Jacques Brunius

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libres.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Jacques Brunius et Jacques Prévert (1961).

Jacques Brunius, nom d'artiste de Jacques Henri Cottance, né à Paris le 16 septembre 1906, mort à Exeter (Angleterre) le 24 avril 1967, est un acteur, homme de radio, et écrivain français. Il fut aussi auteur et réalisateur. Suivant les films et les textes, il est crédité sous différents pseudonymes : Borel, Jacques Borel, Brunius, J.B. Brunius, Jacques B. Brunius, Jacques-Bernard Brunius, John La Montagne, Olaf Apollonius, Jacques Berne.

Premières réponses à l'enquête sur les représentations érotiques, 1964[modifier]

Nuvola apps gaim.png Cette citation est trop longue. Une citation est un extrait. Restreignez la citation aux seuls extraits qui vous paraissent utilisables.
Toute citation trop longue sera, à terme, enlevée de Wikiquote en accord avec la charte.

Il n'est pas impossible que, durant l'acte d'amour, des représentations imaginaires s'imposent à moi, mais autant que je sache, elles se confondent totalement avec ce que je prends alors pour des perceptions. Impossible pour moi de distinguer, de dissocier les unes des autres. Il me faudrait sortir de mon corps, plus encore : séparer mon esprit en deux, la moitié qui participe et celle qui observe. Pareille lucidité, que parfois je recherche en temps normal, je n'y aspire pas pendant l'amour. Elle suffirait à le dégrader à mes yeux. Je me mépriserais d'être capable de m'en détacher ainsi, ne fût-ce que partiellement, pour me faire voyeur de moi-même et de ma compagne, — et plus grave : juge [...].
Ce à quoi j'atteins pendant l'acte amoureux, rarement hors de lui, et ce qui en fait pour moi la grandeur et la merveille, c'est précisément cette totale fusion du réel et de l'imaginaire, du matériel et du spirituel, de la chair et de la matière grise, du sexe et du cœur, du dedans et du dehors, où se transcendent classifications, catégories, oppositions, et les êtres eux-mêmes. C'est en faisant l'amour que j'ai compris intuitivement ce qu'entend Breton quand il parle du point suprême où les contraires cessent d'être perçus contradictoirement. Je ne crois pas que je serais parvenu à cette appréhension par la voie intellectuelle, si je n'y avais été conduit par les chemins affectifs.
Il va donc de soi que telles possibles « représentations imaginaires », sont pour moi non seulement réelles, mais évidemment spontanées, involontaires. Qu'elles soient ou non soumises à un ordre fixe, ne m'importe en rien. Je ne le crois pas, mais je n'ai aucun désir de me mettre en posture d'en observer froidement la succession pour pouvoir vous répondre. J'espère même que votre question ne m'obsèdera pas au point de m'y forcer malgré moi. Je fais d'ailleurs toute confiance aux pouvoirs d'emportement de l'amour pour m'en défendre.
Ceci n'exclut naturellement pas des représentations érotiques imaginaires en dehors de l'acte amoureux, avant et après, ou en l'absence de l'être aimé, dans la songerie diurne ou le rêve. Elles peuvent être plus riches et plus variées, dans la mesure où rien ne les ancre plus aux contingences. Les dénombrements les plus ingénieux du genre Kama-Sutra et Jardin Parfumé, où le recours au coupage de cheveux en quatre est fréquent, où des positions très voisines sont artificiellement classées sous plusieurs dénominations différentes aux seules fins de faire nombre, paraissent pauvres en regard de ce que l'imagination débridée peut inspirer.

  • Réponse de Jacques Brunius à l'interrogation suivante : Comment se caractérisent vos représentations imaginaires dans l'acte d'amour ? Justifient-elles un jugement de valeur ? Sont-elles spontanées ou volontaires ? se succèdent-elles dans un ordre fixe ? Lequel ? — Il est clairement question d'une enquête initiée par la revue surréaliste La Brèche en décembre 1964.
  • « Premières réponses à l'enquête sur les représentations érotiques », Jacques Brunius, La Brèche, nº 7, Décembre 1964, p. 85


Nuvola apps gaim.png Cette citation est trop longue. Une citation est un extrait. Restreignez la citation aux seuls extraits qui vous paraissent utilisables.
Toute citation trop longue sera, à terme, enlevée de Wikiquote en accord avec la charte.

Votre allusion au partenaire absent qui peut se substituer imaginairement au réel, réveille mais à peine, un problème qui m'a beaucoup agité dans ma jeunesse, et a totalement cessé de me toucher personnellement. Adolescent, j'ai été hanté à chaque baiser par le souvenir des baisers précédents. A vingt ans j'ai cru possible de faire l'amour avec la meilleure amie de l'inaccessible femme aimée. Je suis rapidement arrivé à la certitude que la masturbation serait finalement préférable à ce genre de subterfuges, en ce qu'elle laisserait le cours plus libre à l'imagination. (Encore mieux : la pollution nocturne au cours du rêve, trop rare hélas, en raison des interruptions, effets ou causes de réveils prématurés.)
J'ai depuis longtemps dépassé ces étapes probablement inévitables de l'initiation à l'amour. Cette initiation, — je dis bien, à la fois au sens vulgaire et au sens ésotérique, — c'est précisément le chemin sinueux qui aboutit à la fusion du réel et de l'imaginaire, de la femme qu'on aime avec le « type de femme » recherché, dans une recontre des amants qui n'est plus « allégorique » comme vous dites, mais effective, — c'est la découverte graduelle et réciproque de l'être aimé, et l'intégration des éléments du couple.
Idéalement cela devrait se passer dès la première rencontre, mais c'est trop demander assurément à une civilisation qui, ayant renoncé à l'initiation tribale des adolescents, n'a raffiné la notion d'amour que pour en même temps la corrompre et l'obscurcir, qui en a fait un thème de joyeuses calembredaines au même titre que la scatologie tout en l'affublant d'un condiment de faute, qui n'a superposé le sentiment au désir charnel que pour aboutir à les opposer et les dissocier. Tout notre effort doit tendre à les réconcilier, et le mieux que nous puissions espérer est d'opérer cette découverte de l'objet aimé à travers les tâtonnements et bégaiements d'amours successives, en une accession asymptote aussi rapide que possible vers la perfection. En dépit de tous les carcans, de tous les freins, nous disposons encore de la passion.

  • Réponse de Jacques Brunius à l'interrogation suivante : Le spectacle intérieur conserve-t-il dans la vie quotidienne la trace des représentations qui s'offrent à vous dans l'acte d'amour ? — Il est clairement question d'une enquête initiée par la revue surréaliste La Brèche en décembre 1964.
  • « Premières réponses à l'enquête sur les représentations érotiques », Jacques Brunius, La Brèche, nº 7, Décembre 1964, p. 86


Vous pouvez également consulter les articles suivants sur les autres projets Wikimédia :