Marcel Pagnol

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Marcel Pagnol est un écrivain, dramaturge, cinéaste et académicien français, né le 28 février 1895 à Aubagne et mort le 18 avril 1974 à Paris.

«  Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers. »

Marcel Pagnol, La Gloire de mon père
Le Garlaban vu d’Aubagne.

Romans[modifier]

La Gloire de mon père, 1957[modifier]

Telle est la faiblesse de notre raison : elle ne sert le plus souvent qu'à justifier nos croyances.


Comme les enfants viennent trop tard pour faire l'éducation des parents, il faut respecter leurs incurables manies, et ne jamais les chagriner.


Mon père expliquait à ma mère que, dans la société future, tous les châteaux seraient des hôpitaux, tous les murs seraient abattus, et tous les chemins tracés au cordeau.
   « Alors, dit-elle, tu veux recommencer la révolution ?
   — Ce n'est pas une révolution qu'il faut faire. Révolution, c'est un mot mal choisi, parce que ça veut dire un tour complet. Par conséquent, ceux qui sont en haut descendent jusqu'en bas, mais ensuite ils remontent à leur place primitive… et tout recommence. Ces murs injustes n'ont pas été faits sous l'Ancien Régime : non seulement notre République les tolère, mais c'est elle qui les a construits ! »
   J'adorais ces conférences politico-sociales de mon père, que j'interprétais à ma façon, et je me demandais pourquoi le président de la République n'avait jamais pensé à l'appeler, tout au moins pendant les vacances, car il eût fait en trois semaines le bonheur de l'humanité.


[Mon oncle et mon père] discutaient souvent de politique. [...] [Mon père] parlait d'un certain « Lagabèle », qui ruinait le peuple, D'autres fois, l'oncle attaquait des gens qui s'appelaient « les radicots ». Il y avait M. Comble, qui était un radicot, et sur lequel il était difficile de se faire une opinion : mon père disait que ce radicot était un grand honnête homme, tandis que l'oncle le nommait « la fine fleur de la canaille » et offrait de signer cette déclaration sur papier timbré. Il ajoutait que ce Comble était le chef d'une bande de malfaiteurs, qui s'appelaient « les framassons ».
Mon père parlait aussitôt d'une autre bande qui s'appelait « les jézuites » ; c'étaient d'horribles « tartruffes », qui creusaient des « galeries » sous les pieds de tout le monde. Alors, l'oncle Jules s'enflammait, et le sommait de lui rendre tout de suite « le milliard des congrégations ». Mais mon père, qui pourtant ne tenait pas à l'argent, répondait avec force : « Jamais ! Jamais on ne vous rendra tant de richesses, arrachées sur des lits de mort à des agonisants terrorisés ! ».


Les mots qui ont un son noble contiennent toujours de belles images.


La St Baume en face du Garlaban, Pont de l’Étoile.

Le Château de ma mère, 1957[modifier]

Comme on est faible, quand on est dans son tort !


Le temps passe, et il fait tourner la roue de la vie comme l'eau celle des moulins.


Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d'inoubliables chagrins.
Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants.

Le Château de la Buzine, Marseille (11e), avant sa rénovation.

Théâtre[modifier]

Les Marchands de gloire, 1925[modifier]

Berludeau : La première qualité d'un héros, c'est d'être mort et enterré.


Bachelet : [...] Le plus affreux de la médiocrité, c'est qu'on finit par l'accepter.


Berludeau : Les deux mille francs, il les vaut.
Bachelet : Les appointements de deux députés !
Berludeau : Pour deux députés, c'est déjà trop. Mais pour un homme utile, c'est tout juste assez.


Jazz, 1926[modifier]

Blaise : L'amour, ce n'est pas une passion, c'est une maladie.


Blaise : [...] Oui, les œuvres de la pensée ne sont que des jeux dérisoires : fantaisie, fariboles, suggestion, blague et fichaise.


Blaise : [...] L'intelligence, dans la nature, ce n'était qu'une pauvre petite lueur qui devait nous guider dans l'accomplissement des actes quotidiens. Et nous sommes comme serait un homme qui porte une lampe dans un souterrain à la recherche d'un trésor. Soudain, la lampe fume, ou flamboie, ou ronfle, ou crépite. Alors, il s'arrête, il s'assied par terre, il fait monter ou descendre la mèche, il règle des éclairages. Et ce travail l'intéresse tant qu'il a oublié le trésor, qu'il finit par croire que le bonheur c'est de perfectionner une lampe et de faire danser des ombres sur le mur. Et il se contente de ces pauvres joies de lampiste, jusqu'au jour où il voit soudain que sa vie s'est passée à ce jeu puéril… Alors, il veut se lever, il tend les mains vers le trésor… Trop tard ! La mort déjà le tient à la gorge. L'intelligence, c'est la lampe. Le trésor, ce sont les joies de la vie.


Le jeune homme : [...] Celui qui est capable de ressentir la passion, c'est qu'il peut l'inspirer.


Le jeune homme : [...] La plupart des femmes qu'on n'a pas eues, c'est qu'on ne les a pas demandées.


Topaze, 1926[modifier]

Panicault : [...] Quand on doit diriger des enfants ou des hommes, il faut de temps en temps commettre une belle injustice, bien nette, bien criante : c'est ça qui leur impose le plus !


Panicault : Les coupables, il vaut mieux les choisir que les chercher.


Topaze : Je suis professeur. C'est-à-dire que, hors d'une classe, je ne suis bon à rien.


Topaze : Je puis dire que pendant dix ans, de toutes mes forces, de tout mon courage, de toute ma foi, j'ai accompli ma tâche de mon mieux avec le désir d'être utile. Pendant dix ans, on m'a donné huit cent cinquante francs par mois. Et un jour, parce que je n'avais pas compris qu'il me demandait une injustice, l'honnête Muche m'a fichu à la porte. Je t'expliquerai quelque jour comment mon destin m'a conduit ici, et comment j'ai fait, malgré moi, plusieurs affaires illégales. Sache qu'au moment où j'attendais avec angoisse le châtiment, on m'a donné la récompense que mon humble dévouement n'avait pu obtenir : les palmes [académiques].


Topaze : [...] Ah ! l'argent… Tu n'en connais pas la valeur… Mais ouvre les yeux, regarde la vie, regarde tes contemporains… L'argent peut tout, il permet tout, il donne tout… Si je veux une maison moderne, une fausse dent invisible, la permission de faire gras le vendredi, mon éloge dans les journaux ou une femme dans mon lit, l'obtiendrai-je par des prières, le dévouement, ou la vertu ? Il ne faut qu'entrouvrir ce coffre et dire un petit mot : « Combien ? » (Il a pris dans le coffre une liasse de billets.) Regarde ces billets de banque, ils peuvent tenir dans ma poche, mais ils prendront la forme et la couleur de mon désir. Confort, beauté, santé, amour, honneurs, puissance, je tiens tout cela dans ma main… Tu t'effares, mon pauvre Tamise, mais je vais te dire un secret : malgré les rêveurs, malgré les poètes et peut-être malgré mon cœur, j'ai appris la grande leçon : Tamise, les hommes ne sont pas bons. C'est la force qui gouverne le monde, et ces petits rectangles de papier bruissant, voilà la forme moderne de la force.


Topaze : Le mépris des proverbes, c'est le commencement de la fortune.


Topaze : Tu as vu des femmes qui aiment les pauvres ?


Topaze : Pour gagner de l'argent, il faut bien le prendre à quelqu'un…


Marius, 1926[modifier]

César : Eh bien, pour la dixième fois, je vais te l'expliquer, le picon-citron-curaçao. (Il s'installe derrière le comptoir.) Approche-toi ! (Marius s'avance, et va suivre de près l'opération. César prend un grand verre, une carafe et trois bouteilles. Tout en parlant, il compose le breuvage.) Tu mets d'abord un tiers de curaçao. Fais attention : un tout petit tiers. Bon. Maintenant, un tiers de citron. Un peu plus gros. Bon. Ensuite, un BON tiers de Picon. Regarde la couleur. Regarde comme c'est joli. Et à la fin, un grand tiers d'eau. Voila.
Marius : Et ça fait quatre tiers.
César : Exactement. J'espère que cette fois, tu as compris. (Il boit une gorgée du mélange)
Marius : Dans un verre, il n'y a que trois tiers.
César : Mais, imbécile, ça dépend de la grosseur des tiers !
Marius : Eh non, ça ne dépend pas. Même dans un arrosoir, on ne peut mettre que trois tiers.
César (triomphant) : Alors, explique-moi comment j'en ai mis quatre dans ce verre !
Marius : Ça, c'est de l'Arithmétique.


César (à Marius) : Quand on fera danser les couillons, tu ne seras pas à l'orchestre.


Panisse : Le plus grand mérite d'une poésie, c'est d'être bien placée dans la conversation.


César (à Panisse) : Tu me fends le cœur.

  • César veut faire comprendre à son partenaire Escartefigue que Panisse coupe à cœur.


César (sincère) : Si on ne peut plus tricher avec ses amis, ce n'est pas la peine de jouer aux cartes.


César : Tout le monde sait bien que c'est dans la marine qu'il y a le plus de cocus.


César : L'honneur, c'est comme les allumettes : ça ne sert qu'une fois.


Fanny, 1931[modifier]

M. Brun : Allez, on ne meurt pas d'amour, Norine. Quelquefois, on meurt de l'amour de l'autre, quand il achète un révolver — mais quand on ne voit pas les gens, on les oublie…


César (brusquement) : Eh bien, monsieur Brun, à Marseille, on ne dit jamais bagasse, on ne porte pas la barbe à deux pointes, on ne mange pas très souvent d'aïoli et on laisse les casques pour les explorateurs — et on fait le tunnel du Rove, et on construit vingt kilomètres de quais, pour nourrir toute l'Europe avec la force de l'Afrique. Et en plus, monsieur Brun, en plus, on emmerde tout l'univers. L'univers tout entier, monsieur Brun. De haut en bas, de long en large, à pied, en cheval, en voiture, en bateau et vice versa. Salutations. Vous avez bien le bonjour, Gnafron.


Escartefigue (sentencieux) : Au fond, voyez-vous, le chagrin, c'est comme le ver solitaire : le tout, c'est de le faire sortir.


César : [...] Est-ce qu'on a besoin de naviguer pour vivre ? Est-ce que M. Panisse navigue ? Non, pas si bête ! Il fait les voiles, lui ! Il fait les voiles, pour que le vent emporte les enfants des autres !


Panisse : En Turquie il n'y a pas de cocu. Il n'y a que des veufs.


Honorine : Quand on n'a pas d'enfants, on est jaloux de ceux qui en ont et quand on en a, ils vous font devenir chèvre ! La Sainte Vierge, peuchère, elle n'en a eu qu'un et regarde un peu les ennuis qu'il lui a faits !
Claudine : Et encore, c'était un garçon !


Panisse : [...] Si vous voulez aller sur la mer, sans aucun risque de chavirer, alors n'achetez pas un bateau : achetez une île !


César, 1936[modifier]

César : Pardi ! Si les péchés faisaient souffrir quand on les fait, nous serions tous des saints.


Césariot : Qu'est-ce que je vais penser des autres femmes, maintenant que je sais que ma mère peut mentir !…


César : (Avec force) Ce secret, je ne peux pas vous le dire. (Avec moins de force) Enfin, je ne peux pas vous le dire à la terrasse.
Escartefigue : Rentrons alors…
César : Je ne peux pas vous le dire à tous à la fois, et si vite que ça. Parce qu'un secret, ce n'est pas quelque chose qui ne se raconte pas. Mais c'est une chose qu'on se raconte à voix basse, et séparément.


Le chauffeur : C'est en venant vieux que vous êtes venu couillon ou c'est de naissance ?


Marius : Vous savez, aujourd'hui, aimer et payer, c'est la même chose.


Marius : Quand on a peur de quelqu'un, on croit facilement le mal qu'on dit de lui.


César : J'ai une question grave à vous poser. Est-ce que vraiment je suis coléreux ? Est-ce que tout ne viendrait pas d'une tendance maladive à me mettre en colère ?
Escartefigue : Tu as dit maladif ?! Par conséquent ça regarde le docteur. Allons docteur, réponds-lui.
César : Pourquoi ne veux-tu pas me répondre Félix ?
Escartefigue : Mon cher, je ne suis pas bon juge. Depuis soixante ans que tu es au monde, tu dois bien savoir ce que tu es.
César : Ca ne veux rien dire. On peut être au monde sans savoir ce que l'on est. Il y en a bien qui sont cocus et qui ne le savent pas.
Escartefigue : Oui, à moins que leurs amis ne le leurs rappellent dix fois par jour.
César : Qu'est-ce que tu racontes, Félix. C'est la première fois que je t'en parle depuis une semaine.


César : [...] Et vous dites que je suis coléreux ?
M. Brun : Il n'est certainement pas coléreux. Et il nous le prouve.
(Tous éclatent d'un rire joyeux.)


Fabien, 1956[modifier]

Kovareck (s'adressant à la troupe) : [...] Allons, mesdames et messieurs, allons vivre de nos charmes ! Allons apprendre leur bonheur aux imbéciles en montrant notre malheur…


Films[modifier]

Le Schpountz, 1937-1938[modifier]

Tu n’es pas bon à rien, tu es mauvais à tout.

  • Fernand Charpin, Le Schpountz (1937-1938), écrit par Marcel Pagnol


Dieu n’est pas fou. Et malgré quelques fantaisies comme la famine, la peste, la guerre et les inondations, tout me fait croire que Dieu est une personne de bon sens. D’ailleurs, à l’âge qu’il a, le contraire serait bien étonnant.

  • Fernandel, Le Schpountz (1937-1938), écrit par Marcel Pagnol


Je n’admets pas que l’on fasse entrer un idiot sur un plateau où je suis déjà.

  • Henri Poupon, Le Schpountz (1937-1938), écrit par Marcel Pagnol


Faire rire ! Devenir un roi du rire ! C’est moins effrayant que d’être guillotiné, mais c’est aussi infamant.

  • Fernandel, Le Schpountz (1937-1938), écrit par Marcel Pagnol


Irénée : Des gens vont dîner, avec leur femme ou leur maîtresse. Et vers neuf heures du soir, ils se disent : « Ah, maintenant qu’on est repu, et qu’on a fait les choses sérieuses de la journée, où allons nous trouver un spectacle qui ne nous fera pas penser, qui ne nous posera aucun problème et qui nous secouera un peu les boyaux, afin de nous faciliter la digestion ? »
Françoise : Allons donc ! Vous exagérez tout…
Irénée : Oh non, car c’est même encore pire : ce qu’ils viennent chercher, quand ils vont voir un comique, c’est un homme qui leur permette de s’estimer davantage. Alors pour faire un comique, le maquilleur approfondit une ride, il augmente un petit défaut. Au lieu de corriger mon visage, au lieu d’essayer d’en faire un type d’homme supérieur, il le dégradera de son mieux, avec tout son art. Et si alors j’ai un grand succès de comique, cela voudra dire que dans toutes les salles de France, il ne se trouvera pas un homme, si bête et si laid qu’il soit, qui ne puisse pas se dire : « Ce soir je suis content, parce que j’ai vu – et j’ai montré à ma femme – quelqu’un de plus bête et de plus laid que moi. » (Un temps, il réfléchit.) Il y a cependant une espèce de gens auprès de qui je n’aurai aucun succès : les gens instruits, les professeurs, les médecins, les prêtres. Ceux-là, je ne les ferai pas rire, parce qu’ils ont l’âme assez haute pour être émus de pitié. Allez, Françoise, celui qui rit d’un autre homme, c’est qu’il se sent supérieur à lui. Celui qui fait rire tout le monde, c’est qu’il se montre inférieur à tous.

  • Fernandel, Orane Demazis, Le Schpountz (1937-1938), écrit par Marcel Pagnol


Mais le rire, le rire… C’est une espèce de convulsion absurde et vulgaire…

  • Fernandel, Le Schpountz (1937-1938), écrit par Marcel Pagnol


Mon pauvre Irénée, te voilà revenu. Tu étais parti la tête en l’air en poussant des cocoricos ; tu nous reviens la tête basse, et complètement escagassé par la dure leçon de la vie. Tu sais maintenant, et d’une façon indiscutable, que tu n’es qu’un fada, un raté, un bon à rien, une loque, une épave ; mais j’ai du tact, je ne veux pas te le faire sentir.

  • Fernand Charpin, Le Schpountz (1937-1938), écrit par Marcel Pagnol


La Cinématurgie de Paris[modifier]

Tout le monde savait que c'était impossible. Un ignare ne le savait pas : il l'a fait.

  • Proverbe cité par Marcel Pagnol.
  • La Cinématurgie de Paris, Marcel Pagnol, éd. Pastorelly, 1980, p. 148


Soyez vous-même, c'est votre seule chance d'être original.

  • La Cinématurgie de Paris, Marcel Pagnol, éd. Pastorelly, 1980, p. 151


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