Emmelie Prophète
Apparence
Emmelie Prophète-Milcé, née le , est une écrivaine et journaliste haïtienne.
Citations
[modifier]Le testament des solitudes
[modifier]Les voyages s’achevaient toujours par un café. J’aimais le goût des aéroports.
- Le testament des solitudes, Emmelie Prophète, éd. Mémoire d'encrier, 2007 (ISBN 9782923153681), p. 11
Le monde vu d’ici est immense et petit à la fois. Tout ce vert, ces marécages sont, depuis toujours, des grillages imaginaires.
- Le testament des solitudes, Emmelie Prophète, éd. Mémoire d'encrier, 2007 (ISBN 9782923153681), p. 9
La route qui menait à l’école était trop longue. Elles ne voyaient pas la nécessité d’y aller tôt tous les matins, à moitié endormies, le ventre vide, pour revenir trop tard, trop fatiguées pour s’atteler aux corvées de rigueur pour les filles. C’est une histoire que l’on m’a racontée des dizaines de fois, à laquelle je croyais ne pas vraiment prêter attention alors qu’elle se déposait dans mon esprit, lourde et douce, comme le peut être seulement un héritage maternel.
- Le testament des solitudes, Emmelie Prophète, éd. Mémoire d'encrier, 2007 (ISBN 9782923153681), p. 9-10
Trois femmes bonnes à partir, à se jeter dans la violence de la ville, dans le parfum des hommes. Toujours un bonheur plus loin, le dos tourné au temps qui passe. Trois âmes perdues, certaines de n’être de cette terre lointaine que par un malheureux hasard. Sœurs de même mémoire, de même envie, de même destin.
- Le testament des solitudes, Emmelie Prophète, éd. Mémoire d'encrier, 2007 (ISBN 9782923153681), p. 10
J’entre dans un magasin, des vendeuses balafrées de solitude parlent et parlent. Des clochettes tintent. Des femmes partagent de lourds secrets sur la manière d’arrêter le temps. Je passe. Je regarde. J’effleure. J’achèterais volontiers ces illusions de beauté. Je voudrais tellement être belle.
- Le testament des solitudes, Emmelie Prophète, éd. Mémoire d'encrier, 2007 (ISBN 9782923153681), p. 12
Le bout du monde est une fenêtre
[modifier]Le village portait un prénom féminin : Suzanne. L'horizon commençait ou s'achevait ici. ça dépendait d'avec quels yeux on regardait. Les rares visiteurs s'étonnaient autant de la beauté du lieu que de sa misère.
- Le bout du monde est une fenêtre, Emmelie Prophète, éd. Mémoire d'encrier, 2015 (ISBN 9782897122751), p. 9
Voisin Annonce lui avait traduit les paroles d'un air qui disait : «Merci à la vie qui m'a tant donné, elle m'a donné le rire et elle m'a donné les pleurs, ainsi je distingue bonheur et déchirement, les deux matériaux qui composent mon chant, et votre chant à vous qui est le même chant, et le chant de tous qui est mon propre chant.» L'enfant n'avait pas vraiment compris, mais il avait trouvé que c'était beau.
- Le bout du monde est une fenêtre, Emmelie Prophète, éd. Mémoire d'encrier, 2015 (ISBN 9782897122751), p. 15
Un ailleurs à soi
[modifier]Le 21e siècle est heureusement transparent, tout y semble à portée d’yeux, de doigts, de sens. On peut rêver de tout. Sur les belles côtes occidentales échouent des corps muets, terrassés par les traversées. La mer est indocile. Ah, l’ailleurs si désirable ! Les villes d’eau, de gratte-ciel, de vastes campagnes, de péchés possibles. Ma place est partout, sauf ici.
- Un ailleurs à soi, Emmelie Prophète, éd. Mémoire d'encrier, 2018 (ISBN 978-2-89712-586-8), p. 7
Elle se rendait consciencieusement, tous les jours à quatre heures, à la faculté des sciences humaines qu’elle détestait. Elle était plus gênée par l’insalubrité des lieux que par le mépris de ses camarades qui l’appelaient ironiquement « boss » pour lui faire comprendre qu’elle avait l’air d’un homme. Elle avait toujours été discriminée, regardée comme une bête curieuse. Il y avait toujours eu suspicion sur sa sexualité. Elle avait aimé Lucie dès le premier regard.
- Un ailleurs à soi, Emmelie Prophète, éd. Mémoire d'encrier, 2018 (ISBN 978-2-89712-586-8), p. 9
Elle était toujours assise dans les coins, comme pour s’effacer, entrer dans l’angle, l’endroit que l’on ne va pas voir, celui où la lumière ne pénètre pas, où l’on stocke les balais, les serpillières, les objets que l’on souhaite oublier, ceux faits pour être oubliés.
- Un ailleurs à soi, Emmelie Prophète, éd. Mémoire d'encrier, 2018 (ISBN 978-2-89712-586-8), p. 10
Les villages de Dieu
[modifier]Je ne me reposais ni ne rêvais. Juste une courte transition entre deux blessures.
- Les villages de Dieu, Emmelie Prophète, éd. Mémoire d'encrier, 2020 (ISBN 978-2-89712-728-2), p. 7
Grand Ma avait fait construire elle-même cette maison. Elle aimait le rappeler en toutes circonstances. Le soir, si elle entendait un bruit inhabituel sur le toit, souvent des pierres lancées par des gamins désœuvrés, elle s’asseyait sur le lit et s’adressait d’une voix claire à l’indélicat. — J’ai fait bâtir cette maison moi-même, je n’ai pas de dettes, je n’achète rien à crédit, j’exige ma paix. Son monologue pouvait durer plusieurs minutes, et elle faisait en sorte que les voisins l’entendent bien.
- Les villages de Dieu, Emmelie Prophète, éd. Mémoire d'encrier, 2020 (ISBN 978-2-89712-728-2), p. 13
Quand on a recouvert la tête de Grand Ma avec le drap blanc, il s’est mis à crier d’une grosse voix « Maman, Maman, Maman » et Soline, Edner, Joe, Fany, Fénelon et Yvrose lui ont dit en chœur : — Ferme-la ! la ferme ! ta gueule ! inconscient, tafiateur ! Tu vas réveiller les bandits. Tonton Frédo s’était jeté par terre en émettant de petites plaintes.
- (tafiateur : alcoolique)
- Les villages de Dieu, Emmelie Prophète, éd. Mémoire d'encrier, 2020 (ISBN 978-2-89712-728-2), p. 11-12
Au bout du quatrième jour les tirs cessèrent. Freddy avait tué de ses propres mains les traîtres qui n’acceptaient pas son autorité. « Une balle dans la tête, pow ! » racontait Pierrot excité et admiratif. — C’est un vrai chef, un solide, répétait-il après chaque phrase. Il voulait que tout le monde écoute l’histoire, et aucune des versions n’était la même. Elles étaient au fur et à mesure amplifiées, regorgeant de détails féroces. Plus c’était cruel, plus la légende de Freddy serait macabre, plus il serait respecté, parce qu’il savait que de l’autre côté de la ravine il y avait encore des velléités de rébellion. Pierrot était une sorte de porte-parole de Freddy, il était fidèle et passionné.
- Les villages de Dieu, Emmelie Prophète, éd. Mémoire d'encrier, 2020 (ISBN 978-2-89712-728-2), p. 17-18
Citations rapportées
[modifier]Tout ce que je fais dans ma vie professionnelle, familiale, n’est possible que grâce à l’écriture.
- (fr) « 10 questions à Emmelie Prophète », La Bibliothèque des Amériques, La Bibliothèque des Amériques, octobre 2019 (lire en ligne)
Très jeune, j’avais toujours l’impression de comprendre et même de savoir ce que les autres n’exprimaient pas tout haut, d’entendre leurs voix intérieures et d’être visionnaire au sens rimbaldien du terme.
- (fr) « 10 questions à Emmelie Prophète », La Bibliothèque des Amériques, La Bibliothèque des Amériques, octobre 2019 (lire en ligne)
Prendre autant que l’on peut et rendre un peu plus que ce que l’on a pris.
- (fr) « 10 questions à Emmelie Prophète », La Bibliothèque des Amériques, La Bibliothèque des Amériques, octobre 2019 (lire en ligne)
Je suis inspirée par la vie quotidienne des gens, leurs désirs, leurs espoirs. Ma matière première c’est le réel, je ratisse donc large.
- (fr) « 10 questions à Emmelie Prophète », La Bibliothèque des Amériques, La Bibliothèque des Amériques, octobre 2019 (lire en ligne)
Je suis tout le monde et un petit peu moi-même, juste pour jouer le jeu de la complémentarité; être l’intermédiaire entre le non-dit et le dévoilement.
- (fr) « 10 questions à Emmelie Prophète », La Bibliothèque des Amériques, La Bibliothèque des Amériques, octobre 2019 (lire en ligne)