Le Déclin de l'empire américain

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Le Déclin de l'empire américain est un film québécois réalisé par Denys Arcand et sorti en 1986.

Citations[modifier]

Scène de jour dans le hall de l'Université.
Diane interviewe Dominique à propos du livre qu'elle vient de publier tout en enregistrant leur entretien pour une émission destinée à Radio-Canada.

Dominique : Le mariage est un mode d'échange économique ou politique, ou encore une unité de production.
Diane : Ce qui veut dire ?
Dominique : Ce qui veut dire qu'un mariage réussi n'a rien à voir avec le bonheur personnel de deux individus mariés ensemble. À la limite, la question ne se pose même pas. Comme si une société en développement se préoccupait davantage du bien collectif ou d'un bonheur hypothétique futur plutôt que de satisfactions individuelles immédiates. […] Et je pose la question paradoxale : cette volonté exacerbée de bonheur individuel que nous observons maintenant dans nos sociétés n'est-elle pas, en fin de compte, historiquement liée au déclin de l'empire américain que nous avons commencé à vivre ?


Scènes de jour dans la cuisine du chalet de Rémy et Louise.

Pierre : Ce qui te sauve, toi, c'est que tu mens comme tu respires !
Rémy : Mais il n'y a pas moyen de faire autrement ! Pierre, le mensonge est la base de la vie amoureuse, comme c'est le ciment de la vie sociale. Refuser le mensonge, ce serait aller au prochain congrès de l'Association rencontrer un de nos éminents collègues de l'Université Laval, qui vient de passer vingt ans de sa vie sur l'histoire du catholicisme canadien, et lui dire que les mandements de Monseigneur Bourget, il peut se les rouler très serrés et se les fourrer… lentement… dans le cul.


Pierre : L'amour, celui qui fait battre le cœur, qui fait envoyer des fleurs, c'est un sentiment qui dure deux ans. Après deux ans, les compromis commencent.

  • Pierre Curzi, Le Déclin de l'empire américain (1986), écrit par Denys Arcand


Claude : Tous les matins, je sais jamais comment la journée va finir. Même s'il ne s'est rien passé, la possibilité est là. Savoir qu'il faut que je rentre à six heures et demie parce que bobonne aurai fait une soupe aux pois, moi, je meurs.
Rémy : Bobonne, ou bobon.
Claude : C'est la même chose.
Rémy : Moi, ce que j'aime, c'est de savoir que bobonne m'attend avec la soupe aux pois, mais de faire un petit détour avant de rentrer.
Pierre : Moi, à chaque fois que je suis en amour je deviens monogame. Ça dure un certain temps, puis tout d'un coup la bête se réveille.
Rémy : Moi, quand la bête est déchaînée, je deviens un danger public. C'est vrai, je te jure ! Faudrait m'enfermer. Moi, je me suis déjà arrêté dans un bordel en allant à un rendez-vous amoureux. Essaye d'expliquer ça à une femme !


Scène de jour sur le perron du chalet de Pierre.

Pierre : La seule certitude qui nous reste, c'est la capacité d'agir de notre corps. Si j'aime, je bande. Si je bande pas, j'aime pas. C'est la seule façon de pas se conter d'histoires. Comme les femmes qui te disent : « Je t'aime comme au premier jour » et qui sont sèches comme du papier sablé, alors que tu les a connues mouillées au dernier degré juste après les avoir embrassées dans le cou.

  • Pierre Curzi, Le Déclin de l'empire américain (1986), écrit par Denys Arcand


Scène de jour dans la salle de musculation du centre sportif universitaire.

Diane : Quand j'étais encore avec Roger, il m'avait fait coucher avec son meilleur ami. Enfin, on avait couché tous les trois ensemble pendant six mois. Je vous conseille ça, moi, deux bouches, quatre mains…
Dominique : C'est pas si facile que ça à réussir. J'ai essayé à la Martinique avec deux petits Noirs. Aussitôt qu'ils ont ouvert la bouche, ç'a été la catastrophe [elle imite le parler petit-nègre] : « Vous connaissez pas la Martinique si vous n'avez pas couché avec un Martiniquais ». Et puis là ils me montraient leur bracelet en or « offert par Madame le juge Thibodeau de la cour des sessions de la paix ». Des super-machos. C'est moi qui payais, et c'est eux qui me disaient quoi faire. Tu sais, la femme blanche à genoux devant la queue de l'éphèbe noir.
Diane : C'est pas votre genre, ça ?
Dominique : Non, pas tout à fait, non.


Scènes de jour dans la cuisine et la salle à manger du chalet de Rémy et Louise.

Rémy : La question est de savoir : est-ce qu'on se résigne à être hétérosexuel parce qu'on est pas assez beau, ou bien si on embellirait en devenant homosexuel ? Grave question !

  • Rémy Girard, Le Déclin de l'empire américain (1986), écrit par Denys Arcand


Rémy : Il faut la faire jouir ! C'est pas de la tarte, ça, hein ? D'abord trouver le clitoris. […] Déjà ça, c'est une entreprise délicate, merci, il y a quand même des cas où c'est pire que de chercher une chenille sur un damier. Ensuite, t'as dans la tête toutes les notes, appendices et chapitres de Masters and Johnson, le Rapport Hite, la controverse du G spot, Germaine Greer, Nancy Friday. Tu sais plus si tu dois employer tes doigts, ta langue, ta queue. Là tu la regardes du coin de l'œil, puis tu te dis : « Ah, elle a l'air de… j'espère que… je me demande si… » L'enfer ! Tu sais ? L'enfer !

  • Rémy Girard, Le Déclin de l'empire américain (1986), écrit par Denys Arcand


Scène de jour dans le bureau de Rémy.
Rémy présente à Alain un cadre où sont épinglés deux énormes insectes très différents l'un de l'autre.

Rémy : Les Hétéroptéryx de Bornéo. Pendant cent ans, les entomologistes ont cherché à trouver le mâle de celle-là et la femelle de celui-ci. Problème biologique majeur. Jusqu'au jour où on les a découverts en train de baiser ensemble. Ces deux-là. C'était le mâle de cette femelle-là.
Alain : Pourtant, ça se peut presque pas. Ça, c'est un reptile, et ça c'est un insecte.
Rémy : Mais ils ont une chose en commun.
Alain : C'est quoi ?
Rémy : Le cul. Pense à ça comme il faut, hein ?


Scène de jour dans le sauna du centre sportif universitaire.

Dominique : Finalement, il enlève son slip…
Diane : Le coup d'œil fatal !
Dominique : Oui. Un pénis minuscule. […] Je vous mens pas ! Comme un bébé !
Louise : Pauvre homme !
Dominique : Alors, je sais pas si c'est le vin blanc ou le bizarre de la situation d'être là avec un policier sicilien, je suis partie à rire, tu sais, un fou rire incontrôlable. Je pleurais tellement je riais. Évidemment, ç'a été catastrophique. Le pire, c'est que je voulais pas être méchante avec lui, il était plutôt attendrissant. Mais ça s'est fini dans un fiasco épouvantable. Je lui ai même fait mon grand numéro de la pieuvre aux mille ventouses !
Louise : Aux mille ventouses ?
Dominique : Ben… mettons cinq cents.


Scène de jour dans le bain à remous du centre sportif universitaire.

Diane : Quand le pénis est menacé, y a rien à faire. C'est pour ça qu'ils en font une maladie. Bander, débander, les grosses queues, dis-moi que la mienne est plus grosse que la sienne, dis-moi donc que j'en ai une grosse. C'est vraiment l'obsession fondamentale.
Danielle : Ah, c'est vrai que ça les obsède : on se fait demander ça tout le temps. […]
Dominique : Remarquez qu'ils ont raison de s'inquiéter. C'est quand même assez fondamental.
Louise : Mais ça n'a aucune importance. Quand on aime quelqu'un, c'est un détail, ça.
Diane : C'est un gros détail, quand même. […] Ce qui est fatal aussi, c'est de parler d'un de tes anciens amants et de dire : « Ah, Benoît, lui il me faisait jouir ! » ; regarde le gars à côté de toi, il fond comme une tache de graisse.
Louise : Tu peux pas dire ça à un homme !
Diane : Mais même sans être précise. Tu passes devant un hôtel : « Ah tiens, c'est ici que je suis venue avec Benoît ». Guette le gars du coin de l'œil : il devient vert de jalousie.
Dominique : Ah oui, c'est quand il te dit : « Avant moi tu savais pas ce que c'était que faire l'amour ».
Diane : Ah ça, je peux pas supporter.
Dominique : C'est là que c'est le temps de parler de Benoît. Là tu dis : « Toi, mon chéri, je t'aime, c'est pas pareil. Avec Benoît, c'était… uniquement sexuel ». Là, tu le sens en dedans qui devient de la gélatine.


Scène de jour sur le perron du chalet de Rémy et Louise.

Rémy : Moi, il me semble que, pour être heureux, il me faudrait quatre femmes. Exactement quatre, comme dans la prescription du Coran. Je suis parfaitement heureux avec Louise, mais je prendrais en plus un écrivain genre Susan Sontag, une sauteuse en hauteur de l'équipe olympique, et une super cochonne pour faire l'animation de groupe. Avec ça, je serais probablement fidèle !

  • Rémy Girard, Le Déclin de l'empire américain (1986), écrit par Denys Arcand


Scène en soirée dans une salle de cours de l'Université.
Diane donne un cours du soir à une classe où de nombreuses femmes prennent des notes.

Diane : On reproche souvent à l'histoire de s'intéresser aux vainqueurs. Mais au fond la plupart du temps, c'est souvent pour des raisons de documentation. Voyez-vous, on possède plus de documents sur les Égyptiens que sur les Nubiens, beaucoup plus sur de documents sur les Espagnols que sur les Mayas, et bien sûr beaucoup plus de documents sur les hommes que sur les femmes. Et d'ailleurs c'est une limite certaine de l'histoire. Mais il y a peut-être un élément psychologique : c'est qu'au fond on aime beaucoup mieux entendre parler des vainqueurs que des vaincus.

  • Louise Portal, Le Déclin de l'empire américain (1986), écrit par Denys Arcand


Scènes en soirée dans la salle à manger de Rémy et Louise.

Louise : Puis c'est peut-être mieux de vieillir avec deux enfants qui t'aiment que de de finir tes jours comme Pierre, tout seul, aigri, abandonné, sans famille.
Pierre : Mais j'en ai une de famille, elle est ici, autour de la table. C'est une famille que j'aime, et qui est beaucoup plus proche de moi que mon frère qui est courtier d'assurances ou même de mes parents qui n'ont jamais réussi à comprendre exactement ce que je fais dans la vie, et qui chialent tout le temps parce que je ne vais pas à la messe… C'est vous autres ma famille…


Mario : C'est rien que ça que vous faites, parler ! Après-midi, les gars ont passé leur temps à parler de cul. Je pensais arriver dans une orgie. Ben non, le gros fun, c'est une tarte au poisson.
Dominique : Qu'est-ce que tu nous suggères ?
Mario [désignant Diane] : Elle, quand elle me fait bander, je la fourre. Je me pose pas de question. Qu'est-ce que tu penses de ça, toi ?
Diane : Mario, s'il vous plaît !
Mario [caressant la nuque de Diane et s'adressant à l'assemblée] : Ça vous tenterait pas, là, tout de suite, là ?
Diane : Mario !
Mario [avec un soupir découragé] : Je vais t'attendre dehors.
Diane [avec un sourire gêné, elle se lève et dit avant de quitter la table] : Écoute Claude, c'était très bon, mais j'ai pas tellement faim. Excusez-moi
Louise : Je pensais pas qu'elle était rendue là.


Scène en soirée sur un chemin près des chalets.

Dominique : Des fois, je me dis qu'on devrait faire confiance seulement aux gens qui parlent d'eux-mêmes. Uniquement. Le pape devrait pas avoir le droit de parler d'autre chose que de la masturbation et des troubles de la prostate. C'est tout ce qu'il connaît.
Rémy : Il connaît les banques, aussi.
Pierre : Il connaît la CIA. Tu sous-estimes le pape.
Dominique : À la limite, Karl Marx, c'était un bourgeois allemand qui baisait continuellement les petites bonnes dans sa cave, en cachette de sa femme. Moi, je me demande des fois jusqu'à quel point ses théories viennent de sa culpabilité. La même chose pour Freud, à moitié homosexuel, incapable de baiser sa femme après quarante ans, excité à mort par ses patientes. Ses querelles avec Jung, au fond, c'est des histoires de femmes, des histoires de cul.


Scène en soirée sur un quai près des chalets.

Pierre : Ça me fait toujours rire d'entendre nos distingués collègues sociologues, psychologues, construire des théories sur la sexualité et de les retrouver dans des salons de massage à se faire fouetter avec des serviettes mouillées. […] Je vais te décrire un fantasme féminin. LE fantasme féminin. La femme est dans son appartement, son petit nid d'amour qu'elle a amoureusement décoré, son mari ou son petit ami arrive. Il a apporté quelques fleurs et une bouteille de champagne. Il est extrêmement gentil. Ils passent une belle soirée, et ils font l'amour. Fin du fantasme. C'est périssant d'ennui.

  • Pierre Curzi, Le Déclin de l'empire américain (1986), écrit par Denys Arcand


Voix off de Pierre après la scène au salon de massage avec Danielle.

Pierre : C'est à ce moment-là que c'est arrivé. Je suis devenu éperdument amoureux. Me faire masturber en parlant de l'an mille avait été pour moi une expérience intellectuelle et physique bouleversante.

  • Pierre Curzi, Le Déclin de l'empire américain (1986), écrit par Denys Arcand


Scène de nuit dans la salle à manger de Rémy et Louise.

Dominique [interviewée par Diane] : Les signes du déclin de l’Empire sont partout : la population qui méprise ses propres institutions, la baisse du taux de natalité, le refus des hommes de servir dans l’armée, la dette nationale devenue incontrôlable, la diminution constante des heures de travail, l’envahissement des fonctionnaires, la dégénérescence des élites. Avec l’écroulement du rêve marxiste-léniniste, on ne peut plus citer aucun modèle de société dont on pourrait dire : voilà comment nous aimerions vivre.

  • Dominique Michel, Le Déclin de l'empire américain (1986), écrit par Denys Arcand


Scène de nuit dans la salle à manger de Rémy et Louise.

Dominique [s'adressant à Pierre et à Rémy] : Vous m'avez toujours pas dit ce que vous pensez de mon livre.
Louise : Je suis sûre qu'ils pensent la même chose que moi, mais ils osent pas le dire.
Dominique : Moi je pense qu'ils sont surtout condescendants.
Pierre : Pourquoi condescendants ?
Dominique : Parce que vous avez tous les deux couché avec moi.
Pierre : Mais c'est quoi le rapport avec ce qu'on peut penser de ton livre ?
Dominique : Je pense que pour le genre d'hommes que vous êtes, il y a toujours une forme de lutte de pouvoir dans l'amour. J'ai souvent entendu Rémy dire qu'il voudrait coucher avec une grande intellectuelle comme, je sais pas moi...
Alain : Susan Sontag.
Dominique : Oui, c'est ça, oui. Au fond, c'est une volonté de se l'approprier. D'avoir le dessus sur elle, presque physiquement.
Claude : Faut pas exagérer, quand même. Ça peut être le désir de partager, d'avoir accès…
Dominique : Peut-être, mais moi, je me méfie toujours de la condescendance des hommes qui m'ont fait jouir. « C'est une femme que j'ai eue. » Enfin je dis ça, peut-être que je me trompe.


Scène de nuit dans la chambre du chalet de Pierre.

Danielle : Moi j'aurais aimé avoir un enfant de toi, pour le garder en souvenir, après.
Pierre : Faut avoir une assez bonne opinion de soi-même pour vouloir se reproduire. Moi, je m'aime pas tellement. Je suis pas assez optimiste non plus.
Danielle : Je suis sûre que tu ferais un très bon père.
Pierre : Les intellectuels font rarement de très bons parents. Regarde les enfants de Diane, ceux de Rémy, c'est un désastre. Puis je suis trop égoïste aussi. Me faire casser les oreilles par du heavy metal quand j'ai envie de lire…
Danielle : C'est vrai que tu vas vieillir tout seul.
Pierre : C'est pas les enfants qui changeraient quelque chose à ça. Ils me mettraient à l'hospice et ça les ennuierait considérablement de venir me voir le jour de Noël.


Scène de nuit devant le chalet de Rémy et Louise.

Alain : Pourquoi vous avez fait ça ?
Dominique : Quoi ?
Alain : Dire à Louise que vous aviez eu une aventure avec Rémy.
Dominique : Ça m'a échappé. [Elle marque un temps, et après avoir bu une gorgée de scotch] Je voulais la planter.
Alain : Pourquoi ? […]
Dominique : Il y a une chose qui m'énerve terriblement. […] L'inconscience. Les gens qui sont incapables de voir la réalité. […] Il y a des fois où je peux vraiment plus supporter les petites femmes d'Outremont, avec leur petit mari, leurs petits enfants… J'ai tellement vu d'hommes se rhabiller dans ma chambre à deux heures du matin… Faut dire que Rémy est spécial : il a baisé la ville de Montréal.
Alain : Il dit qu'il est comme la Croix-Rouge : c'est un donneur universel. […]
Dominique : Il m'a même dit qu'il avait baisé la sœur de Louise… et que ça l'avait excité à mort.
Alain : Pourtant il est pas si beau que ça.
Dominique : Ça a pas de rapport. Il aime le cul. C'est irrésistible. Il y a tellement d'hommes qui n'aiment pas vraiment ça.