Alba de Céspedes

Alba de Céspedes, née à Rome le et morte à Paris le , est une écrivaine italienne.
Citations
[modifier]Avant et après, 1958
[modifier]Brusque-
ment, je me rendis compte qu'il y avait, dans ma
vie, plus de voix que de présences ; que, désor-
mais, j'allais être privée de cette chaleur que
nous ne ressentons que lorsque nous vivons
avec quelqu'un, et que nous payons par l'ennui
de vivre en commun.
- Avant et après (1955), Alba de Céspedes (trad. Juliette Bertrant), éd. Le Seuil, coll. « Méditerranée », 1958, p. 12-13
J'avais l'impression d'être réellement seule, alors
qu'il y avait déjà cinq ans que j'étais la maîtresse
de Pierre. Du reste, si j'avais parlé de Pierre à
Herminie, et de la façon dont ça avait com-
mencé, je n'aurais pas donné satisfaction à son
désir de me voir heureuse et aimée.
- Avant et après (1955), Alba de Céspedes (trad. Juliette Bertrant), éd. Le Seuil, coll. « Méditerranée », 1958, p. 35
Nous
nous sentions riches chaque fois que nous tom-
ions amoureuses, nous redevenions pauvre à
la fin de notre amour.
- Avant et après (1955), Alba de Céspedes (trad. Juliette Bertrant), éd. Le Seuil, coll. « Méditerranée », 1958, p. 48
Mais cette certitude ne fit qu'accroître ma
solitude : je comprenais que chacun de nous
deux, par ses sens et par son esprit, s'aimait soi-
même en aimant l'autre. Je me demandais si
notre amour était véritablement de l'amour. Ou
si l'amour, arrivé à un certain point, ne pouvait
plus être que ça.
- Avant et après (1955), Alba de Céspedes (trad. Juliette Bertrant), éd. Le Seuil, coll. « Méditerranée », 1958, p. 69-70
Etre vivante, ça ne vou-
lait pas dire être la même qu'avant ; c'est
pourquoi j'ignorais si nous étions encore sœurs
ou si nous avions cessé de l'être, tout en conti-
nuant de porter le même nom.
- Avant et après (1955), Alba de Céspedes (trad. Juliette Bertrant), éd. Le Seuil, coll. « Méditerranée », 1958, p. 91
Je me réjouis que Pierre fût absent ; cela lui
éviterait de me juger une hystérique comme
tout homme, même le plus objectif, est toujours
prêt à juger une femme qui souffre.
- Avant et après (1955), Alba de Céspedes (trad. Juliette Bertrant), éd. Le Seuil, coll. « Méditerranée », 1958, p. 109
Le remords, 1964
[modifier]de mes lettres, chacune de nos rencontres te procuraient une
anxiété que rien, au vrai, ne justifiait. Du début de notre amitié
jusqu'à ma dernière lettre, ton affection m'a privée de liberté, m'a
empêché de vivre à ma guise.
- Le remords (1963), Alba de Céspedes (trad. Louis Bonalumi), éd. Le Seuil, 1964, p. 9
jours comprise, même si nous sommes, comme tu dis, très diffé-
rentes. Peut-être est-ce justement pour cela que nous nous aimons
encore après tant d'année. Certes, aujourd'hui, tu t'en défends. Je
sais : il est des moments ouu nous ne pouvons ni ne voulons croire
en rien Jadis, il t'arrivait de faire sciemment le vide autour de
toi : tu me traitais de haut pour te débarrasser de mon affec-
tion, pour m'éloigner. En vain : ton silence lui-même n'a pas réussi
à me décourager.
- Le remords (1963), Alba de Céspedes (trad. Louis Bonalumi), éd. Le Seuil, 1964, p. 13
penserais toujours que ta décision est dictée par la crainte. Ce
n'est pas de moi cependant que tu dois avoir peur, mais de la
dame du portrait. Va, et regarde-la bien. Il ne s'agit pas de
choisir entre moi et un autre, mais entre cette femme et toi-
même. »
- Le remords (1963), Alba de Céspedes (trad. Louis Bonalumi), éd. Le Seuil, 1964, p. 65
savoir qu'il existe au monde une personne qui nous connaît pour
ce que nous sommes, qui comprend nos habitudes, nos manies,
notre façon d'aimer. Une femme, par conséquent. Mais les fem-
mes s'emparent de nous : elles veulent nous construire, nous façon.
ner, nous engendrer, bref, nous donner une vie semblable à la leur,
celles dont elles rêvent en vain de doter leurs enfants.
- Le remords (1963), Alba de Céspedes (trad. Louis Bonalumi), éd. Le Seuil, 1964, p. 171
Le cahier interdit, 1966
[modifier]fait tort. Maintenant il est trop tard pour
le regretter, le mal est fait. Je ne sais pas e qui a pu me pous-
ser à l'acheter : c'est le hasard. Jamais il ne m'était venu à l'es-
prit de tenir un journal, ne serait-ce que parce qu'un journal devant
rester secret, il m'eût fallu le dissimuler à Michel et aux enfants.
Je n'aime pas avoir à cacher quoi que ce soit ; d'ailleurs, à la mai-
son il y a si peu de place que c'est bien difficile.
- le cahier interdit, Alba de Céspedes (trad. Juliette Bertrant), éd. Le Seuil, 1966, p. 21
à me demander si je n'ai pas commencé à
changer de caractère à partir du jour où mon mari, plaisamment,
a commencé à m'appeler « maman ».
- le cahier interdit, Alba de Céspedes (trad. Juliette Bertrant), éd. Le Seuil, 1966, p. 24
c'est le remords de perdre un tel temps à écrire. Je me plains
souvent d'avoir trop de choses à faire, d'être esclave de la
famille, de la maison, de ne jamais avoir, par exemple, la possi-
bilité de lire un livre. Tout cela est vrai, mais, dans un certain sens,
cet esclavage est devenu ma force, l'auréole de mon martyre.
- le cahier interdit, Alba de Céspedes (trad. Juliette Bertrant), éd. Le Seuil, 1966, p. 35
fond, c'est très bien que j'aie tous les jours à cuisiner, à laver
la vaisselle, à faire les lits, parce que ces obligations me forcent
à marcher comme si rien de ce qui se produit autour de moi
ne se produisait.
- le cahier interdit, Alba de Céspedes (trad. Juliette Bertrant), éd. Le Seuil, 1966, p. 135
été tellement bonne avec elle. » Peut-être était-ce vrai. Il y a un certain
point où on ne comprend plus où est la bonté et où est la cruauté
dans la vie d'une famille.
- le cahier interdit, Alba de Céspedes (trad. Juliette Bertrant), éd. Le Seuil, 1966, p. 135
Chansons des filles de mai, 1968
[modifier]Et je me suis levée
et j'ai marché avec les autres
et j'avais peur,
j'avais très peur d'être cognée,
matraquée,
et de rester abandonnée
- une inconnue -
dans les rues de ce pays étranger.
- Chansons des filles de mai, Alba de Céspedes (trad. Juliette Bertrant), éd. Le Seuil, 1968, p. 5
Liberté, mot traître, piètre
mot imprimé dans les pages
des livres,
mot crié dans l'espace
mot-illusion, mot-imposteur,
mot-complice des hommes de polices
et des geôliers,
mot-drapeau en lambeaux,
liberté, mot de papier-
timbré, de papier-
monnaie,
mot inféodé aux souverains,
nationalisé par les dictateurs,
mot-adultère,
mot-putain
- Chansons des filles de mai, Alba de Céspedes (trad. Juliette Bertrant), éd. Le Seuil, 1968, p. 9
La liberté, c'était l'éclat
des grenades, le gaz aveuglant,
c'était une nuit éclairée
par les barricades,
et moi j'étais seule,
et je courais,
les jambes tremblantes.
- Chansons des filles de mai, Alba de Céspedes (trad. Juliette Bertrant), éd. Le Seuil, 1968, p. 11
Je lui ai dit :
« Nous sommes tous Noirs,
ici, tous maudits,
les Blancs aussi.
Notre sang a la même couleur :
je l'ai vu. »
- Chansons des filles de mai, Alba de Céspedes (trad. Juliette Bertrant), éd. Le Seuil, 1968, p. 23
Comment me faire entendre?
Je ne peux plus parler : ma bouche
est pleine de boue, le courant m'entraîne
insensiblement vers la mer.
Ils ne sauront jamais que je suis
ici, que je suis restée
avec eux.
- Chansons des filles de mai, Alba de Céspedes (trad. Juliette Bertrant), éd. Le Seuil, 1968, p. 72
La bambolona, 1968
[modifier]Sans autre lieu que la nuit, 1973
[modifier]Elles, 2022
[modifier]Et quand je suis née, quelques mois après sa mort,
on me donna le nom d'Alessandra, pour entretenir
sa mémoire, mais aussi dans l'espoir que je mani-
feste certaines des qualités qui l'avaient conduit à
laisser un souvenir impérissable. Le lien qui m'unis-
ait à ce jeune frère défunt pesa lourdement sur les
premières années de mon enfance. Impossible de
m'en libérer.
colère sourde se consumer en silence. J'avais encore
dans les yeux le visage de mon père qui souriait à
ma mère d'un air malicieux et complice. Pour la
première fois, je venais de le voir pénétrer dans la
sérénité de notre monde féminin, tel un ennemi insi-
dieux. Il m'avait jusque-là fait l'effet d'un être d'une
espèce différente, qui nous était confié et dont nous
ne devions pourvoir qu'aux besoins matériels.
- Elles (1949), Alba de Céspedes (trad. Juliette Bertrant), éd. Gallimard, coll. « folio », 2022 (ISBN 978-2-07-304324-5), p. 22
attendu, confiantes, en préparant leur trousseau, cer-
taines d'être aimées et heureuses. Au lieu de quoi,
elles avaient écopé de cette vie exténuante - la cui-
sine, le ménage, le corps qui se gonfle et se dégonfle
pour mettre le enfants au monde. Peut à petit, der-
ière une résignation apparente, les femmes avaient
senti naître en elles une rancœur amère vis-à-vis du
piège dans lequel on les avait fait tomber.
- Elles (1949), Alba de Céspedes (trad. Juliette Bertrant), éd. Gallimard, coll. « folio », 2022 (ISBN 978-2-07-304324-5), p. 34
Sandi, les hommes ne les comprennent pas. Ils ne
donnent aucun poids à une parole ou à un geste,
ils ont besoin de faits concrets. Et devant les faits
concrets, les femmes sont toujours dans leur tort.
Elle s'arrêta, puis reprit :
- Ce n'est pas leur faute. Nous habitons deux
planètes différentes, et fatalement, chacune tourne
autour d'un axe différent. Il arrive que ces planètes
se rencontrent, mais ça dure peu. Quelques instants,
peut-être. Ensuite, chacun retourne s'enfermer dans
sa solitude.
- Elles (1949), Alba de Céspedes (trad. Juliette Bertrant), éd. Gallimard, coll. « folio », 2022 (ISBN 978-2-07-304324-5), p. 61
Citations rapportées
[modifier]Citations sur
[modifier]- (fr) « "Le cahier interdit" d’Alba de Céspedes : quand l’écriture sauve », Fanny De Weeze, rtbf.be, 10 sept. 2023 (lire en ligne)
- (it) De Céspedes aveva “osato” dar voce a una femminilità libera, conscia di sé e delle proprie risorse, desiderosa di ridefinire i contorni della propria esistenza ed estranea ad ogni idea di “angelo del focolare”.
- (it) « Alba de Céspedes - Roma 1911 - Parigi 1997 », Graziella Gaballo (trad. Wikiquote), enciclopediadelledonne.it, 2016 (lire en ligne)
- (de) Von den italienischen Faschisten wurde de Céspedes aufgrund ihrer selbstbewussten Protagonistinnen geächtet.
- (de) « In eines Menschen Herz », Bernhard Walcher (trad. Wikiquote), literaturkritik.de, 22.04.2022 (lire en ligne)