Voyage

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Un voyage est un déplacement effectué vers un point plus ou moins éloigné dans un but personnel (tourisme) ou professionnel (affaires). Le voyage s'est considérablement développé et démocratisé, au cours du XXe siècle avec l'avènement de moyens de transports modernes et de plus en rapides et confortables, le chemin de fer d'abord, puis l'automobile et l'avion.

Sommaire

[modifier] Littérature

[modifier] Écrit intime

[modifier] Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques, 1955

Un voyage s'inscrit simultanément dans l'espace, dans le temps, et dans la hiérarchie sociale. Chaque impression n'est définissable qu'en les rapportant solidairement à ces trois axes, et comme l'espace possède à lui seul trois dimensions, il en faudrait au moins cinq pour se faire du voyage une représentation adéquate.


[modifier] Prose poétique

[modifier] Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris, 1869

Les foules

Il n'est pas donné à chacun de prendre un bain de multitude : jouir de la foule est un art ; et celui-là seul peut faire, aux dépens du genre humain, une ribote de vitalité, à qui une fée a insufflé dans son berceau le goût du travestissement et du masque, la haine du domicile et la passion du voyage.


[modifier] René Crevel, Le Pont de la mort, 1926

Au fond des océans, tous les Africains crédules qui voulurent faire des voyages à bon compte et moururent près des chaufferies, ressuscitent. Sans doute bientôt seront-ils poissons, puisque déjà leurs jambes deviennent transparentes. Ecoutez leurs chansons sans mots, à la lumière des monstres électriques. Les hippocampes appuient sur leur nombril, comme sur le bouton d'une sonnette électrique. Est-ce pour le thé ? Mais non. Des forêts d'eau, ils montent, points d'interrogation à tête de cheval, jusqu'aux yeux des savants européens qui éclatent dans leur peau terrestre.

  • « Le Pont de la mort », René Crevel, La Révolution Surréaliste, nº 7, 15 juin 1926, p. 28


[modifier] Récit de voyage

[modifier] Guy de Maupassant, La Vie Errante , 1890

La Côte italienne

[...] plus on est grisé, plus on est conquis par la séduction de ce voyage dans une forêt d’œuvres d’art, plus on se sent aussi envahi par un bizarre sentiment de malaise qui se mêle bientôt à la joie de voir. Il provient de l’étonnant contraste de la foule moderne si banale, si ignorante de ce qu’elle regarde avec les lieux qu’elle habite. On sent que l’âme délicate, hautaine et raffinée du vieux peuple disparu qui couvrit ce sol de chefs-d’œuvre, n’agite plus les têtes à chapeaux ronds couleur chocolat, n’anime point les yeux indifférents, n’exalte plus les désirs vulgaires de cette population sans rêves.

  • La Vie errante, Guy de Maupassant, éd. P. Ollendorff, 1890, La Côte italienne, p. 47


[modifier] Roman

[modifier] Victor Hugo, Les Misérables, 1862

Voyager, c'est naître et mourir à chaque instant.


[modifier] Marie d'Agoult, Nélida, 1966

[...] quinze jours après le départ de son mari, elle reçut la lettre qu'on va lire :
« Vous me pardonnerez, n'est-il pas vrai, mon cher ange, de n'avoir pas cédé à un caprice enfantin, le premier que je vous aie vu, et sans doute ausi le dernier. Des gens bien nés, tels que nous, se doivent l'un à l'autre une liberté entière, car il est bien certain qu'ils n'en sauraient abuser. Je pars pour Milan avec Mme Zepponi. Elle n'a pas trouvé à Paris la personne qui devait l'accompagner, et je ne puis lui laisser faire seule un si long trajet. Quoi qu'on puisse vous dire de ce voyage de pure courtoisie, n'écoutez pas les méchants propos. Ne donnez pas à nos envieux la joie de vous savoir inquiète. Allez à Paris ; préparez-vous à ouvrir votre maison à l'entrée de l'hiver. Je serai ravi d'apprendre que vous vous amusez, et que vous avez tous les succès qui vous sont dus.
Tout à vous,
Timoléon.
P.-S. J'oubliais de vous dire que je prendrai peut-être le plus long pour revenir, c'est-à-dire l'Algérie et l'Espagne. Le démon des voyages me parle à l'oreille ; je lui sacrifie volontiers ; il m'a toujours été propice. »
|...] Elle lut et relut vingt fois cette lettre si étrange, si polie, si glaciale, si peu soucieuse de ce qu'elle devait souffrir. Tout ce qu'elle avait entrevu avec effroi du monde et de ses habitudes était donc bien véritable. Les hommes les meilleurs y pratiquaient ouvertement le plus abominable égoïsme ; les noeuds du mariage n'étaient qu'un simulacre qui n'engageait à rien qu'à des politesses mutuelles, et la foi jurée ne pesait pas un atome dans la balance des fantaisies.


[modifier] Marcel Proust, La Prisonnière, 1925

Le seul véritable voyage, le seul bain de jouvence, ce ne serait pas d'aller vers de nouveaux paysages, mais d'avoir d'autres yeux.

  • Propos recueillis par Serge Sanchez concernant le dernier roman de Jean-Claude Guillebaud, La Traversée du monde — Guillebaud cite ici un passage de La Prisonnière de Marcel Proust parut à titre posthume en 1925.
  • « « Le voyage contraint à ne pas tricher » », Jean-Claude Guillebaud, Le Magazine Littéraire, nº 493, Janvier 2010, p. 35


[modifier] William S. Burroughs, La Machine molle, 1964

Un savant Russe aurait dit : « Nous voyagerons non seulement dans l'espace mais aussi dans le temps » – Je reviens justement d'un voyage de mille-ans-dans-le-temps et je suis ici pour vous décrire ce que j'ai vu – Et pour vous dire comment les voyages-temps sont – C'est une opération précise – Difficile – Dangereuse – C'est une nouvelle frontière et seuls les téméraires sont élus – Mais cela est possible pour n'importe qui qui a courage et savoir – faire de s'enrôler – Ceci vous appartient –

  • (en) A Russian scientist has said: "We will travel not only in space but in time as well"–I haved just returned from a thousand-year time trip and I am here to tell you what I saw–And to tell you how much such time trips are made–It is a precise operation–It is difficult–It is dangerous–It is the new frontier and only the adventurous need apply–But it belongs to anyone who has the courage and know-how to enter–It belongs to you


[modifier] Médias

[modifier] Presse

[modifier] Littérature, Enquête — Pourquoi écrivez-vous ?, 1920

J'écris, comme tout écrivain, pour affirmer des tendances intimes refoulées dans la vie réelle. Je crois que l'oeuvre d'art pourrait être définie une compensation du réel. Nos instincts révolutionnaires et sexuels, nos instincts de domination et de connaissance ne peuvent se satisfaire pleinement au cours de la vie. Leur refoulement produit une sublimation qui donne naissance à l'oeuvre d'imagination. Celle-ci n'est donc que l'épanouissement de vélléités contrariées. Elle peut, dans les cas de refoulement excessifs, aboutir à une contradiction complète et magnifique de l'existence effective de l'écrivain.
Les atrocités sans frein des ouvrages du Marquis de Sade peuvent s'expliquer par le fait qu'il écrivit surtout en prison. L'outrance de ses inventions me ferait plutôt croire à la non-réalisation de ses tendances érotiques. C'est une revanche du rêve sur la réalité.
En ce qui me concerne, il n'y a pas lieu de douter que certaines de mes pièces, Poussière, les Possédés, Terres chaudes, entre autres, sont une tentative de compensations d'instincts révolutionnaires entravés et de désirs de voyages incomplètement satisfaits.

  • H. R. Lenormand donne suite à une enquête concernant son statut d'écrivain menée par le mensuel surréaliste Littérature, ce sur plusieurs numéros.
  • « Notre enquête — Pourquoi écrivez-vous ? », H. R. Lenormand, Littérature, nº 11, Décembre 1920, p. 24


[modifier] Philosophie

[modifier] Roger-Pol Droit, Dernières nouvelles des choses, 2003

N'importe quel voyage fait que les choses changent : matières, fonctions, emplacements, manières d'être. Petites différences, décalages infinitésimaux, qui font que l'on est ailleurs.

  • Dernières nouvelles des choses, Roger-Pol Droit, éd. Odile Jacob, 2003, p. 178


Impossible de tout emporter. Impossible et inutile. Le choix est imposé par la valise, par ses limites. Exercice de style. Le plus de possibilités dans le moins d'espace. Concision, efficacité. Sobriété d'une vie ramenée à l'essentiel, temporairement. Juste ce qu'il faut. Avec un peu d'inutile, quand même, pour la beauté du geste. Au cas où. On ne sait jamais. Et si d'aventure. Pourquoi pas, si ça tient.

  • Dernières nouvelles des choses, Roger-Pol Droit, éd. Odile Jacob, 2003, p. 206


[modifier] Sciences exactes

[modifier] Physique

[modifier] Paul Virilio, Esthétique de la disparition, 1989

Ce qui est venu avec l'engin rapide ce ne sont même plus les hasards du voyage, c'est la surprise de l'accident [...].

  • Esthétique de la disparition (1989), Paul Virilio, éd. Galilée, coll. folio essais, 1994, p. 109


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