Guillaume Blanc
Apparence

Guillaume Blanc, né en 1982, est un historien français spécialiste de l'histoire de l'environnement et des colonisations. Il est professeur d’histoire contemporaine à l'Institut d'études politiques de Bordeaux depuis 2025.
Citations
[modifier]L'invention du colonialisme vert : Pour en finir avec le mythe de l'Éden Africain, 2020
[modifier]Face à un même type d'espace agro-pastoral, l'un en France, l'autre en Ethiopie, l'Unesco livre donc deux histoires radicalement différentes. La première est européenne : elle décrit l'adaptation de l'homme à la nature. La seconde est africaine : elle raconte la dégradation de la nature par l'homme.
- L'invention du colonialisme vert : Pour en finir avec le mythe de l'Éden Africain, Guillaume Blanc, éd. Flammarion, 2020 (ISBN 9782081504394), p. 39
La réalité est choquante, mais les archives ne mentent pas : les institutions internationales ne protègent pas la nature africaine, elles protègent une idée coloniale de l'Afrique.
- L'invention du colonialisme vert : Pour en finir avec le mythe de l'Éden Africain, Guillaume Blanc, éd. Flammarion, 2020 (ISBN 9782081504394), p. 217
Protéger et détruire, 2022
[modifier]Avant comme après les indépendances, protéger la nature, c’est aussi exercer le pouvoir.
- Protéger et détruire : Gouverner la nature sous les tropiques (XXe – XXIe siècle), Guillaume Blanc, Mathieu Guérin et Grégory Quenet, éd. CNRS, 2022, p. 21 (lire en ligne)
Protection d’un côté, prédation de l’autre, le paradoxe renvoie à la nature même de la conservation : cette politique n’existe pas à côté de la destruction, mais avec elle.
- Protéger et détruire : Gouverner la nature sous les tropiques (XXe – XXIe siècle), Guillaume Blanc, Mathieu Guérin et Grégory Quenet, éd. CNRS, 2022, p. 25 (lire en ligne)
Gérer la nature tropicale, c’est d’abord la transformer pour la faire advenir tel qu’elle « devrait » être, et ensuite la conserver « en l’état ».
- Protéger et détruire : Gouverner la nature sous les tropiques (XXe – XXIe siècle), Guillaume Blanc, Mathieu Guérin et Grégory Quenet, éd. CNRS, 2022, p. 25 (lire en ligne)
Les archives sont sans équivoque : la plupart du temps, la conservation n’atteint pas ses objectifs.
- Protéger et détruire : Gouverner la nature sous les tropiques (XXe – XXIe siècle), Guillaume Blanc, Mathieu Guérin et Grégory Quenet, éd. CNRS, 2022, p. 28 (lire en ligne)
L’aire protégée n’est qu’une modalité parmi d’autres du gouvernement des hommes et des choses.
- Protéger et détruire : Gouverner la nature sous les tropiques (XXe – XXIe siècle), Guillaume Blanc, Mathieu Guérin et Grégory Quenet, éd. CNRS, 2022, p. 31 (lire en ligne)
Colonisations, 2023
[modifier]La plupart des Algériennes et Algériens parlent de « guerre de libération nationale ». Les Vietnamiens parlent de « révolution indépendantiste » et les Martiniquais, d’« autonomie ». De manière générale, les anciens colonisés et leurs descendants évoquent leur « indépendance ». Mais les Français, dans leur grande majorité, parlent d’abord, eux, de « décolonisation ».
« Dé-colonisation ». Le mot est pratique puisqu’il résume à lui seul toute une histoire, du début jusqu’à la fin. Seulement, lorsqu’on regarde de plus près la plupart des manuels scolaires dont disposent les élèves des collèges et des lycées de France, le mot sonne creux, presque faux. Car il énonce deux actions, coloniser puis dé-coloniser ; mais l’histoire qui l’accompagne ne s’attache généralement qu’à un seul personnage, celui qui a colonisé et ensuite dé-colonisé. Le mot peut alors amener à croire que l’histoire se décidait en métropole, que l’action partait d’abord de Paris.
- Colonisations, Pierre Singaravélou, Arthur Asseraf, Guillaume Blanc, Nadia Yala Kisukidi et Mélanie Lamotte, éd. Seuil, 2023 (ISBN 9782021494150), p. 197 (lire en ligne)
La nature des hommes, 2024
[modifier]La conservation, affirment les grands experts, c’est une affaire apolitique. Bien sûr, avec la décolonisation, d’innombrables changements s’annoncent. À la fin des années 1950, les experts-gentlemen le constatent un peu plus chaque jour : les rapports de pouvoir entre métropoles et colonies changent radicalement, les empires européens vont disparaître et, dans le contexte de la guerre froide, l’action internationale se fait toujours plus incertaine. Mais, pour protéger la nature africaine, la stabilité doit régner. Car la conservation est une affaire de bon sens, pas de politique. Ses promoteurs la définissent comme telle, comme une œuvre universelle et non pas occidentale, ou africaine.
- La nature des hommes, Guillaume Blanc, éd. La Découverte, 2024, p. 41 (lire en ligne)
La conservation, c’est d’abord une affaire de terrain. Il y a les grands discours mais, sans les gardiens de parcs, la grande faune africaine mourra.
- La nature des hommes, Guillaume Blanc, éd. La Découverte, 2024, p. 97 (lire en ligne)
La conservation, c’est une affaire de politique. Les experts-gentlemen théorisent la surpopulation africaine, les experts de terrain la combattent dans les parcs est-africains, mais, en fin de compte, c’est aux dirigeants africains d’agir. Ce sont des chefs d’État, des ministres, des hauts fonctionnaires, des directeurs d’un département national de la Conservation, des administrateurs régionaux ou des fonctionnaires locaux, et ce sont eux qui doivent empêcher les agriculteurs et les bergers d’exploiter la nature. Ils peuvent choisir de ne pas le faire, bien sûr. Ils peuvent aussi essayer de satisfaire tout le monde, le directeur de l’Unesco, les envoyés de l’UICN, les autorités masaï et les habitants du Serengeti.
- La nature des hommes, Guillaume Blanc, éd. La Découverte, 2024, p. 151 (lire en ligne)
Le problème de la conservation, c’est les Autres. (...) Plutôt que de nommer des populations et des territoires, les conférenciers parlent d’un seul monde, le quatrième, auquel aucun d’eux ne s’identifie puisque c’est l’univers lointain de la « tribu », des « nomades », des « indigènes » et des « sociétés traditionnelles ». C’est le monde des Autres, celui de la petite paysannerie, d’agriculteurs et de bergers qui obéiraient aux lois de la survie, aux nécessités du présent et de l’immédiat, si bien que, sans même s’en rendre compte, ils menaceraient la nature qui les fait vivre.
- La nature des hommes, Guillaume Blanc, éd. La Découverte, 2024, p. 199 (lire en ligne)
La nature nous manque. Elle aurait dû être l’objet de la cinquième histoire, la dernière voix, celle de l’okapi des Virunga, des gnous du Serengeti, des gorilles d’Ouganda ou du bouquetin d’Éthiopie. Comment ont-ils traversé le moment postcolonial ? Comment ont-ils vécu ce tourbillon d’êtres humains s’agitant autour d’eux ?
- La nature des hommes, Guillaume Blanc, éd. La Découverte, 2024, p. 239 (lire en ligne)