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Beata Umubyeyi Mairesse

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Beata-Umubyeyi-Mairesse

Beata Umubyeyi Mairesse est une écrivaine franco-rwandaise, née en 1979 à Butare au Rwanda.

Citations

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Après le progrès, 2019

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La vie s'altère si on n'y joue pas souvent
Sortir sur les boulevards rire boire biaiser
Les lèvres s'usent si elles n'embrassent pas

Vivre, au présent

  • Culbuter le malheur ; suivi de Après le progrès, Beata Umubyeyi Mairesse, éd. Mémoire d'encrier, coll. « Poésie », 2024  (ISBN 978-2-89712-954-5), partie Après le progrès, chap. Racheté, p. 114


Tous tes enfants dispersés, 2019

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Consolée, 2022

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Elle aurait voulu elle aussi pouvoir changer de couleur, prendre la teinte des autres membres de la famille, elle aurait voulu y plonger ses cheveux de paille trop clairs que les enfants de la colline tiraient avec malice quand elle tombait entre leurs mains curieuses. Elle rêvait d'indifférence.
  • Consolée, Beata Umubyeyi Mairesse, éd. J'ai lu, 2023  (ISBN 9782290385005), chap. 1. Consolée 1954, p. 18


Cette beauté console la petite fille de sa différence. Elle sait qu'elle a choisi le bon camp, celui des noires araignées qui tricotent des toiles opalescentes, subtiles ouvrages de soie, qui ploient sous la menace des geckos mais jamais ne démentent leurs promesses de légereté. Un jour elle aussi tressera de telles échelles aux motifs abstraits : deux couleurs pour chaque pied. Une marelle pour toutes les petites filles bigarrées, en équilibre entre le ciel et la terre.
  • Consolée, Beata Umubyeyi Mairesse, éd. J'ai lu, 2023  (ISBN 9782290385005), chap. 1. Consolée 1954, p. 19


Culbuter le malheur, 2024

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Paix-Unité-Progrès, telle était la devise du Rwanda d'alors. Trente ans après, nous les survivantes et survivants pansons encore nos blessures intérieures dans une solitude sans nom et notre besoin de consolation demeure immense. Bien souvent, ce sont d'autres qui racontent ce génocide au monde, nous donnant l'impression d'être devenus les figurants de notre propre histoire. Si les années ont érodé les mémoires, au point d'effacer les traits des visages ou le son des voix, le souvenir des trois mois, d'avril à juillet 1994, que nous avons traversés en sursis, lui, reste vif.
  • Culbuter le malheur ; suivi de Après le progrès, Beata Umubyeyi Mairesse, éd. Mémoire d'encrier, coll. « Poésie », 2024  (ISBN 978-2-89712-954-5), partie Culbuter le malheur, chap. Prologue, p. 12-13


Que peut la poésie, que peuvent les mots pour dire les trente années empoisonnées à jamais par ces trois petits mois ? Si peu. Et pourtant. Il faut dire les mots, dire et ne pas renoncer à notre tentative quotidienne de culbuter le malheur. Parler, écrire, raconter pour ne pas se laisser ensevelir par le silence des uns, la logorrhée négationniste des autres ou, tout simplement, l'indifférence du monde. Culbuter le malheur pour les enfants du jour d'après.
  • Culbuter le malheur ; suivi de Après le progrès, Beata Umubyeyi Mairesse, éd. Mémoire d'encrier, coll. « Poésie », 2024  (ISBN 978-2-89712-954-5), partie Culbuter le malheur, chap. Prologue, p. 13


Entre celles qui sont parties
Et ceux qui restent
Ce long déboîtement
De bout en bout
Aube et crépuscule
Trop tôt ou trop tard
Nous sommes les pièces désarrimées
D'un récit qui s'est trop longtemps
Ecrit en niant nos légendes
Mots ravalés cris enfouis
Une agonie de papier

  • Culbuter le malheur ; suivi de Après le progrès, Beata Umubyeyi Mairesse, éd. Mémoire d'encrier, coll. « Poésie », 2024  (ISBN 978-2-89712-954-5), partie Culbuter le malheur, p. 48


Il nous aura fallu trente ans
Pour composer cette chanson
De nos voix qui savent désormais apaiser
L'incommensurable brouhaha des morts
Sur quelque rive que l'on ait accosté
Sa mélodie-monde saura raconter
Notre épopée d'enfants échoués

[…]

Dans les remous de ce long voyage
Nous apprenons à culbuter le malheur

  • Culbuter le malheur ; suivi de Après le progrès, Beata Umubyeyi Mairesse, éd. Mémoire d'encrier, coll. « Poésie », 2024  (ISBN 978-2-89712-954-5), partie Culbuter le malheur, p. 49


Le Convoi, 2024

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Sans cesse je commence, puis je m’arrête. Ce n’est pas l’angoisse de la page blanche mais la peur de ne pas être la bonne chroniqueuse, de ne pas faire un témoignage irréprochable, fidèle aux faits et aux victimes, bienveillant devant les contradictions de ceux qui nous ont aidés ou racontés. Pour me rassurer, je repense à ce que m’ont dit certains des journalistes qui étaient présents à la frontière le jour de notre traversée en 1994, ceux que j’ai retrouvés et auxquels j’ai confié mon projet : « C’est à toi d’écrire cette histoire. Tu fais la bonne chose. Il n’y a que toi qui puisses le faire ».


Il faut parfois passer par un récit pour en raconter un autre, chaque histoire renferme d’autres histoires, et en écrivant par spirales je ne serai pas en train de m’éparpiller mais d’avancer. Parce qu’il faut continuer, dire les mots tant qu’il y en a. Dire avant d’oublier. Ajouter des histoires individuelles à l'histoire centrale du convoi est aussi une façon pour moi d'élargir le monde dont je parle, l'évènement que je relate, pour montrer comment il fait écho au présent, à d’autres mondes. Montrer toute son épaisseur. Chacun des enfants est bien plus qu'une vie humaine qu'on tue ou qu'on sauve, chacun des protagonistes de cette scène inaugurale entre Rwanda et Burundi, le 18 juin 1994, peut témoigner d'un parcours de trente ans aux frontières d'une humanité meurtrie, d'un récit dévoyé.


Citations sur

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Beata Umubyeyi Mairesse a un talent rare pour faire revivre les mécanismes de l'oubli et le non-oubli en nous racontant dans ses nouvelles l'avant éclairé par l'après. Sauf dans celle-ci, où tremble un instant une image de bonheur total.
  • au sujet de « Le temps des cerises », 1994, publiée dans Ejo ; suivi de Lézardes : et autres nouvelles. « N’oublions pas le génocide rwandais », Carnets de littératures africaines, décembre 2020 [texte intégral] .
  • Chroniques littéraires africaines, Daniel Delas, éd. Sépia, 2023  (ISBN 9782290385005), p. 217


Citations rapportées

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[ Kim Il-sung ] sur une tribune, en costume sombre, les visages radieux. Il levait les bras droit, semblant donner le feu vert au bonheur […] Des hommes et des femmes de tous âges les entouraient; les yeux tournés vers leur leader, ils remplissaient le tableau d'une félicité absolue. Et quand il avait fallu se cacher, quand son père, sa mère et son petit frère avaient été tués par les voisins, […] quand elle avait cru mourir de chagrin, Alice avait tenu en pensant à ce père éternel qui l’attendrait à Pyongyang.
  • rapportée de Ejo ; suivi de Lézardes : et autres nouvelles. « N’oublions pas le génocide rwandais », Carnets de littératures africaines, décembre 2020 [texte intégral] .
  • Chroniques littéraires africaines, Daniel Delas, éd. Sépia, 2023  (ISBN 9782290385005), p. 217


Voir aussi

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