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[modifier] Littérature
[modifier] Écrit intime
[modifier] Luc Dietrich, Le Bonheur des tristes, 1945
— Pourquoi dis-tu que ce qui est neuf est laid ?
— Oui, c'est laid, c'est couvert de peinture et en fer-blanc, tandis que ce qui est vieux est toujours comme un livre d'images. Une vieille chaise quand on n'a rien à faire et qu'on la regarde, on y trouve une pomme, une petite fleur dans un coin et plus loin un poisson, un château et les vers ont fait un corridor sous le château. Et la vieille chaise a vu passer les gens, tandis que la neuve elle est partout égale, on s'ennuie à la regarder et elle n'a rien vu, on lui a bouché tous ses yeux avec de la peinture.
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Le Bonheur des tristes (1935), Luc Dietrich, éd. Denoël, coll. Le Livre de Poche, 1945, chap. 2 Le bonheur des tristes, p. 40
[modifier] Nouvelle
[modifier] Gérard de Nerval, Les Filles du feu, 1834
Sylvie
Quelquefois j'ai besoin de revoir ces lieux de solitude et de rêverie. J'y relève tristement en moi-même les traces fugitives d'une époque où le naturel était affecté ; je souris parfois en lisant sur le flanc des granits certains vers de Roucher, qui m'avaient paru sublimes, — ou des maximes de bienfaisance au-dessus d'une fontaine ou d'une grotte consacrée à Pan. Les étangs, creusés à si grands frais, étalent en vain leur eau morte que le cygne dédaigne.
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Les Filles du feu (1834), Gérard de Nerval, éd. Maxi-Livres, coll. Maxi-Poche Classiques Français, 1997 (ISBN 2-8771-4348-1), partie Sylvie — Souvenir du valois, XIV. Dernier feuillet, p. 142
[modifier] Prose poétique
[modifier] André Breton/Philippe Soupault, Les Champs Magnétiques, 1919
Je ris, tu ris, il rit, nous rions aux larmes en élevant le ver que les ouvriers veulent tuer. On a le calembour aux lèvres et des chansons étroites.
- Cette citation provient d'une revue dirigée par André Breton.
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« Les Champs Magnétiques partie I La Glace sans tain », André Breton/Philippe Soupault, Littérature, nº 8, Octobre 1919, p. 9
Je suis menacé (que ne disent-ils pas ?) d'un rose vif, d'une pluie continuelle ou d'un faux pas sur mes bonds. Ils regardent mes yeux comme des vers luisants s'il fait nuit ou bien ils font quelques pas en moi du côté de l'ombre.
- Cette citation provient d'une revue dirigée par André Breton.
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« Les Champs Magnétiques partie II Saisons », André Breton/Philippe Soupault, Littérature, nº 9, Novembre 1919, p. 5
[modifier] Roman
[modifier] Colette, La Maison de Claudine, 1922
La robe de toile que je presse de ma joue sent le gros savon, la cire dont on lustre les fers à repasser, et la violette. Si je m’écarte un peu de cette fraîche robe de jardinière, ma tête plonge tout de suite dans une zone de parfum qui nous baigne comme une onde sans plis : le tabac blanc ouvre à la nuit ses tubes étroits de parfum et ses corolles en étoile. Un rayon, en touchant le noyer, l’éveille : il clapote, remué jusqu’aux basses branches par une mince rame de lune. Le vent superpose, à l’odeur du tabac blanc, l’odeur amère et froide des petites noix véreuses qui choient sur le gazon.
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La Maison de Claudine (1922), Colette, éd. Imprimerie Moderne de Nantes, coll. Super-Bibliothèque, 1976 (ISBN 2-261-00093-6), Papa et Mme Bruneau, p. 67