Veine
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[modifier] Littérature
[modifier] Critique
[modifier] Louis Aragon, in Littérature n°8, 1919
Pour se retrouver lui-même, il lui suffisait de revenir s'accouder aux marbres des cafés dont on suit d'un oeil idiot les veines jolîment entrelacées. Là, les mots entendus prennent des inflexions subites et on lit par désoeuvrement les inscriptions de porcelaine des vitres qui tournent le dos.
- Cette citation provient d'une revue dirigée par André Breton. Elle expose les propos critiques de Louis Aragon dans une rubrique qu'il lui avait été attribuée dans ce numéro. Il avait choisi notamment de commenter le recueil Rose des Vents de Philippe Soupault dont il est question ici.
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« Livres Choisis, Philippe Soupault — Rose des vents », Louis Aragon, Littérature, nº 8, Octobre 1919, p. 30
[modifier] Nouvelle
[modifier] Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904
La Saurienne
Les Yeux !
Je fus saisi d’une joie de fièvre et de délire, de cette joie que seuls connaissent les naufragés enfin rendus à la terre et les malades qui voient l’aube dissiper leur nuit d’horribles hallucinations. Je dansais, je faisais siffler ma salive. Je balbutiai même à ma redoutable compagne de stupides paroles d’amour.
Je vidai ma gourde d’un trait. La pensée de ma délivrance prochaine coula dans mes veines, avec la bienfaisante chaleur du brandy… J’eus ainsi la force d’accomplir la meurtrière besogne… Et, lorsque la Saurienne, les regards chavirés sous les paupières ivres, attendait la satisfaction charnelle, je pris mon couteau. Je pris mon couteau, et, atteignant le monstre vautré dans l’herbe, je lui crevai les yeux…
Je lui crevai les yeux, vous dis-je. Ah ! c’est que je suis courageux, moi ! On peut clabauder sur mon compte, mais on ne prétendra jamais que je suis un lâche. Beaucoup d’hommes auraient perdu la tête, à ma place.
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La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Saurienne, p. 128
[modifier] Prose poétique
[modifier] André Breton, Poisson soluble, 1924
Quelle sainte au tablier de roses a fait couler cet extrait divin dans les veines de la pierre ?
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Poisson soluble (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1996 (ISBN 2-07-032917-8), partie 8, p. 51
[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927
Processions d’enseignes et de licteurs, processions de lucioles, ascensions miraculeuses ! rien n’égala jamais en surprise la marche du fauve sanglant sur le corps duquel les veines saillaient en bleu.
Quand il atteignit la maison de Louise Lame, la porte s’ouvrit d’elle-même et, avant de crever, il n’eut que la force de déposer sur le perron, aux pieds de la fatale et adorable fille, le suprême hommage de sa fourrure.
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La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), II. Les profondeurs de la nuit, p. 24
[modifier] Joyce Mansour, Dolman le maléfique, 1961
Le reste du village ignorait l'enfant larve qui grouillait dans la solitude de sa hutte comme on essaie d'oublier la lèpre qui défigure le visage aimé. Ainsi les années se suivirent à pas de loup sur les montagnes et sur la plaine sans laisser de trace dans les champs de neige. Cela dura jusqu'au jour où le soleil se leva avec une heure de retard et dans son ivresse omit de passer l'index purificateur dans la hutte où gisait l'enfant. Le village se vida en un clin d'oeil car, malgré l'heure tardive, la chaleur et le bruit, la nuit bouillonnait étrangement dans la crèche. « Il faut payer ! Le feu sacré fuse dans ses veines ! Sauve qui peut ! » hurlèrent les mages et, hommes, femmes, cuisinières, enfants, maisons, chèvres, bateaux s'enfuirent au galop vers les montagnes aux cimes parsemées de sanctuaires. Ils partirent sans se disperser, sans mettre de l'ordre dans leurs idées, en un groupe opaque de cerveaux et de jambes disloquées par le pullulement de la peur, obnubilé par la forêt de poings qu'ils brandissaient au-dessus de leurs têtes pour se protéger du mauvais oeil.
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« Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 48
[modifier] Roman
[modifier] James Joyce, Ulysse, 1922
Une campanule bleu azur comme ses veines à elle.
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Ulysse (1922), James Joyce (trad. Auguste Morel), éd. Gallimard, coll. Folio, 1957 (ISBN 2-07-040018-2), p. 312