Trottoir

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Sommaire

[modifier] Littérature

[modifier] Nouvelle

[modifier] Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904

La Dame à la Louve

Décidément, pensai-je, elle exagère son rôle, pourtant très bien compris. Elle exagère.
(Si nous étions entre hommes, messieurs, je vous dirais que je n’ai pas toujours méprisé les maisons publiques et que j’ai même ramassé maintes fois, sur le trottoir, de piteuses grues. Cela n’empêche pas les Parisiennes d’être plus accommodantes que cette sainte nitouche. Je ne suis nullement fat, mais enfin il faut avoir la conscience de sa valeur.)
Et, jugeant que l’entretien avait assez duré, je quittai fort dignement la Dame à la Louve.

  • La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Dame à la louve, p. 13


[modifier] Prose poétique

[modifier] Robert Desnos, Pénalités de l'enfer, 1922

Je marche dans le chemin des forêts vierges tracé par la bordure du trottoir. Ce serait un crime que de piétiner ces ombres silencieuses, capables, au surplus, de mauvais desseins. Le Courrier de Lyon a volé mes cantiques aux lames du parquet sur lesquelles je nage voluptueusement vers des terres inconnues. Au moment suprême où je me noie je ferme à demi les yeux, les traits de mon visage descendent vers mon nombril. Je ressemble alors à ce petit gros Monsieur qui porte une lanterne en guise de nom.

  • « Pénalités de l'enfer », Robert Desnos, Littérature Nouvelle Série, nº 4, Septembre 1922, p. 10


[modifier] Récit de voyage

[modifier] Guy de Maupassant, La Vie errante, 1890

Lassitude

Dès le jour, les rues sont pleines, les trottoirs roulent des foules comme des torrents grossis. Tout cela descend vers l’Exposition, ou en revient, ou y retourne. Sur les chaussées, les voitures se tiennent comme les wagons d’un train sans fin. Pas une n’est libre, pas un cocher ne consent à vous conduire ailleurs qu’à l’Exposition, ou à sa remise quand il va relayer.


[modifier] Roman

[modifier] André Breton, L'Amour fou, 1937

Cette femme qui venait d'entrer allait bientôt se retrouver dans la rue, où je l'attendais sans me montrer. Dans la rue... L'admirable courant du soir faisait miroiter comme nulle autre cette région la plus vivante et par instants la plus trouble de Montmartre. Et cette silhouette devant moi qui fuyait, interceptée sans cesse par de mobiles buissons noirs. L'espoir – au reste quel espoir ? – ne faisait déjà plus voleter à mes côtés qu'une très petite flamme déteinte. Et les trottoirs bifurquaient inexplicablement tour à tour, selon un itinéraire aussi capricieux que possible. Contre toute apparence, je me demandais si je n'avais pas été aperçu pour qu'on m'entraînât ainsi dans le plus merveilleux chemin des écoliers. Il finit tout de même par me mener quelque part, à une station quelconque de véhicules.


Je songe à celle que Picasso a peinte il y a trente ans, dont d'innombrables répliques se croisent à Santa Cruz d'un trottoir à l'autre, en toilettes sombres, à ce regard ardent qui se dérobe pour se ranimer sans cesse ailleurs comme un feu courant sur la neige. La pierre incandescente de l'inconscient sexuel, départicularisée au possible, tenue à l'abri de toute idée de possession immédiate, se reconstitue à cette profondeur comme à nulle autre, tout se perd dans les dernières qui sont aussi les premières modulations du phénix inouï.


[modifier] Boris Vian, L'écume des jours, 1947

Il fit un grand pas pour éviter une raie du bord du trottoir qui paraissait dangereuse.
— Si je peux faire vingt pas sans marcher dessus, dit Colin, je n'aurai pas de bouton sur le nez de demain...
— Ca ne fait rien, dit-il, en écrasant de tout son poids la neuvième raie, c'est idiot, ces trucs-là. Je n'aurai pas de bouton quand même.

  • L'écume des jours (1947), Boris Vian, éd. Pauvert, 1963 (ISBN 2-7202-1311-02), V., p. 29


Des fleurs vertes et bleues poussaient le long des trottoirs, et la sève serpentait autour de leurs tiges minces avec un léger bruit humide, comme un baiser d'escargots.

  • L'écume des jours (1947), Boris Vian, éd. Pauvert, 1963 (ISBN 2-7202-1311-02), XXX., p. 102


La souris écarta les mâchoires du chat et fourra sa tête entre les dents aiguës. Elle la retira presque aussitôt.
— Dis donc, dit-elle, tu as mangé du requin, ce matin ?
— Ecoute, dit le chat, si ça ne te plaît pas, tu peux t'en aller. Moi ce truc-là, ça m'assomme. Tu te débrouilleras toute seule.
Il paraissait fâché.
— Ne te vexe pas, dit la souris.
Elle ferma ses petits yeux noirs et replaça sa tête en position. Le chat laissa reposer avec précaution ses canines acérées sur le cou doux et gris. Les moustaches noires de la souris se mêlaient aux siennes. Il déroula sa queue touffue et la laissa traîner sur le trottoir.
Il venait, en chantant, onze petites filles aveugles de l'orphelinat de Jules l'Apostolique.

  • L'écume des jours (1947), Boris Vian, éd. Pauvert, 1963 (ISBN 2-7202-1311-02), LXVIII., p. 215


[modifier] André Pieyre de Mandiargues, La Marge, 1967

L'arc est un passage voûté dont le sombre crépi assez bien s'accorde à des relents d'urine qui font la suggestion de l'entrée d'une vespasienne à l'usage de géants. Tout au moins la voûte et l'odeur ont-elles pour Sigismond le caractère de ce qui est romain, et qui se trouve à Nîmes autant que dans la cité couleur d'or et de bran où il fut avec Sergine au mois de mai, guère plus tard qu'à présent, dans l'année qui suivit la naissance du petit Elie. Rome est partout dans les villes du Midi, quoique le denier Vespasien ne soit plus payé par personne. Sergine, un oeillet sous les narines un peu busquées qu'elle remuait avec des manières de pouliche, accélérait le pas aux endroits où vraiment le marbre sentait trop, car la puanteur du marbre où l'ammoniaque au soleil s'évapore est le plus intolérable défaut des lieux sublimes. Sans tant de nervosité, Sigismond de même accélère. Le quartier de ruelles, où par la voie de l'arc il est venu de la Rambla, n'est pas aussi peuplé que les environs de son hôtel, les lumières n'y sont pas aussi vives, les bars n'y ont pas de si tapageuses musiques, et lui-même, en épiant entre les rideaux d'une cafétéria le jeu muet des serveuses, éprouve un sentiment de gêne que la persistance de la mauvaise odeur ne suffit pas à expliquer. Devant lui se rétrécit la calle Arco del Teatro. A droite, au premier coin, il préfère tourner dans Lancaster, large tranchée sinistre au milieu de laquelle sur de gros pavés joints de poussière et d'ordure il chemine, méprisant le trottoir plus disjoint, négligeant un bar assez louche qui à la mode anglaise se réclame de pirates. Point de passants là. Il est, pour un moment, à l'obscur.


Trois jeunes gens, comme en confirmation du propos, qui viennent en se tenant par le bras, le forcent à s'abriter dans une entrée de boutique où dans les vitrines illuminées brillent des mantilles de satin, et un bossu vêtu de noir s'apprête à lui ouvrir la porte. Étonné que les magasins soient si tard ouverts à Barcelone, il est huit heures et demie, Sigismond, par politesse, fait à l'homme un signe de la main et regagne le trottoir, qui à la vérité n'est pas large pour l'affluence quand tant de voitures courent sur la chaussée. Mais dans les maisons une trouée se présente, qui est celle de la calle de San Ramon, à droite. Là, tout le milieu de la rue est rempli de gens, qui sont assemblés autant qu'ils vont ou viennent. A ceux-là Sigismond se mêle.

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