notes de musique] ; rare [écrit] ; la sol mi fa sol [notes de musique] ; lecita [écrit]". Ce qui donne la phrase suivante : «Amore sola mi fa remirare, la sol mi fa sollecita» : «Seul l’amour me fait revoir [l’objet aimé], lui seul m’exalte.»
  • Léonard de Vinci : biographie, Charles Nicholl, éd. Actes Sud, 2006  (ISBN 2-7427-6237-X), chap. Le Musicien, p. 195


Son travail de metteur en scène lui permettait le recours au fantastique pur ou au grotesque, que n’autorisait pas la peinture. Dans le Trattato, il dit ceci : «Si le peintre veut voir des beautés capables de lui inspirer l’amour, il a la faculté de les créer, et s’il veut voir des choses monstrueuses qui font peur, ou bouffonnes pour faire rire, ou encore propres à inspirer la pitié, il est leur maître et dieu».
  • Léonard de Vinci : biographie, Charles Nicholl, éd. Actes Sud, 2006  (ISBN 2-7427-6237-X), chap. Inventions scéniques, p. 310


Nietzsche

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Voir le recueil de citations : Nietzsche
Il faut avoir une force et une mobilité tout à fait différentes pour se maintenir fermement dans un système inachevé, aux perspectives libres et ouvertes que pour se tenir dans un monde dogmatique. Léonard de Vinci occupe un rang plus élevé que Michel-Ange, Michel-Ange un rang plus élevé que Raphaël.
  • 1885


Walter Pater

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Voir le recueil de citations : Walter Pater
Curiosité, désir de beauté – les voilà bien, les deux forces élémentaires du génie de Léonard : une curiosité souvent en conflit avec son désir de beauté, mais capable d’engendrer, quand ils s’unissent, un modèle de grâce étrange et subtile. Le mouvement qui anime le quinzième siècle est double […] Raphaël représente le retour à l’Antiquité, Léonard celui à la nature. Et par ce dernier, il cherchait à satisfaire une curiosité infinie pour les surprises perpétuelles que cette nature pouvait lui offrir.
  • « Discours critique et fiction biographique dans les Portraits imaginaires de Pater et les Vies imaginaires de Schwob », Agathe Salha, Recherches & travaux, nº 68, 2006-04-15 (lire en ligne)


Carlo Pedretti

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Voir le recueil de citations : Carlo Pedretti
Des indices et des preuves de l'intérêt de Léonard pour des faits de société, voire des événements politiques, susceptibles de se prêter à des interprétations allégoriques, nous sont offerts par une réflexion tracée sur une feuille d'études anatomiques, en conclusion d'un riche programme de représentations anatomiques (RL 19061r) : « Plût au Ciel que je puisse exposer la nature des hommes et leurs mœurs comme je décris leurs figures. » Cette invocation passionnée s'applique aussi à la pratique de la caricature conçue comme un outil d'analyse psychologique capable de mener jusqu'à l'introspection. Car Léonard était bien conscient de la vérité de l'antique adage selon lequel « tout peintre se peint lui-même », et il ne tarda pas à reprendre à son compte une affirmation de Dante : « Qui peint une figure, si elle n'est en lui, ne la peut former ».
  • « Les plus beaux dessins de Léonard », Carlo Pedretti, dans Léonard de Vinci: l'art du dessin, Carlo Pedretti et Sara Taglialagamba, éd. Citadelles & Mazenod, 2017  (ISBN 978-2-85088-725-3), chap. La Beauté selon Léonard, p. 66


Pablo Picasso

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Voir le recueil de citations : Pablo Picasso
Photo en noir et blanc d'un homme ridé, vêtu d'un béret et d'une chemise noire à motifs fantaisistes blancs.
Pablo Picasso en .
Léger a toujours prétendu que « la peinture est comme un verre de gros rouge », vous savez pourtant comme moi que tous les peintres n'en boivent pas. Ils peignent aussi avec autre chose que cela, naturellement ! Léonard de Vinci était à mi-chemin de la vérité quand il écrivait que la peinture est chose mentale. Cézanne, lui, osa affirmer « qu'on peint avec ses couilles ». Personnellement, je crois que la vérité, c'est Léonard de Vinci plus Cézanne. Mais en tous cas le gros rouge ne suffit pas.
  • Vivre avec Picasso, Françoise Gilot et Carlton Lake, éd. Calmann-Lévy, 1965, partie VI «..Le coup de cymbale inattendu d'une violence concertée  », p. 267


Alain Prévet

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Le Comte de Paris, petit-fils de Louis Philippe, chargea l'architecte Victor Ruprich-Robert d'assurer l'inhumation des ossements dans le bras gauche du transept de la chapelle dite de Saint-Hubert, ce qui eu lieu le .
Les ossements présumés furent placés dans une étroite boîte de plomb sur laquelle une plaque de zinc soudée portait une inscription précise. Une dalle referma l'ouverture dans le dallage, portant cette inscription «Sous cette pierre reposent les ossements recueillis dans les fouilles de l'ancienne chapelle d'Amboise parmi lesquels on suppose que se trouve la dépouille mortelle de Léonard de Vinci, né en 1452, mort en 1919».
  • Épitaphe précédemment rapportée par Marguerite Coleman en 1937 dans son ouvrage Histoire du Clos Lucé, près d'Amboise où Léonard de Vinci séjourna 3 ans et mourut le .
  • « La Sépulture de Léonard à Amboise », Alain Prévet (2019), dans 1519 La Mort de Léonard Naissance d'un mythe, Gennaro Toscano (Directeur de publication), éd. Gourcuff Gradenigo, 2019  (ISBN 978-2-35340-296-0), p. 41


Christophe Rey

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Jean Paul Richter

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Voir le recueil de citations : Jean-Paul Richter
Jean-Paul Richter
Son goût pour les recherches minutieuses - me semble-t-il - est à l'origine du fait que, dans presque tous les Manuscrits [sic!], les différents paragraphes nous apparaissent dans la plus grande confusion ; sur une même page, des observations sur les sujets les plus dissemblables se succèdent sans aucun lien entre elles. Une page, par exemple, commencera par quelques principes d'astronomie, ou le mouvement de la terre ; puis viendront les lois du son, et enfin quelques préceptes sur la couleur. Une autre page commencera par ses recherches sur la structure des intestins et se terminera par des remarques philosophiques sur les relations entre la poésie et la peinture, et ainsi de suite. Léonard lui-même a déploré cette confusion, et c'est pourquoi je ne pense pas que la publication des textes dans l'ordre où ils apparaissent dans les originaux répondrait du tout à ses intentions. Aucun lecteur ne pourrait s'orienter dans un tel labyrinthe, Léonard lui-même n'y serait pas parvenu.
  • (en) His love for detailed research — as it seems to me — was the reason that in almost all the Manuscripts, the different paragraphs appear to us to be in utter confusion; on one and the same page, observations on the most dissimilar subjects follow each other without any connection. A page, for instance, will begin with some principles of astronomy , or the motion of the earth; then come the laws of sound, and finally some precepts as to colour. Another page will begin with his investigations of the strutcture of the intestines, and end with philosophical remarks as to the relations of poetry to painting ; and so forth.
    Leonardo himself lamented this confusion, and for that reason I do not think that the publication of the texts in the order in wich they occur in the originals would at all fulfil his intentions. No reader could find his way through such a labyrinth; Leonardo himself could not have done it.
  • The literary works of Leonardo da Vinci, Jean Paul Richter (trad. Wikiquote), éd. S. Low, Marston, Searle & Rivington, 1883, chap. Préface, p. 20-21 (lire en ligne)


Rainer Maria Rilke

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Voir le recueil de citations : Rainer Maria Rilke

Mark Rothko

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Voir le recueil de citations : Mark Rothko
Léonard de Vinci fut le premier à entrevoir avec succès la solution pour réduire à nouveau l’art au subjectif. […] Même son travail scientifique se distingue par des envolées sans retenue de son imagination pour réaliser ce qui était alors impossible - reflet dans cette œuvre d’une préoccupation réellement mystique. Cette intuition de Léonard fut la qualité subjective de la lumière.
  • La réalité de l’artiste, Mark Rothko (trad. Pierre-Emmanuel Dauzat), éd. Flammarion, 2004  (ISBN 978-2-0812-1896-3), p. 193


Léonard de Vinci se mit à expérimenter la peinture à l’huile, et c’est ce nouveau médium qui lui permit de rendre les nuances infinies des formes passant de la lumière aux ténèbres, de conférer de la tactilité à l’atmosphère et d’introduire une sorte de brume ou de fumée pour la rendre.
  • La réalité de l’artiste, Mark Rothko (trad. Pierre-Emmanuel Dauzat), éd. Flammarion, 2004  (ISBN 978-2-0812-1896-3), p. 193-194


Mais la découverte de Léonard, qui devait trouver son plein développement un demi-siècle plus tard à Venise, permit d’unifier tactilement le tableau à travers la participation de tous les objets à une atmosphère enveloppante commune, mais aussi d’offrir un moyen tactile de représenter la sensualité. Jusque là, le clair-obscur attirait l’attention sur chaque objet avec une force insistante qui, loin d’unifier la composition, la divisait. Mais la méthode de Léonard créa un médium tactile pénétrant à l’essence duquel tous les objets participaient.
  • La réalité de l’artiste, Mark Rothko (trad. Pierre-Emmanuel Dauzat), éd. Flammarion, 2004  (ISBN 978-2-0812-1896-3), p. 194-195


Anna Sconza

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Vasari reprend à ses prédécesseurs l’image d’un artiste aux diverses facettes, à propos duquel il n’arrive pas à trancher. D’un côté, ses manières d’homme de cour le montrent comme un artiste paisible, de l’autre, son génie surprenant inquiète parfois ses admirateurs. De plus, les œuvres achevées de Vinci sont rares, du fait de son souhait d’atteindre une perfection inaccessible. Cette caractéristique contient dans le même temps un aspect très positif : l’aspiration du peintre à la perfection marque en elle-même la grandeur de son esprit, qui vise continuellement à dépasser ses limites. L’œuvre de Léonard peut donc avoir valeur d’exemple pour d’autres artistes, mais son destin ne peut être qu’unique. C’est avec la scène apocryphe de la mort de Vinci que l’historien résout la complexité de cette vie, et l’émouvante anecdote persiste d’une édition à l’autre. Le roi en personne accepte les défauts de cet artiste car il reconnaît le caractère exceptionnel de son génie, lui offrant ainsi le plus grand des honneurs sur terre.
  • « Les anecdotes vasariennes sur Léonard de Vinci », Anna Sconza, dans La théorie subreptice : les anecdotes dans la théorie de l'art, XVIe-XVIIIe siècles, textes réunis par Emmanuelle Hénin, François Lecercle, Lise Wajeman, éd. Brepols, 2012  (ISBN 978-2-234-08638-8), p. 17-18 (pdf) (lire en ligne)


Stendhal

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Voir le recueil de citations : Stendhal
Probablement Léonard approcha d’une partie de la science de l’homme, qui même aujourd’hui est encore vierge : la connaissance des faits qui lient intimement la science des passions, la science des idées, et la médecine. [...] C'est à reconnaître la nécessité de ce mouvement, c'est à suivre l'effet anatomique de la douleur, depuis le moment où une femme tendre reçoit la nouvelle de la mort de son amant jusqu'à celui où elle le pleure, c'est à voir bien nettement comment les diverses pièces de la machine humaine forcent les yeux à répandre des larmes, que Léonard s'appliqua. Le curieux qui a étudié la nature humaine sous cet aspect voit souvent les autres peintres faire courir un homme sans lui faire remuer les jambes.


Lorsque [Francesco] Melzi se rendit à Saint-Germain en Laye pour annoncer la mort de Léonard à François Ier, ce roi donna des larmes à la mémoire de ce grand peintre. Un roi pleurer !
  • (fr) Histoire de la peinture en Italie, Stendhal, éd. Folio, 1996 (réédition)  (ISBN 978-2-070-32807-9), chap. LXIV, p. 225


Gennaro Toscano

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Après une vie à l'écart de la religion, pendant laquelle l'artiste philosophe s'était souvent éloigné de la religion, Vasari le réconcilie avec les valeurs dominantes pour le présenter comme un être digne et conforme aux dogmes de l'époque. Si Léonard s'était plutôt abandonné dans les bras de jeunes hommes tout au long de sa vie, Vasari le fait mourir dans les bras du Très Chrétien François 1er. Le biographe hisse ainsi l'artiste au rang de « divin ».
  • « La mort de Léonard La naissance d'un mythe de Vasari à Ingres », Gennaro Toscano, dans 1519 La mort de Léonard Naissance d'un mythe, Gennaro Toscano (Dir.), éd. Éditions Gourcuff Gradenigo, 2019  (ISBN 978-2-353-40296-0), p. 44


La Vie de Léonard publiée par Du Fresne devint un fondement pour les auteurs notamment français du XVIIe siècle. Ils ont alors interprété l'invitation de l'artiste en France comme une glorieuse opportunité offerte au maître de Vinci, ainsi devenu le parangon de la cour.
  • « La mort de Léonard La naissance d'un mythe de Vasari à Ingres », Gennaro Toscano, dans 1519 La mort de Léonard Naissance d'un mythe, Gennaro Toscano (Dir.), éd. Éditions Gourcuff Gradenigo, 2019  (ISBN 978-2-353-40296-0), p. 46


Au fil des siècles, l'épisode de la mort de Léonard dans les bras de François 1er devint un excellent prétexte pour illustrer la magnanimité du roi, prince des arts et grand mécène. Il s'ancra dans l'histoire de France et en tant que tel fut représenté par les artistes dès la seconde moitié du XVIIIe siècle.
  • « La mort de Léonard La naissance d'un mythe de Vasari à Ingres », Gennaro Toscano, dans 1519 La mort de Léonard Naissance d'un mythe, Gennaro Toscano (Dir.), éd. Éditions Gourcuff Gradenigo, 2019  (ISBN 978-2-353-40296-0), p. 49


Lorsqu'il peint pour le comte Pierre de Blacas François 1er reçoit les derniers soupirs de Léonard de Vinci, Ingres ne tient pas compte de la vérité historique qui commençait désormais à faire surface [n 115] ; il reprend à la lettre le récit vasarien, d'une part pour souligner la mort comme moment de vérité, bilan de toute une existence, d'autre part, pour montrer un grand souverain protecteur des arts.
  • « La mort de Léonard La naissance d'un mythe de Vasari à Ingres », Gennaro Toscano, dans 1519 La mort de Léonard Naissance d'un mythe, Gennaro Toscano (Dir.), éd. Éditions Gourcuff Gradenigo, 2019  (ISBN 978-2-353-40296-0), p. 61


Geoffroy Tory

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Stefania Tullio Cataldo

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En 1651, Raphaël Trichet Du Fresne compare Léonard à Hermès Trigémistre ou à un druide [...]. C'est peut-être pour cette raison que la France accueille avec bienveillance l'incapacité de Léonard à achever ses œuvres : plus qu'un peintre ou un ouvrier, ainsi qu'on le disait alors, elle le considère comme un grand philosophe, un conseiller digne d'être un proche du roi. Sa véritable œuvre d'art est sa personne elle-même, sa pensée, son savoir, ses réflexions, non les objets qu'il est capable de produire.
  • « L'(In)achèvement d'une vie : Léonard de l'Italie à la France, de peintre à philosophe. », Stefania Tullio Cataldo, dans 1519 La mort de Léonard Naissance d'un mythe, Gennaro Toscano (Dir.), éd. Éditions Gourcuff Gradenigo, 2019  (ISBN 978-2-353-40296-0), p. 24


Paul Valéry

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Voir le recueil de citations : Paul Valéry
Il y eut une fois Quelqu’un qui pouvait regarder le même spectacle ou le même objet, tantôt comme l’eût regardé un peintre, et tantôt en naturaliste ; tantôt comme un physicien, et d’autres fois, comme un poète : et aucun de ces regards n’était superficiel.
  • « Préface de l’édition de 1942 », Paul Valéry, dans Carnets, Léonard de Vinci, éd. Gallimard, 2019  (ISBN 978-2-07-284486-7), p. 101


Je sentais que ce maître de ses moyens, ce possesseur du dessin, des images, du calcul, avait trouvé l’attitude centrale à partir de laquelle les entreprises de la connaissance et les opérations de l’art sont également possibles ; les échanges heureux entre l’analyse et les actes, singulièrement probables : pensée merveilleusement excitante. Mais pensée trop immédiate, — pensée sans valeur, — pensée infiniment répandue, — et pensée bonne pour parler, non pour écrire.
  • Introduction à la méthode de Léonard de Vinci, Paul Valéry, éd. La Nouvelle Revue, 1919, chap. Notes et digressions, p. 11 (texte intégral sur Wikisource)


Si légèrement que je l’eusse étudié, ses dessins, ses manuscrits m’avaient comme ébloui. De ces milliers de notes et de croquis, je gardais l’impression extraordinaire d’un ensemble hallucinant d’étincelles arrachées par les coups les plus divers à quelque fantastique fabrication. Maximes, recettes, conseils à soi, essais d’un raisonnement qui se reprend ; parfois une description achevée ; parfois il se parle et se tutoie…

Mais je n’avais nulle envie de redire qu’il fut ceci et cela : et peintre, et géomètre, et…

Et, d’un mot, l’artiste du monde même. Nul ne l’ignore.
  • Introduction à la méthode de Léonard de Vinci, Paul Valéry, éd. La Nouvelle Revue, 1919, chap. Notes et digressions, p. 12 (texte intégral sur Wikisource)


C’est à l’univers qu’il songe toujours, et à la rigueur.
  • La rigueur est une allusion à la devise de Léonard de Vinci, Hostinato rigore ("Rigueur obstinée").


Giorgio Vasari

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Voir le recueil de citations : Giorgio Vasari
Page d'un Codex avec des dessins à l'encre rouge de nœuds et d'oiseaux en cage.
Codex Atlanticus, 190 v. « Les pensées se tournent vers l’espoir[n 116]. »
Il était si plaisant dans la conversation qu'il attirait à lui tous les esprits. Et bien qu'il ne possédât rien, pour ainsi dire, et qu'il travaillât peu, il entretint continuellement serviteurs et chevaux, dont il se délectait fort, comme de manière particulière de tous les animaux, qu'il soignait et élevait avec le plus grand amour et la plus grande patience. Preuve en fut que, souvent, passant en des lieux où l'on vendait des oiseaux, après les avoir, de sa main, retirés de la cage et payé à qui les vendait le prix demandé, il les laissait reprendre leur vol dans les airs, leur rendant la liberté perdue.
  • Vie de Léonard de Vinci, peintre et sculpteur florentin, Giorgio Vasari (it) (trad. Louis Frank et Stefania Tullio Cataldo), éd. Hazan/Louvre, 2019  (ISBN 978-2-754111-24-9), partie Giorgio Vasari. Vie de Léonard de Vinci peintre et sculpteur florentin, chap. Torrentino, 1550 et Giunti, 1568, p. 33 et 51


Il se trouve que Lionardo, par intelligence de son art, commença un grand nombre de choses et n'en finit jamais aucune, car il lui semblait que la main ne pouvait ajouter à l'art accompli des objets de son imagination, puisqu'il se formait dans la pensée de si prodigieuses difficultés que jamais ses mains, encore qu'elles fussent plus qu'excellentes, n'auraient su les exprimer. Et si nombreux furent les caprices de son imagination que, philosophant sur la nature, il s'attacha à comprendre les propriétés des herbes, continuant par l'observation du mouvement du ciel, du cours de la lune et de la marche du soleil.
  • Vie de Léonard de Vinci, peintre et sculpteur florentin, Giorgio Vasari (trad. Louis Frank et Stefania Tullio Cataldo), éd. Hazan/Louvre, 2019  (ISBN 978-2-754111-24-9), partie Giorgio Vasari. Vie de Léonard de Vinci peintre et sculpteur florentin, chap. Torrentino, 1550 et Giunti, 1568, p. 33 et 53


Le Baptême du Christ, Florence, musée des Offices, inv. 8358 [n 117]
Il fut donc destiné, […] dans son enfance, par l'entremise de Ser Piero, à étudier l'art sous Andrea del Verrocchio (it). Lequel peignant un tableau où Saint Jean baptisait le Christ, Lionardo fit un ange qui tenait des vêtements, et, bien qu'il fût tout jeune, le conduisit de telle manière que son ange était bien meilleur que les figures d'Andrea. Ce qui fut la cause qu'Andrea ne voulut plus jamais toucher aux couleurs, par dépit qu'un enfant en sût plus que lui.
  • Vie de Léonard de Vinci, peintre et sculpteur florentin, Giorgio Vasari (trad. Louis Frank et Stefania Tullio Cataldo), éd. Hazan/Louvre, 2019  (ISBN 978-2-754111-24-9), partie Giorgio Vasari. Vie de Léonard de Vinci peintre et sculpteur florentin, chap. Torrentino, 1550 et Giunti, 1568, p. 33 et 53


Pour Antonio Segni, son très grand ami, il dessina sur une feuille un Neptune conduit de telle manière et avec une si grande diligence qu'il semblait parfaitement vivant. On y voyait la mer tumultueuse et le char tiré par les chevaux marins accompagnés de créatures fantastiques, les orques et les Vents, ainsi que de très belles têtes de dieux marins. Le dessin fut donné par son fils Fabio à Messer Giovanni Gaddi, avec cette épigramme :

Virgile a peint Neptune, Homère le peignit,
Gouvernant ses chevaux par les plaines marines
Aux vagues sonores.
Poètes, cependant, ils voyaient en esprit,
Vinci vit par les yeux, et justement les vainc.

  • Vie de Léonard de Vinci, peintre et sculpteur florentin, Giorgio Vasari (trad. Louis Frank et Stefania Tullio Cataldo), éd. Hazan/Louvre, 2019  (ISBN 978-2-754111-24-9), partie Giorgio Vasari. Vie de Léonard de Vinci peintre et sculpteur florentin, chap. Torrentino, 1550 et Giunti, 1568, p. 37 et 55


Il fit encore à Milan, chez les frères de saint Dominique, à Santa Maria delle Grazie, une Cène, œuvre fort belle et merveilleuse; et il donna aux têtes des Apôtres tant de majesté et de beauté qu'il laissa celle du Christ inachevée, ne pensant pas pouvoir lui conférer la divinité céleste que requiert l'image du Christ. Cette œuvre étant demeurée de la sorte pour finie, elle fut continuellement tenue en très grande vénération par les Milanais, ainsi que par les étrangers, selon que Lionardo imagina et réussit à exprimer le trouble qui avait surgi chez les Apôtres, dans leur désir de savoir qui trahissait le Maître. C'est ainsi que l'on voit sur tous les visages l'amour, la peur et le dépit ou la douleur de ne pouvoir comprendre ce que le Christ avait à l'esprit.
  • Vie de Léonard de Vinci, peintre et sculpteur florentin, Giorgio Vasari (trad. Louis Frank et Stefania Tullio Cataldo), éd. Hazan/Louvre, 2019  (ISBN 978-2-754111-24-9), partie Giorgio Vasari. Vie de Léonard de Vinci peintre et sculpteur florentin, chap. Torrentino, 1550 et Giunti, 1568, p. 37-39 et 57


La Cène, Santa Maria delle Grazie, Milan.
La noblesse de cette peinture, tant par sa composition que pour l'incomparable diligence avec laquelle elle est achevée, fit naître chez le roi de France le dessein de l'emporter en son royaume. D'où vint qu'il chercha par tous les moyens à savoir s'il eut été des architectes qui, au moyen de poutres de bois et de fer, eussent été capables de lui créer une armature, de sorte qu'elle pût être transportée sauve, sans considérer la dépense qu'on y eût faite, tant il la désirait. Mais de ce qu'elle était peinte sur le mur, l'envie finit par passer à Sa Majesté et elle resta aux Milanais[n 118].
  • Vie de Léonard de Vinci, peintre et sculpteur florentin, Giorgio Vasari (trad. Louis Frank et Stefania Tullio Cataldo), éd. Hazan/Louvre, 2019  (ISBN 978-2-754111-24-9), partie Giorgio Vasari. Vie de Léonard de Vinci peintre et sculpteur florentin, chap. Torrentino, 1550 et Giunti, 1568, p. 39 et 59


Il proposa au duc de faire un cheval de bronze d'une prodigieuse grandeur afin d'y installer, à sa mémoire, l'effigie de ce duc. Et il le commença et conçut si grand que jamais on ne put le fondre. L'opinion fut soutenue par certains (tant sont variés, et d'une méchanceté bien souvent fondée sur l'envie, les jugements des hommes) selon laquelle Lionardo (comme il le faisait pour ses autres ouvrages) le commença de manière à ne pas le finir, puisqu'en prétendant le fondre d'un seul jet alors qu'il était d'une telle grandeur, il s'y découvrait d'incroyables difficultés; et l'on peut encore penser que nombreux furent ceux qui jugèrent de la sorte d'après le résultat, puisque, parmi ses œuvres, beaucoup sont inachevées. Mais on peut croire en vérité que son très grand et excellent esprit fut empêché par trop de volonté, et que de vouloir toujours chercher l'excellence au-delà de l'excellence et la perfection au-delà de la perfection fut la cause de cet échec, si bien que l'ouvrage fut retardé par le désir, comme dit notre Pétrarque; et au vrai, ceux qui virent le grand modèle que Lionardo fit en terre jugent n'avoir jamais vu chose plus belle et plus superbe; il dura jusqu'à ce que les Français vinssent à Milan avec le roi Louis de France et le missent entièrement en pièces.
  • Vie de Léonard de Vinci, peintre et sculpteur florentin, Giorgio Vasari (trad. Louis Frank et Stefania Tullio Cataldo), éd. Hazan/Louvre, 2019  (ISBN 978-2-754111-24-9), partie Giorgio Vasari. Vie de Léonard de Vinci peintre et sculpteur florentin, chap. Giunti, 1568, p. 59-61


Portrait du pape Léon X, Raphaël
On raconte qu'un ouvrage lui ayant été confié par le pape [Léon X], il commença sur-le-champ à distiller de l'huile et des herbes pour faire le vernis, ce qui suscita ce mot du pape Léon : « Hélas, celui-là n'est bon à rien, il commence à penser à la fin devant qu'au début de l'ouvrage ! »
  • (it) Dicesi che essendogli allogato una opera dal papa, subito cominciò a stillare olii et erbe per far la vernice, per che fu detto da papa Leon: «Oimè, costui non è per far nulla, da che comincia a pensare alla fine innanzi il principio dell'opera!».
  • Vie de Léonard de Vinci, peintre et sculpteur florentin, Giorgio Vasari (trad. Louis Frank et Stefania Tullio Cataldo), éd. Hazan/Louvre, 2019  (ISBN 978-2-754111-24-9), partie Giorgio Vasari. Vie de Léonard de Vinci peintre et sculpteur florentin, chap. Torrentino, 1550 et Giunti, 1568, p. 44-45 et 66-67


Se voyant voisin de la mort, il voulut s'informer avec diligence de la doctrine catholique, et de la voie bonne et de la sainte religion chrétienne, puis, avec force pleurs, confessé et contrit, bien qu'il ne pût se dresser sur ses jambes, il voulut, en se tenant aux bras de ses amis et serviteurs, dévotement recevoir le Très Saint Sacrement hors de son lit. Le roi survint alors, qui avait coutume de l'aller souvent et aimablement visiter. S'étant pour cette raison redressé par révérence et assis sur le lit, tout en lui contant son mal et les accès de ce mal, il manifestait combien il avait offensé Dieu et le monde pour n'avoir pas œuvré dans l'art ainsi qu'il convenait. Il lui vint alors un paroxysme, messager de la mort. C'est ainsi, le roi s'étant levé et lui ayant pris la tête pour le secourir et montrer sa faveur, afin que le mal fût allégé, que son très divin esprit, sachant ne pouvoir obtenir plus grand honneur, expira dans les bras de ce roi, au soixante-quinzième an de son âge.
  • Vie de Léonard de Vinci, peintre et sculpteur florentin, Giorgio Vasari (trad. Louis Frank et Stefania Tullio Cataldo), éd. Hazan/Louvre, 2019  (ISBN 978-2-754111-24-9), partie Giorgio Vasari. Vie de Léonard de Vinci peintre et sculpteur florentin, chap. Torrentino, 1550 et Giunti, 1568, p. 45 et 67-69
D'où vient, par tant de qualités si divines, encore qu'il ait bien plus œuvré en paroles qu'en actes, que son nom et sa gloire jamais ne s'éteindront. C'est pourquoi il fut proclamé à sa gloire par Messer Giovanni Battista Strozzi :

Vince costui pur solo
Tutti altri, et vince Fidia, et vince Apelle
Et tutto il lor vitorioso stuolo.

« 

Celui-ci vainc, seul,
Tous les autres, et vainc Phidias et vainc Apelle,
Et toute leur cohorte victorieuse[n 120].

 »

  • Vie de Léonard de Vinci, peintre et sculpteur florentin, Giorgio Vasari (trad. Louis Frank et Stefania Tullio Cataldo), éd. Hazan/Louvre, 2019  (ISBN 978-2-754111-24-9), partie Giorgio Vasari. Vie de Léonard de Vinci peintre et sculpteur florentin, chap. Giunti, 1568, p. 68-69


Carlo Vecce

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Voir le recueil de citations : Carlo Vecce
Leonard de Vinci est désormais entré dans le nouveau millénaire. Cinq siècles après sa mort (1519), il ne vieillit pas, bien au contraire. Comme le dieu Protée, il a cet art de la transformation, prenant un visage chaque fois diffèrent, comme un miroir qui réfléchirait l’époque qu’il est en train de traverser. Aujourd’hui, il semble aussi à l’aise qu’un poisson dans l’eau dans notre monde actuel. L’homme universel est devenu un homme global, célèbre dans les coins les plus reculés de la planète, surfant en souplesse sur les vagues des progrès technologiques les plus extrêmes de la communication. À l’ère du numérique, Léonard et ses œuvres sont aussi devenus immatériels, virtuels, des hologrammes qui n’ont plus rien à faire de la réalité matérielle.
  • Léonard de Vinci (1998), Carlo Vecce (trad. Michael Fusaro), éd. Flammarion, 2019  (ISBN 978-2-0814-7359-1), chap. Préface, p. 7


Ses extraordinaires manuscrits, un labyrinthe de milliers de feuillets et de cahiers où il était auparavant si difficiles de s’orienter. Or, grâce à leur numérisation et à leur publication en ligne, ils sont devenus plus accessibles à tous, et surtout plus lisibles. Dans l’avenir, on pourra les consulter en raccordant immédiatement les idées et les images. Suivant ainsi le mouvement de la pensée et de la recherche de Léonard. Ainsi, ce qui apparaissait hier à Paul Valéry comme « un ensemble hallucinant d’étincelles arrachées par les coups les plus divers à quelques fantastiques fabrications » commence désormais à révéler ses cartographies internes, ses routes et ses points cardinaux.
  • Léonard de Vinci (1998), Carlo Vecce (trad. Michael Fusaro), éd. Flammarion, 2019  (ISBN 978-2-0814-7359-1), chap. Précace, p. 11


Léonard envisage le passage d'une scientia universalis à une scientia singularis durant les dernières années de sa vie. Il abandonne le principe d'analogie et commence à étudier chaque objet et chaque phénomène avec minutie, en adaptant méthodes et principes à chaque étude particulière. Toute vague qui se brise sur le front de mer a droit à sa propre science, eût dit Monsieur Palomar, le personnage d'Italo Calvino. Les dons d'exactitude et de visibilité qui caractérisent l'écriture de Léonard s'affinent et se développent afin de suivre l'objet dans chacune de ses mutations. Pour Galilée, nous dit encore Calvino, le langage scientifique n'est pas un instrument neutre, il est doué de conscience littéraire et de participation expressive, imaginative, lyrique. Il s'agit là d'un autre trait dominant chez Léonard, qui nous porte à reconsidérer le mythe du génie solitaire et isolé : certes, sa recherche a souvent été solitaire, mais la façon dont elle s'est exprimée, même au sein de carnets résolument privés, s'est toujours distinguée par la volonté de faire partager son cheminement aux autres hommes.
  • Léonard de Vinci (1998), Carlo Vecce (trad. Michael Fusaro), éd. Flammarion, 2019  (ISBN 978-2-0814-7359-1), chap. Introduction, p. 18-19


Après la chute du régime des Sforza, ces devises se feront de plus en plus personnelles, de l'ordre du privé, et deviendront l'expression d'une synthèse morale, liée tour à tour aux thèmes de l'ingratitude, de la persévérance, de la vertu. Parmi les plus célèbres, citons celle de la charrue : « Les obstacles ne peuvent me ployer. Tout obstacle cède à l'effort. Ne pas quitter le sillon » ; « Effort persistant » ; citons encore celle de la boussole : « Effort persistant. Effort prédestiné. Qui règle sa course sur cette étoile n'en est pas détourné ».
  • Léonard de Vinci (1998), Carlo Vecce (trad. Michael Fusaro), éd. Flammarion, 2019  (ISBN 978-2-0814-7359-1), partie II. Milan, chap. 19s, récits, allégories, p. 159


Le temps est l’un des thèmes fondamentaux de la méditation de Léonard, peut-être la principale obsession de sa vie : le temps qui fuit, le temps qui manque, le temps du travail, le temps de la machine et des horloges, le temps de l’histoire et le temps de la nature. Et aussi le temps de la lecture, le temps à dédier aux livres, au dialogue avec les Anciens. Le premier livre du jeune Léonard est un livre sur le temps. Vers 1478, une feuille énigmatique du Codex Atlantique (Milan, Biblioteca Ambrosiana, c.195r-v) présente une série de courtes citations des épîtres de Luca Pulci, du Triomphe de l’Amour de Pétrarque et surtout des Métamorphoses d’Ovide (traduites en langue vernaculaire). Les citations d’Ovide s’articulent autour du thème du temps « consommateur de toutes les choses » qui, avec son vol inexorable, domine le processus universel de métamorphose qui emporte les éléments et les créatures. Dans la lecture des Métamorphoses d’Ovide […] Léonard commence à former sa propre vision du monde et de la nature, basée sur le devenir pérenne.
  • « Les livres et le temps : la bibliothèque de Léonard de Vinci », Carlo Vecce, Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, nº 163/2, 2019, p. 528 (lire en ligne)


Sa bibliothèque, ouverte à tous les domaines disciplinaires, reflétait la vision d’un monde encore fondé sur l’unité et la circulation du savoir, avant que le processus de division et de spécialisation ne commence à l’ère moderne. Une bibliothèque au service de la recherche quotidienne, dans laquelle la lecture était orientée par des intérêts spécifiques. Léonard n’était pas un lecteur passif. Il soumet à un examen critique les textes avec lesquels il se confrontait, les manipule avec une grande liberté, sans être intimidé par les noms illustres des « Altori ». Ses transcriptions étaient toujours des réécritures, des ré-élaborations, des synthèses, des « traductions ».
  • « Les livres et le temps : la bibliothèque de Léonard de Vinci », Carlo Vecce, Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, nº 163/2, 2019, p. 532 (lire en ligne)


Alessandro Vezzosi

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Voir le recueil de citations : Alessandro Vezzosi
L’historien de l’art Kenneth Clark écrit que « les innombrables dessins de jeux géométriques nous incitent à regretter le temps et le génie ainsi gâché par Léonard : les figures en question ont autant à faire avec la géométrie que les mots-croisés avec la littérature. » Ces jeux géométriques rappellent pourtant que, pour Léonard comme pour les avant-gardes du XXe siècle, le rapport avec la science est souvent métaphore, une allusion à des certitudes qui permettent de se projeter dans la dimension de l’art, au-delà de la « raison ».


Pour Cocteau, Léonard, comme Picasso, « n'était pas un chercheur, c'était un trouveur ». En effet la recherche de Léonard n'est-elle pas infinie ? Chaque point d'arrivée n'est-il pas aussi le prochain point de départ, d'observation et d'enquête ?
  • Léonard de Vinci : Art et science de l’univers, Alessandro Vezzosi (trad. Françoise Lifran), éd. Gallimard, 1996  (ISBN 2-07-053353-0), partie Témoignages et documents, chap. Contradictions et ambiguïtés, p. 133


Les aspirations rationnelles cohabitent chez Leonard avec l’irrationnel de la vie : ses manuscrits attestent de la variété et de la profusion des sujets qui le préoccupent et sont constamment parcourus de contradictions, passant des préceptes moralisateurs aux mouvements d’humeur incontrôlés, des notations sèches à une véritable poésie de l’ambiguïté.
  • Léonard de Vinci : Art et science de l’univers, Alessandro Vezzosi (trad. Françoise Lifran), éd. Gallimard, 1996  (ISBN 2-07-053353-0), partie Témoignages et documents, chap. Contradictions et ambiguïtés, p. 134


« L’expérience ne se trompe jamais, seuls vos jugements errent, qui se promettent des résultats étrangers à notre expérimentation personnelle » (Codex Atlanticus, 417, r.) « Encore que la nature s’inspire d’abord de la raison et finisse par l’expérience, nous ferons le contraire, c’est-à-dire nous commencerons par l’expérience et de là nous irons à la recherche de la raison » (Ms. E. 55 r.) « Les choses de l’esprit qui ne sont pas passées par le sens sont vaines et n’engendrent qu’une vérité visible » (Windsor RL 19070 v.). Léonard est évidement en contradiction avec sa notation du Codex Atlanticus 398 v.
  • Léonard de Vinci : Art et science de l’univers, Alessandro Vezzosi (trad. Françoise Lifran), éd. Gallimard, 1996  (ISBN 2-07-053353-0), partie Témoignages et documents, chap. Contradictions et ambiguïtés, p. 136


Nicole Willk-Brocard

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Le geste de François 1er assistant son vieux peintre dans ses derniers instants s'inscrit à merveille dans le courant de sentimentalisme qui envahit la peinture.
  • « La Mort de Léonard par Ménageot : une commande des bâtiments du roi », Nicole Willk-Brocard (2019), dans 1519 La Mort de Léonard Naissance d'un Mythe, Gennaro Toscano (Dir), éd. Gourcuff Gradenigo, 2019  (ISBN 978-2-35340-296-0), p. 65


La Mort de Léonard de Vinci fut unanimement considéré comme le chef-d'œuvre de Ménageot, qui fait preuve ici d'un grand équilibre. La composition est solide ; la scène, réaliste et émouvante, est réduite à ses éléments essentiels : le lit au baldaquin monumental, le vieux peintre et le roi autour desquels se meuvent des comparses.
  • « La Mort de Léonard par Ménageot : une commande des bâtiments du roi », Nicole Willk-Brocard (2019), dans 1519 La Mort de Léonard Naissance d'un Mythe, Gennaro Toscano (Dir), éd. Gourcuff Gradenigo, 2019  (ISBN 978-2-35340-296-0), p. 66


Marguerite Yourcenar

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Voir le recueil de citations : Marguerite Yourcenar
Photographie en noir et blanc, avec un cadrage serré, d'une vieille dame souriante un cigare à la main.
Marguerite Yourcenar en 1982.
S'il est question de tout un ensemble de transmissions plus inanalysables, c'est de la terre entière que nous sommes les légataires universels. Un poète ou un sculpteur grec, un moraliste romain né en Espagne, un peintre issu d'un notaire florentin et d'une servante d'auberge dans un village des Apennins, un essayiste périgourdin sorti d'une mère juive, un romancier russe ou un dramaturge scandinave, un sage hindou ou chinois nous ont peut-être davantage formés que ces hommes et ces femmes dont nous avons été l'un des descendants possibles, un de ces germes dont des milliards se perdent sans fructifier dans les cavernes du corps ou entre les draps des époux.
  • Le passage fait notamment allusion à Sénèque (philosophe romain né à Corduba, actuelle Cordoue, dans la province romaine de Bétique, actuelle Andalousie), à Léonard de Vinci (fils du notaire Pierre de Vinci et de la paysanne Caterina di Meo Lippi, né au village d'Anchiano en Toscane avant d'aller étudier à Florence) et à Michel de Montaigne (auteur des Essais, né dans le Périgord, fils d'Antoinette de Louppes de Villeneuve).
  • « Archives du Nord » (1977), dans Essais et mémoires, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011212-8), partie Mémoires. Le Labyrinthe du monde II, chap. Première partie. Le réseau, p. 974 (lire en ligne)


Le végétarisme et la profonde tendresse pour le monde animal sont dans Léonard, comme chacun sait.


Signature de Marguerite Yourcenar

Frank Zöllner

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Voir le recueil de citations : Frank Zöllner
S’il y avait un concours entre les peintres les plus lents, Léonard l’emporterait sans conteste.


Autres

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Il met l'anatomie des muscles et des tendons à l'honneur, non pas tant pour la description détaillée des structures concernées que pour en extraire un modèle de mecanique humaine, poussé par sa curiosité d'ingénieur. Il voit certainement en L’Homme une de ces machines dont il aurait aimé concevoir le dessin comme il étudie la structure du corps humain dans le but de mieux peindre et de mieux modeler des statues à la perfection.
  • La Main De Léonard De Vinci, Dominique Le Nen, Jacky Laulan, éd. Springer, 2010, chap. 7. Préambule, p. 23


À ses yeux, du moins à une certaine période de sa vie, il y a similitude entre le corps de l'Homme, le microcosme, et celui de la Terre, le macrocosme - par exemple, le cours d'eau qui se jette dans le fleuve puis du fleuve dans la mer est assimilé par Léonard à l’écoulement du sang dans les veines -, et il entend bien par la dissection confirmer ou infirmer cette relation.
  • La Main De Léonard De Vinci, Dominique Le Nen, Jacky Laulan, éd. Springer, 2010, chap. 7. Préambule, p. 23


L’esquisse chez Léonard ne constitue pas seulement le point de départ de l’œuvre à venir, mais le vecteur d’un exercice perpétuel. En manifestant l’œuvre à l’état naissant, dans le mouvement de sa propre genèse, l’esquisse préserve sa qualité de cosa mentale, de ferment imaginaire. À cette logique expérimentale du dessin, s’intègrent les multiples analogies que Léonard explore, entre microcosme et macrocosme, comme celle qui relie le poids et l’involution d’une gerbe de fleurs ou d’une chevelure bouclée avec la chute et le rebond d’une cascade d’eau.
  • « Esquisser un monde : l’exercice de la rêverie selon Léonard de Vinci », Marina Seretti, Methodos, 2021 (lire en ligne)


D’une manière générale, l’usage des mathématiques chez Léonard de Vinci, qu’il s’agisse de constructions géométriques utiles pour le tracé de différentes pièces mécaniques ou de calcul comme lorsqu’il s’agit d’établir le rapport entre la surface de l’aile (de l’oiseau ou artificielle) et le poids porté, lui permet de dépasser la simple observation, les expériences concrètes et un empirisme immédiat vers des considérations générales ; dans les dessins, le particulier est subsumé sous le général. Le particulier ne disparaît pas puisque chaque dessin demeure singulier, mais le passage au général se fait par la multiplication des décompositions et des points de vue.
  • « Les machines de Léonard de Vinci comme vision du monde », Gérard Chazal, e-Phaïstos, nº IX-1, 2021 (lire en ligne)


Fiction et culture populaire

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Dan Brown

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Voir le recueil de citations : Da Vinci Code

- La recherche sur le symbolisme des sociétés secrètes est une de mes spécialités. Celle-ci s'appelle le Prieuré de Sion [Sic ! ] Elle est basée en France, mais compte des membres influents dans toute l'Europe. [...] Elle a compté parmi ses membres certains individus prestigieux, comme Boticelli, Isaac Newton, Victor Hugo et Claude Debussy. Et Leonardo Da Vinci.
- Il faisait partie d'une société secrète ?
- Il a même présidé le prieuré de 1510 à 1519, en temps que Grand Maître, ce qui pourrait expliquer la passion de votre grand-père pour son œuvre.


Toutefois, selon certains historiens de l'art, le culte que Leonardo vouait à Mona Lisa n'avait rien à voir avec sa perfection artistique. Le portrait n'était en somme rien d'autre qu'un exemple de sfumato. L'attachement de son auteur tenait à quelque chose de beaucoup plus profond, un message qu'il aurait dissimulé sous les couches de peinture. La Joconde était en fait l'un des canulars ésotériques les plus sensationnels de l'histoire de l'art.
  • Dans son polar, Dan Brown parle de la Joconde comme d'un portrait androgyne lié aux divinités égyptiennes Amon et Isis.


Dimitri Merejkovski

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Voir le recueil de citations : Dimitri Merejkovski
Il avait aussi une autre réminiscence de sa première enfance, de celles qui pour les autres paraissent stupides, mais, pour celui qui les garde dans son âme, pleines de prophétique mystère comme des rêves fatidiques.

« Je dois parler du milan – c’est ma destinée – écrivait-il dans son journal, car je me rappelle que dans mon enfance j’ai eu un rêve. J’étais couché dans mon berceau, un milan est arrivé près de moi et m’ouvrit les lèvres, et à plusieurs reprises y glissa ses plumes comme en signe que toute ma vie je m’occuperais de ces ailes ».

La prophétie s’accomplit. Les ailes humaines devinrent le dernier but de son existence.
  • La lecture de ce roman, dans sa version allemande, où le «milan» devient un «vautour» inspira les recherches de Sigmund Freud sur Léonard de Vinci.


Le 2 mai, après plusieurs jours passés sans connaissance, Francesco et fra Guillielmo s’aperçurent que sa respiration faiblissait. Le moine lut la prière des agonisants.

Peu de temps après, l’élève ayant posé la main sur le cœur du maître, sentit qu’il ne battait plus.

Il ferma les yeux de Léonard.
  • La Mort de Léonard de Vinci


Notes et références

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  1. Richter 1970, I, 11, p. 116, Pedretti 1977, I, p. 110, Traité 2003, 12, p. 50.
  2. Richter 1970, I, 9, p. 115, Pedretti 1977, I, p. 110, Traité 2003, 13, p. 50.
  3. « Codice Atlantico, Foglio: 327 v », sur teche.museogalileo.it
  4. Richter 1970, I, 10, p. 116, Pedretti 1977, I, p. 110; Traité 2003, 13, p. 50 : le propos rapporté de Marius est initialement cité par Salluste dans son Bellum Iugurthinum ((la) Voir le document Bellum Iugurthinum, 85, disponible sur Wikisource en latin.).
  5. Richter 1970, I, 12, p. 116-117, Pedretti 1977, I, p. 110, Traité 2003, 13, p. 50.
  6. Richter 1970, I, 10, p. 115, Pedretti 1977, I, p. 110, Traité 2003, 13, p. 50 : cette sentence, qui est la première phrase de la Métaphysique d’Aristote (voir Voir l'article « Tous les hommes désirent par nature savoir » sur Wikipédia.), se trouve également au début du chapitre I du Banquet de Dante : « Sì come dice lo Filosofo nel principio de la Prima Filosofia, tutti li uomini naturalmente desiderano di sapere. »((it) Voir le document Convivio, Trattato primo, disponible sur Wikisource en italien.)
  7. Voir « Codice Arundel, 1r », sur leonardodigitale.com. Richter 1970, I, 4, p. 112-113, Pedretti 1977, I, p. 102-103, Traité 2003, 5, p. 48.
  8. Richter 1970, II, 1165A, p. 243, Pedretti 1977, II, p. 240.
  9. Ce passage est tiré du Livre XV des Métamorphoses d’Ovide.
  10. Richter 1970, II, 1163, p. 242, Pedretti 1977, II, p. 240.
  11. Richter 1970, II, 1171, p. 244, Pedretti 1977, II, p. 242.
  12. Richter 1970, II, 1148B, p. 239, Pedretti 1977, II, p. 236.
  13. 13,0 et 13,1 Richter 1970, II, 1153, p. 240, Pedretti 1977, II, p. 237.
  14. Pedretti 1977, II, p. 237-238.
  15. Richter 1970, II, 1147, p. 239, Pedretti 1977, II, p. 236.
  16. Richter 1970, II, 1205, p. 250, Pedretti 1977, II, p. 252.
  17. Richter 1970, II, 1160, p. 241, Pedretti 1977, II, p. 239.
  18. Richter 1970, II, 1183, p. 246, Pedretti 1977, II, p. 245 (voir aussi Allégories).
  19. Richter 1970, II, 1216, p. 256, Pedretti 1977, II, p. 256.
  20. Richter 1970, II, 1150, p. 240, Pedretti 1977, II, p. 236.
  21. Kleene et Pedretti 1980-1985, III, 159r, p. 634 [II].
  22. Keele et Pedretti 1980-1985, II, 113r, p. 360 [X] (« Leonardo da Vinci - Disegni anatomici a Windsor, 113r », sur e-leo [X]). Voir notes et autre passage en section Anatomie.
  23. Richter 1970, II, 1157, p. 241, Pedretti 1977, II, p. 239, Traité 2003, 11, p. 48.
  24. Richter 1970, II, 1210, p. 250-251, Pedretti 1977, II, p. 253-254, Traité 2003, 11, p. 48
  25. Richter, II, 844, p. 130-131, Pedretti 1977, II, p. 114.
  26. Richter 1970, I, 3, p. 112, Pedretti, I, p. 101.
  27. Voir Richter 1970, II, 1547, p. 384, Pedretti 1977, II, 1547, p. 383.
    RL 12349 r. (Zöllner et Nathan 2019, 73, p. 306)
    Les dernières lignes correspondent à une citation de Dante tirée de la Divine comédie. Voir Bambach 2003, 64, p. 435 (« Leonardo's extensive quote from Dante's Inferno (24:46-51) on the theme of fame concludes the notes on the verso. […] The small portrait of the man in bust length at the bottom of the recto may be an idealized portrait of Dante »); [Pedretti 1984] (en) Carlo Pedretti, Leonardo da Vinci : drawings of horses and other animals from the Royal Library at Windsor Castle, Johnson Reprint Corp., (ISBN 0-384-45282-5, lire en ligne), « The Sforza Monument », p. 44 (« Leonardo transcribed several lines of poetry from famous authors, including Dante. They end up with a quotation from Inferno, XXIV, 46-51, on the theme of Fame »); « Recto: Studies for casting apparatus, and miscellaneous notes. Verso: Further casting studies, and lines of poetry », sur rct.uk. Voir aussi extrait cité par Isaacson, 2019, p. 97.
  28. « Codice Atlantico Foglio: 207 r », sur teche.museogalileo.it; Richter 1970, II, 1159, p. 241, Pedretti 1977, II, p. 239; Kemp 1989, 3, p. 9.
  29. Richter 1970, I, 698, p. 391, Pedretti 1977, I, p. 397; Kemp 1989, 603, p. 244.
  30. Richter 1970, II, 1263, p. 276, Pedretti 1977, II, p. 265.
  31. Voir « Codice Forster III, 66v », sur leonardodigitale.com. Richter 1970, I, 498, p. 308, Pedretti 1977, I, p. 328. Trad Traité 2003, 94, p. 104 « Piètre disciple, qui ne surpasse pas son maître. ».
  32. Clark et Pedretti 1968-1969, I, 12282, p. 8-9; Keele et Pedretti 1980-1985, II, 125v, p. 450, (« Disegni anatomici a Windsor, 125v », sur e-leo), Richter 1970, I, 682, p. 388, Pedretti 1977, I, p. 394.
  33. Clark et Pedretti 1968-1969, I, 12701, p. 179; Richter 1970, I, 681, p. 388, Pedretti 1977, I, p. 393-394; Clayton 2018, 144, p. 186 (« Three emblems », sur rct.uk).
  34. Clark et Pedretti 1968-1969, I, 12700, p. 177; Richter 1970, I, 685, p. 389, Pedretti 1977, I, p. 394 (pour le verso voir Allégories)
  35. Keele et Pedretti 1980-1985, III, 139v, p. 504-506 [X] (« Leonardo da Vinci - Disegni anatomici a Windsor, 139v », sur e-leo [X]).
  36. Voir autre passage RL 19070v en section Philosophie; Clark et Pedretti 1968-1969, III, 19070, p. 29-30; Richter 1970, II, 796, p. 85; Pedretti 1977, II, p. 89; O'Malley et Saunders 1983, 146, p. [338-340 501-502]; Keele et Pedretti 1980-1985, II, 113r, p. 362 [XI-XII] (« Leonardo da Vinci - Disegni anatomici a Windsor, 113r », sur e-leo [XI-XII]) ; Traité 2003, 203, p. 149; Clayton Philo, 49, p. 146 (« Sketches of the intestines, scapels and hooks for dissection, and notes; Miscellaneous notes and anatomical sketches », sur rct.uk);
  37. Clayton 2018, cat. 140, p. 180-181 ; Clayton et Philo 2019, cat. 80, p. 224-225 (voir (en) « The heart, bronchi and bronchial vessels (recto); A sketch of the heart and great vessels (verso) », sur rct.uk) ;
  38. Clark et Pedretti 1968-1969, III, 19071, p. 30; Keele et Pedretti 1980-1985, III, 162r, p. 646 [IV] (« Leonardo da Vinci - Disegni anatomici a Windsor, 178r », sur e-leo [V]); Leonardo da Vinci: Anatomical Drawings from the Royal Library, Windsor Castle, (ISBN 0-87099-362-3, lire en ligne), cat. 34, p. 124-125 (« The long passage down the upper left-hand side of the sheet is another outcry by the artist in favor of visual rather than verbal description of the anatomy, as in [ RL19007v ] »); O'Malley et Saunders 1983, 173, p. 394-395; Traité 2003, 34, p. 68. Voir aussi transcription et trad. du folio dans Francis C. Wells, « Leonardo’s Use of Drawing », dans The Heart of Leonardo, (DOI 10.1007/978-1-4471-4531-8_3), p. 98-100.
  39. Voir « The tongue, and the production of the voice; A schematic map of Milan, notes on the voice », sur rct.uk. Richter 1970, II, 837, 1205A, p. 100, 250, Pedretti 1977, II, p. 108, 252.
  40. Richter 1970, I, 343, p. 255-256; Pedretti 1977, I, p. 244 sqq.
  41. « Codice Atlantico, Foglio: 518 r », sur teche.museogalileo.it; Richter 1970, II, 910, p. 135, Pedretti 1977, II, p. 134.
  42. Richter 1970, I, 394, p. 273, Pedretti 1977, I, p. 293; Traité 2003, 258, p. 170.
  43. 43,0 et 43,1 Voir Pietro C. Marani, « Les manuscrits de Léonard conservés à la Bibliothèque de l’Institut de France : épisodes de leur histoire » dans Viatte et Forcione 2003, Cat. 148, Dessins d’arbres ramifiés et autres dessins de branches, avec notes, p. 418-419, et Louis Frank, « La déité de la science de la peinture » dans Delieuvin et Frank 2019, Cat. 107, La croissance des arbres, p. 210.
  44. Richter 1970, I, 395, p. 273, Pedretti 1977, I, p. 293.
  45. 45,0 45,1 et 45,2 Pedretti 1977, II, p. 294-295; « Codice Atlantico Foglio: 715r », sur teche.museogalileo.it. Sur ce feuillet 715r du Codex Atlanticus, qui débute par des « Exemples et déductions relatifs à l’accroissement de la terre », Léonard écrit trois versions évoquants le « monstre marin » (voir la description de Calvino dans ses Leçons américaines, (lire en ligne), « Exactitude », p. 127-129). Une autre version de ce passage a été découverte au verso de ce feuillet après restauration (Viatte et Forcione 2003, p. 34, voir « Codice Atlantico, 715v », sur leonardodigitale.com).
  46. Richter 1970, II, 1148A, p. 239, Pedretti 1977, II, p. 236.
  47. Richter 1970, II, 1155, p. 241, Pedretti 1977, II, p. 236.
  48. Richter 1970, II, 1158, p. 241, Pedretti 1977, II, p. 236.
  49. Clark et Pedretti 1968-1969, I, 12579, p. 113; Clayton 2018, cat. 118, p. 157 : « Le vieil homme barbu assis sur un affleurement rocheux […] - considéré parfois, de façon assez fantaisiste, comme l'autoportrait de Léonard - semble laisser son regard se perdre dans les flots; mais c'est une illusion, car les dessins ont été effectués sur chacune des moitiés du feuillet alors qu'il était plié. »
  50. Richter 1977, I, 389, p. 269, Pedretti 1977, I, p. 285; C. Pedretti, Leonardo da Vinci on Painting. A Lost Book (Libro A), 1964, p. 13 disponible sur Internet Archive; Traité 2003, 257, p. 170.
  51. Voir « Codice Leicester (già Hammer), 22 v », sur leonardodigitale.com; Richter 1970, I, 1 et II, 1114, p. 112 et 221, Pedretti 1977, I et II, p. 100 et 218. Ce passage se trouve aussi au chapitre « Armement naval », p. 1028 des Carnets. Il y est traduit ainsi : « Comment et pourquoi je ne décris point ma méthode de rester sous l'eau aussi longtemps que je puis me passer de nourriture ; et je ne la publie ni ne la divulgue, en raison de la malignité des hommes qui assassineraient au fond des mers, et brisant les navires en leurs œuvres vives, les couleraient avec leurs équipages. »
  52. Voir « Codice Forster II, 92v », sur leonardodigitale.com. Richter 1970, II, 1206, p. 250, Pedretti 1977, II, p. 252-253.
  53. Voir l'article « architonnerre » sur le Wiktionnaire.
  54. Ms. 2185, 19r. et C. U. 8r. Richter 1970, I, 653, p. 367-368, Pedretti 1977, I, p. 369, McMahon 1956, 30, p. 18, Kemp 1989, 26, p. 20.
  55. Ms 2185, 20 r. et C. U. 4v.-5r. Richter 1970, I, 652, p. 367, Pedretti 1977, I, p. 369, McMahon 1956, 6, p. 5, Kemp 1989, 9, p. 13, Traité 2003, p. 74 : « Le titre et le début sont une citation de Philostrate, les Images […]. La deuxième partie paraphrase un passage de Dante, Inferno, ch. XI, v. 100-105, qui aboutit à la formule Si chè vostr'arte a Dio quasi è nipote (de sorte que votre art est comme le petit-fils de Dieu). »
  56. Ms. 2185 1r et C. U. 48r-v, § 124; Pedretti, I, p. 114; McM 107;
  57. Ms. 2185, 2r et C. U. 32 r. Richter 1970, I, 506, p. 309, Pedretti 1977, I, p. 329, McMahon 1956, 71, p. 48, Kemp 1989, 524, p. 202, Traité 2003, 44, p. 76.
  58. Ms. 2185, 10r. et C. U. 46r, § 118 ; R534; Pedretti, I, p. 335; McM 220; Traité 2003, 100, p. 110
  59. Ms. 2185, 22v. et C. U. 35v. Richter 1970, I, 508, p. 311-312, Pedretti 1977, I, p. 329, McMahon 1956, 76, p. 50, Kemp 1989, 572, p. 222, Traité 2003, 350, p. 216-217.
  60. Ms. 2185, 22v. et C. U. 160v. Richter 1970, I, 23, p. 120, Pedretti 1977, I, p. 115, McMahon 1956, 427, p. 158, Kemp 1989, 18, p. 16.
  61. Ms. 2185, 26r. et C. U. 36r. Richter 1970, I, 496, p. 307, Pedretti 1977, I, p. 328, McMahon 1956, 65, p. 47, Kemp 1989, 574, p. 224-225, Traité 2003, 348, p. 216.
  62. Ms. 2185, 26r. et C. U. 38r.-v. Richter 1970, I, 532, p. 322, Pedretti 1977, I, p. 335, McMahon 1956, 83, p. 53, Kemp 1989, 528, p. 203, Traité 2003, 338, p. 211.
  63. Ms. 2185, 26 v. et C. U., 109r., §290; Richter 1970, I, 572, p. 338-339, Pedretti 1977, I, p. 341, McMahon 1956, 415, p. 133-154, Kemp 1989, 536, p. 208.
  64. Ms. 2185, 27v. et C. U. 37r. Richter 1970, I, 492, p. 306, Pedretti 1977, I, p. 328, McMahon 1956, 63, p. 46, Kemp 1989, 515, p. 198.
  65. Ms. 2185, 28r. et C. U. 131v.-132r. Richter 1970, I, 530, p. 321, Pedretti 1977, I, p. 335, McMahon 1956, 440, p. 162-163, Kemp 1989, 527, p. 203.
  66. Voir « Leonardo da Vinci - Manoscritto A dell'Institut de France, 111v. », sur leonardodigitale.com; Richter 1970, I, 528, p. 320, Pedretti 1977, I, p. 335 (« This is the heading of an unwritten note, and is not necessarily a question »); Traité 2003, 71, p. 99.
  67. Richter 1970, I, 504, p. 310, Pedretti 1977, I, p. 329; Traité 2003, 49, p. 78.
  68. Richter 1970, I, 20, p. 119, Pedretti 1977, I, p. 115; Kemp 1989, 107, p. 52; Traité 2003, 45, p. 76.
  69. A, 23 r. et C. U. 43 v. Richter 1970, I, 586, p. 342, Pedretti 1977, I, p. 349; McMahon 1956, 85, p. 55, Traité 2003, 327, p. 206.
  70. Voir « Codice Forster III, 44v », sur leonardodigitale.com. Richter 1970, I, 662, p. 372, Pedretti 1977, I, p. 372, Traité 2003, 49, p. 78.
  71. Voir « Codice Atlantico Foglio: 215 r », sur teche.museogalileo.it. Richter 1970, I, 610, p. 357, Pedretti 1977, I, p. 356-357.
  72. « Codice Atlantico Foglio: 1060 a v », sur teche.museogalileo.it; Richter 1970, II, 1130C, p. 233, Pedretti 1977, II, p. 229.
  73. Richter 1970, II, 1268, p. 277-278, Pedretti 1977, II, p. 266.
  74. Richter 1970, II, 1268, p. 278, Pedretti 1977, II, p. 266.
  75. Richter 1970, II, 1275, p. 281, Pedretti 1977, II, p. 270-271.
  76. Voir « Codice Forster III, 21r », sur leonardodigitale.com. Pedretti 1977, II, p. 272
  77. Voir « Codice Forster III, 30r », sur leonardodigitale.com. Pedretti 1977, II, p. 269.
  78. Voir « Codice Forster III, 47v », sur leonardodigitale.com; Richter 1970, II, 1276, p. 282, Pedretti 1977, II, p. 271.
  79. Richter 1970, II, 1220, p. 261, Pedretti 1977, II, p. 261.
  80. Viatte et Forcione 2003, chap. Les allégories, cat. 48, p. 163.
  81. Richter 1970, II, 1234, p. 266, Pedretti 1977, II, p. 262. Ce passage est inspiré de la Fleur de vertu, voir aussi H, 48 v. (Delieuvin et Frank 2019, « Liberté. La licence dans la règle », p. 153; Viatte et Forcione 2003, chap. Les allégories, cat. 48, p. 163; Bertrand Madeline, « La Dame à l'hermine de Léonard de Vinci : sensuelle et sans suite », Studiolo, no15, 2018 [texte intégral] ).
  82. Clayton 2018, cat. 145, « Allégorie avec un chien et un aigle », p. 187 ((en) « An allegory with a dog and an eagle », sur rct.uk).
  83. Voir « Allégorie au miroir solaire », sur collections.louvre.fr (texte de Vincent Delieuvin, extrait de Delieuvin et Frank 2019, Notices des œuvres exposées. 56, p. 407) et Françoise Viatte dans Viatte et Forcione 2003, chap. Les allégories, cat. 46, p. 156-161.
  84. « Allégorie en l’honneur du duc Ludovic le More (it) », Delieuvin et Frank 2019, Notices des œuvres exposées. 58, p. 407 (voir notice dans [Bayonne 2004] Léonard de Vinci : la collection du musée Bonnat à Bayonne, Réunion des musées nationaux, 2004 (ISBN 2-7118-4782-9) ); « Sujet allégorique ; Étude de profil d'un jeune homme (verso) », sur mbh.bayonne.fr).
  85. trad. dans Delieuvin et Frank 2019, p. 407; Richter 1970, I, 671 (note), p. 383, Pedretti 1977, I, p. 383.
  86. Voir « Allegory on the Fidelity of the Lizard (recto) », sur metmuseum.org; Carmen C. Bambach dans Viatte et Forcione 2003, chap. Les allégories, cat. 47, p. 162; Bambach 2003, cat. 68, p. 447; Delieuvin et Frank 2019, Notices des œuvres exposées, cat. 57, p. 407.
  87. « Issue de la tradition des bestiaires médiévaux, elle est, chez Léonard, la résultante d'une lecture attentive de l'Historia naturalis de Pline » (Bambach 2003, p. 447 et Viatte et Forcione 2003, p. 162). Trad. dans Delieuvin et Frank 2019, Notices des œuvres exposées, cat. 57, p. 407; Richter 1970, II, 1264A, p. 276, Pedretti 1977, II, p. 265; Kemp 1989, 607, p. 247.
  88. « Codice Atlantico Foglio: 323 v », sur teche.museogalileo.it; Richter 1970, II, 1195, p. 247-248, Pedretti 1977, II, p. 247.
  89. « Codice Atlantico Foglio: 820 v », sur teche.museogalileo.it; Pedretti 1977, II, p. 287.
  90. Richter 1970, II, 1197, p. 248, Pedretti 1977, II, p. 247.
  91. Richter 1970, I, 686, p. 389, Pedretti 1977, I, p. 395, Kemp 1989, 601, p. 244 (voir aussi Philosophie).
  92. 92,0 et 92,1 « Recto: Studies of emblems, geometrical diagrams, and notes. Verso: Studies of emblems, geometrical diagrams, and notes », sur rct.uk, Viatte et Forcione 2003, chap. Les allégories, cat. 49, p. 163-166
  93. Clark et Pedretti 1968-1969, I, 12700, p. 177-179; Richter 1970, I, 684, p. 388-389, Pedretti 1977, I, p. 394; Kemp 1989, 602, p. 244.
  94. Clayton 2018, cat. 146, « Un déluge de biens matériels », p. 187.
  95. Richter 1970, I, 688, p. 389, Pedretti 1977, I, p. 395; Kemp 1989, 599, p. 243.
  96. Richter 1970, I, 677, p. 386, Pedretti 1977, I, p. 385-386.
  97. 97,0 et 97,1 Bambach 2003, cat. 54, p. 400-403.
  98. Richter 1970, I, 676, p. 385, Pedretti 1977, I, p. 384-385.
  99. Richter 1970, II, 1363, p. 342, Pedretti 1977, II, p. 311 (« This is the famous text on which Freud's theory of Leonardo's homosexuality is based. »), Traité 2003, 10, p. 48.
  100. Comme signalé notamment par Vezzosi 1996, Témoignages et documents. Éros et sublimation, p. 138 : ce passage du Codex Atlanticus 186 v., « ce « souvenir d'enfance », est une référence essentielle pour les théories de Freud sur Léonard, qui l'amèneront à conclure que « un homme ainsi fait se consacrerait à la recherche avec la même passion que celle qu'un autre réserve à ses amours, aussi il pourrait se dédier à l'investigation plutôt que d'aimer ». » Voir aussi Arrasse 1997, Deux notes sur Léonard et Freud, p. 488-499, particulièrement le texte « Un souvenir d’enfance ou « La guenon et le petit milan », version mise à jour et abrégée de « Léonard et la culla del nibbio : pour une approche historique du “souvenir d’enfance », dans Symboles de la Renaissance, t. II, Rue d’Ulm, (ISBN 978-2-7288-0088-9, DOI 10.4000/books.editionsulm.413, lire en ligne).
  101. Voir « Codice Arundel, 155r », sur leonardodigitale.com; Richter 1970, II, 1339, p. 324, Pedretti 1977, II, p. 293-295.
  102. Voir « Codice Arundel, 156r », sur leonardodigitale.com; Richter 1970, II, 1217, p. 257, Pedretti 1977, II, p. 257.
  103. « Infine (Nota XI) Leonardo sente di avere superato le deficienze derivanti dall'essere « sanza lettere », che circa vent'anni prima gli avevano provocato un'amarezza tanto profonda. Ora invece egli avverte la difficoltà di formulare concetti generali che spieghino la grande quantità di dati da lui raccolti »Keele et Pedretti 1980-1985, III, 178r, p. 722 [XI] (« Leonardo da Vinci - Disegni anatomici a Windsor, 178r », sur e-leo); Pedretti 1977, II, p. 245.
  104. Galileo Galilei, Considerazioni al Tasso  (chant I, strophe 1), cité par (en) Alexander Nagel, « Leonardo and sfumato », Res. Anthropology and aesthetics, no24, automne 1993, p. 7 [texte intégral] . Voir https://archive.org/details/bub_gb_h7bT_hByYG8C/page/n12 et s:it:Indice:Le opere di Galileo Galilei IX.djvu (p. 63))
  105. Voir Pedretti 1977, II, 1360, p. 310-311.
  106. Contrairement à Max Ernst dans Au-delà de la peinture (1936), Breton ne cite pas directement le texte du Traité de la peinture de Léonard de Vinci édité en 1910 par Joséphin Péladan, mais une formulation donnée par l’occultiste Tromelin dans une lettre à Charles Guilbert publiée dans un article de ce dernier intitulé « La Voyance », Æsculape, 1913 (voir notes p. 1532 et p. 1536 des Œuvres Complètes II).
  107. « Le Français reprend ici des propos tenus par Giovan Paolo Lomazzo : Ebbe [Léonard) la faccia con li capelli longi, con le ciglia e con la barba tanto longa, che egli pareva la vera nobilità del studio, quale fu già altre volte il druido Ermete o l'antico Prometeo. ».
  108. Sur ce passage, voir notamment trad. (reprise dans Farago 1999, p. 72) et commentaire dans Pedretti 1977, I, introduction. II « Supplement to Giovio's Leonardi Vinci Vita », p. 9-11 («  »).
  109. Publié pour la première fois par Girolamo Tiraboschi (it) dans les compléments de son Storia della letteratura italiana (trad. fr. du tome 9, Naples, 1786, p. 311 [lire en ligne]). Voir aussi s:it:Pagina:Tiraboschi - Storia della letteratura italiana, Tomo VII, parte 4, Classici italiani, 1824, XIII.djvu/532.
  110. Cette « anecdote », reprise notamment par Vasari (sans mentionner le nom du roi), s’inspire de l’Histoire naturelle de Pline l'Ancien, voir notamment : Sconza 2012; Laure Fagnart (« "Le roi Louis, en admiration devant le repas du Christ à Milan". Les Français et la "Cène" de Léonard de Vinci », dans Le duché de Milan et les commanditaires français (1499-1521), (ISBN 978-88-6728-051-3, lire en ligne), p. 113 (et Fagnart 2019, « Le roi Louis, en admiration devant le repas du Christ à Milan », p. 25) : « il importe de noter que l’histoire de l’humaniste relève des topoi de la littérature artistique puisqu’un commentaire similaire se rencontre dans le chapitre XXXV de l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien. L’auteur y indique que l’empereur Caligula tomba si amoureux d’une peinture représentant Atalante et Hélène nues qu’il désira la détacher du mur du temple de Lanuvium où elle avait été peinte »; Laure Fagnart, « Les copies de la "Cène" de Léonard de Vinci », dans Copier et contrefaire à la Renaissance. Faux et usage de faux, (lire en ligne) «  »).
  111. Comme le souligne André Chastel, Traité 2003, Paul Jove, « Vie de Leonard de Vinci », note 8, p. 24, « Cette conclusion négative doit être complétée par un passage du même Paul Jove où est décrite la méthode d'enseignement de Léonard. » En effet, dans son Fragmentum trium Dialogorum, Jove évoque aussi son rôle de professeur et sa méthode, voir extrait ci-dessus.
  112. Il s'agit du premier vers d'un quatrain anonyme paru le dans le Journal de Paris n°250 p. 1007 [lire en ligne] :

    « 

    En nous montrant Vinci dans les bras de son Roi
    Ton Art par tes pinceaux reçoit un nouveau lustre,
    Mais on ne sait qui le rend plus illustre
    Ou du Monarque ou de toi.

     »

  113. Un extrait de ce passage du Libro de' Sogni (1563) est également traduit dans Carnets 2019, p. 1443.
  114. Selon Antoine Dumesnil, la lettre a été publiée en 1726, voir son Histoire des plus célèbres amateurs et de leurs relations avec les artistes, 1858 [lire en ligne], p. 39  (voir aussi Viatte et Forcione 2003, p. 216, note 118). Une deuxième édition, revue et augmentée, est publiée en 1767 et reprise dans Abecedario.
  115. François 1er était à Saint-Germain-en-Laye lorsqu'il apprend la Mort de Léonard de Vinci et apprend la mort de son protéger par F. Melzi.
  116. trad. Carnets 2019, Philosophie, p. 112. « Codice Atlantico Foglio : 190 v », sur teche.museogalileo.it; Richter 1970, I, 702, p. 392, Pedretti 1977, I, p. 398-399, Kemp 1989, 606, p. 246.
  117. Zöllner et Nathan 2019, Catalogue critique des peintures. IV, p. 215, Marani 1991, VI, p. 41-45.
  118. Cette « anecdote », invérifiable et probablement empruntée à Paul Jove, mais sans mentionner le nom du roi, sera reprise en attribuant par erreur cette « demande insolite » à François Ier, notamment par Raphaël Trichet du Fresne dans l’édition du Traité de la peinture (it 1651 [lire en ligne]; fr 1716 [lire en ligne] (fr 1803 sur wikisource)). Voir notamment : Anna Sconza, « Les anecdotes vasariennes sur Léonard de Vinci », dans La théorie subreptice : les anecdotes dans la théorie de l'art, XVIe-XVIIIe siècles, (ISBN 978-2-503-53681-1, lire en ligne) (« dans l’anecdote que Paolo Giovio tire du passage de Pline l'Ancien sur la passion de Caligula pour les peintures d’Atalante et d’Hélène, conservées dans le temple de Lanuvium […], Giovio raconte que Louis XII, face à La Cène peinte sur le mur du réfectoire de l’église de Sainte-Marie-des-Grâces de Milan, tomba dans une telle admiration qu’il chercha un moyen pour détacher la fresque du mur et l’emporter en France. Giorgio Vasari reprend lui aussi ce récit et le mène à son terme : l’opération s’avérant impossible, la peinture est finalement restée à Milan. »); Laure Fagnart, « Contributions à la fortune de la Cène de Léonard de Vinci en France : la copie de Saint-Germain l'Auxerrois à Paris et la copie de Saint-Martin à Saint-Martin-des-Monts », Raccolta Vinciana, 2005, p. 316-318 [texte intégral]  (« [Trichet du Fresne] rapporte également l'anecdote selon laquelle François Ier aurait voulu ramener le Cenacolo en France. […] Contrairement à ce qu'écrit Raphaël Trichet du Fresne, le roi de France qui aurait désiré détacher la Cène du mur de Santa Maria delle Grazie afin de l'apporter en France est Louis XII, et non François Ier. C'est du moins ce qu'indique Paolo Giovio. […] Vasari reprend le texte de Giovio, [mais] ne mentionne pas explicitement le nom du roi, ce qui explique la confusion de la plupart des critiques, et notamment de Raphaël Trichet du Fresne. En se référant au seul texte de Vasari, de nombreux auteurs attribueront effectivement la demande insolite d'apporter le Cenacolo en France à François Ier, et non à Louis XII. »); Vasari 2019, Excursus VIII. La Cène, p. 204 (« L'anecdote mettant en scène le roi de France a très probablement son origine dans la Vie de Léonard écrite par Giovio au milieu des années 1520, restée manuscrite jusqu’à sa publication par Tiraboschi, au XVIIIè siècle, mais dont on peut penser que Vasari y eut accès, étant donné les relations d'amitié qu'il entretenait avec l'écrivain, sur la suggestion duquel il affirme avoir entrepris la rédaction des Vies. »).
  119. Frédérique Baumgartner, « Peinture d’histoire et histoire de l’art au Salon de 1781 : « Léonard de Vinci mourant dans les bras de François 1er » de François-Guillaume Ménageot », dans Le Salon de l’Académie royale de peinture et sculpture, (ISBN 9782705689629, DOI 10.3917/herm.piche.2014.01.0103, lire en ligne), p. 110 : « La description que Ménageot fit de son tableau dans le livret du Salon [1781, cat. 151, p. 29 [lire en ligne]) paraphrase Vasari :

    « Léonard de Vinci, peintre florentin, né en 1455, que l’on peut regarder comme l’homme le plus universel de son siècle, tant par ses profondes connaissances que par ses talents agréables, fut appelé à la cour de François Premier ; ce prince le logea dans son château à Fontainebleau, il l’aimait tant, que Léonard étant tombé malade, il allait le visiter souvent ; un jour, comme le roi entrait chez lui, Léonard de Vinci, voulant se soulever pour lui témoigner sa reconnaissance, tomba en faiblesse, le roi voulut le soutenir, et cet artiste expira dans ses bras. »

     »
  120. Dans l’édition de 1550 figuraient deux autres poèmes et celui-ci n’est pas attribué. Il s’agit de « Giovanbattista di Lorenzo di Filippo Strozzi l'Ancien (1505-1571), qu'il convient de distinguer de Giovanbattista di Lorenzo di Federico Strozzi le Jeune (1551-1634) » (Vasari 2019, note 52, p. 123).

Voir aussi

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Liens

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Bibliographie

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Sources primaires

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Carnets :

Photo en noir et blanc d'un homme de profil, en costume et nœud-papillon, assis mains croisées, regardant à gauche.
Jean-Paul Richter

Traité de la peinture :

  • [McMahon 1956] Treatise on painting : Codex Urbinas latinus 1270, Princeton university press, , 2 vol., vol. I, disponible sur Internet Archive
  • [Kemp 1989] Leonardo on painting : an anthology of writings, Yale University Press, (ISBN 0-300-04509-3), disponible sur Internet Archive
  • [Pedretti et Vecce 1995] Libro di pittura : edizione in facsimile del Codice Urbinate lat. 1270 nella Biblioteca Apostolica Vaticana (a cura di Carlo Pedretti ; trascrizione critica di Carlo Vecce), , 2 vol.
  • [Traité 2003] Léonard de Vinci, André Chastel (traduction et commentaires) et Christiane Lorgues (édition), Traité de la peinture, Calmann-Levy, (1re éd. 1987) (ISBN 2-7021-3378-9). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Sources secondaires

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