Victime
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[modifier] Littérature
[modifier] Écrit intime
[modifier] Anaïs Nin, Henry et June — Les cahiers secrets, 1986
Décembre (1931)
Elle a été créée pour aller jusqu'au bout de tout. Je vénère sa capacité à faire du mal et je suis prête à être la victime. Elle m'ajoutera à tout ce qu'elle est déjà. Elle sera June plus tout ce que je suis.
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Henry et June — Les cahiers secrets (1986), Anaïs Nin (trad. Béatrice Commengé), éd. Stock, 2007 (ISBN 978-2-234-05990-0), Décembre (1931), p. 32
Janvier (1932)
Elle a l'air à la fois destructrice et désemparée. J'ai envie de la protéger. Quelle plaisanterie ! Moi, la protéger, elle, dont le pouvoir est infini ! Son pouvoir est si fort que je la crois vraiment lorsqu'elle me dit qu'elle détruit sans le faire exprès. A-t-elle essayé de me détruire ? Non, elle a pénétré chez moi et j'ai tout de suite été prête à tout supporter d'elle. S'il y a en elle le moindre calcul, il n'intervient qu'après coup, lorsqu'elle prend conscience de son pouvoir et se demande comment elle pourrait s'en servir. Je ne pense pas que sa capacité à faire du mal soit délibérément orientée. Elle peut elle-même en être la victime.
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Henry et June — Les cahiers secrets (1986), Anaïs Nin (trad. Béatrice Commengé), éd. Stock, 2007 (ISBN 978-2-234-05990-0), Janvier (1932), p. 33
[modifier] Poésie
[modifier] Paul Eluard , Capitale de la douleur, 1926
Paul Klee
Le supplice est plus dur aux bourreaux qu'aux victimes.
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Capitale de la douleur suivi de L'amour la poésie (1926), Paul Eluard, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 978-2-07-030095-2), partie Nouveaux poèmes, Paul Klee, p. 106
[modifier] Prose poétique
[modifier] Francis Picabia, Dactylocoque, 1922
Il n'y a pas de risques à jouir, l'infériorité vient de la résignation ; il faut aimer les assassins et mépriser les victimes ; le ridicule n'existe pas.
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« Dactylocoque », Francis Picabia, Littérature Nouvelle Série, nº 7, Décembre 1922, p. 11
[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927
L’asile d’aliénés, blanc sous le soleil levant, avec ses hautes murailles dépassées par des arbres calmes et maigres, ressemble au tombeau du roi Mausole. Et voici que les sept merveilles du monde paraissent. Elles sont envoyées du fond des âges aux fous victimes de l’arbitraire humain. Voici le colosse de Rhodes. L’asile n’arrive pas à ses chevilles. Il se tient debout, au-dessus, les jambes écartées. Le phare d’Alexandrie, en redingote, se met à toutes les fenêtres. De grands rayons rouges balayent la ville déserte, déserte en dépit des tramways, de trois millions d’habitants et d’une police bien organisée. D’une caserne, la diane surgit sonore et cruelle, tandis que le croissant allégorique de la lune achève de se dissoudre à ras de l’horizon.
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La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), V. La baie de la faim, p. 57
[modifier] Joyce Mansour, Dolman le maléfique, 1961
Plus tard, quelque vingt ans plus tard, Dolman découvrit le sexe. Tout d'abord il s'occupa uniquement de la connaissance de son corps à l'aide d'un microscope et d'une équerre, puis, moins timide, il se consacra aux fillettes qui osaient le dévisager avec cet air de sous-entendu, ces yeux mouillés, ces demi-sourires qu'on leur connaît. Il opérait à distance.
De son regard scintillant il perçait les formes rondelettes, souillait les claires tuniques, caressait les plaies et cela aussi longtemps que le supportaient ses nerfs, sans procéder au moindre échange de sang, sans même se soucier de l'ablation de l'hymen, jusqu'à ce que sa victime s'égare totalement, tremble devant lui et se convulse, nue, avide de se laisser dévorer par ces yeux infatigables.
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« Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 48
Dolman variait ses plaisirs. Une indicible moquerie dans ses yeux fouineurs, il aiguisait ses sens à volonté sur le dos satiné de ses victimes. Cruel, les brunes piquantes aux petits seins et aux poils tortillés en acrostiches provoquaient en lui une rage visuelle nuancée de mélancolie, un véritable raz-de-marée de colère sadique. Il s'enfonçait en elles dans un flamboiement sanguinaire. Il se laissait pénétrer par l'épouvante de sa victime ; froissé comme elle il frissonnait de peur et pleurait, et touchait son ventre bombé, son ventre flambant, incandescent de flammes hystériques, là, sur ses maigres flancs d'adolescent.
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« Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 49
Sans remords et sans repos, il ne se fatiguait jamais de lui-même ; il aplatissait ses prunelles sur chaque centimètre de son corps interchangeable et soupirait de bonheur tant il trouvait profonde sa vérité. Son désir coulait en longues rigoles meurtrières vers la victime du moment qui finissait toujours par se démener à ses pieds dénuée de pudeur et prête, sous ses yeux impitoyables, oui, prête, mais sans vainqueur. Alors Dolman riait silencieusement.
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« Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 49
Dolman restait craintif dans le noir. « Je veux vous connaître, faire partie de votre peau ». Il s'obstinait malgré sa frayeur. « Je vous donnerai mes biens, ma hutte, mes entrailles fertiles, ma plage ; j’offre ma haine en échange d’un seul rayon de participation ». « Vous m’appartenez. Je suis près de vous », dit l'Affreux, dans un chuchotement de malaise, « touchez moi, sentez ma sueur de musc sur vos vêtements ». Il coula ses doigts le long de Dolman, et une fumée de houille et de satisfaction épicée de pus irrita les sens de sa victime. Dolman se savait maladroit mais, comme il aimait la clarté dans ses fréquentations, il ne pouvait s'empêcher de se plaindre. L'Horreur soufflait comme un phoque. Dolman se cacha le visage dans le pli de l'aine. L'heure se raidissait sur son socle. L'homme reprit sauvagement : « Un seul regard sans réticence ni recul dans vos yeux hagards, un instant de bonheur avant de disparaître ».
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« Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 51
[modifier] Roman
[modifier] Charles Robert Maturin, Melmoth — L'homme errant, 1820
[...] la dissimulation nous enseigne toujours la dissimulation, et la seule question est de savoir si nous serons les maîtres ou les victimes de cet art. Question à laquelle l'amour de soi a tôt fait de répondre.
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Melmoth — L'homme errant (1820), Charles Robert Maturin (trad. Jacqueline Marc-Chadourne), éd. Phébus, coll. Libretto, 1996 (ISBN 978-2-85-940553-3), Récit de l'Espagnol, p. 121
Un être humain nu et couvert de sang passa comme un éclair près de moi en poussant des cris de rage et de douleur ; quatres moines portant des lumières le poursuivaient. J'avais fermé la porte au bout de la galerie et je savais qu'ils devaient revenir sur leurs pas et passer près de moi. Toujours agenouillé, je tremblais de la tête aux pieds. La victime atteignit la porte, la trouva close et s'arrêta hors d'haleine. Je me retournai et vis une scène digne de Murillo. Jamais forme humaine ne fut plus parfaite que celle de cet infortuné jeune homme. Il se tenait là, dans une attitude de désespoir, ruisselant de sang. Les moines avec leurs lumières, leurs fouets et leurs robes sombres ressemblaient à un groupe de démons faisant leur proie d'un ange errant — on eût dit les furies infernales poursuivant un Oreste fou. Et vraiment aucun sculpteur de l'Antiquité ne dessina jamais forme plus parfaitement exquise que celle de cet infortuné si sauvagement mutilé par les moines. Ce spectacle d'horreur et de cruauté éveilla en un instant mon esprit du long engourdissement dans lequel il s'était affaibli. Je me précipitai au secours de la victime ; je luttai avec les moines en proférant certaines paroles dont j'étais à peine conscient mais dont ils se souvinrent et qu'ils exagérèrent avec toute la précision de la méchanceté.
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Melmoth — L'homme errant (1820), Charles Robert Maturin (trad. Jacqueline Marc-Chadourne), éd. Phébus, coll. Libretto, 1996 (ISBN 978-2-85-940553-3), Récit de l'Espagnol, p. 146
— Partez, être maudit, et ne nous troublez pas. Partez, maudit et pour maudire !
— Je pars vainqueur et pour vaincre, répondit Melmoth avec un triomphe sauvage et féroce. Malheureux ! Ce sont vos vices, vos passions et vos faiblesses qui font de vous mes victimes. Jetez sur vous le blâme et non sur moi. Héroïques dans le crime mais lâches dans le désespoir, vous vous mettriez à genoux à mes pieds pour que vous soit conférée la terrible immunité qui me permet en cet instant de traverser vos rangs : chaque cœur humain m'accompagne de sa malédiction, pourtant nulle main n'ose me toucher !
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Melmoth — L'homme errant (1820), Charles Robert Maturin (trad. Jacqueline Marc-Chadourne), éd. Phébus, coll. Libretto, 1996 (ISBN 978-2-85-940553-3), Histoire des amants, p. 591
[modifier] Dominique Fernandez, Porporino ou les mystères de Naples, 1974
« — Eh bien ! soyons plus précis. Ces yeux aux reflets verts, ces lèvres de corail, ces cheveux qui bouclent avec tant de grâce sans le secours des fers, votre teint, Feliciano, votre manière de marcher, de vous tenir, n'appartiennent pas, j'en mets ma main au feu, à une petite victime de la cruauté sacerdotale.
« A-t-il entendu dire, me demandai-je, que je passe pour être né de la fornication d'un prêtre ? J'allais éclater de rire à cause de la tournure fadement complimenteuse et bizarrement alambiquée de sa phrase, quand je m'avisai, par je ne sais quel frémissement qui parcourut ma personne, que peut-être le chevalier de Casanova ne songeait nullement à goûter avec moi les douceurs de la paternité.
« — Feliciano, reprit-il, je suis sûr que votre conformation diffère de la mienne.
« J'hésitais encore à comprendre.
« — Vous n'êtes qu'une beauté travestie.
« — Monsieur, répondis-je, je suis Feliciano Marchesi.
« — Ma chère, vous êtes une jolie femme déguisée. Si la longue contemplation que j'ai faite de vos charmes ne m'en avait donné l'assurance, je n'aurais jamais eu l'effronterie de vous attirer derrière ce rideau.
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Porporino ou les mystères de Naples (1974), Dominique Fernandez, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 1974 (ISBN 978-2-246-01243-6), partie II « Les pauvres de Jésus-Christ », Une méprise plutôt étrange, p. 233
[modifier] Tonino Benacquista, Le serrurier volant, 2009
Une victime, c'est un peu le contraire d'un rebelle. On n'aime pas entendre parler des victimes. Elles sont le miroir d'une mauvaise conscience, leur douleur est gênante, et leur cri insupportable.
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Le serrurier volant, Tonino Benacquista, éd. Gallimard, coll. Folio, 2009, p. 120-121
[modifier] Psychanalyse
[modifier] Alberto Eiguer, Le Pervers narcissique et son complice, 1989
Le Champ de la perversion narcissique
Si le pervers de caractère utilise un discours revendicatif irritant, le pervers narcissique sait créer un élan positif envers lui, en prenant soin de se présenter en victime, sans le dire, sans culpabiliser à la lumière du jour. Il suscite parfois un éveil surmoïque chez l'autre, qui sera pris de regrets ou même de peur, mais cela se passe à bas bruit et même d'une manière totalement inconsciente pour lui.
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Le pervers narcissique et son complice, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 1989 (ISBN 2 10 002843 X), partie I. Le Champ de la perversion narcissique, chap. Définition et description générale, Différences avec le sadisme, p. 9
[modifier] Alberto Eiguer, Psychanalyse du libertin, 2010
Libertinage, le plaisir et la joie
[Le pervers] sait se servir de la flatterie narcissique car il sait par expérience combien les humains en son friands, et capables de se dépouiller de ce qu'ils chérissent pourvu qu'ils obtiennent un surplus d'adulation ou approchent des personnes en vue. [Il] se présente lui-même comme supérieur, quoiqu'en réalité il nourrisse sa toute-puissance du décalage entre son autosuffisance affichée et le manque d'estime de soi chez la victime. Ses agissements tendent précisément à accentuer ce décalage.
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Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie I. Libertinage, le plaisir et la joie, chap. Les libertins sont-ils des pervers ?, Bornes et étendue de la perversion, p. 20
Libertinage et prédation
Dans les familles, la dépendance et la vulnérabilité sont « naturelles » ; l'adulte en tire profit. Il est question que la victime sente sa dépendance et l'exagère si nécessaire. La vulnérabilité serait soulignée en « rappelant » qu'elle existe depuis « toujours ». Le pervers-narcissique n'aime pas prononcer le mot traumatisme, car celui-ci suppose une circonstance, le hasard de rencontres fortuites. Il faut que toute expérience de vie apparaisse difficile pour la victime car pour elle, c'est dans sa nature de se trouver fragile.
Une autre vulnérabilité y est rattachée : sa dépendance du regard social ; la victime a une estime de soi en quête de complétude et de confirmation. Le pervers fera le nécessaire pour faire croire que sa compagnie est la meilleure garantie pour renforcer son moi.
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Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie II. Libertinage et prédation, chap. Psychopathologie du prédateur et de sa famille, La naissance du concept de prédation morale, p. 122
Pour le pervers-narcissique, expulser son angoisse n'est pas aussi impératif que pour le paranoïque ; c'est une forme de communication au service de son plan de susciter le désespoir chez la victime : l'annonce des calamités à venir devant lesquelles on « se sentirait bien plus démuni qu'on ne le pense » (Eiguer, 1995). Ainsi, la victime s'accrochera-t-elle davantage de son « mentor ».
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Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie II. Libertinage et prédation, chap. Psychopathologie du prédateur et de sa famille, La naissance du concept de prédation morale, p. 123
A la lumière des idées dévelopées jusqu'ici, la prédation apparaît indissociable de la corruption de l'autre, enfant, adolescent, jeune, adulte. L'individu a l'intention de le « former » ; il l'introduirait dans un monde nouveau de « tentations », ce que sa victime souhaiterait ardemment connaître, selon le prédateur, mais qu'elle s'interdit.
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Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie II. Libertinage et prédation, chap. Invitation à la débauche, Banaliser le mal au nom de l'amour, p. 133
La perspective d'éduquer nourrit parfois les arguments avancés en justice lorsque des agresseurs sexuels expliquent leurs motivations. Ils disent avoir souhaité initier leurs victimes, les aider à progresser, à trouver un réconfort, parfois ils leur ont offert une aide matérielle : un maître voulant façonner un esprit « inachevé, sauvage et qui est tenté par des dérives asociales (délinquance, drogue, etc.) ». Au fond, ils se considèrent comme des « agents de la civilisation ».
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Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie II. Libertinage et prédation, chap. Invitation à la débauche, Banaliser le mal au nom de l'amour, p. 134
Si la victime hésite ou résiste, le discours du corrupteur devient arrogant, terroriste, menaçant. Il se montre méprisant pour les opposants à son système de pensée, son but étant d'acculer la victime à accepter son avilissement.
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Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie II. Libertinage et prédation, chap. Invitation à la débauche, L'initiateur corrupteur. Anatomie du discours, p. 137
Si la victime hésite ou résiste, le discours du corrupteur devient arrogant, terroriste, menaçant. Il se montre méprisant pour les opposants à son système de pensée, son but étant d'acculer la victime à accepter son avilissement.
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Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie II. Libertinage et prédation, chap. Invitation à la débauche, L'initiateur corrupteur. Anatomie du discours, p. 137
La question du sadisme est d'autant plus importante que la cruauté trahit l'intention profonde du prédateur : ce n'est pas celle de satisfaire un but pulsionnel sexuel précis comme chez un simple libertin, mais, bien au-delà, de faire le mal pour le mal. Profiter de l'état d'affaiblissement de sa proie, état auquel il aurait contribué par les différents procédés que nous avons détaillés, afin d'obtenir un plaisir complémentaire la voyant souffrir. Le sadisme confirme la stratégie de déstabilisation à laquelle il se livre. Il jubile quand la victime clame son innocence et qu'elle demande « pardon ». Elle serait coupable quand même. Ce « quand même » lui plaît : la victime n'aura pas d'alibi possible.
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Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie II. Libertinage et prédation, chap. Invitation à la débauche, Cruautés, p. 138
[...] le pervers aime aller loin dans la prise de risques. Cette indifférence au danger fascine les victimes potentielles [...]. Il a besoin compulsivement de se surpasser. La crainte de l'hécatombe n'est pas loin derrière son narcissisme conquérant.
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Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie II. Libertinage et prédation, chap. La crise du paternel, Du ravage à la néo-loi, p. 139
[modifier] Psychologie
[modifier] Mary Esther Harding, Les Mystères de la femme, 1953
[Les hommes] cherchent [...] à prévenir le pouvoir redouté de la femme en la poussant à adopter envers eux une attitude maternelle [...]. Il ne se sentira pourtant pas tout à fait délivré de son appréhension car en considérant la femme comme une mère, il se transforme lui-même en enfant et risque ainsi de pâtir de son propre enfantillage. Dans ce cas, il peut être victime de sa propre faiblesse qui, une fois de plus, rend la femme maîtresse de la situation.
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Les Mystères de la femme (1953), Mary Esther Harding (trad. Eveline Mahyère), éd. Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 2-228-89431-1), chap. II. La lune, dispensatrice de fertilité, p. 63
[modifier] Paul-Claude Racamier, Pensée perverse et décervelage, 1992
Noyaux pervers
A moins d’être complices, les victimes de la perversion narcissique sont à plaindre et plus encore à protéger. Les plus exposés au danger, ce sont les schizophrènes [...]. Les schizophrènes, incertains comme ils le sont de leur propre moi, narcissiquement béants, prêts à tout pour plaire et prompts à périr de faux-semblants, sont les proies préférées du narcissisme pervers.
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Pensée perverse et décervelage, 1992, Noyaux pervers Objet de pervers, dans [1], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.
[modifier] Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, Les Perversions sexuelles et narcissiques, 2005
Perversions narcissiques
« Dérive » manipulatoire de la séduction narcissique, la perversion narcissique appartient à un registre plus public (familial, social) que la perversion sexuelle, d'ordre plus privé. Les manoeuvres semant la confusion dans l'esprit de l'autre relèvent d'un registre de disqualification des sensations, des émotions ou des pensées de l'autre, victime de la séduction perverse qui « l'enferme » dans la toute-puissance du pervers. Chez la victime, cette disqualification des émotions et de la pensée crée une « dé-fantasmatisation », une « désymbolisation » et détruit les différences entre les registres psychiques, créant une confusion sur laquelle « joue » le pervers narcissique.
Ces disqualifications apparaissent volontiers dans le champ de la communication, de l'omission de qualification (une mère se plaint que son enfant ne fait pas de sport, s'il en fait, elle dit alors qu'il ferait mieux de faire de la musique), de la surestimation narcissique mensongère de l'objet (flatterie) qui a pour but de contrôler celui-ci... Un autre procédé est l' induction (Eiguer, 1996) : la victime se laisse abuser, parce qu'elle peut se trouver dans une situation de faiblesse, de fragilité. Le pervers le perçoit et va alors faire éprouver à la victime des sentiments inhabituels pour elle mais qui appartiennent au sujet pervers. Utilisant l'identification projective, il délègue et dépose dans l'autre des affects et des idées dont il souhaite se débarrasser. Pousser la victime parfois jusqu'à la faute pour ensuite la critiquer et la mettre à sa merci, tel est le but pervers du « détournement » de toute relation.
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Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie IV. Perversions narcissiques, chap. 1. Pourquoi l'extension du terme ?, 1.4 Perversion narcissique a) Pathologie de l'agir de parole, p. 105
[modifier] Cédric Roos, La relation d'emprise dans le soin, 2006
Définitions
[...] pour simplifier la lecture, tout en soulignant la possibilité de réaction de chacun des individus engagés dans une relation d’emprise, nous retiendrons les termes d’instigateur et de victime de la relation d’emprise : ces mots ne recouvrent pas entièrement la violence de la relation mais ils soulignent la possibilité de s’en défendre. L’instigateur promeut un type de relation que la victime doit pouvoir repérer et rejeter.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Définitions, dans [2], paru Textes Psy, Cédric Roos.
La relation d'emprise (cadre psychanalytique)
Pour résumer, l’emprise chez le pervers vise l’autre comme être désirant. Elle tend à la captation puis la neutralisation du désir de l’autre par une entreprise de séduction. Le pervers s’approprie ainsi le désir de la victime pour le contrôler et en retirer la substance avant de le délaisser en niant qu’il ait même pu exister.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le pervers narcissique : conformer l'autre en un identique, dans [3], paru Textes Psy, Cédric Roos.
La victime « emprisée » est « insidieusement saisie d’un sentiment poignant de dangereuse étrangeté ». Il faut l’empêcher de penser afin qu’elle ne prenne pas conscience du processus, la paralyser, la placer en position de flou et d’incertitude. Soumise, elle n’existe plus que pour être frustrée en permanence.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de la victime d'une relation d'emprise, dans [4], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Prisonnière de l’instigateur, la victime n’a d’autre choix que la révolte ou la dépression dans la soumission, sauf si, avertie du danger, elle arrive à se soustraire, non sans difficulté, à l’emprise.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de la victime d'une relation d'emprise, dans [5], paru Textes Psy, Cédric Roos.
La relation d’emprise constitue une entreprise mortifère de par le dénigrement et les attaques souterraines qui y sont systématiques. Ce processus n’est possible que par la trop grande tolérance du partenaire, que les psychanalystes ont trop souvent tendance à interpréter — de manière réductrice — comme étant liée aux bénéfices inconscients, essentiellement masochistes, que la victime peut tirer de tels liens.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de la victime d'une relation d'emprise, dans [6], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Les sciences cognitives nous apprennent pourtant qu’il ne s’agit probablement pas seulement d’une manifestation de masochisme ou de la jouissance d’être victime mais d’une altération des moyens de défense par une agression passée (cf. infra, l’impuissance apprise). La soumission apparente de la victime n’est pas qu’un symptôme : c’est une stratégie adaptative et de survie dans une relation où l’opposition frontale à l’agresseur semble entraîner l’aggravation de la violence. Lorsqu’un individu apprend par expérience qu’il est incapable d’agir sur son environnement pour le transformer en sa faveur, il devient physiologiquement incapable d’entreprendre quelque modification que ce soit.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de la victime d'une relation d'emprise, dans [7], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Modèle cognitivo-comportemental
Dans les pratiques chamaniques, les victimes d’envoûtement sont dépossédées de leur corps et de leur esprit.
La brèche une fois ouverte ne se refermera pas facilement, l’effraction laisse la clôture individuelle béante, le sujet sans défense. Une personne non possédée se sent entière, pleine et pure, avec des limites marquant sa différence à autrui (Nathan, 1988).
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Modèle cognitivo-comportemental : Pratiques relationnelles ou praxis Effraction, dans [8], paru Textes Psy, Cédric Roos.
L’instigateur de la relation d’emprise force l’intimité de sa victime par ses indiscrétions. Il envahit son psychisme, colonise son imaginaire. En s’attaquant à l’enveloppe qui délimite et protège la victime, à sa représentation du dedans et du dehors, du soi et du non-soi, il détruit son sentiment d’intégrité individuelle.
[...] il rend caduque la notion d’identité. Il fragilise également les relations de la victime avec son environnement, par manipulation, déstabilisation et dénigrement. Enfin, en prédateur, il l’isole du groupe pour l’affaiblir avant de la mettre à bas.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Modèle cognitivo-comportemental : Pratiques relationnelles ou praxis Effraction, dans [9], paru Textes Psy, Cédric Roos.
La parole peut être utilisée pour banaliser des situations déviantes ou des actes répréhensibles, pour dépasser l’interdiction d’un tabou. Elle induit volontairement la victime en erreur.
De plus, dans une relation normale, la parole exprime l’état d’esprit de celui qui la prononce : elle fait le lien avec l’autre qui lui exprime sa reconnaissance en retour. Dans la relation d’emprise, l’instigateur parle « au nom de la victime », en nommant ses intentions, en faisant mine de deviner ses pensées cachées, et en l’obligeant à s’y soumettre.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Modèle cognitivo-comportemental : Pratiques relationnelles ou praxis Captation, dans [10], paru Textes Psy, Cédric Roos.
La captation prive [...] la victime de sa liberté, mais elle ne lui retire pas le désir de se libérer. C’est la programmation qui va finir d’emprisonner la victime en la privant de la volonté de se libérer.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Modèle cognitivo-comportemental : Pratiques relationnelles ou praxis Captation, dans [11], paru Textes Psy, Cédric Roos.
La « programmation » représente la dernière étape de la mise sous emprise, qui assure son installation dans la continuité et la durée : elle vise à briser toute velléité de sortir de cette situation d’emprisonnement pourtant vécue douloureusement par la victime : si la captation a permis de mettre la proie en cage, la programmation lui apprend à ne plus sortir de la cage, même avec la porte ouverte.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Modèle cognitivo-comportemental : Pratiques relationnelles ou praxis Programmation, dans [12], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Évolutions et séquelles d'une relation d'emprise
Quoi qu’elle fasse, la victime d’une relation d’emprise sera toujours pour l’initiateur de la violence un objet de haine et de mépris. La victime ne peut rien faire pour modifier la relation et doit accepter son impuissance. Il faut donc qu’elle ait une image suffisamment bonne d’elle-même pour que les agressions répétées qu’elle subit ne remettent pas en cause son identité.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Évolutions et séquelles d'une relation d'emprise : Sortir de la relation d'emprise, dans [13], paru Textes Psy, Cédric Roos.
[...] ne pouvant que faiblement s’appuyer sur l’extérieur, la victime doit d’abord prendre conscience de sa situation d’assujettissement. Il est essentiel pour cela qu’elle anticipe l’inattendu et l’imprévisible : il lui faut accepter que la réalité ne soit pas toujours telle qu’elle semble être, et faire le deuil, parfois douloureux, de ses illusions, avant de pouvoir espérer sortir de cette relation. C’est alors en montrant qu’elle n’a pas peur, que la victime peut briser le cercle vicieux de la relation d’emprise et essayer de désamorcer l’agression.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Évolutions et séquelles d'une relation d'emprise : Sortir de la relation d'emprise, dans [14], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Application à la relation de soin
[...] il n’existe pas de critères spécifiques permettant d’affirmer qu’une personne est plus à risque qu’une autre d’être victime d’une relation d’emprise. La victime est en outre souvent décrite comme riche de par sa personnalité (originalité, ouverture d’esprit...), son inventivité, ses qualités humaines (altruisme, chaleur, abnégation...), son statut social, familial ou professionnel. C’est d’ailleurs de cette richesse que l’instigateur de la relation d’emprise va tenter de s’emparer.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Application à la relation de soin : Facteurs de vulnérabilité à la relation d'emprise, dans [15], paru Textes Psy, Cédric Roos.