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Jorge Luis Borges

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libres.
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Jorge Luis Borges (1968).

Jorge Luis Borges (24 août 1899, Buenos Aires - 14 juin 1986, Genève) est un écrivain et poète argentin, lauréat du Prix Cervantes en 1979.

Citations

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Fictions, 1944

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Voir le recueil de citations : Fictions
Vers 1944, un chercheur du journal The American (de Nashville, Tennessee) exhuma d'une bibliothèque de Memphis les quarante volumes de la Première Encyclopédie de Tlön. […] Le fait est que la presse internationale divulgua à l'infini la « découverte ». Manuels, anthologies, résumés, versions littérales, réimpressions autorisées et réimpressions faites par les écumeurs des lettres de la Grande Œuvre des Hommes inondèrent et continuent a inonder la terre. Presque immédiatement, la réalité céda sur plus d'un point. Certes, elle ne demandait qu'à céder. Il y a dix ans il suffisait de n'importe quelle symétrie ayant l'apparence d'ordre — le matérialisme dialectique, l'antisémitisme, le nazisme — pour ébaubir les hommes. Comment ne pas se soumettre à Tlön, à la minutieuse et vaste évidence d'une planète ordonnée ? […] Le contact et la fréquentation de Tlön ont désintégré ce monde. Enchantée par sa rigueur, l'humanité oublie et oublie de nouveau qu'il s'agit d'une rigueur de joueurs d'échecs, non d'anges.


Avec soulagement, avec humiliation, avec terreur, il comprit qu'il était lui aussi une apparence, qu'un autre était en train de le rêver.
  • « Fictions » (1940), dans Œuvres complètes, Jorge Luis Borges (trad. Paul Verdevoye revue par Jean-Pierre Bernès), éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1993, t. I, chap. Les ruines circulaires, p. 480


L'univers (que d'autres nomment la Bibliothèque) se compose d'un nombre indéfini, et peut-être infini, de galeries hexagonales, avec au centre de vastes puits d'aération bordés par des ballustrades très basses.
  • « Fictions » (1941), dans Œuvres complètes, Jorge Luis Borges (trad. Nestor Ibarra revue par Jean-Pierre Bernès), éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1993, t. I, chap. La Bibliothèque de Babel, p. 491


Je compris alors que sa lâcheté était irrémédiable. Je le priai gauchement de se soigner et je pris congé. Cet homme apeuré me faisait honte comme si c’était moi le lâche et non Vincent Moon. Ce que fait un homme, c’est comme si tous les hommes le faisaient. Il n’est donc pas injuste qu’une désobéissance dans un jardin ait pu contaminer l’humanité ; il n’est donc pas injuste que le crucifiement d’un seul juif ait suffi à la sauver. Schopenhauer a peut-être raison : je suis les autres, n’importe quel homme est tous les hommes. Shakespeare est en quelque sorte le misérable John Vincent Moon.
  • Fictions, Jorge Luis Borges (trad. Paul Verdevoye et Ibarra), éd. Gallimard, coll. « Folio n°614 », 1957, chap. La forme de l'épée (1942), p. 141


L'Aleph

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À l'impression d'antiquité inouïe, d'autres s'ajoutèrent, celle de l'indéfinissable, celle de l'atroce, celle du complet non-sens. J'étais passé par un labyrinthe, mais la très nette Cité des Immortels me fit frémir d'épouvante et de dégoût… Un labyrinthe est une chose faite à dessein pour confondre les hommes ; son architecture, prodigue en symétries, est orientée à cette intention. Dans les palais que j'explorai imparfaitement, l'architecture était privée d'intention.

  • L'Aleph (1949), Jorge Luis Borges, éd. Gallimard, coll. « L'imaginaire », 1995  (ISBN 2-07-029666-0), chap. L'immortel, p. 23


« Argos, criai-je, Argos. »
Alors avec étonnement, comme s'il découvrait une chose perdue et oubliée depuis longtemps, Argos bégaya ces mots : « Argos, chien d'Ulysse. » Puis, toujours sans me regarder : « Ce chien couché sur le fumier. »
Nous accueillons facilement la réalité, peut-être parce que nous soupçonnons que rien n'est réel. Je lui demandai ce qu'il savait de l'Odyssée. L'usage du grec lui était pénible ; je dus répéter ma question.
« Très peu, dit-il, moins que le premier rhapsode. Il y a déjà mille cent ans que je l'ai inventée. »

  • L'Aleph (1949), Jorge Luis Borges, éd. Gallimard, coll. « L'imaginaire », 1995  (ISBN 2-07-029666-0), chap. L'immortel, p. 27, 28


Il n'y a pas de mérites moraux ou intellectuels. Homère composa L'Odyssée ; aussitôt accordé un délai infini avec des circonstances et des changements infinis, l'impossible était de ne pas composer, au moins une fois, L' Odyssée. Personne n'est quelqu'un, un seul homme immortel est tous les hommes. Comme Corneille Agrippa, je suis dieu, je suis héros, je suis philosophe, je suis démon et je suis monde, ce qui est une manière fatigante de dire que je ne suis pas.

  • L'Aleph (1949), Jorge Luis Borges, éd. Gallimard, coll. « L'imaginaire », 1995  (ISBN 2-07-029666-0), chap. L'immortel, p. 30, 31


La mort (ou son allusion) rend les hommes précieux et pathétiques. Ils émeuvent par leur condition de fantômes ; chaque acte qu'ils accomplissent peut être le dernier ; aucun visage qui ne soit à l'instant de se dissiper comme un visage de songe. Tout, chez les mortels, a la valeur de l'irrécupérable et de l'aléatoire. Chez les Immortels, en revanche, chaque acte (et chaque pensée) est l'écho de ceux qui l'anticipèrent dans le passé ou le fidèle présage de ceux qui, dans l'avenir, le répéteront jusqu'au vertige. Rien qui n'apparaisse pas perdu entre d'infatigables miroirs. Rien ne peut arriver une seule fois, rien n'est précieusement précaire. L'élégiaque, le grave, le cérémoniel ne comptent pas pour les Immortels.

  • L'Aleph (1949), Jorge Luis Borges, éd. Gallimard, coll. « L'imaginaire », 1995  (ISBN 2-07-029666-0), chap. L'immortel, p. 32


À Alexandrie, il fut avancé que seul est incapable d'une faute, qui déjà l'a commise et s'en est déjà repenti. Ajoutons que, pour s'affranchir d'une erreur, il est bon de l'avoir professée. Zuhair, dans une mu'allaka, dit qu'au cours de quatre-vingts ans de douleur et de gloire, il a vu souvent le destin renverser soudain les hommes comme le ferait un chameau aveugle; Abdalmalik entend que cette figure ne peut plus nous émerveiller. À cette observation, on peut opposer beaucoup de choses. La première, que si le but d'un poème était de nous étonner, sa durée ne se mesurerait pas en siècles, mais en jours et en heures, peut-être en minutes. La seconde, qu'un grand poète est moins celui qui invente que celui qui découvre.
  • « La Quête d’Averroès », dans Œuvres complètes, Jorge Luis Borges (trad. Roger Caillois (revue par Jean Pierre Bernès)), éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2010  (ISBN 978-2-07-012815-0), t. I, partie L’Aleph, p. 621


Statue d’Averroès à Cordoue en Espagne
Je compris, à la dernière page, que mon récit était un symbole de l'homme que je fus pendant que je l'écrivais et que, pour rédiger ce conte, je devais devenir cet homme et que, pour devenir cet homme, je devais écrire ce conte, et ainsi de suite à l'infini. (« Averroès » disparaît à l'instant où je cesse de croire en lui.)
  • « La Quête d’Averroès », dans Œuvres complètes, Jorge Luis Borges (trad. Roger Caillois (revue par Jean Pierre Bernès)), éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2010  (ISBN 978-2-07-012815-0), t. I, partie L’Aleph, p. 623


En premier lieu, cette maison est un labyrinthe. En second lieu, elle était gardée par un lion et par un esclave. En troisième lieu, un trésor secret disparut. En quatrième lieu, l'assassin était mort quand le crime se produisit. En cinquième lieu…
Agacé, Unwin l'arrêta.
« Ne multiplie pas les mystères, dit-il. Ils doivent être simples. Rappelle-toi la lettre volée de Poe et la chambre close de Zangwill.
– Ou complexes, répliqua Dunraven ; rappelle-toi l'univers. »
  • « Aben Hakam el Bokhari mort dans son labyrinthe », dans Œuvres complètes, Jorge Luis Borges (trad. Roger Caillois (revue par Jean Pierre Bernès)), éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2010  (ISBN 978-2-07-012815-0), t. I, partie L’Aleph, p. 636


Dans son agonie, il balbutia quelques mots que je ne pus comprendre. Je le regardai ; il était mort, mais, craignant qu'il ne se lève, j'ordonnai à l'esclave de lui écraser le visage avec une grosse pierre. Ensuite, nous errâmes sous le ciel et, un jour, nous aperçûmes la mer. Des navires de haut-bord la sillonnaient. Je pensai qu'un mort ne pouvait pas se mouvoir sur les eaux. Je décidai de chercher d'autres terres. La première nuit de ma navigation, je rêvai que je tuais Said. Tout se répéta. Mais, cette fois, je compris ses paroles. Il disait : 'De même que maintenant tu m'effaces, je t'effacerai où que tu sois.' Je jurai de rendre vaine cette menace. Je me promis de me cacher au centre d'un labyrinthe, où son fantôme se perdrait.
  • « Aben Hakam el Bokhari mort dans son labyrinthe », dans Œuvres complètes, Jorge Luis Borges (trad. Roger Caillois (revue par Jean Pierre Bernès)), éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2010  (ISBN 978-2-07-012815-0), t. I, partie L’Aleph, p. 638


Il n'est pas nécessaire de construire un labyrinthe quand l'univers déjà en est un.
  • « Aben Hakam el Bokhari mort dans son labyrinthe », dans Œuvres complètes, Jorge Luis Borges (trad. Roger Caillois (revue par Jean Pierre Bernès)), éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2010  (ISBN 978-2-07-012815-0), t. I, partie L’Aleph, p. 641


Il l'attacha au dos d'un chameau rapide et l'emmena en plein désert. Ils chevauchèrent trois jours et il lui dit: « Ô Roi du Temps, Substance et Chiffre du siècle ! En Babylonie, tu as voulu me perdre dans un labyrinthe de bronze aux innombrables escaliers, murs et portes. Maintenant, le Tout Puissant a voulu que je montre le mien, où il n'y a ni escaliers à gravir, ni portes à forcer, ni murs qui empêchent de passer. » Puis il le détacha et l'abandonna au cœur du désert, où il mourut de faim et de soif. La gloire soit à Celui qui ne meurt pas !
  • « Les Deux Rois et les Deux Labyrinthes », dans Œuvres complètes, Jorge Luis Borges (trad. Roger Caillois (revue par Jean Pierre Bernès)), éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2010  (ISBN 978-2-07-012815-0), t. I, partie L’Aleph, p. 644


Autres inquisitions

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Première traduction française sous le titre d’Enquêtes.


Le mot « précurseur » est indispensable au vocabulaire critique, mais il conviendrait de le purifier de toute connotation de polémique ou de rivalité. Le fait est que chaque écrivain crée ses précurseurs. Son apport modifie notre conception du passé aussi bien que du futur
  • « Kafka et ses précurseurs[1] » (trad. Roger Caillois, revue par Jean-Pierre Bernès) (1952), dans Œuvres complètes, Jorge Luis Borges, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2010 (impr. 2013)  (ISBN 978-2-07-012815-0), t. I, partie Autres inquisitions, p. 753


« Qu'est-ce qu'une intelligence infinie ? […] Il n'est pas de théologien qui n'en donne une définition; je préfère en donner un exemple. Les pas que fait un homme, du jour de sa naissance à celui de sa mort, dessinent dans le temps une figure inconcevable. L'intelligence divine voit cette figure immédiatement, comme nous voyons un triangle. Cette figure a (peut-être) sa fonction bien déterminée dans l'économie de l'univers.
  • « Le Miroir des énigmes[2] » (trad. Paul Bénichou et Sylvia Bénichou-Roubaud) (1940), dans Œuvres complètes, Jorge Luis Borges, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2010 (impr. 2013)  (ISBN 978-2-07-012815-0), t. I, p. 764


[…] la réalité est toujours anachronique[3].
  • « Deux livres[4] » (trad. Paul Bénichou et Sylvia Bénichou-Roubaud) (1941), dans Œuvres complètes, Jorge Luis Borges, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2010 (impr. 2013)  (ISBN 978-2-07-012815-0), t. I, p. 768


Titien (it), Allégorie du Temps gouverné par la Prudence.
« El tiempo es la sustancia de que estoy hecho.
El tiempo es un río que me arrebata, pero yo soy el río;
es un tigre que me destroza, pero yo soy el tigre;
es un fuego que me consume, pero yo soy el fuego
[5]. »
And yet, and yet… Nier la succession temporelle, nier le moi, nier l'univers astronomique, ce sont, en apparence, des sujets de désespoir et, en secret, des consolations. Notre destin […] n'est pas effrayant parce qu'il est irréel; il est effrayant parce qu'il est irréversible, parce qu'il est de fer. Le temps est la substance dont je suis fait. Le temps est un fleuve qui m'entraîne, mais je suis le temps ; c'est un tigre qui me déchire, mais je suis le tigre; c'est un feu qui me consume, mais je suis le feu. Pour notre malheur, le monde est réel, et moi, pour mon malheur, je suis Borges.
  • « Nouvelle réfutation du temps (B)[6] » (trad. Paul Bénichou et Sylvia Bénichou-Roubaud) (1947), dans Œuvres complètes, Jorge Luis Borges, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2010 (impr. 2013)  (ISBN 978-2-07-012815-0), t. I, p. 816


L'Auteur

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Lent dans mon ombre, j’explore la pénombre
Profonde, d’une canne indécise,
Moi qui m’imaginais le Paradis
Sous l’espèce d’une bibliothèque.

  • (es)

    Lento en mi sombra, la penumbra hueca
    Exploro con el báculo indeciso,
    Yo, que me figuraba el Paraíso
    Bajo la especie de una biblioteca.

  • « Poème des dons » (trad. Jean Pierre Bernès), dans Œuvres complètes (2010), Jorge Luis Borges, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2016  (ISBN 978-2-07-012816-7), t. II, partie L’Auteur, p. 29


Tous, frêle roi, oblique fou, ou bien reine
Opiniâtre, tour verticale et pions madrés,
Sur le parcours en noir et blanc de leur chemin
Recherchent et livrent une bataille rangée.

Ils ne savent pas que la singulière main
Du joueur qui les tient gouverne leur destin,
Ils ne savent pas qu'une rigueur de diamant
Asservit leur vouloir mais aussi leur parcours.

[…]

Dieu pousse le joueur et le joueur la pièce.
Quel dieu derrière Dieu, débute cette trame
De poussière et de temps, de rêve et d'agonies ?

  • (es)

    Tenue rey, sesgo alfil, encarnizada
    Reina, torre directa y peón ladino
    Sobre lo negro y blanco del camino
    Buscan y libran su batalla armada.

    No saben que la mano señalada
    Del jugador gobierna su destino,
    No saben que un rigor adamantino
    Sujeta su albedrío y su jornada.

    […]

    Dios mueve al jugador, y éste, la pieza.
    ¿Qué dios detrás de Dios la trama empieza
    De polvo y tiempo y sueño y agonias ?

  • « Ajedrez », El hacedor, Emecé Editores, 1960 [lire en ligne], p. 60 .
  • « Échecs » (trad. Jean Pierre Bernès), dans Œuvres complètes (2010), Jorge Luis Borges, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2016  (ISBN 978-2-07-012816-7), t. II, partie L’Auteur, p. 32 et 1158


Éloge de l’ombre

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Quelle est cette trame
du sera, de l'est et du fut ?
Quel est ce fleuve
par quoi coule le Gange (en) ?
Quel est ce fleuve dont la source est inconcevable ?
[…]
Le fleuve m'emporte et je suis ce fleuve.
Je suis fait d'une matière méprisable, le temps mystérieux.
Peut-être la source est-elle en moi.
Peut-être est-ce de mon ombre
que jaillissent, fatals et illusoires, les jours.

  • (es)

    ¿Qué trama es ésta
    del será, del es y del fue?
    ¿Qué río es éste
    por el cual corre el Ganges?
    ¿Qué río es éste cuya fuente es inconcebible?
    […]
    El río me arrebata y soy ese río.
    De una materia deleznable fui hecho, de misterioso tiempo
    Acaso el manantial está en mí.
    Acaso de mi sombra
    surgen, fatales e ilusorios, los días[7].

  • « Heraclito », dans Elogio de la sombra, Emecé Editores, , 3e éd. (lire en ligne), p. 19.
  • « Héraclite » (trad. Nestor Ibarra et Jean-Pierre Bernès) (1968), dans Œuvres complètes (2010), Jorge Luis Borges, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2016  (ISBN 978-2-07-012816-7), t. II, p. 156-157


Essai d'autobiographie

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 Publié dans (en) « Autobiographical Notes », New Yorker, 12 septembre 1970 [texte intégral] , puis sous le titre An Autobiographical Essay.

Homère et son guide
[…] la cécité m'amena à pratiquer de nouveau l'art du poème. Comme je ne pouvais faire de brouillons, j'étais obligé de me rabattre sur ma mémoire. Il est évidemment plus facile de se rappeler des vers que de la prose et de se rappeler la formulation des vers réguliers plutôt que celle des vers libres. Le vers régulier est pour ainsi dire transportable. On peut descendre la rue, circuler en métro, tout en composant et en polissant un sonnet, car la rime et le mètre ont des vertus mnémotechniques.
  • « Essai d'autobiographie » (trad. Michel Seymour Tripier), dans Livre de préfaces suivi de Essai d'autobiographie, Jorge Luis Borges, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1987  (ISBN 978-2-07-037794-7), Maturité, p. 325


L’Or des tigres

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El oro de los tigres, Emeccé, 1972 [lire en ligne] .


Un trottoir défoncé. La chute guette
À chacun de mes pas. Je suis le lent
Prisonnier d'un univers somnolent
Que ni l'aube ni le couchant n'arrêtent.
La nuit. Personne. Je n'ai que le vers
Pour me forger l'insipide univers.

  • (es)

    El desnivel acecha. Cada paso
    puede ser la caída. Soy el lento
    prisionero de un tiempo soñoliento
    que no marca su aurora ni su ocaso.
    Es de noche. No hay otros. Con el verso
    debo labrar mi insípido universo[8].

  • « L’Aveugle[9]. » (trad. Nestor Ibarra et Jean-Pierre Bernès) (1974), dans Œuvres complètes (2010), Jorge Luis Borges, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2016  (ISBN 978-2-07-012816-7), t. II, p. 269


Être avec toi ou ne pas être avec toi est la mesure de mon temps.

  • (es)

     Estar contigo o no estar contigo es la medida de mi tiempo[10].

  • « L’homme menacé[11] » (trad. Nestor Ibarra et Jean-Pierre Bernès) (1972), dans Œuvres complètes (2010), Jorge Luis Borges, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2016  (ISBN 978-2-07-012816-7), t. II, p. 274


La Rose profonde

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Je ne sais pas quelle figure me regarde
Quand je regarde la figure du miroir ;
Certain vieillard m'y guette, et je crois entrevoir
Son ire sourde et lasse et vaguement hagarde.
Lent dans ma lente nuit, j'explore de mes doigts
Mes invisibles traits. Soudain vient me surprendre
Un éclair, tes cheveux. Seraient-ils déjà cendre
Ou gardent-ils leur or, leur gloire d'autrefois ?
[…]
Et mon visage, là… Si je pouvais le voir,
Je saurais qui je suis en cet étrange soir.

  • (es)

    No sé cuál es la cara que me mira
    cuando miro la cara del espejo;
    no sé qué anciano acecha en su reflejo
    con silenciosa y ya cansada ira.
    Lento en mi sombra, con la mano exploro
    mis invisibles rasgos. Un destello
    me alcanza. He vislumbrado tu cabello
    que es de ceniza o es aún de oro.
    […]
    Pienso que si pudiera ver mi cara
    sabría quién soy en esta tarde rara[12].

  • « Un aveugle » (trad. Nestor Ibarra et Jean-Pierre Bernès) (1975), dans Œuvres complètes (2010), Jorge Luis Borges, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2016  (ISBN 978-2-07-012816-7), t. II, p. 568-569


Le Livre de sable

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Il ne nous reste plus que des citations. Le langage est un système de citations.
  • « Utopie d’un homme qui est fatigué [Utopía de un hombre que está cansado] » (1974), dans Œuvres complètes (2010), Jorge Luis Borges (trad. Françoise Rosset revue par Jean-Pierre Bernès), éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2016  (ISBN 978-2-07-012816-7), t. II, partie Le Livre de sable, p. 535


Préfaces avec une préface aux préfaces

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Première traduction française sous le titre Livre de préfaces, suivi de Essai d'autobiographie.


Tout est brouillon en effet, l'idée de texte définitif ne relevant que de la religion ou de la fatigue.
  • « Paul Valéry, Le cimetière marin » (1932), dans Œuvres complètes (2010), Jorge Luis Borges, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2016  (ISBN 978-2-07-012816-7), t. II, p. 441


Le lecteur, Honoré Daumier
Un livre est une chose parmi les choses, un volume parmi les volumes qui peuplent l'univers indifférent, jusqu'à ce qu'il trouve son lecteur, l'homme destiné à recevoir ses symboles. C'est alors que survient cette émotion singulière que l'on nomme beauté, ce beau mystère que ne peuvent déchiffrer ni la psychologie ni la rhétorique. « La rose est sans pourquoi », a dit Angelus Silesius. Des siècles plus tard, Whistler devait déclarer : « L'art survient. » Puisses-tu être ce lecteur que le livre attendait.
  • Œuvres complètes (2010), Jorge Luis Borges (trad. Jean Pierre Bernès), éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2016  (ISBN 978-2-07-012816-7), t. II, partie Notices, notes et variantes, chap. Préfaces avec une préface aux préfaces. Notice, p. 1302


Neuf essais sur Dante

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Rechercher ses précurseurs, ce n'est pas se livrer à une misérable tâche de caractère juridique ou policier ; c'est sonder les mouvements, les tâtonnements, les aventures, les intuitions et les prémonitions de l'esprit humain.
  • « Dante et les visionnaires anglo-saxons » (trad. Françoise Rosset revue par Jean-Pierre Bernès) (1957), dans Œuvres complètes (2010), Jorge Luis Borges, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2016  (ISBN 978-2-07-012816-7), t. II, partie Neuf essais sur Dante, p. 852


Être amoureux, c'est se créer une religion dont le dieu est faillible.
  • (es) Enamorarse es crear una religión cuyo dios es falible[13].
  • « La Rencontre en rêve » (trad. Françoise Rosset revue par Jean-Pierre Bernès) (1948), dans Œuvres complètes (2010), Jorge Luis Borges, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2016  (ISBN 978-2-07-012816-7), t. II, partie Neuf essais sur Dante, p. 860


Atlas

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De toutes les villes du monde, de toutes les patries intimes qu'un homme cherche à mériter au cours de ses voyages, Genève me semble la plus propice au bonheur.
  • « Atlas » (trad. Françoise Rosset et Jean-Pierre Bernès) (1984), dans Œuvres complètes (2010), Jorge Luis Borges (trad. Françoise Rosset revue par Jean-Pierre Bernès), éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2016  (ISBN 978-2-07-012816-7), t. II, Genève, p. 886


Je constate avec une sorte de mélancolie douce-amère que tout au monde me ramène à une citation ou à un livre.
  • « Atlas » (trad. Françoise Rosset et Jean-Pierre Bernès) (1984), dans Œuvres complètes (2010), Jorge Luis Borges, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2016  (ISBN 978-2-07-012816-7), t. II, Les îles du tigre, p. 902


Conférences et discours

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Premières traductions françaises de Sept nuits et Borges Oral sous le titre Conférences (1985).

L’art de la poésie

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(en) This craft of verse (1re éd. 2000).
[…] la vie, j'en suis convaincu, est faite de poésie. La poésie n'est pas étrangère à la vie – la poésie […] nous attend au coin de la rue. Elle peut nous sauter dessus n'importe quand. […] les livres ne sont qu'occasions de poésie. Emerson, je crois, a écrit quelque part qu'une bibliothèque est une sorte de caverne magique remplie de morts. Ces morts peuvent renaître, peuvent revenir à la vie quand vous ouvrez leurs livres. […] Qu'est-ce qu'un livre en lui-même ? C'est un objet physique dans un monde d'objets physiques. C'est une série de symboles sans vie. Si le bon lecteur se présente, les mots – ou plutôt la poésie qui est derrière les mots, car les mots eux-mêmes ne sont que des symboles – reprennent vie et nous assistons à une résurrection du verbe.
  • « L’énigme de la poésie », dans L'art de poésie, Jorge Luis Borges (texte établi et annoté par Calin-Andrei Mihailescu) (trad. André Zavriew), éd. Gallimard, 2002  (ISBN 2-07-076107-X), p. 9


Sept nuits

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(es) Siete noches, Fondo de Cultura Económica, (ISBN 968-16-0607-8, lire en ligne), repris dans Obras Completas, t. 3, p. 207-286.
Le Cauchemar

Me parece que sobre temas que tanto me han obsesionado, este libro es mi testamento[14].

« Il me semble que sur des thèmes qui m’ont tellement obsédé, ce livre est mon testament[15]. »


Emerson a dit qu'une bibliothèque est un cabinet magique dans lequel sont enfermés de nombreux esprits enchantés. Ils se réveillent quand on les appelle; tant qu'on n'ouvre pas un livre, ce livre est, littéralement, géométriquement, un bloc, une chose parmi les choses. Quand on l'ouvre, quand le livre trouve son lecteur, le fait esthétique se produit. Et pour le lecteur lui-même, convient-il d'ajouter, un même livre change puisque nous changeons, puisque nous sommes – pour reprendre ma citation préférée – le fleuve d'Héraclite, puisque selon ce dernier l'homme d'hier n'est pas l'homme d'aujourd'hui et celui d'aujourd'hui ne sera pas l'homme de demain. Nous changeons sans cesse et l'on peut dire que chaque lecture d'un livre, chaque relecture, chaque souvenir de cette relecture, renouvelle le texte. Le texte est lui aussi le fleuve changeant d'Héraclite.
  • « La Poésie », dans Œuvres complètes (2010), Jorge Luis Borges (trad. Françoise Rosset (revue par Jean Pierre Bernès)), éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2016  (ISBN 978-2-07-012816-7), t. II, partie Sept nuits, p. 696


Borges Oral

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Borges Oral, Emecé Editores, 1979 [lire en ligne] .

Conversations et entretiens

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J'ai pensé et écrit tellement sur le temps… Mais je vais vous raconter une anecdote : un philosophe argentin et moi, nous conversions au sujet du temps, et le philosophe dit : « Dans ce domaine, on a fait de gros progrès ces dernières années. » Et moi j'ai pensé que si je lui avais posé une question sur l'espace, sûr qu'il me répondait : « Dans ce domaine on a fait de gros progrès, ces derniers cent mètres. » Vous vous rendez compte : alors, on attend jusqu'à la fin du mois, et voilà qu'on sait tout sur le temps. C'est un philosophe très connu.
  • « L’électricité des mots[16] », Carlos Peralta (trad. J. R. Outin), dans Jorge Luis Borges (1964), Dominique de Roux et Jean de Milleret (études réunies et présentées par), éd. L'Herne, coll. « Cahiers de l'Herne », 1981  (ISBN 2-85197-041-0), p. 411


Ordonner une bibliothèque est une façon silencieuse d’exercer l’art de la critique.
  • « Une semaine avec Borges », François-Marie Banier, lemonde.fr, 28 janvier 1983 (lire en ligne)
  • « Une semaine avec Borges », François-Marie Banier, dans Borges, souvenirs d'avenir, Pierre Brunel, éd. Gallimard, 2006  (ISBN 2-07-078261-1), p. 126


Dialogue

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Victoria Ocampo (es)
Victoria Ocampo (es), Diálogo con Borges, 1969, disponible sur Internet Archive; trad 2014 (ISBN 978-2-84100-553-6).

Entretien avec André Camp

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Diffusion novembre 1969; première publication dans le Magazine littéraire, 259, novembre 1988, « L’auteur et son double », p. 25-32; puis HB éditions, 1999 (ISBN 2-911406-59-1), p. 15-77.

Conversations à Buenos Aires

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BORGES : Quand on rêve, la pensée prend des formes dramatiques. C’est ce que disait Dryden. La nuit, lorsque nous rêvons, nous sommes l’acteur, l’auteur, le spectateur et le théâtre. Nous sommes tout.
  • Conversations à Buenos Aires, Jorge Luis Borges et Ernesto Sabato, animées par Orlando Barone (trad. Michel Bibard), éd. Éditions du Rocher, coll. « Bibliothèques 10/18 », 2001, p. 95


BORGES, dans un murmure : Déjeuners, thés, dîners quotidiens, petits déjeuners… sans un plat de rêve à la carte, ce serait insupportable, non ?
  • Conversations à Buenos Aires, Jorge Luis Borges et Ernesto Sabato, animées par Orlando Barone (trad. Michel Bibard), éd. Éditions du Rocher, coll. « Bibliothèques 10/18 », 2001, p. 135


BORGES : Le seul qui existe, c’est le rêveur.
  • Conversations à Buenos Aires, Jorge Luis Borges et Ernesto Sabato, animées par Orlando Barone (trad. Michel Bibard), éd. Éditions du Rocher, coll. « Bibliothèques 10/18 », 2001, p. 137


BORGES : Je me rappelle un rêve, il y a quelques nuits de cela. J’avais trouvé un livre anglais du XVIIè siècle et je me disais que c’était épatant d’avoir dégotté cette édition, mais après j’ai pensé que, si j’étais en train de rêver, je n’allais pas le retrouver le lendemain. Alors, me suis-je dit, je vais le mettre en lieu sûr, et je l’ai mis dans le tiroir de la bibliothèque. Comme cela je pourrais le retrouver à mon réveil.
SABATO, avec une légère ironie : Un rêve typiquement borgésien.
  • Conversations à Buenos Aires, Jorge Luis Borges et Ernesto Sabato, animées par Orlando Barone (trad. Michel Bibard), éd. Éditions du Rocher, coll. « Bibliothèques 10/18 », 2001, p. 173


Borges : images, dialogues et souvenirs

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María Esther Vázquez, Borges : imagenes, memorias, dialogos, 1977; trad Seuil, 1985 (ISBN 2-02-008976-9).

Conversations avec J. L. Borges à l'occasion de son 80e anniversaire

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(en) Willis Barnstone (ed.), Borges at eighty : conversations, Indiana University Press, (ISBN 0-253-16626-8), disponible sur Internet Archive; trad Ramsay 1984 (ISBN 2-85956-380-6).

Dialogues

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Série d’entretiens avec Osvaldo Ferrari.
Borges en dialogue
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Nouveaux dialogues
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Ultimes dialogues
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[De Bertrand Russell] j'ai lu et relu son Introduction à la philosophie des mathématiques. Il s'agit d'un livre simple, d'une lecture très agréable, comme tout ce qu'écrit Russell. […] J'y ai lu pour la première fois un exposé, bon, pour moi le meilleur, le plus accessible, concernant la théorie des ensembles, du mathématicien allemand Cantor. […] on me pose sans arrêt cette question sur le livre que j'emporterais sur une île déserte ; un lieu commun du journalisme. Au début, j'ai répondu que j'emporterais une encyclopédie ; mais je ne sais pas si on me permettrait d'emporter dix ou douze volumes, je crois que non. Alors j'ai opté pour l’Histoire de la philosophie occidentale de Bertrand Russell, qui serait peut-être le livre qui me suivrait dans l'ile… mais, bien sûr, il me manque l'île et il me manque aussi la vue, non ? le livre, je l'ai, mais ce n'est pas suffisant.
  • « Sur Bertrand Russell », dans Ultimes dialogues, Osvaldo Ferrari (trad. Claude Couffon), éd. Zoé/de l'Aube, 1988  (ISBN 2-87678-013-5), p. 16


Retrouvailles
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Autres

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Pourtant, à son insu peut-être, du roman épistolaire du XVIIIe siècle, James découvre le point de vue, le fait que la fable est narrée à travers un observateur, lequel peut être faillible – et l'est le plus souvent. Cet observateur définit les autres, mais –, sans s'en rendre compte, c'est lui-même qu'il définit.
  • Les Amis des amis, Henry James, éd. Éditions du Panama, coll. « La Bibliothèque de Babel », 2006, p. 9


Cette idée de frontières et de nations me paraît absurde. La seule chose qui peut nous sauver est d’être des citoyens du monde.
  • « L’idée de frontières et de nations me paraît absurde. Un entretien inédit avec Jorge Luis Borges », Ramón Chao (propos recueillis par), Le Monde diplomatique, août 2001 (1978), p. 24-25 (lire en ligne)


Je ne parle pas de vengeances ni de pardons, l'oubli est la seule vengeance et le seul pardon.
  • Borges, el memorioso: conversaciones de Jorge Luis Borges con Antonio Carrizo, Jorge Luis Borges, Antonio Carrizo, éd. Fondo de Cultura Económica, coll. « Tierra Firme », 1982, p. 138


Pourquoi vais-je mourir, si je ne l’ai jamais fait avant? Pourquoi vais-je faire quelque chose si étrange à mes habitudes ? C’est comme si on me disait que je vais devenir scaphandrier ou dompteur ou quelque chose comme ça, n’est-ce pas ?
  • (es) ¿Por qué voy a morirme, si nunca lo he hecho antes? ¿Por qué voy a cometer un acto tan ajeno a mis hábitos? Es como si me dijeran que voy a ser buzo o domador o algo así, ¿no?
  • (es) Borges verbal, Bravo & Paoletti (trad. Wikiquote), éd. Émece, 1999  (ISBN 9500420201), p. 132


Gardel et moi, nous avons quelque chose en commun: aucun de nous n’aime le tango.
  • (es) Gardel y yo tenemos algo en común: a ninguno de los dos nos gusta el tango.
  • (es) Borges verbal, Bravo & Paoletti (trad. Wikiquote), éd. Émece, 1999  (ISBN 9500420201), p. 92


Je pense que la théologie est une branche de la littérature fantastique. La psychanalyse, c’est encore une autre.
  • (es) Yo creo que la teología es una rama de la literatura fantástica. Otra es el psicoanálisis.
  • (es) Borges verbal, Bravo & Paoletti (trad. Wikiquote), éd. Émece, 1999  (ISBN 9500420201), p. 174


Citations rapportées

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Prendre un livre dans une bibliothèque et le remettre, c'est fatiguer les rayonnages.
  • Le mystère Henri Pick, David Foenkinos, éd. Gallimard, coll. « folio », 2017, p. 16

Citations sur

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Silvia Baron Supervielle

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Voir le recueil de citations : Silvia Baron Supervielle

Italo Calvino

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Voir le recueil de citations : Italo Calvino
[…] c'est un lieu commun de la critique que d'observer comment Borges, dans tous ses textes, dédouble ou démultiplie leur espace propre en évoquant d'autres livres, tirés d'une bibliothèque imaginaire ou réelle, et en faisant état de lectures classiques, ou érudites, ou tout bonnement inventées. […] Avec Borges naît, en même temps qu'une littérature à la puissance deux, une littérature vouée au calcul de sa propre racine carrée : une « littérature potentielle », pour employer une expression dont on devait user plus tard en France, mais qui s'annonce déjà dans Ficciones.


« il più grande narratore « intellettuale » contemporaneo. »
[Borges est] le plus grand narrateur intellectuel contemporain.
  • « Aleph et Alexis », Daniel Devoto., dans Jorge Luis Borges (1964), Dominique de Roux et Jean de Milleret (études réunies et présentées par), éd. L'Herne, coll. « Cahiers de l'Herne », 1981  (ISBN 2-85197-041-0), p. 289


S'il me fallait dire qui, dans le récit en prose, a parfaitement réalisé cet idéal esthétique d'exactitude dans l'imagination et l'expression, en construisant des œuvres aussi rigoureusement géométriques que le cristal et aussi abstraites qu'un raisonnement déductif, je nommerais Jorge Luis Borges sans la moindre hésitation.


Borges est un maître de l'écriture brève. Il réussit à condenser dans des textes qui ont toujours très peu de pages une richesse extraordinaire de suggestions poétiques et de pensée : faits narrés ou suggérés, ouvertures vertigineuses sur l'infini, et idées, idées, idées. Comment cette densité se réalise-t-elle sans la moindre enflure, dans des tournures parmi les plus cristallines, sobres et aérées; comment le récit, synthétiquement et en raccourci, conduit-il à un langage fait entièrement de précision et de concret, dont l'inventivité se manifeste dans la variété des rythmes, des mouvements syntaxiques, des adjectifs toujours inattendus et surprenants, voilà le miracle stylistique, sans égal dans la langue espagnole, dont seul Borges a le secret.
  • « Jorge Luis Borges » (trad. Jean-Paul Manganaro), dans Pourquoi lire les classiques, Italo Calvino, éd. Seuil, 1996  (ISBN 2-02-025910-9), p. 202 (lire en ligne)


Antoine Compagnon

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Voir le recueil de citations : Antoine Compagnon
L'œuvre de Borges représente sans doute l'exploration la plus poussée du champ de la récriture, son exténuation. Car si l'écriture est toujours une récriture, de subtils mécanismes de régulation, variables selon les époques, œuvrent pour qu'elle ne soit pas simplement un recopiage, mais une traduction, une citation. Ce sont ces mécanismes dont Borges organise le viol.


Michel Lafon

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Ce siècle est borgésien. On glose l'œuvre de Borges, bien sûr, comme on glose celle de Proust, de Kafka ou de Joyce. Mais surtout, on la réécrit. Évidente, l'adaptation : tel texte est transformé en scénario de cinéma, tel autre en dialogue de théâtre, tel autre en livret d'opéra. Tribut somme toute logique payé à la gloire du polygraphe. Plus foisonnante encore et plus complexe, la citation : celle de l'œuvre, mais aussi celle de l'auteur. […] Exemple rare d'un écrivain à ce point confondu avec son œuvre qu'il suffit d'évoquer sa figure, d'écrire son nom ou de projeter son ombre pour qu'aussitôt surgissent les mirages fantastiques qui hantent ses livres.
  • Borges ou la réécriture, Michel Lafon, éd. Seuil, 1990  (ISBN 978-2-02-012356-3), chap. Introduction, p. 9


Alberto Manguel

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Borges s'arrête à nouveau. Je me sens un peu gêné, planté au milieu de cette rue animée où les gens nous bousculent tandis que Borges, tel le vieil Œdipe, m'empoigne le bras et déclare : "Les panthéistes se représentaient l'univers comme habité par une seule personne, Dieu, un Dieu qui rêve toutes les créatures du monde, nous compris. Selon cette philosophie, nous sommes les rêves de Dieu et nous l'ignorons." Et quelques pas plus loin : "Mais Dieu sait-il que des petits bouts de Lui marchent en ce moment dans la foule de la Calle Florida ?" Et, s'arrêtant une fois encore : "Mais peut-être n'est-ce pas notre affaire."
  • Chez Borges, Alberto Manguel (trad. Christine Le Bœuf), éd. Actes Sud, 2003  (ISBN 2-7427-4257-3), p. 62-63


"Quelqu'un qui désire être immortel doit être fou, hein ?"
Dans le cas de Borges, c'étaient son œuvre, ses sujets, la matière dont était fait son univers qui étaient immortels, et c'est pourquoi il n'éprouvait pas le besoin de rechercher une existence éternelle. "Le nombre des thèmes, des mots, des textes est limité. Par conséquent rien ne se perd jamais. Si un livre est perdu, quelqu'un l'écrira de nouveau, tôt ou tard. Cela devrait suffire à n'importe qui, comme immortalité", me dit-il un jour où il parlait de la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie.
  • Chez Borges, Alberto Manguel (trad. Christine Le Bœuf), éd. Actes Sud, 2003  (ISBN 2-7427-4257-3), p. 74


Marguerite Yourcenar

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Voir le recueil de citations : Marguerite Yourcenar
J'ai appris à Paris, la veille de mon départ, la nouvelle de la fin (si la mort est une fin, qu'en savons-nous?). J'ai aussitôt longuement téléphoné à María (it), souffrant pour elle. L'une des dernières phrases que vous avez entendues de Borges est bien émouvante. « Au fond, la littérature n'est que de l'affection. » J'irai plus loin même, et je dirais « de l'amour ». […] Le voilà libre, mais le monde est plus pauvre quand il y a un grand poète de moins.
  • Une reconstitution passionnelle : correspondance 1980-1987, Marguerite Yourcenar, Silvia Baron Supervielle (édition établie, annotée et commentée par Achmy Halley), éd. Gallimard, 2009  (ISBN 978-2-07-012694-1), p. 75


Notes et références

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  1. « Kafka y sus precursores », Obras Completas, t. 2, p. 88-90.
  2. « El espejo de los enigmas », Obras Completas, t. 2, p. 98-100.
  3. Dans ses Ultimes dialogues avec Osvaldo Ferrari (« Sur Bertrand Russell », p. 19), interrogé sur cette phrase Borges répond : « Je suis d'accord avec elle, mais à tel point qu'elle me paraît venir de quelqu'un d'autre, non? Je suis généralement d'accord avec ce que je lis, et non avec ce qui surgit en moi. »
  4. « Dos libros », Obras Completas, t. 2, p. 101-104.
  5. Obras Completas, t. 2, p. 149.
  6. « Nueva refutación del tiempo », Obras Completas, t. 2, p. 135-149.
  7. Obras Completas, t. 2, p. 357.
  8. Obras Completas, t. 2, p. 476 et Obras Completas, t. 3, p. 102.
  9. « El Ciego » est inséré dans L’Or des tigres dans la première édition de Obras Completas 1923-1872 (1974), p. 1098 [lire en ligne] (impr. 1984), puis dans le receuil La Rose profonde (1975).
  10. Obras Completas, t. 2, p. 485.
  11. « El amenazado ». Compilé dans l’anthologie (es+fr) Poèmes d’amour (avant-propos de María Kodama ; édité, préfacé et traduit par Silvia Baron Supervielle), Gallimard, (ISBN 978-2-07-014509-6).
  12. Obras Completas, t. 3, p. 103.
  13. Obras Completas, t. 3, p. 369. Le texte « La Rencontre en rêve » (« El encuentro en un sueño »), publié dans La Nación le 3 octobre 1948, est d’abord publié dans la première édition en espagnole de Autres inquisitions en 1952, avant d’être retiré des rééditions à partir de 1960. En français, il est aussi inséré en marge de « Autres inquisitions » dans les Œuvres complètes, I; cette citation se trouve à la page 823 de l’édition de 2010 (impr. 2013).
  14. Déclaration de Borges rapportée par Roy Bartholomew dans Siete noches, Épilogue, p. 169.
  15. Traduction dans Œuvres complètes, II, 2016, p. 1386.
  16. « La electricidad de las palabras », Marcha, 1171, aout 1963, p. 9 [lire en ligne].

Voir aussi

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