Une page de Wikiquote, le recueil des citations libres.
Portrait de Charlotte-Arrisoa Rafenomanjato
Charlotte-Arrisoa Rafenomanjato est une femme de lettres malgache, née en 1936 à Antananarivo. C'est une autrice bilingue franco-malgache, une romancière, poète, essayiste, traductrice mais également femme de théâtre. Elle meurt en novembre 2008.
Cette pièce de théâtre a remporté le 14e Concours théâtral interafricain et a été adaptée en film, présenté à Montréal lors du festival du film africain de 1988. Document consulté pour les citations ci-dessous (SUDOC056148151).
Ma peau
Que vous importe sa couleur
si sa couleur me convient,
elle est foncée par la chaleur
de mon âme qu'elle contient.
Le Prix de la Paix, Charlotte Rafenomanjato, éd. Radio France Internationale, 1985, partie Ma peau,p.4
Jao-Hery: Cultivez le pragmatisme dans vos sentiments politiques. Soyez logiques, il n’y a pas de baguette magique pour faire disparaître en quelques années les misères accumulées depuis près d’un siècle![1]
Le Prix de la Paix, Charlotte Rafenomanjato, éd. Radio France Internationale, 1985, partie Acte I,p.15
Jao-Hery: Moi, je prône la patience. Il faut du temps à la semence pour se transformer en épi[1].
Le Prix de la Paix, Charlotte Rafenomanjato, éd. Radio France Internationale, 1985, partie Acte I,p.16
Jao-Hery: Vous parlez de mort et d'harmonie. À mon avis, ces deux mots sont incompatibles.
Le Prix de la Paix, Charlotte Rafenomanjato, éd. Radio France Internationale, 1985, partie Acte I,p.17
Haja: Ces secousses successives, qui ont mené à la dérive mon île doivent cesser. A-t-elle succombé ou s'est-elle relevée des misères de tant d'années?
Le Prix de la Paix, Charlotte Rafenomanjato, éd. Radio France Internationale, 1985, partie Acte II,p.21
Jao-Hery: Vous, qui prêchez la violence, en vôtre âme et conscience, dites-nous si ses fruits, qui sont la mort et la destruction, changeront le sort des pauvres sans abri et leur donneront un toit? Nous offriront-ils des mânes tombées du ciel, pour pouvoir nourrir ceux qu'ils n'ont pu détruire?
Le Prix de la Paix, Charlotte Rafenomanjato, éd. Radio France Internationale, 1985, partie Acte II,p.38
Jao-Hery: Le temps des miracles est révolu, les obstacles que nous rencontrons sur notre chemin, sont communs à toutes les Nations qui ont subi, comme nous, les nuits de la colonisation.
Le Prix de la Paix, Charlotte Rafenomanjato, éd. Radio France Internationale, 1985, partie Acte II,p.38
Jao-Hery: J'ai plaidé pour la paix, j'ai plaidé pour la vie. Le jugement vous appartient. Mais souvenez-vous, auparavant, que le Christ est appelé aussi le Rédempteur.
Le Prix de la Paix, Charlotte Rafenomanjato, éd. Radio France Internationale, 1985, partie Acte II,p.39
Le roman «Le Cinquième Sceau», une fiction, conduit le lecteur dans les dédales de la misère, de la peur et d'un fléchissement certain de la mentalité, vécus par les Malgaches pendant plus d'une décennie. Ses images insoutenables, souvent au-dessous de la réalité, dessinent l'ampleur de la souffrance et de l'humiliation collectivement partagées, et supposent déjà pièges et défis du chemin que nous avons parcouru depuis ce lointain 21 décembre 1990, date à laquelle j'ai terminé sa création. Son approche, le patrimoine impérissable des écrits de la Bible; sa démarche, ma sincérité; et son refuge, ma seule conscience, sont l'image même de l'incertitude de l'époque, en 1987, temps fort de la censure dictatoriale de la République Démocratique de Madagascar.
– Tu es contaminé par la maladie de notre époque, tu parles trop. Qui es-tu toi-même Andry? Remonte tes origines avant de continuer à vivre. Pourrais-tu seulement me dire ta date de naissance?
– Qu'est-ce qu'une naissance? répond le fou, je ne suis pas né. Je souffre… Cela ne suffit-il pas pour prouver mon existence?
Le cinquième Sceau, Charlotte-Arrisoa Rafenomanjato, éd. L’Harmattan, 1993 (ISBN2-7384-1996-8), chap. I. «Le fou»,p.20
– […] L'envie de te révolter te passera, Andry. Méfie-toi, dans notre pays les paroles sont dangereuses. J'ai passé assez de temps à l'Université pour savoir que tu n'es pas fou. Un de mes profs a été bavard lui aussi, il a eu un accident… un terrible accident.
Garde ta langue si tu ne veux pas finir comme lui.
– Je dois parler, il m'oblige.
– Qui il?
– Le messager.
– Je me suis trompé, tu es vraiment fou.
Le cinquième Sceau, Charlotte-Arrisoa Rafenomanjato, éd. L’Harmattan, 1993 (ISBN2-7384-1996-8), chap. I. «Le fou»,p.23
À l'époque de la colonisation, les vazaha ou étrangers infiltraient les villages pour atteindre les ménalamba, des nationalistes maquisards. Maintenant ces pratiques sont reprises pour éliminer les dahalo ou bandits de grand chemin… et également les graines de révolte.
Le cinquième Sceau, Charlotte-Arrisoa Rafenomanjato, éd. L’Harmattan, 1993 (ISBN2-7384-1996-8), chap. I. «Le fou»,p.45
solo est un solitaire dans un puits profond...
Solo est un solitaire dans un puits profond dont il ne connait que la profondeur douillette; ses superflus y sont ses seules nécessités, il ignore la signification du nécessaire.
Le cinquième Sceau, Charlotte-Arrisoa Rafenomanjato, éd. L’Harmattan, 1993 (ISBN2-7384-1996-8), chap. II. «L'héritier»,p.90
Le mot Kokolampo, nom du génie des savanes et des forêts vénéré dans le sud du pays, le transporte vers de grands espaces où le soleil transperce la peau et la chair pour se réfugier dans les os.
Le cinquième Sceau, Charlotte-Arrisoa Rafenomanjato, éd. L’Harmattan, 1993 (ISBN2-7384-1996-8), chap. III. «Le mendiant»,p.106
En ces temps là les discours étaient rares, ils annonçaient un grand évènement. Les menteurs étaient punis, ils abritaient l'âme du mal. Les rêves étaient minutieusement recueillis pour prédire la clarté ou l'ouragan de la nuit. Maintenant il vit dans un monde où les plaintes d'enfants sourdent de la terre et des immondices, un monde où la parole est une arme de destruction. Un homme digne de ce nom ne pourrait rester indifférent à ce cauchemar. Que ceux qui ont des pieds marchent, que ceux qui ont des mains frappent, que ceux qui ont des gros ventres pourrissent avec la nourriture qu'ils ont volée aux enfants!
Le cinquième Sceau, Charlotte-Arrisoa Rafenomanjato, éd. L’Harmattan, 1993 (ISBN2-7384-1996-8), chap. III. «Le mendiant»,p.119
Elle n'a jamais connu de festin, ni reçu de cadeaux. Ses enfants ont tété ses seins sans se soucier de la source tarie. Line est née pour être couchée un jour sur un lit de pierre: vivante, elle s'émiette déjà.
Le cinquième Sceau, Charlotte-Arrisoa Rafenomanjato, éd. L’Harmattan, 1993 (ISBN2-7384-1996-8), chap. V. «L'infirmier»,p.149
Nous retrouvons tout au long de l'ouvrage la spécificité des signes astraux, ou vintana. Celui de l'Alakaosy, le thème de ce roman, est célèbre par sa violence: les proches du natif de ce signe sont tous condamnés à mourir mystérieusement, à moins que la famille ne procède immédiatement à un alambitana, rituel d'aténuation de la malédiction ou de purification du sujet, qui consiste soit à asphixier le nouveau-né sous un van toute une nuit, soit à le placer sous les pas d'un troupeau de zébu, afin qu'il lutte seul contre l'Alakaosy. Si l'enfant s'en sort, il aura vaincu l'Alakaosy et jouira d'un destin exceptionnel.
- Tout ceci ne se serait pas produit si Ralambo et sa famille n'avaient pas piétinés nos coutumes ancestrales, dit haineusement Rkaja, ils croient posséder une force supérieure en pratiquant celle des étrangers. Nous refusons de continuer cette discussion: que l'alambitana soit effectué.
- Qui es-tu pour mugir comme un taureau? gronda Ravohitra. Ignores tu que l'enfant est le descendant d'Andrianampoinimerina dont je suis le porte-parole? Tremble que sa malédiction ne te poursuive jusqu'à ta tombe! ... Voici ses lois: Felana portera le nom de son aïeule Rambolamasoandro. Elle n'héritera ni de ses parents, ni de ses grands-parents. Alakaosy la suivra tant qu'elle ne l'aura pas vaincu elle-même. Sa famille et ceux qui l'aiment seront en danger de mort. Ils auront le droit de s'écarter de sa route pour préserver leur vie.
C'était le printemps malgache, le lohatoana ou l'aurore de l'année, Septembre émergeait à peine des bruines de l'hiver austral. Des nuages laiteux s'effilochaient dans le ciel et ressemblaient aux crêtes des vagues invisibles d'un océan suspendu. Eddy Marshall contemplait avec nostalgie la ville où il avait vécu pendant des années. Dans le lointain, perché sur une des douze collines sacrées, Le palais de la reine, sur lequel flottait le drapeau blanc-rouge-vert, dominait la couleur dorée des rivières qui ceinturaient Antananarivo. Le jeune américain savait à quel point sa fiancée aimait son pays.
De retour en 1976, poussée par l'envie que les Malgaches apportent leur part dans la culture mondiale, j'ai entrepris des recherches sur les traditions et sur l'histoire malgaches. Je voulais écrire pour en rendre compte, les faire comprendre et exister aux yeux de tous, au-dedans comme au dehors […]. Dans cette démarche, je n'ai jamais eu de profil de lecteur supposé ou visé. Je raisonne au singulier, à la rencontre de la personne, quelle quelle soit et où quelle soit, qui me lira et voudra entrer dans mon écriture, y circuler, y découvrir ce que j'y ai déposé ou caché. Dans ces conditions, qui ne dépendent donc qu'en partie de moi, aura lieu cette rencontre, ce face à face qui donne sens à mon travail d'écrivain.
«"Un fragment d'histoire collé sur un tesson de fiction": Entretien avec Charlotte Rafenomanjato: Réalisé en avril 2007», Dominique Ranaivoson et Charlotte Rafenomanjato, Nouvelles Études Francophones, vol. 23 nº1, Numéro spécial sur l'Océan Indien,printemps 2008, p.29 (lire en ligne)
La crise d'identité et les complexes qui sont à l'origine d'un mal de vivre et d'une dénégation de soi viennent à mon avis d'une perception crispée des traditions. J'aimerais que la littérature nourrisse, si possible, enraye celle-ci et permette un regard sur soi à la fois confiant et interrogatif.
«"Un fragment d'histoire collé sur un tesson de fiction": Entretien avec Charlotte Rafenomanjato: Réalisé en avril 2007», Dominique Ranaivoson et Charlotte Rafenomanjato, Nouvelles Études Francophones, vol. 23 nº1, Numéro spécial sur l'Océan Indien,printemps 2008, p.31 (lire en ligne)
Quand j'écris, j'habite en imagination l'espace de mes personnages, vis à leur rythme. Je suis ainsi alternativement ou en parallèle dans des réflexions politiques qui produisent des essais en français, dans des recueils de poésie amoureuse en malgache, des romans ou des pièces de théâtre en français.
«Un fragment d'histoire collé sur un tesson de fiction», Dominique Ranaivoson (propos recueillis par), Nouvelles études francophones, nºVolume 23, n°1,Printemps 2008, p.32 (lire en ligne)
La littérature francophone doit élargir ses thèmes, réfléchir à d'autres questions que les questions malgaches ou les aborder autrement que par le biais de l'originalité insulaire. L'absolu de l'insulaire isole.
«Un fragment d'histoire collé sur un tesson de fiction», Dominique Ranaivoson (propos recueillis par), Nouvelles études francophones, nºVolume 23, n°1,Printemps 2008, p.32 (lire en ligne)
C’est seulement de retour au pays que je suis tombée amoureuse de l’écriture…
«Charlotte-Arrisoa Rafenomanjato», Jeannot Ramambazafy, Madagascar-Tribune (archive sur haisoratra.org [Ny Haisoratra Malagasy]), 6 décembre 2002 (lire en ligne)
Le premier [texte] était un cri d’angoisse, le cri d’une femme qui n’a plus trouvé ce qu’elle avait laissé derrière elle, en quittant son pays.
«Charlotte-Arrisoa Rafenomanjato», Jeannot Ramambazafy, Madagascar-Tribune (archive sur haisoratra.org [Ny Haisoratra Malagasy]), 6 décembre 2002 (lire en ligne)
Écrivez parce que vous aimez le faire, mais, pour le moment, n’essayez pas de vouloir faire de l’écriture un métier. Car à Madagascar, la littérature ne nourrit personne.
«Charlotte-Arrisoa Rafenomanjato», Jeannot Ramambazafy, Madagascar-Tribune (archive sur haisoratra.org [Ny Haisoratra Malagasy]), 6 décembre 2002 (lire en ligne)
Dans ma profession, les masques n’existent pas. Tout est ouvert.
«Charlotte-Arrisoa Rafenomanjato», Jeannot Ramambazafy, Madagascar-Tribune (archive sur haisoratra.org [Ny Haisoratra Malagasy]), 6 décembre 2002 (lire en ligne)
12Ces deux citations sont rapportées par Nivoelisoa D. Galibert, « Madagascar: les écrivaines des années 1980 et la langue française », dans Nouvelles écritures francophones, Presses de l’Université de Montréal, (ISBN978-2-7606-1781-0, lire en ligne), sans préciser l'interruption entre les deux, avec cette analyse: «Cependant que Charlotte Rafenomanjato, auteur pourtant d’un essai qui dénonce les abus de la politique nationale, conseille sagement dans sa pièce théâtrale Le prix de la paix»: [...].